Les baffles crachent, hurlent et dévorent sans sommation la moindre manifestation de silence. Directement dans les tympans, à grands coups dans les marteaux devenus piqueurs, elles injectent un liquide sonore qui passe en quelques secondes de l’acide sulfurique à l’ascorbique. Rapidement, les notes se transforment en une OD de vitamine C, le corps s’agite de spasmes terrifiants tandis que la tête se heurte violemment au vide, dans des mouvements saccadés de va et vient, comme si elle tentait de planter un clou invisible dans un mur absent.
Meshuggah -Behind the sun- Un vendredi en plein dans la nuit d’un vacarme jouissif.
Mon bonsoir faussement compatissant à l’ensemble du voisinage. Le tapage risque de se poursuivre jusqu’aux premiers rayons de soleil à moins que les forces de l’ordre en décident autrement et pénètrent mon chaos acoustique avec leur bélier de merde. Et qui dit bélier suppose quelques morceaux du dernier album de Béhémoth, au moment ou le cliché du black métaleux est le plus fort, minuit trébuchante. Evidemment j’ai un bon gros poulet dans la main gauche et un couteau dans la droite pour lui trancher le cou. Evidemment j’ai un teint blanc cadavre et j’habite une sépulture baroque transformée en T1 par mon vampire de proprio qui me la loue pour une bouchée de sang.
Behemoth -demigod-
La république de Pologne est un pays fascinant. On a Francis Cabrel et Johnny Hallyday, ils ont Behemoth et Satanica. Je viens juste d’entendre quelque chose tomber sur les larmes de mon caveau, sur le tombal de ma pierre. On allume le feu et c’est toutes les églises qui brulent. C’est sûrement dû à la neige et à la forte présence du catholicisme.
Slipknot -spit it out-
J’ai toujours trouvé que le mur entre la cuisine et le salon était de trop. Le problème de la luminosité est maintenant réglé. Je saute un peu partout comme une grenouille dans une mare dynamitée et ne suis stoppé dans mes acrobaties que par la fulgurance d’une crampe au mollet droit. Mon hurlement de douleur couvre à peine ceux de Corey. Je pousse un peu le volume pour le morceau à venir, il me semble que les notes ont encore un peu de mal à se faufiler sous les couches de peinture.
Slayer -Dittohead-
Les meubles de mon appartement me regardent avec l’envie de me dire :
-« Non mais t’es sérieux là ? ».
On ne peut plus sérieux, serai-je tenté de leur répondre. Je me venge, c’est pas plus compliqué que ça. Je suis obligé de supporter du Amel Bent en fond sonore au boulot, je fais mes courses sous les sons légumineux des BB brunes, j’attends mon avion avec Richard Cleyderman…
Ce soir c’est moi le DJ et quand je parlais de mettre le feu au dancefloor, c’était pas une métaphore. Les neuf ravagés du nœud coulant on tendus des cordes à mes voisins qui sont venus frapper à ma porte, puis sonner, puis cogner, puis foutre des coups de pieds. Je suis si content de constater qu’ils apprécient mon univers et battent le rythme en chantant même s’ils ne semblent pas connaître les paroles.
SOAD -Prison song-
Ils sont les murs de ma cellule. Tous ces connards qui tentent de m’imposer leur musique pleine de chloroforme. J’ai aucun problème d’insomnie alors vos berceuses n’ont aucune légitimité à désensabler mes portugaises. Si je veux y mettre de la gadoue, de la bonne grosse boue de festival qui tâche ou même du vomi c’est mon problème. Votre barbe à papa me colle aux lobes et finira par me rendre sourd. La cacophonie est logée à la même enseigne que le silence absolu, au bout de la partition c’est folie pure.
J’entends la sirène de la flicaille à la fin du morceau. L’estafette se gare dans la résidence devenue silencieuse. Les portières claquent, on toque à ma porte.
-« Monsieur bonsoir, plusieurs de vos voisins nous ont appelé pour nous signaler un épouvantable vacarme provenant de votre appartement. »
-« Bonsoir messieurs, vous voyez bien qu’il n’en est rien. J’étais en train de me préparer un petit parcours de saut d’obstacles avec les chaises du salon, histoire de dégourdir les jambes de mon canasson. »
-« Excusez nous de vous avoir interrompu dans votre manège. Bonne soirée. »
Ils s’éloignent en hennissant sur un trot assis plein d’élégance.
Gangnam style -Look at me how ridiculous I’m doing a fucking duff
rider in my fuckin air horse-
J’avais prévu le coup…