Elle était là, se tenant de côté, épiant le groupe qui s’approchait sur le parking et ne sachant pas si je la prendrais dans mes bras, lui montrerais de l’amour ou cet amour qu’elle était en droit d’exiger, alors que le groupe continuait d’approcher et savait que nous étions un couple, qu’en de telles circonstances où mon épouse s’échapperait pour deux jours dans ce séminaire de travail, il était bon que son mari l’embrasse, lui souhaite un bon séjour, la retienne peut-être dans ses bras, montre à cette petite foule curieuse que ce couple fonctionnait bien, qu’il n’y avait rien à redire, et qu’une petite pointe de jalousie dans leurs rangs serait même la bienvenue pour aider ma femme à s’imposer dans un groupe où la concurrence est forte, une jalousie qui montrerait que mon épouse a de quoi en montrer. J’ouvris le coffre, et j’attendis le sac dans la main que le groupe nous rejoigne, hésitant sur la conduite à tenir, ne voulant pas me faire voir ni faire voir que j’hésitais à prendre ma femme dans mes bras, j’attendais, le sac dans la main, qu’on me dise quoi faire. Bonjour, bonjour, tout le monde se saluait, les retardataires qui arrivaient, comme le petit groupe qui stationnait devant notre voiture et attendait que mon épouse me présente. Je serrais alors des mains, saluais d’un hochement de tête, répétais mon prénom à qui mieux mieux et gardais ce maudit sac en oubliant de le donner à ma femme. Et puis, comme si ce ballet devait finir, que les mots de politesse avaient rempli leur rôle, on se retira, on recula, on saluait déjà d’autres personnes qui arrivaient sur le parking et je tendais le sac à mon épouse en lui souhaitant de vive voix un bon séjour, puis en le souhaitant plus fort à l’attention des autres qui s’éloignaient vers le petit car de transport. Ma femme me répondit qu’elle m’appellerait, m’invitait du regard à faire quelque chose avec mes mains ou mon corps, mais que pouvais-je faire devant cette foule qui s’était arrêtée de parler et nous observait comme à son arrivée, espérant tout savoir, d’un geste ou d’une parole, de ce couple emprunté qui ne savait pas se dire au revoir, qui ne savait pas vivre au milieu des autres et qui sans doute ne savait plus vivre du tout. Avais-je le droit de prendre dans mes bras ma femme et montrer à tous qu’ils avaient raison.