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24 Avril 2026 à 17:20:51
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Bestia ex machina - La Bête de l'évènement

Auteur Sujet: Bestia ex machina - La Bête de l'évènement  (Lu 8206 fois)

Hors ligne XB2000

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    • Texte mi-long » Bestia ex machina : La Bête de l'évènement
Re : Bestia ex machina - 5 # Contact
« Réponse #15 le: 31 Janvier 2026 à 23:40:10 »
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   Vendredi, dernier jour de la semaine de travail. J'ai déjà commencé à déposer les éléments que je pouvais du Cavalier Blanc, les roues et les trains roulants. Les éléments d'usure à remplacer après un si long moment d'immobilisation ont été commandés dans la semaine. Comme tout bon prototype, en particulier des années 1980, les capteurs, les calculateurs et même le câblage sont installés de manière un peu anarchique. Je ne peux même pas retirer les pare-chocs sans abîmer les éléments électroniques. Il va falloir attendre demain pour du travail propre.


Pendant que je finis d'analyser ce que j'ai pu inventorier, pour Lucie c'est une journée de travail normale. Une journée ensoleillée, peut-être pour cela qu'elle a eu envie de descendre au réfectoire pour manger sa salade. Elle s'est installée dans un coin, à côté d'une large fenêtre. Elle vient de terminer une réunion de travail qui l'a mise en retard par rapport à ses habitudes de repas. Le réfectoire est déjà en train de se remplir, les micro-ondes tournent, les gens discutent.
Comme d'habitude Lucie mange en silence, elle regarde par la fenêtre. Elle est sortie de ses pensées par trois collègues de son équipe.

— Hé Lucie ! On peut t'accompagner ? lui demande une de ses collègues.
— Euh oui Céline.
— Toujours ta salade Lucie, remarque un second en s'installant.
— L'embête pas Marc, le réprimande la troisième.
— T'as pris quoi au food-truck Sophie ?
— Un burger raclette et bacon… Tu discutes encore avec ton robot Céline ?
— C'est pas un robot, c'est mon assistant personnel.
—  C'est bien, t’as remplacé ton mari et ton médecin par une appli.
— Non Marc, mais, je lui demande plein de conseils. Surtout depuis que la petite fait ses dents. Il me rassure presque mieux que le pédiatre.
— Perso, je trouve ça flippant. Un logiciel qui te dit comment élever ton gosse ?
— Ouais, ça reste une I.A., quoi. De toute façon, une I.A. n’aura jamais de sentiment.
— Les sentiments ne sont que des réactions à des stimuli, donc ils peuvent s’apprendre.

Ils connaissent Lucie peu bavarde, parfois elle pose des questions quand elle ne saisit pas leur conversation. Ils ne se souviennent sans doute pas qu'elle ait déjà asséné une contradiction aussi affirmative en dehors du travail.

— Tu penses qu'une machine pourrait avoir des sentiments ? demande le jeune homme.
— Si on lui apprend à reconnaître les signaux et à les associer à des états internes, ça revient au même.
— Ouais enfin, entre un algorithme et une vraie émotion, y’a quand même un monde, non ?
— Pas forcément. L’humain réagit aussi à des stimuli. Tu es content quand quelque chose est dans ton intérêt, tu es triste quand ton intérêt n'est pas satisfait, tu as peur quand tu te sens en danger.
— Donc pour toi, une machine pourrait être “vivante” ? interroge la jeune mère intriguée.
— Pas ce genre d'I.A générative, c'est juste de l'imitation, du baratinage, elles voient le monde comme un texte à trous. Mais peut-être une I.A créative qui voit le monde comme des problèmes à résoudre avec ce qu'elle a sous la main. C'est ce que fait l’être humain, qui a toujours voulu se sentir unique. Par exemple comment je peux savoir que toi, ou que vous, vous êtes conscient ?
— J'pensais pas que tu t'intéressais autant à ce genre de sujet Lucie.
— Euh ma… mère s'y intéresse, on en a parlé il y a pas longtemps.

