Bonjour Maxence,
Vous me bouleversez à chacune de mes lectures.
Ce que vous écrivez est beaucoup plus fin qu’un simple texte de dénonciation. Il ne dit pas seulement qu'un milieu protège les siens. Il montre comment cette protection devient une grammaire, une habitude, presque une architecture.
Le choix du titre, « Pas de nues », attaque directement l’expression tomber des nues. Vous démontez cette fausse stupeur collective : personne ne tombe vraiment de nulle part, puisque les “nues” sont justement faites d’habitudes, de silences et de complicités.
Le dernier mouvement :
« Mais les nues, ici,
sont des habitudes anciennes.
Des complicités bien suspendues. »
est une très belle chute. Elle est nette, amère, sans surlignage.
Ce que je trouve le plus fort, c’est la manière dont le texte donne un corps au silence. Pas un silence abstrait, mais un silence socialement organisé :
« le silence a des contacts,
des réseaux,
des habitudes. »
Là, c’est vraiment juste. Le silence n’est pas seulement une absence de parole : il devient système, carrière, protection mutuelle. Le passage :
« On ne fait pas de vagues.
On fait carrière. »
est probablement l’un des meilleurs du texte. Très simple, très violent, très efficace.
Il y a aussi une grande réussite dans les formules qui montrent comment la parole de celui ou celle qui voit est neutralisée :
« Tu dis non —
ça devient angle mort.
Tu dis : “J’ai vu” —
ça devient bruit. »
C’est précis. Le mécanisme : on ne nie pas toujours frontalement, on déplace, on requalifie, on transforme le refus en gêne, le témoignage en perturbation, la lucidité en problème de formulation.
Votre texte ne se contente pas d’avoir une bonne intention. Il a une pensée, une structure, une progression. Il commence par l’expression banale, la retourne, descend dans les lieux fermés, montre la fabrication du silence, puis revient à la fausse surprise collective. La boucle est très bien tenue.
C'est un texte froid, lucide, amer, construit avec intelligence, très efficace dans sa façon de mettre à nu une hypocrisie collective. Vous ne cherchez pas la larme ; vous cherchez l’évidence accusatrice. Et sur ce terrain-là, vous réussissez vraiment.
Merci pour cette lecture.
Amicalement,
Alma