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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Médée

Auteur Sujet: Médée  (Lu 1132 fois)

Evade Night

  • Invité
Médée
« le: 26 Septembre 2012 à 12:01:52 »
Bonjour à tous ! Je débute sur le forum. Je me permets de vous soumettre une nouvelle intitulée Médée que j'ai écrite il y a quelques temps. Votre avis m'intéresse.  :)


Médée

Elle était restée saisie d’effroi par la pensée qui venait de lui traverser l’esprit. Ce n’était pas tant le fait qu’elle ait été capable d’imaginer une telle éventualité qui lui glaçait le sang. Après tout, on ne contrôle pas le cours de ses réflexions. C’était surtout le fait que l’idée lui ait semblé envisageable, parfaite à vrai dire, qui la terrifiait.

Elle se tenait debout dans la cuisine aux lignes modernes, la petite dans les bras. Complètement prostrée. L’enfant, mal à l’aise de sentir la raideur avec laquelle sa mère la serrait contre elle, ne cessait de s’agiter. Après quelques tentatives vaines pour faire réagir sa mère, elle se mit à pleurer. Il suffit d’un sanglot pour briser le silence profond de cette étouffante après-midi d’été et pour que la jeune femme reprenne enfin conscience de ce qui l’entourait.

Elle secoua la tête pour repousser la frange de cheveux bruns qui lui tombaient dans les yeux. Ceux-ci reprirent aussitôt leur position initiale sur son front moite de sueur. La jeune femme s’essuya le visage d’un revers de bras, tandis qu’elle serrait sa fille contre elle de l’autre. Elle finit par poser l’enfant rebelle sur le sol et resta un instant immobile à admirer ses bouclettes dorées dont les reflets jouaient sous les rayons du soleil.

Sa poitrine se souleva dans un soupir. Ce petit être représentait tellement pour elle. Tout, maintenant qu’il l’avait quittée. La vie était si injuste. L’avenir s’annonçait pourtant tellement prometteur pour eux trois. Tout avait basculé si vite et si dramatiquement qu’il lui semblait que plus rien désormais ne pourrait la sauver. Non, elle était même certaine que plus rien ne pourrait la sauver. Des mesures s’imposaient, aussi pénibles soient elles.

« Tu es la seule personne au monde qui compte pour moi désormais, murmura-t-elle d’une voix étranglée à l’enfant indifférente. J’espère que tu t’en rends compte. Je dois le faire. Ce n’est pas ta faute. En aucun cas. Tu es la meilleure chose qui me soit jamais arr… ». Sa voix se brisa dans un sanglot. Elle n’était pas capable de faire une telle chose. C’était sans doute mieux pour tout le monde. Pourtant il ne méritait pas de clémence.

C’était la première fois qu’elle pleurait depuis la lettre. De simples mots imprimés sur une feuille de papier. Pourtant ils avaient mis fin à son bonheur d’une façon si brutale et inattendue que lorsqu’elle se réveillait le matin, elle croyait toujours pendant quelques secondes que tout ceci n’avait été qu’un simple cauchemar dont elle venait enfin de s’échapper.

La petite fille s’était levée et se dirigeait vers la salle à manger du pas hésitant des bébés qui viennent d’apprendre à marcher. Elle avait aperçu son jouet préféré, un dauphin en peluche. Sa mère la suivit, dans un état second. Elle était encore secouée. Pourtant cette idée était sa seule lueur d’espoir. C’était la seule et unique chose sur laquelle elle avait encore le contrôle et elle savait que les effets en seraient dévastateurs. C’était cequ’elle recherchait.

Elle ouvrit le buffet de la salle à manger et réalisa qu’elle avait laissé la bouteille de whisky sur la table de la cuisine. Elle partit la chercher et revint s’asseoir sur le canapé pour se servir un verre.

« Il rirait bien s’il me voyait, dit-elle sur un ton amer, sa voix tremblant légèrement sous les effets de l’alcool. Mais il va le regretter ! ». L’enfant, surprise par la violence subite du ton de sa mère, leva la tête et tourna vers elle de grands yeux interrogatifs. Puis, rassurée de voir qu’il ne se passait rien d’anormal, elle reporta son attention sur son jouet. Pendant ce temps, sa mère s’était resservi un verre de whisky. « Au point où j’en suis de toute façon… ».