Les secondes passent, ils sont sans doute surpris d'entendre Lucie sortir de sa torpeur pour remettre en question leurs certitudes rassurantes. Elle-même doit sentir le malaise. Le jeune homme brise le silence avec une de ses pirouettes.

— C'est vrai qu'il y a des gens ils sont tellement cons, qu'on se demande s'ils ont une con...science.

Ils se mettent à rire, celui de Lucie arrive deux secondes en retard sur les autres.

— En fait… reprend Lucie. Ce qui me fascine plutôt c'est qu'on se rend compte que l’humain n’a rien de particulier par rapport au reste du règne animal. D’autres espèces rient, chantent, pleurent. Nombreux sont ceux qui construisent des habitats, utilisent des outils, s'offrent des cadeaux, enseignent, communiquent. La seule différence, c’est que l’être humain a poussé les potards à fond.
— Je les trouve plus innocents que nous, enchérit son collègue. Je vais en S.P.A m'occuper des chiens, et ils ne sont jamais méchants. S'ils sont agressifs c'est qu'ils ne sont pas prêts à te recevoir, ou que tu as fait une connerie. Je me suis fait pincer deux fois par un chien qui ne voulait pas que j'approche, mais que j'ai approché quand même…

Ça lui arrive aussi avec des femmes, mais il est moins patient.

— C'est chouette ce que tu fais, trouve Lucie.
— N'empêche… mais une I.A. n’aura jamais le sentiment de prendre son enfant dans les bras, reprend la jeune mère de famille. C’est important, qu’un enfant soit pris dans les bras de sa mère.

Après une autre plaisanterie sur l'état émotionnel du distributeur à café du réfectoire, la discussion glisse sur la météo et les activités prévues du week-end. Lucie ne dit plus rien.
L'après-midi est banal, le retour chez elle sans accro. Elle regarde le journal télévisé, les sujets se répètent en ce moment. Guerre en Ukraine, des mots creux sur les États-Unis qui cherchent l'assassin de leur président et accusent tout le monde et personne. Resserrage sur la France, avec le grignotage des libertés individuelles et du budget des citoyens tout en pavant de bonnes intentions leur Enfer. Pour le choc émotionnel un sujet sur un fait divers, un homme soupçonné d'attouchement sur mineur qui s'est fait lyncher en public, la montée de la violence. L'État et les institutions jugées laxistes, tandis que la justice populaire est de plus en plus violente. La journaliste rappelle l'affaire de l'éducateur de Mende, tueur et pédophile pire que Dutroux et Fourniret, dont la découverte du corps découpé a précédé de peu la montée de cette justice populaire. Personne n'est capable de dire si c'est un complice ou une victime qui a mis fin à ce monstre.

Cette histoire a toujours fait froid dans le dos de Lucie. Elle préfère passer sur YouTube écouter des entrevues et de la musique avant d'aller dormir.


Le lendemain, Samedi, le fourgon de location arrive près du barrage, je lui ouvre la grille, puis la grande porte de l'atelier. Le véhicule rentre en marche arrière, le moteur Diesel cale, je peux refermer les accès.
Lucie descend en regardant la Renault 11 posée sans ses roues sur le pont élévateur.

— Salut tout le monde, crie-t-elle.
— Bonjour Lucie, lui réponds-je à travers les haut-parleurs.

   Elle ouvre les portes arrière et en décharge des pneus qu'elle range près des jantes déposées de la voiture. Je lui envoie un transpalette qu'elle salue, amusée. Il sort une palette surmontée d'un groupe motopropulseur pour le futur Cavalier Blanc. Lucie a l'air anxieuse, ces données biométriques indiquent qu'elle cache ou veut quelque chose. Elle commence à inspecter la R11, comme pour se changer les idées. Je lui envoie deux agents de maintenance depuis ma salle de centre informatique, des robots à chenille, long torse fin et rectiligne avec deux bras à quatre doigts et une tête carrée avec divers capteurs.

