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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le grésillement du rougequeue noir

Auteur Sujet: Le grésillement du rougequeue noir  (Lu 1374 fois)

Hors ligne Le Hambourgeois

  • Plumelette
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Le grésillement du rougequeue noir
« le: 23 Juillet 2017 à 23:27:29 »
Le grésillement du rougequeue noir


I - Enfermée

La poignée tourna autour de la serrure sans aucune résistance. La porte restait fermée.
- C'est pas vrai – pensa-t-elle – Je ne suis pas enfermée dans cette putain de pièce sans fenêtre.
Elle essaya d'ouvrir la porte une deuxième et une troisième fois, toujours avec le même résultat, c'est-à-dire aucun.
- C'est pas vrai – dit-elle cette fois à voix haute. Elle se sentait ridicule, emprisonnée toute nue dans cette pièce. Que pouvait-elle faire ? Appeler pour aide ? Quelqu'un l'entendrait-il ? Elle écouta. Peut-être, un autre hôte passerait-il dans le couloir. Le seul bruit qu'elle entendît fut le ronronnement métallique de la ventilation dont le bouton était à l'extérieur.
- Chambre trois trois cinq ! M'entendez-vous ? Je suis enfermée dans la salle de bains ! Appelez quelqu'un pour m'aider !
La seule réponse fut le son métallique de la ventilation. Il était difficile à dire combien de temps elle attendit avant de crier ses paroles pour la deuxième fois, peut-être cinq minutes, peut-être nettement moins. Avant son cinquième essai, elle décida de frapper à la porte pour faire autant de bruit que possible. Elle frappa dix fois de toutes ses forces, mais d'une manière parfaitement régulière, ni trop vite, ni trop lentement. Il ne fallait surtout pas paniquer.
L'entière scène se répéta plusieurs fois toujours sans résultats sauf pour le fait que ses mains commencèrent à être douloureuse. Enfin, elle s'assit sur le couvercle des toilettes et se prit le visage entre les mains.
Que faisait-elle dans cet hôtel et finalement que faisait-elle dans cette putain de ville ? Les choses s'étaient mal passées dès le début. Pourquoi n'était-elle pas restée chez sa copine ? Cette affaire n'était qu'un rien. Maintenant elle ne comprenait plus pourquoi sa réaction avait été si forte. Mais elle avait quand même pris une décision et on ne revient pas facilement sur une décision. Personne ne le fait pour le plaisir. Tout le monde avait sa fierté et elle aussi avait sa fierté et ses principes. Elle avait quitté la copine en toute hâte en empruntant le prochain train, pour ainsi dire n'importe quel prochain train. Rentrer chez elle était hors de question, car elle avait laissé ses clefs chez sa voisine pour que celle-ci s'occupe de son chat et son retour n'était pas convenu avant le lundi suivant.


II - Quelques heures avant : Dans la rue

 Il y avait ces gens avec leurs maillots aux rayures vert et blanc partout aux alentours de sa gare de destination. Elle ne s'y connaissait guère en football, mais elle pensa qu'ils venaient très probablement de regarder un match de leur équipe dans un bar. Elle avait toujours détesté ces gens qui criaient des paroles idiotes, qui puaient l'alcool et la sueur et qui formaient un groupe fermé sans individualité. Quant à elle, elle avait toujours eu le sentiment de ne pas faire parti d'aucun groupe quel qu'il fût, d'être l'observatrice plutôt que la protagoniste de sa propre vie.
 Pour échapper à la foule elle prit quelques rues au hasard et continua à marcher pendant que les gens se dissipaient. Ses pensées revinrent sur la situation avec sa copine. Là aussi, on lui avait donné un sentiment d'isolation. Il était vrai que sa relation avec cet homme avait toujours été platonique . Cela faisait deux ans qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois pendant un stage de photographie de la nature. Ils aimaient tous les deux les observations dans la nature, les chants d'oiseaux et les petits moments saisis sur une photographie que l'on ne voyait pas en temps réel.


