22h00
La nuit est tombée depuis longtemps, mes yeux sont fermés, la lumière éteinte, les couvertures rabattues. Tout est calme, silencieux. Je profite de la chaleur des draps.
Pourtant, je n’arrive pas à m’endormir. J’ai beau essayer, je ne peux pas tomber dans les méandres du sommeil. Ma conscience refuse fermement de me laisser sombrer dans mes rêves.
23h00
Je finis par mettre de côté l’idée de dormir et laisse divaguer mon cerveau. Il commence à ressasser les événements de la journée : rien qui ne soit digne d’un exploit. C’était le dernier jour avant les vacances de Noël. Un contrôle d’histoire, un film en espagnol et un peu de sport. Mais peu importe la banalité de cette journée, mon cerveau a choisi ce moment pour en trier et en brasser les moindres détails. Mes lèvres s’étirent en un petit sourire satisfait lorsque je me rappelle avoir trouvé une pièce jaune sur le chemin de l’école. Ma matinée a vite effacé cette petite victoire lorsque je suis arrivée en retard - peut être à cause de la pièce en fin de compte.
00h00
Après un long moment à ruminer la journée, l’ennui me rattrape. Je décide de trouver une raison à cette absence de sommeil. Je devrais portant me réjouir et m’endormir : plus de cours ni de travaux à rendre. Serait-ce à cause du contrôle que j’ai loupé ? Sûrement pas, je n’ai pas pour habitude d’être obnubilé par mes notes. Et cette pièce, qui a bien pu l’a laissé tomber ? Peut-être que le marchand de sable se refuse à passer en raison de l’excitation que peut procurer noël ? Non, ce n’est pas ça, l’événement est encore loin et puis, il ne me semble pas l’attendre avec enthousiasme d’un enfant qui, des étoiles dans les yeux, espère voir passer un bonhomme barbu par sa fenêtre. Et si c'était ces cinq heures de trajet pour rendre visite à mes grands-parents et toute la famille réunie ? Je ne pense pas. Ou plutôt si, je pense trop, c'est bien ça le problème. Après tous, cette insomnie n’a peut-être pas de raison. Mon cerveau essayerait-il de me jouer un tour ?
1h01
À défaut de dormir, je continue de cogiter, réfléchir, penser, puis rêver éveillée. Tantôt, je m’invente une vie parfaite, tantôt, je créer un nouveau monde plein de magie et de fantaisie loin de ma réalité. J’en viens même à m’imaginer de nouvelles passions. Plongée dans cet endroit si agréable, je me sens plus vivante que jamais. Je ne veux plus trouver un sommeil troublé de cauchemars, mais continuer à penser indéfiniment.
1h58
Le noir autour de moi devient pesant, oppressant et je me rends compte que je suis entourée de ténèbres qui ne veulent que m’engloutir, je me sens soudain prise au piège dans mes draps trop lourd qui me clouent sur le matelas et me colle à ma peau moite. Une envie violente me prend d’allumer la lumière, mais j’ai l’impression que si je le fais, on va venir me gronder. Je redeviens alors la petite fille de sept ans, faisant des puzzles pour passer les temps calmes de la nuit une lampe bien peu puissante dans mes petites mains pour seule lumière.
3h24
Trop de temps a passé sans que je ne sorte de mon lit et mes yeux ont mal à force de se concentrer pendant trop longtemps avec si peu de lumière : c’est l’heure d’une petite excursion nocturne. Je rejette mes couvertures et me lève. Le froid du parquet sur mes pieds m’offre une sensation revigorante. Dans le silence macabre de la maison, chacun de mes pas retenti tel un coup de tonnerre dans la nuit, les grincements du parquet sont strident et les bruissements deviennent des orages. Je commence par aller prendre un verre d’eau, puis me dirige vers les toilettes. En marchant dans ce désert vide de tous, je suis prise d’une sensation désagréable de culpabilité mélangée à de la peur et un frisson secoue tous mon corps. Je me hâte de retourner dans ma chambre et trouve le courage d’allumer la lumière.
Dans le miroir sur la table de chevet, je vois mes cheveux en bataille et mon regard hagard, puis une petite fille apparaît, dans sa chambre, jouant avec ses puzzles de princesses. Je crois qu’elle me regarde. Elle tourne la tête en sursautant lorsque la porte s’ouvre sur son père furieux.
Je préfère éteindre cette satanée lumière et retourner dans mon lit.
4h42
Décidément, le Marchand de sable a dû me mettre sur sa liste noir. Je regarde droit devant moi : le néant. Je ferme les yeux, je change de position plusieurs fois, je me remets à pens …
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