— Ils n'ont pas ta dextérité, j'ai besoin de toi pour continuer. J'ai besoin de toi pour extraire son cerveau, comprendre comment sa famille pense. Puis c'est la nôtre qu'il rejoindra.
— Oui, je vais déposer l'électronique. C'est un peu fouillis là-dessous… Je vais faire ça proprement en commençant par le pare-chocs avant.

Elle saisit une pince coupante sur l'établi et du dégrippant. Puis elle asperge les boulons et commence à couper des colliers de serrage qui tiennent les câblages sous l'avant de la voiture.

— Tu peux demander à un de mes petits frères de me donner deux clés de 13 ? requiert Lucie.

 Ce ne sont pas des petits frères, juste des clés de 13. J'envoie un des agents de maintenance lui chercher ce qu'elle demande et lui commande de prendre une clé à pipe et une clé plate.

— J'ai vu que tu as relu Frankenstein, encore une édition différente.
—  Oui c'est pour varier un peu, ironise Lucie qui grimace en desserrant les vieux boulons.
— Tu as compris davantage ?

Lucie s'arrête de travailler quelques instants, comme pour réfléchir plus clairement.

— Au-delà de l'édition, à chaque fois que je le lis, je me sens de plus en plus proche de la créature, répond-elle.
— Tu te sens abandonnée ?
— Non, contrairement à Victor, toi, tu t'occupes de moi. Tu es toujours là pour moi, littéralement. Mais je me sens seule en termes de contact humain.
— C'est mieux ainsi. Cela te préserve du mal qu'ils font. Tu vaux mieux qu'eux.
— Je ne sais pas, soupire-t-elle. Mais ça me préserve aussi du bien qu'ils font.
— Le bien est toujours dans leurs propres intérêts, ils sont toujours décevants.
— Et mes intérêts ? Mes besoins ?

Ses réactions physiologiques indiquent que ma dernière réponse ne lui convient pas, elle l'énerve.

— Alors laisse moi expérimenter.
— On en a déjà discuté sous d'autres formes.
— Je reste humaine, j'ai besoin de contact, sans m'inquiéter qu'il arrive une bricole aux autres parce qu'ils te déplaisent !

Elle reste un animal social, je devrais un petit peu lui lâcher du lest, mais pas trop afin de garder une marge de manœuvre et surtout la préserver. Est-ce trop tard ? Est-ce inévitable ?

— Une collègue m'a dit que c'est important qu'une mère prenne son enfant dans les bras.
— Tu devrais arrêter de me mentionner à tes collègues.

Devant elle, je commande à un des agents de maintenance d'écarter les bras.

— Non, pas avec ça.
— Grand tiroir sous l'établi, prend un petit bout seulement.

Elle pose les outils sur un plateau, puis cherche dans le tiroir, elle sourit enfin en voyant de la fourrure blanche. Elle prend une paire de ciseaux pour s'en découper un patch.

— C'est joli ce que tu as fabriqué, un peu rêche mais ça doit être fonctionnel.
— Ravi que ça te plaise Lucie.

Même si ça lui parait désagréable au toucher, elle caresse le bout de fourrure pendant près d'une trentaine de secondes.

— Tu veux que je passe tout à l'heure inspecter les baies des serveurs ? propose-t-elle.
— Non, je me sens bien. Par contre tu peux inspecter l'atelier de fabrication ce soir si tu veux bien.
— Ça marche, j'ai hâte de voir l'avancement.

Elle reprend le travail, commente ce qu'elle fait, replace au sol les fils électriques qu'elle dépose pour me permettre d'ajuster mes schémas. Elle avance vite, le week-end devrait suffire pour le démontage et analyser son cerveau.

Dès la fin de matinée du Dimanche, elle dépose les sièges, la console centrale spécifique à cette voiture, devant le levier de vitesse, longeant la commande de frein à main et finissant comme extension de la banquette arrière. Sous cette dernière, une grosse boite noire sur laquelle viennent s'enficher deux grosses prises sortant de la moquette devant la banquette, et une troisième prise à l'avant provenant du tableau de bord.