III - Encore avant : Un dîner à trois

 C'était la bonne saison et la bonne région pour observer des oiseaux migrateurs en grand nombre et il lui avait semblé logique d'en faire l'occasion pour la première rencontre ensemble avec les seules personnes qu'elle ait considérées comme ses amis. Après une excursion dans les marais, son ami et elle se rendirent chez sa copine pour dîner ensemble. Pendant le dîner, elle ne reconnaissait plus ses amis. Cet homme ne lui avait jamais apparu séducteur. Néanmoins, sa copine devait avoir trouvé quelque chose de très attirant dans son comportement. Les deux avaient immédiatement commencé à flirter très ouvertement et après quelques minutes à peine elle était déjà exclue de leur conversation. Finalement, elle connaissait l'appartement de sa copine suffisamment bien pour préparer la table pendant que ses deux amis restaient inséparables dans le séjour. À mesure que la soirée progressa, tous les deux montraient une soif immense comme si la loi exigeait de vider la dernière bouteille de vin avant les actualités à 23 heures. Aussi y avait-il ces remarques qui servaient à l'isoler encore plus. Ils lui avaient demandé pourquoi elle ne savait pas s'amuser, pourquoi elle ne buvait pas comme eux et pourquoi elle était toujours si réservée. Peu après elle s'excusa en feignant quelque malaise. Une fois qu'elle se fut installée dans le train, elle envoya un message à sa copine disant qu'elle trouvait son comportement irrespectueux et qu'elle allait couper les ponts. Puis elle éteignit son portable. C'était la première fois qu'elle coupait le contact avec un ami d'une manière aussi explicite.


IV - Encore dans la rue

 Quelque chose la fit arrêter. Elle se trouvait devant cet hôtel et se dit que ce serait mieux de s'y rendre. Dans des circonstances différentes, elle aurait peut-être choisi une meilleure qualité, mais pour le moment, il vaudrait mieux ne plus se promener en pleine nuit dans ce quartier qui n'inspirait guère la confiance. Peut-être, le lendemain, à tête reposée, saurait-elle mieux que faire et comment continuer.
 Peu après elle arriva dans cette chambre dont la propreté était approximative. Une fenêtre donnait sur l'arrière. En face à quelques mètres, se tenait un mur sombre avec quelques installations de ventilation. Après une douche rapide, elle irait se coucher.


V - Encore enfermée

 Des bruits amortis la réveillèrent de sa transe. Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé, mais elle distingua un son extérieur en dehors du ronronnement de la ventilation. Ce furent les pas trop lourds, un peu irréguliers et les voix balbutiantes d'hommes qui avaient trop bu.
- T'entends ça ?
 - Quoi ?
 - T'es sourd quoi ! Écoute !
 - Chambre trois trois cinq ! M'entendez-vous ?
 - C'est une femme quoi ! Y a un problème ?
Malgré l'état d'ivresse de ses sauveurs, elle parvint enfin à se faire comprendre et quelques minutes après, elle entendit déjà le concierge ouvrir la porte de sa chambre.
 - Ne vous inquiétez pas Madame ! J'aurai ouvert la porte de la salle de bains dans deux minutes – lui dit-il.
Elle serra la serviette-éponge, qui lui semblait trop petite en ce moment, plus proche de son corps. Il y eut les bruits d'outils dans la serrure avant que la porte se soit entrebâillée avec un léger claquement. Il était évident que le concierge, qui demeurait à l'autre côté de la porte sans contact visuel, voulait lui épargner toute humiliation.
 - Madame, la porte est ouverte. Je vous laisse le temps pour vous remettre. Si vous avez besoin de quelque chose ou si vous voulez changer la chambre, n'hésitez pas à appeler la réception. C'est le zéro sur votre téléphone.
 Après l'avoir remercié, elle se rendit dans la chambre et ouvrit la fenêtre. La première lumière annonçait l'arrivée du nouveau jour. Elle entendit le chant d'un rougequeue noir venant de quelque part. Elle adorait ce chant avec ces petites strophes et ce grésillement qui lui rappelait une radio en panne. C'était un chant ni tout à fait tonal ni complètement atonal comme les meilleures œuvres de la musique. Ce fut comme si l'oiseau chantait seulement pour elle, pour la consoler et pour lui donner du courage. Elle s'allongea sur le lit et ferma les yeux. Le lendemain, elle allait appeler sa copine. Elle allait résoudre la situation. Elle allait se débrouiller.
« Modifié: 25 Juillet 2017 à 07:24:23 par Le Hambourgeois »

Hors ligne Nexwall

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  • Hëlskaner le Lâche
Re : Le grésillement du rougequeue noir
« Réponse #1 le: 24 Juillet 2017 à 17:56:52 »
Salut Le Hambourgeois !

