Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 Juin 2026 à 20:11:51
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Auteur Sujet: Vivre [Défi Tic-Tac 26.06.26]  (Lu 11 fois)

En ligne Luna Psylle

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Vivre [Défi Tic-Tac 26.06.26]
« le: Aujourd'hui à 13:17:47 »
Salut !

Les défis Tic-Tac, c'est quoi ? Un sujet aléatoire est donné et on a une heure pour écrire un texte. Hésitez pas à fouiller le sujet éponyme épinglé en haut de section pour plus de détails, ou même poser vos questions ;)
Pour ce Tic-Tac, ça donne quoi ? le sujet est une couverture aléatoire, proposée par Claudius :) merci Claudius :)


Une seconde production au petit matin. Moins dérangée, plus en lien avec mon fatras d’émotions des derniers jours. La musique, c’est l’intro de Conan le Destructeur. Dois-je prévenir que c'est mon film de cœur depuis toute petite et que, par conséquent, même si aujourd'hui je connais le Barbare, même si j'ai conscience du qualificatif de nanar du Destructeur, ça reste mon héros, mon Conan, qui m'aura pas mal soutenue dans des épreuves de vie ? Allez-y mollo, si vous voulez dire que c'est de la merde... |-|

Une bonne lecture et une bonne soirée !



Vivre

Où étais-je ? Je l’ignorais. Un bar, perdu dans un décor mouvant. Mes yeux bouffis de larmes, j’entrai avec le sentiment amer que, de toute façon, ça ne changerait rien. Rien ne changeait jamais ; et je nous haïssais pour ça. Autour de moi, d’autres. D’autres regards, d’autres visages, dans lesquels je pouvais presque me retrouver. Un sentiment d’abandon si fort si intense qu’il annihilait le peu de volonté qui espérait germer au fond.
Je me faufilai entre les tables, entre ces âmes brisées. Au comptoir, l’homme continua ses tâches, avec minutie. Je l’observai et acceptai qu’il ne me ferait aucun mal. J’ignorais d’où me venait cette conviction : jamais, jamais, jamais, il ne me ferait du mal. Malgré son regard d’assassin, malgré ses mains tachées de sang, jamais il ne me blesserait. Il me salua :
— Veux-tu boire quelque chose ?
— Où suis-je ?
Il me sourit :
— Un sirop. Pêche-Mangue. Eau plate.
Mon regard s’illumina et il posa le verre sous mon nez.
— La plupart des clients ne prennent pas la peine de me parler, m’avoua-t-il. Ça me fait plaisir que tu aies eu ce courage. Tu guériras.
J’allais lui demander quand je compris. Chaque client qui arrivait ici était comme moi. Oublié.
— Avons-nous tous le même grief ?
Il acquiesça :
— Ce bar est destiné à votre repos.
— Notre repos ? Alors, j’ai…
— Non, me coupa-t-il. Tu n’as pas abandonné. Il y a eu un accident, mais tu sembles vouloir lutter. Veux-tu en parler ?
Je m’installai sur le tabouret, refermai la main autour du verre frais et parlai. Une enfance heureuse, achetée diraient certains, oisive. Une enfance dans l’ignorance de ce que j’étais, un dommage collatéral de l’histoire de mes parents. Elle ne voulait pas d’autre enfant, mais mon père était si heureux de me voir naître. Elle ne voulait pas d’autre enfant et, l’espace de quelques années, je ne l’avais pas ressenti. On avait joué, on avait ri, on avait fait ensemble tout ce qu’un enfant pouvait rêver de faire. Ce fut après que les choses se corsèrent. Je grandis avec le sentiment d’une ombre sur mes épaules. Les mots furent durs à entendre. Jamais plus. Jamais de coups, jamais de blessures trop visibles. Jamais personne pour le voir. Les années passèrent avec toujours cette énorme pierre sur mon dos. Le poids de ses attentes et de ses insultes. Le barman me sourit :
— Mais tu n’as jamais cessé de lutter. Beaucoup d’entre vous abandonnent, mais pas toi. Sais-tu pourquoi ?
Je fermai les yeux et cherchai dans ma mémoire. Sa mélodie s’imposa dans tous le bar. Un rythme guerrier. Un héros. Mon héros. Il m’avait appris à ne jamais abandonner. Lui n’abandonnait jamais. Je me souvenais d’après-midi passées à regarder ses aventures et comprendre pourquoi je n’abandonnerais jamais la victoire au dragon.
— Crom ne l’accepterait jamais, rit le barman.
Non, Crom ne l’accepterait jamais. Je séchais mes larmes et remerciai le barman.
— Maintenant, tu peux repartir. Vis. Bats-toi, fille de Crom.
Je quittai le bar sans avoir touché à ma boisson. Accepter ce premier verre aurait annoncé ma défaite.

Je me réveillai dans un lit d’hôpital. Mon corps me faisait mal, mais ma détermination était entière. Je refusai d’abandonner.
« Modifié: Aujourd'hui à 13:47:49 par Luna Psylle »
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

 


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