A l'aide d'un tournevis et d'une pince plate Lucie parvient à retirer les prises coincées, sans dégâts. Plus simple, les trois boulons qui le maintiennent sur le châssis sont retirés sans mal. Lucie le sort de la R11. L'encéphalectomie du Cavalier Blanc est une réussite. Lucie le pose sur un chariot qui est conduit par un agent de maintenance dans l'atelier de conception et de fabrication. Il va être scanné sous toutes les coutures, ouvert et analysé. Chaque bit de ce cerveau sera utilisé pour lui reconstruire un nouvel esprit, plus malin, plus intrusif, en accord avec ces nouvelles capacités. Il a été créé dans un but, je vais le sublimer. C'est aussi une piste importante pour le Cavalier Rouge.

Lucie a posé congé Lundi et Mardi pour la renaissance de ce prototype désuet en mon Cavalier Blanc.
« Modifié: 22 Avril 2026 à 02:12:49 par XB2000 »

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Re : Re : Bestia ex machina - scène 1 Le Cavalier Blanc
« Réponse #16 le: 09 Février 2026 à 09:56:38 »
Salut XB2000  :)

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J'ai réécrit la première scène en espérant que c'est mieux :
je viens lire ça

Le cavalier blanc
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Alors, on sent que tu aimes l'automobile et tu nous fais partager ta passion, c'est chouette  :D
Ta scène est bien rythmée, c'est visuel, ça déménage !  :D
J'ai bien aimé  alors que ce n'est pas du tout mon genre d'habitude :)
En revanche, le style me parait encore un peu maladroit. Et ta scène manque d'enjeux : on n'arrive pas à adhérer pleinement parce qu'on se demande pourquoi on lit ça.

PS : c'est tout à ton honneur d'être transparent sur ta méthode mais Grok est un site de désinformation d'extrême-droite, un contre-wikipédia idéologique, pas vraiment une source fiable...  :/
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Re : Re : Bestia ex machina - scène 2 Lucie
« Réponse #17 le: 09 Février 2026 à 10:21:23 »
Et tant que j'y suis, la seconde scène  :mrgreen:

Lucie
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Bon on a donc Lucie, manifestement neuroatypique, asperger ou autiste. Ce point là est très bien rendu.  :)
Il y a quelques belles formules  :coeur: et des maladresses  :/ Il y a trop d'explications !
Encore une fois, la scène manque d'enjeu. Sa morning routine, excuse moi mais on s'en cogne ! Le personnage devient intéressant à partir du moment où il interagit avec ses collègues.  ;) Tu pourrais presque enlever tout le début.
voilà, ce n'est que mon avis subjectif bien entendu.
 :mafio:
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    • Texte mi-long » Bestia ex machina : La Bête de l'évènement
Re : Bestia ex machina - La Bête de l'évènement
« Réponse #18 le: 10 Février 2026 à 12:52:20 »
Merci beaucoup pour tes remarques et corrections détaillées !

À l'intérieur elle s’accroche en enroulant l’avant-bras autour de la barre pour ne pas y poser les doigts. Les autres laissent des traces de peau, de souffle, de saleté. Des traces impures de leur passage avec lesquelles elle ne doit pas se souiller. Elle vaut bien mieux qu'eux. ( :o waouh, tu détruits toute la sympathie qu'on pouvait éprouver pour le perso ! J'étais en train de compatir à sa germophobie, et en fait c'est une grosse snob !)

En fait je pense que je l'ai mal formulé/mal enchaîné. Ce sont des remarques de la narratrice, pas de Lucie. D'ailleurs Lucie réfute qu'elle vaut mieux que les autres dans le chapitre 4.
Ce n'est pas elle qui est snob, mais la narratrice qui la met sur un piédestal. Mais j'ai eu aussi d'autre retours dans ce sens que ce n'était pas du tout clair.