Citer
toujours avec le même résultat, c'est-à-dire sans résultat.

J'aurais remplacé le second 'sans résultat' par 'aucun'. (Pour éviter la répétition.)

Citer
Elle se sentit déjà ridicule

Hum, pas facile cette phrase. Je trouve le passé simple hasardeux, car c'est un sentiment qui dure (à mon sens), et trouve le 'déjà' étrange.

Citer
Peut-être, un autre hôte passa-t-il dans le couloir

Il te faut du conditionnel -> passerait (le '-t-il' est inutile.)

Citer
Il était difficile à dire pour combien de temps

Le pour est inutile.

Citer
dix fois avec toute sa force

L'expression serait plus : 'de toutes ses forces'. (dix fois de toutes ses forces.)

Citer
sans résultat

Il faut un 's' si tu sous-entends que les résultats seraient plusieurs.

Citer
que ses mains commencèrent à heurter.

J'aurais aussi mis un imparfait -> commençaient (qui sous-entend que l'action n'est pas finie)
Heurter ne convient pas. (On heurte quelque chose, les mains heurtent la porte, par exemple.) S
Si tu parles de douleur, de dégât, ce sera -> à être douloureuse, à saigner, à s'abîmer ? (J'ai vu que le français n'est pas ta langue maternelle, je peux te filer des exemples en anglais si tu ne vois pas ce que je veux dire, l'allemand me sera par contre difficile.)

Citer
de la toilette

Des toilettes* Toujours pluriel, au singulier, c'est l'action de se laver. (Pourquoi ? Aucune putain d'idée.(J'ai vu que tu maîtrisais putain :).))

Citer
chez sa copine ?

Copine a un côté enfantin / familier ou veut dire petite amie. Amie conviendrait mieux au langage que tu utilises autour.

Citer
et on ne retirait pas facilement une décision.

et on ne revient pas facilement sur une décision*
(On revient sur une décision.)
J'ai mis du présent car tu le mets en forme d'adage, de maxime, populaire ?

Citer
Personne ne le faisait en passant.

Je comprends de cette phrase : revenir sur sa décision n'est pas une chose qu'on fait comme ça ?
(J'aurais mis : "Personne ne le fait pour le plaisir.")

Citer
partout alentours de sa gare de destination

Partout aux alentours de sa gare de destination*

Citer
probablement de regarder un jeu de leur équipe dans un pub

probablement regarder un match de leur équipe dans un bar*
(jeu ne convient pas, on fait une opposition ou un match entre deux équipes, avec une large préférence pour match. (Match de tennis, match de volley, etc ...)
(Pub a du sens, mais fait très spécifiquement référence aux pubs irlandais. Où, souvent, les matchs ne sont pas retransmis. Bar convient donc mieux.)

Citer
d'aucun groupe quel que ce fût,

Pas loin ! Mais pas de neutre en français -> quel qu'il fût. (Le il se rapportant au groupe auquel elle n'appartient pas.)

Citer
que la foule se dissipait.

C'est dommage de répéter 'foule'.

Citer
avait donné le sentiment de ne pas appartenir

Appartenir va demander un complément. (On appartient à quelque chose.)

Citer
les chants d'oiseux et les

Oiseaux*

Citer
s'excusa en faignant quelque malaise

Feignant* (De feindre)

Citer
qu'elle ait coupé le contact

Qu'elle coupait*
(Elle est en train de le faire au moment où on raconte l'histoire.)

Citer
une meilleure accommodation

Hum, accommodation fonctionne, mais n'est vraiment pas naturel. Plutôt -> qualité ? (Ce n'est pas génial non plus. Je n'ai pas beaucoup d'idée immédiatement, je reviendrais si je trouve mieux.)

 
Citer
qui n'inspirait guère sa confiance.

guère la confiance*

Citer
la propreté fut approximative

était*
(C'est un attribut qui dure.)

Citer
Un mur sombre avec quelques installations de ventilation sinon sans fenêtre s'y opposait à une distance de quelques mètres.

Je comprends pas cette phrase. Le 'sinon' est pour moi de trop, 'opposait' n'est pas le terme qu'il te faut. Si tu veux dire 'en face', ce serait plus simple de le dire au début ?
En face à quelques mètres, se tenait un mur sombre avec quelques installations de ventilation.

Citer
qui lui semblaient trop petite en ce moment

Semblait*

Citer
plus proche à son corps.