Elle était convoquée chez le juge l’après-midi même. On l’avait prévenue qu’il serait là. Lui. Son mari. Elle ne l’avait pas revu depuis qu’il était parti. Elle devait emmener la petite, c’était mieux lui avait-on dit. Un enfant dans les bras de sa mère faisait toujours son effet. De toute façon, elle avait décidé depuis bien longtemps qu’elle ne s’y rendrait pas. Elle savait qu’elle n’avait aucune chance. Et puis, elle n’avait plus la force de lutter. S’il avait été là pour la soutenir, les choses auraient été différentes. Mais il avait décidé d’être son ennemi. Elle n’avait plus qu’une seule solution. Elle pouvait encore gagner. Elle avait toutes les cartes en main, il ne lui manquait plus que le courage pour le faire.

Quand il l’avait quittée au départ, elle s’était bien sur sentie triste. Mais ce n’était pas la première fois qu’il la menaçait de partir. Il disait qu’il ne pouvait plus supporter de la voir se détruire à petit feu. Il était même déjà parti une fois. Mais seulement quelques jours. Alors cette fois-ci elle ne s’était pas vraiment inquiétée. Les jours avaient passé, et à la sourde angoisse qui lui serrait le cœur de plus en plus fort s’était ajouté un sentiment de colère et d’abandon. Il croyait peut être qu’il l’aidait en disparaissant de sa vie et de celle de sa fille ?

Après les jours, c’étaient les semaines qui s’étaient écoulées. Elle avait appris à vivre sans lui peu à peu. Une nouvelle routine s’était construite, plus monotone encore que la précédente. Vide en fait. La colère avait laissé place à une sorte de léthargie qui l’envahissait peu à peu. Elle refusait de l’admettre mais pourtant elle s’abandonnait de plus en plus à l’alcool. Une noyade était toujours silencieuse. Elle avait coupé les ponts avec les quelques amis qui lui restaient pour qu’ils ne la voient pas sombrer.

Elle n’avait plus de famille autre que son mari et sa fille depuis longtemps. Son bébé était tout ce qui la raccrochait à la vie. Pendant ses moments de sobriété, un désespoir immense l’envahissait quand elle voyait étalés devant elle les morceaux de sa vie brisée. Le reste du temps elle était prise d’une rage folle. C’était lui qu’elle haïssait plus que tout. Elle n’avait de cesse de chercher à l’atteindre pour le faire souffrir autant qu’elle souffrait. Plus rien d’autre n’avait d’importance.

La petite fille se mit à pleurer de nouveau. Elle était fatiguée, c’était normal après tout. La jeune femme posa son verre et se leva pour la prendre dans ses bras. Elle la conduisit jusqu’à son berceau. L’enfant ferma les yeux aussitôt allongée sur les draps à motifs étoilés. Quelques minutes plus tard, sa poitrine se soulevait régulièrement. On n’entendait plus que le bruit de son souffle si léger. Sa mère l’observait d’un air attendri. Elle resta ainsi longuement, au point d’en perdre la notion du temps.

Il voulait la garde totale. Elle était une mauvaise mère, irresponsable et alcoolique. Elle n’avait pas de revenus, pas de maison à elle et pas de famille pour l’aider.

Avec des gestes mesurés, elle saisit l’oreiller de plumes qui se trouvait sur son lit, situé dans la même pièce. Puis, retenant sa respiration, elle le plaça sur le visage de l’enfant et appuya de toutes ses forces jusqu’à ce que le souffle si léger s’arrête.

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Re : Médée
« Réponse #1 le: 27 Septembre 2012 à 03:46:13 »
Salut Evade Night,
et bienvenue à toi.

Voilà un texte plein de noirs sentiments, dont je ne vois pas vraiment l'intérêt mis à part déblatérer des mauvais sentiments.
Ce n'est pas une critique, moi aussi cette technique me permet d'exorciser un peu.

Plus concrètement, je ne l'ai pas trouvé sensationnel. Ce n'est pas un mauvais texte, ton français est bon et il n'y a pas ou peu de fautes. C'est juste un peu plat à mon gout : les paragraphes me font l'effet de préfabriqués, tous de la même taille, sans vrai relief. Les trois premiers commencent par le même mot qui se répète tellement qu'on ne saurait réellement définir cette 'Elle'.

Quelques incohérences dans l'histoire, comme par expl :

Citer
L’avenir s’annonçait pourtant tellement prometteur pour eux trois. Tout avait basculé si vite
Citer
Mais ce n’était pas la première fois qu’il la menaçait de partir. Il disait qu’il ne pouvait plus supporter de la voir se détruire à petit feu. Il était même déjà parti une fois. Mais seulement quelques jours. Alors cette fois-ci elle ne s’était pas vraiment inquiétée. Les jours avaient passé, et à la sourde angoisse qui lui serrait le cœur de plus en plus fort s’était ajouté un sentiment de colère et d’abandon.
D'un côté c'est rapide, dramatique, dans l'autre c'est progressif, il y a hésitation etc...