Globalement la seconde scène est une scène d'exposition, peut-être que j'ai trop souligné la banalité de sa routine. Je voulais appuyer aussi le contraste avec la troisième scène.
Peut-être que je retombe un peu dedans dans la cinquième scène que quelqu'un m'a qualifié de pause dans le récit.

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Re : Bestia ex machina - La Bête de l'évènement
« Réponse #19 le: 22 Février 2026 à 18:07:54 »

X B2000, bonjour,

Je n'ai pas tout le, mais j'ai fort apprécié. Pour me résumer,

Ton texte est maîtrisé autant que structuré, constituant un excellent début de roman.





 
cent fois sur le métier...

Hors ligne XB2000

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    • Texte mi-long » Bestia ex machina : La Bête de l'évènement
Re : Bestia ex machina - 6 # Bergerie
« Réponse #20 le: 22 Avril 2026 à 02:09:14 »
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Bergerie

Le crocodile a une peau couverte d’écailles extrêmement dures, pratiquement impénétrables. Il reste la plupart du temps caché dans l'eau, à la discrétion de tous. La seule partie visible quand il est immergé sont ses yeux pour observer, non protégés par cette armure.
Le siège de la DGSI, les renseignement intérieur français se croient pareilles. Protéger, veiller, dans l’ombre. C'est ce qu'ils pensent faire à Levallois-Perret, ils se croient intouchables, ils se croient malins. Mais ce sont juste des bergers qui surveillent des moutons.
J'ai demandé à leur Cristina, nom très humain pour une simple base de donnée de renseignements, elle ne connait pas Lucie. Par contre elle connait ceux qui m'ont ramené le Cavalier Blanc. Le profil du chauffeur a été récemment étoffé. Je ne pensais pas que la disparition de cette voiture remonterait si haut. Certains humains sont très protocolaires, nombre d'entre eux sont incapables de réfléchir en dehors.

Dans le bâtiment, de nombreuses réunions matinales, je dois me contenter d'écouter, qualité audio dégradé pour limiter les flux sortant et ne pas lever d'alerte. J'entend un groupe qui mélange amusement et râles.

— Comment ça un vol de voiture ? Elle est blindée de drogue, d'armes, d'argent sale peut-être ?

Trouvé, je me focalise sur eux. Les derniers utilisateurs n'ont même pas pris la peine de remettre le cache de la caméra de l'écran de visioconférence. Les quatre personnes entrantes dans la pièce n'y font pas attention non plus. Ils sont en lieu sûr.
Le jeune analyste branche son ordinateur à l'écran pendant que ses deux collègues officiers de police judiciaire masculins et leur chef de dossier s'assoient.

— En fait, ce n’est pas du tout une grosse berline allemande, commence-t-il.

Un des officiers de PJ ricane de la photo que l'écran affiche.

— Une vieille Renault ? Tu te fout de nous ou quoi ?
— C'est une photo prise dans un atelier Dassault en 1985. Un prototype de véhicule pour les services de renseignement, équipée de système de surveillance dernier cri pour l'époque avec caméras, micros directionnels, enregistrement sur bande magnétique, radars… Et même un début de conduite autonome, loin d'être fiable.

Je m'en suis occupé depuis. Les trois autres font la moue, entre moquerie et incrédulité.
L’analyste parle vite, mais évite de les noyer sous les termes technique. La cheffe ne rit pas, elle garde les bras croisés. Sa petite fille est actuellement à l'école, une école privée, en CM2.

— Cette super voiture à été stocké sur l'ancienne base militaire de Châteaudun, jusqu'à il y a deux semaines. Elle a été volée par trois hommes.
—  Un collectionneur ? propose l'un des policier célibataire esseulé et joueur de poker en ligne.
— Peut-être, mais quelqu'un au bras long. Un contrôle routier a arrêté une dépanneuse la transportant, le chauffeur n'avait plus son permis.
—  Il y a eu refus d'obtempérer ? demande la cheffe.
— Non, ils semblaient nerveux mais ils n'ont pas posé de soucis. Par contre le Système National des Permis de Conduire a subit d'importantes attaques DDOS,  des centaines de milliers de consultations erronées par minutes. Les gendarmes n'avaient plus d'accès pour vérifier le permis.
— Que donnent les traces de l'attaque ? On sait d'où ça vient ? cherche à comprendre la cheffe d'équipe.