Plus proche de*

Citer
pour vous recomposer.

Remettre* conviendrait plus.



C'est franchement très propre. Sur l'histoire, il y a des maladresses sur la construction, tu répètes beaucoup les sujets et les mêmes mots (mais ! comment t'en vouloir ?), l'approche est un peu naïve. Un grand bravo tout de même.
« Modifié: 24 Juillet 2017 à 17:58:47 par Nexwall »
"Le futur aussi. Le futur arrive sans cesse. Il est là sinueux, plein de possibilités et pourtant si limité ! Le présent le déstructure, le détruit petit à petit, puis il l’avale et le recrache en passé. "

N'hésitez pas !
https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=36823.msg584100#msg584100

Hors ligne Sophie131

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Re : Le grésillement du rougequeue noir
« Réponse #2 le: 24 Juillet 2017 à 18:56:41 »
J'ai laissé Nexwall faire les corrections, je me contenterai d'un commentaire sur l'ensemble du texte

L'histoire est un peu maladroite, on a du mal à comprendre la chronologie (par exemple quand elle cherche son hôtel, tu écris comme si c'était en train de se passer alors que c'est déjà arrivé), donc vérifie bien la concordance des temps, mais sinon j'aime bien l'histoire avec son amie. Ton texte a du potentiel et une bonne relecture permettrait de le rendre plus percutant.
Peut-être aussi travailler plus les émotions de ton personnage, pour rendre son angoisse quand elle est enfermée et sa colère contre sa copine plus intenses (mais c'est à toi de voir)

Voilà pour moi :)
Bonne chance

Hors ligne Le Hambourgeois

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Re : Le grésillement du rougequeue noir
« Réponse #3 le: 24 Juillet 2017 à 20:00:38 »
Merci Nexwall pour les corrections. Moi aussi, je n'aime pas le mot copine dans ce contexte. Cependant, il me fallait distinguer entre "sa copine" et "son ami". Utiliser son amie et son ami dans la même phrase m'aurait semblé bizarre. Il me faut peut-être donner des noms aux gens ou même utiliser "son amie" et "sa connaissance".


Hors ligne Le Hambourgeois

  • Plumelette
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Re : Le grésillement du rougequeue noir
« Réponse #4 le: 24 Juillet 2017 à 20:35:08 »
Merci Sophie131,

Je voulais organiser mon texte comme suivante :

- 1) Enfermée dans la salle de bains
-     2) Avant : se promenant au hasard et tout agitée dans cette ville inconnue
-          3) Encore avant : la "situation" avec sa copine
-     2) Continuation dans la ville
- 1) Continuation dans la salle de bains

Je ne voulais pas écrire des paragraphes tout entiers au PQP. Je dois peut-être trouver quelques petites phrases pour relier les parties de mon texte.

Je ne voulais mettre en valeur ni son angoisse ni sa colère, mais plutôt un sentiment d'isolation qui est dans toutes les trois parties. Physiquement enfermée dans la partie (1) où elle garde bien son sang-froid en tant que femme rationnelle. Isolée dans une foule à laquelle elle n'appartient pas dans la partie (2) et finalement isolée "sur la fête" où elle ne sait pas se détendre.
« Modifié: 24 Juillet 2017 à 20:39:18 par Le Hambourgeois »

Hors ligne Sophie131

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Re : Le grésillement du rougequeue noir
« Réponse #5 le: 24 Juillet 2017 à 23:06:13 »
Dans le cas où la construction temporelle n'est pas linéaire, il faut être sûr que le lecteur s'y retrouve, soit en utilisant les bons temps, soit en positionnant clairement les passages les uns par rapport aux autres (et comme dans ton texte ils s'enchainent sans transition c'est compliqué de s'y retrouver au premier abord).
Dans ce cas, mettre plus en avant sa solitude parce que pour l'instant, on reste spectateur de ce qui lui arrive sans s'impliquer (sauf, personnellement, au moment de la scène entre son mec et sa pote, mais c'est la scène en soi qui provoque un sentiment, pas le point de vue du personnage, je ne sais pas si c'est clair). Si tu arrives à renforcer le sentiment d'isolation du personnage au point où elle parait elle-même spectatrice de sa propre vie, je pense que tu auras réussi ton pari
Mais bon, vu du point de vue de l'isolation, ton texte est déjà pas mal, je pense que tu devrais bien t'en sortir ;)

 


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