Citer
Et puis, elle n’avait plus la force de lutter. S’il avait été là pour la soutenir, les choses auraient été différentes. Mais il avait décidé d’être son ennemi. Elle n’avait plus qu’une seule solution. Elle pouvait encore gagner. Elle avait toutes les cartes en main
Un poil contradictoire je trouve

Petit truc dont je ne suis pas sûr : la protagoniste dit à sa fille 'Tu es la seule personne au monde qui compte pour moi' avant de la tuer, c'est ça ? Si c'est bien ça, alors il manque quelques explications sur la logique de cette décision (j'imagine que c'est celle là même qui traverse l'esprit en première ligne, et qui la saisit d'effroi ?)

Voilà, c'est ton premier texte à ce que je vois, donc je préfère être clair là dessus : y'a rien de méchant dans ce que je dis, j'ai juste la critique un peu facile car je considère que c'est comme ça qu'on avance.

En conclusion donc, pense bien à l'enchainement logique des événements, tu es peut être un peu trop dans l'émotion...
.

Evade Night

  • Invité
Re : Médée
« Réponse #2 le: 27 Septembre 2012 à 09:56:08 »
Eh ben, c'est un peu abrupt comme critique (parce que ça y ressemble beaucoup quand même). Mais c'est construit, donc je m'incline...

Pour ce qui est de la première remarque, j'ai volontairement donné une introduction rapide, que j'ai développée ensuite. Et je ne vois pas bien la contradiction dans la deuxième : elle n'a pas plus le courage de se battre (au procès, par exemple), donc elle choisit une solution "plus facile" si on peut dire.

Enfin, j'admets avoir laissé un peu de flou quant au raisonnement qui se fait dans sa tête. Pour moi, il y a une logique, qui n'est bien sur pas très acceptable d'un point de vue moral, qui se développe dans le texte.

Voilà, j'essaie d'expliquer ma démarche, mais dans le fond c'est le point de vue du lecteur qui compte, donc si ça n'a pas été compris, c'est que j'ai mal joué. ^^

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Re : Médée
« Réponse #3 le: 27 Septembre 2012 à 10:29:45 »
Citer
Voilà, j'essaie d'expliquer ma démarche, mais dans le fond c'est le point de vue du lecteur qui compte, donc si ça n'a pas été compris, c'est que j'ai mal joué.

Excellente manière d'aborder la critique, même si tout est relatif : personne ne t'en voudrais d'écrire simplement car ça te plait sans t'intéresser au lecteur =)
C'est cool si tu le prends bien : je tente juste d'aider comme j'aime qu'on m'aide, c'est à dire de manière à souligner les travers du texte. En aucun cas il y a injure au travail fourni, bien au contraire.

Citer
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Et puis, elle n’avait plus la force de lutter. S’il avait été là pour la soutenir, les choses auraient été différentes. Mais il avait décidé d’être son ennemi. Elle n’avait plus qu’une seule solution. Elle pouvait encore gagner. Elle avait toutes les cartes en main
Un poil contradictoire je trouve
Et je ne vois pas bien la contradiction dans la deuxième : elle n'a pas plus le courage de se battre (au procès, par exemple), donc elle choisit une solution "plus facile" si on peut dire.
Le flou de ses intentions est effectivement justifié par la chute, judicieusement (et normalement) placée à la fin, mais du coup au moment de la lecture de cette phrase, il y a un grand vide qu'on espère se combler juste après.

Sinon, je me demandais si ta production attendait une suite, ça pourrait être cool de découvrir ce que les personnages évoqués deviennent. Ou un préquel pour expliquer comment ils en sont arrivés à là ? (désolé si des questionnements nécessitant éclaircissement me gravitent autour de la tête depuis que j'ai relu une deuxième fois)

En tout cas ça m'a semblé bien triste, tout ça. Tu as des pulsions meurtrières ? ^^
.

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Re : Médée
« Réponse #4 le: 27 Septembre 2012 à 14:42:29 »
Bonjour !


Jolie (enfin, le terme concerne le récit, pas l'histoire) descente aux enfers.
Même si je ne suis pas d'accord avec la décision de la femme, ton texte est rondement mené. Côté suspens, on devine rapidement qu'elle a des idées de meurtre, quoique je reconnais qu'au début je pensais qu'elle voulait se débarrasser de son mari. Dès le cinquième paragraphe, j'ai tout compris. D'ailleurs, si ma culture avait été plus grande, j'aurais tout compris dès le titre ;) Si tu voulais nous asséner avec un chute sur cette révélation, c'est un peu raté. Mais je ne considère pas cela comme un point négatif.
Je n'ai pas relevé de faute, ce qui contribue au côté bien ficelé de l'ensemble.


Cordialement,
O.
"Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse" (Coco Chanel)

 


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