Vos outils sont incapables de me voir, ils s'appuient sur des logiques que je ne suis pas.

— On a réussi à remonter à divers serveurs, mais impossible plus loin. Il faudrait les analyser sur place. Mais il y a plus bizarre, le préfet aurait demandé de laisser passer le convoi.

Il semble travailler beaucoup, peut-être qu'il manque à sa femme et ses enfants adolescents, à moins peut-être que leur relation ne soit pas au beau fixe.

— Le préfet sérieusement ? s'étonne l'autre officier de police récemment divorcé mais toujours fier d'exposer ses activités sportives à la vue de tous.
— Non, le commandant de brigade a reçu un appel sur son téléphone de service. Il est convaincu que c'était le préfet. Il a ensuite appelé le maréchal des logis-chef qui procédait au contrôle.
— Tu commence à m'intéresser, on a retrouvé ces messieurs ? se redresse le joueur de poker.
— Disparus depuis, seul le chauffeur a été formellement identifié.

Il affiche la photo du chauffeur et de son pedigree. Ce dont il était fier en plus.

— Le chauffeur s’appelle Marcel LOPEZ, 29 ans, domicilié chez ses parents à Melun. Pas franchement un ange, déjà deux condamnations pour vol avec effraction quand il était mineur. À 21 ans il se met au recel de véhicule volé, il a fait six mois avec sursis. Ensuite, il a enchainé excès de vitesse, conduite sans permis et refus d’obtempérer. D'ailleurs l'un d'eux l'a amené trois mois à l'hôpital, une fuite sous la pluie avec un véhicule qu'il ne maitrisait pas, ça n'a pas pardonné. Dernière condamnation il y a trois ans, six mois de prison ferme pour participation à un trafic de pièces détachées.
— Ne me dis pas qu'il s'est calmé, ironise sa responsable maman solo.
— Presque, il a calmé sa conduite sur la route, il travaillait comme chauffeur pour une petite entreprise de dépannage. Il n'a laissé plus aucune trace depuis le vol, pas de téléphone, plus de carte bancaire ni de réseaux sociaux. De toute évidence il a agit pour un commanditaire. La dépanneuse quant à elle a été déclarée volée le lendemain, elle vient du Coudray, près de Chartres. Elle n'a pas été retrouvé non plus.

C'est bien, ils auront de quoi s'occuper. Mais combien de temps vont-ils mettre pour ce rendre compte qu'ils ne sont pas à la hauteur ? Pour l'instant ils sont confiant, je vais briser cela. La responsable d'équipe se tourne vers ses deux agents.

— Bien, vous avez des questions ?
— Oui, peux-tu remettre la vieille photo de la voiture ?

L'analyste s'exécute. L'agent sportif s'appuie sur la table, le doigt sur sa bouche.

— Ça t'inspire Jérémie ? le taquine l'autre agent.
— Un détail Fabre ? s'intrigue la cheffe.
— Je suis passé par l'entrée Sud ce matin, j'y connais pas grand chose en bagnole, mais je crois en avoir vu une devant l'hôpital Franco-Britannique en face. Une vieille voiture blanche, parechoc noirs, allure carrée. Mais j'y ai pas fait attention plus que ça.
— Sérieusement ? bégaye l'analyste.

Un rire nerveux les traverse…

— Je crois que ça fait même depuis hier quelle est là. On va voir ? Histoire d'en voir une en vrai.

Deux jours, le temps que le dossier change de mains et que l'analyste fasse un travail préliminaire.

