Formellement réglé, je vais pondre un machin.
La rime est embrassée, la césure certaine.
Le sujet est l’instant : l’eau coule à la fontaine,
On entend qui aboie le chien sous le crachin.
Vert du volume dix de l’Encyclopédie
Animale et l’index ; bougainvillée : du mauve,
Théière en fonte bleue, table kaori fauve,
Feuille jaune pâle et ce que je vois, j’ai dit.
Le cactus va fleurir, de vertes turgescences
Priapiques lui font un petit air comique.
Un brame de chevreuil- et l’absence du sens.
C’est le dernier tercet, nez fins, goûtez l’essence !
Le poète se doit, d’une main ferme, épique,
De clore d’un bon mot son texte parodique.
Cent fois sur le métier, remettez le… machin.
Ébarbez et poncez cette masse incertaine,
Le thème est secondaire, on choisit la fontaine.
Et ne laissez vos yeux se mouiller de crachin !
Il vous faut consulter docte Encyclopédie,
Prendre soin de mêler, au soir, quelque trait mauve,
Ne pas vous refuser l’aubaine d’un mot fauve,
Sous prétexte qu’autrui l’aurait déjà mieux dit.
Ne négligez, non plus, d’évoquer turgescences,
Tumescence et les sens !... Souscrivez au comique.
Décorez ! Décorez cette absence du sens.
La chose est affinée, respirez-en l’essence !
Le mètre est régulier, la volonté épique,
Admettez qu’il mérite un succès parodique.
Ce n’est encore là, limbique, qu’un machin.
Informe, inerte, et vide, une masse incertaine,
Mais un peu d’eau gargouille au creux de la fontaine.
« Divinité obscure offre-nous ton crachin ! »
Regarde autour de toi, cette Encyclopédie,
Bleu oxymore, blanc tourbillon, chagrin mauve…
Tords le cou sur-le-champ au doute et ses dents fauves,
Qui prétexte qu’autrui l’aurait déjà mieux dit.
Chante plutôt l’instant jusqu’en ses turgescences,
Ne te soucie ni du sérieux, ni du comique,
Et passe par-dessus l’inanité du sens.
Éphémères les joies ! dotée d’ailes l’essence !
Tu sais, toi, l’insuccès de tout élan épique,
et refuses pourtant de louer le parodique
Saisissant l’occasion, j’enfonce mon machin.
Je me sens accueilli par une joie certaine,
Un parfum de bonheur coule de la fontaine,
Pour m’humecter ainsi qu’un délicieux crachin.
Certaines récitaient, si ! l’Encyclopédie,
Tandis que je passais du bleu naïf au mauve…
Ne vous fiez pas, messieurs, aux déshabillés fauves !
Mais celle-ci soudain, m’arrête. Elle dit :
J’ai apprécié, monsieur, la rouge turgescence
Qui anima vos reins d’un mouvement comique
Mais veuillez excuser cette panne des sens.
La débandade, alors, je connus son essence !
Adieu mes chevauchées, j’avais le cœur épique
Et l’histoire finit dans le pur parodique.
- C’est toi le gars qu’a dit que j’étais un « machin » ?
- ravale donc, bouffon, ta lexie incertaine,
Écoute-moi, je suis, du savoir, la fontaine.
- tu veux pas que j’te fout’ sur la gueule un crachin !
- Abreuve-toi, paillasse, à l’ Encyclopédie,
Apprends à distinguer le violet du mauve
Le crachat du crachin et les cubes des fauves,
- C’fichu pédé ! Y’en a-ti qui comprenne(nt) c’qu’i’dit ?
- ne parle plus de « trique » ajoute turgescence,
À ton vocabulaire, et cosmique au comique,
Apprends précisément de chaque mot le sens.
Et vénère (sans t’énerver) l’idée, l’essence !
- Euh, j’en connais des mots, espèc’ de porc épique !
Et l’histoire s’acheva, las, hors du parodique.
Me voici parvenu au bout de ce… machin.
L’enjeu m’a échappé, la défaite est certaine.
Des larmes, j’ai versé, bien plus qu’une fontaine !
Lors, j’ai le cœur au sec, oublieux des crachins.
Oui ! J’ai cru au salut, par l’Encyclopédie,
Par les états douteux où le chant se fait mauve,
Par le sexe enflammé aux yeux de bête fauve,
Par la parole, aussi… J’y ai cru. Je l’ai dit.
Si je reste sensible aux vertes turgescences,
Mon jugement a pris un penchant trop comique
Pour que je cherche encore à dénicher du sens.
On nous avait menti, il n’y a nulle essence.
Le sachant, on se cache en l’imposture épique
Nos vies n’auront été que mystères parodiques.
La poésie est morte ou n’est plus qu’un machin.
Ces dames au salon, nimbées de cheveux mauves,
La trempent dans le thé. Ce sont de trop vieux fauves,
La canine émoussée, nul cri- un glas : crachin…
Voici les éplucheurs de l’Encyclopédie,
Pâlichons érudits à la science incertaine,
Qui jamais ne verront sirène à la fontaine ;
Leurs mots demeurent gris dans l’absence du dit.
Un affolé s’étrangle en brames, turgescences,
Son appel au cosmos a tourné au comique,
Dans ce bouillon se noie le fantôme du sens.
S’avance maintenant le maître de l’essence !
On y pige que d’chie mais son air est épique
La poésie est morte- ou bien est parodique.