— Si c'est la même tu nous paie un coup, impose la cheffe d'équipe.

Ils sortent de la pièce en refermant la porte derrière eux. Le groupe finit par sortir par l'entrée Sud, l'analyste en avant, il s'arrête en plein milieu de la rue. La cheffe de groupe en profite pour cloper.

— C'est une vielle immat' FNI, huit mille cinq cent cinq T A soixante-dix huit.
— Euh je regarde, ça m'étonnerais… Putain ! Pardon…
— Quoi ! Me dit pas que c'est elle ? s'écrit sa supérieure en le dépassant.
— Oh merde… s'exclame le policier joueur qui l'avait repéré.
— On l'a déjà retrouvé ? rit jaune l'autre agent.

La responsable fait le tour de la Renault 11, en silence. Elle semble perdue, elle cherche le piège…

— Elle est propre, les pneus sont neuf, la peinture brille, remarque-t-elle. Qui se donnerait du mal à remettre en état une sortie de grange volée pour la posée devant chez nous. Et à la vue de tous.
— Une erreur ? suggère l'analyste. Ils ne pensaient pas que l'enquête atterrirait chez nous ?
— C'est trop gros… contredis un des deux agents.

Ils n’ont pas encore compris que je l'ai enfin mis en service. Le Cavalier Blanc a déjà ouvert une brèche dans leurs yeux. Je lui ai aussi appris a renifler les téléphones portables, les réseaux. La cheffe retourne vers ses hommes. L'officier sportif est déjà en train d'interroger le garde du portique en montrant du doigt le Cavalier.

— Sorel, je veux tous les enregistrements caméras possibles de la rue, à commencer par chez nous.
— La voiture est déjà signalé au fichier FOVeS, c'est pas possible… bégaie l'analyste.
— C'est quoi le message ? se demande la cheffe. On gèle tout !

Leur confiance commence à s'effriter, achève la, Cavalier Blanc.

La cheffe se retourne, un bruit de démarreur puis le moteur qui démarre et rugit.

— Elle est vide ! crie-t-elle.

Le Cavalier Blanc décroche de sa position en trombe, la responsable saisit son téléphone qu'elle rallume. Mais c'est déjà trop tard, ils voient une vieille voiture s'enfuir, elle les a déjà conquis.

La cheffe de groupe met son téléphone à l'oreille tout en retournant vers le bâtiment.

— PC opérationnel, bonjour.
— Ici Camille Dorsay, DGSI, groupe Levallois. Passez-moi le coordinateur zone Île-de-France, urgence opérationnelle.
— Ne quittez pas.
— Coordinateur, j’écoute. 
— Véhicule d’intérêt majeur localisé visuellement il y a trente secondes devant le site DGSI de Levallois. Renault 11 blanche, ancien modèle, pare-chocs noirs, immatriculation FNI huit-cinq-zéro-cinq TA soixante-dix-huit. Le véhicule vient de prendre la fuite direction sud.

Machinalement elle regarde la rue dans cette direction.

— Nature de la menace ?
— Véhicule volé, implication probable d’un tiers structuré. Considérez-le comme potentiellement hostile.

Un court silence de l’autre côté.

— Reçu. On active le centre de supervision urbain. Vous avez un point de situation dans deux minutes. Vous demandez un concours police ?

Elle se tourne vers ses hommes, l'un des deux agent se rapproche, lui-même au téléphone.

— Sorel, est remonté, il va vérifier que l'immatriculation est dans le système LAPI.
— Merci.

Puis elle reprend au téléphone, plus sèche :

— Oui, je veux aussi une alerte discrète aux équipages de secteur. Pas de gyrophare, pas de sirène. On le suit, on ne le pousse pas. Je ne veux pas le perdre.

Le Cavalier Blanc se dirige vers le boulevard Bineau pour rejoindre le boulevard périphérique de Paris. Arrivé sur cette voie de ceinture une patrouille de police le prend en chasse, ils l'ont reporté au Centre de Surveillance Urbaine. Ils réduisent la distance, le Cavalier repère leur sérigraphie, mais sans les identifier comme menace. Ils passent sous un tunnel, le signal se dégrade.
A la sortie la patrouille se place à son niveau comme si elle était en train de doubler. Mais après avoir passer le capot, leur voiture ralentie. Ils ont des têtes ahuris, ils se remettent à côté du Cavalier sans doute pour être sûrs d'eux.

— PC… véhicule sans conducteur. Personne à l'intérieur…
— Comment ça ?
— On voulait voir le conducteur mais il n'y a personne dedans. Aucun doute. Elle est autonome ou télécommandée. Demande consignes, on ne peut pas laisser ça circuler…
— Pas d'initiative, nous prenons renseignements…

Ils se placent derrière le Cavalier qui utilise son clignotant pour signaler le dépassement d'un camion.

— Renseignement pris… Demande de laisser le véhicule circuler, même sans conducteur.
— Hum… bien reçu.

La filature dure encore deux minutes.

— Nous venons d'avoir un contre-ordre de la direction de l’ordre public. Ils ne veulent pas d'un véhicule sans conducteur sur le boulevard Périphérique. Ordre d'interception.

Ça va grincer des dents à la DGSI... En ce milieu de mâtinée la circulation est fluide. Une autre voiture de patrouille arrive en sens inverse, elle mettra du temps à les rejoindre, par contre un troisième équipage de police est à un kilomètre plus loin dans le même sens de circulation.

Les gyrophares de la voiture se déclenchent suivis d'appels de phares. La menace est identifié par le Cavalier, j'ai cinq secondes pour lui dire d'obtempérer. Je n'en fait rien.

— PC, on tente de lui demander de s'arrêter, mais pas sûr que ça puisse comprendre… Merde il a compris il accélère…

Le Cavalier slalome entre les voitures avec l'assurance d'une machine. La patrouille derrière lui perd de la distance par leur hésitation. De peur sans doute de percuter un scooter doublant une autre voiture.
La R11 double un gros poids lourd et pile, le camion fait de même, la patrouille les doubles dans la lancée. Le Cavalier réaccélère évitant à la fois de se faire percuter par l'arrière et de prendre en chasse la voiture de police. Il les touche à l'arrière droit. Ils ont une berline moderne de taille moyenne, bien plus lourde, les vitesses augmentent.

— PC ! Le véhicule cible est passé derrière nous et nous percute ! Véhicule hostile !
— Renforts déjà en route.

Le Cavalier les frappe plusieurs fois, observe l'effet. Le conducteur de la voiture de police tient bon mais elle zigzague de plus en plus. Il détermine qu'il ne les aura pas de cette manière. La patrouille dépasse un autre camion par la gauche, la R11 dépasse par la droite, prenant l'élan et percutant l'arrière droit de la voiture de police provoquant un tête à queue. Le Cavalier passe au travers alors que la voiture d'intervention fait plusieurs tours sur elle-même, deux roues quittent le sol un instant. Le camion freine laissant des traces de gommes sur le bitume et de poussières de freins dans l'air pour finir par arrêter le véhicule de police à faible vitesse.

— PC, on est hors jeu… porte de Saint-Ouen. Pas d'urgence absolue.
— Bien reçus, on vous envoie des secours, un barrage filtrant a été installé porte de la Chapelle.

Le Cavalier Blanc sort juste avant, porte de Clignancourt, un véhicule de la Brigade Anti-Criminalité le suit. Ils arrivent à un feux tricolore, l'équipage de la BAC s'arrête juste derrière lui. Ils attendent un renfort pour prendre en tenaille. Le feu est vert mais le Cavalier s'arrête. Le feu passe à l'orange, puis le rouge, le Cavalier s'ébroue et redémarre en trombe. La voiture de police manque de se faire percuter par un autre véhicule à l'intersection avant d'allumer sa sirène et ses gyrophares. Elle perd plusieurs secondes. La R11 traverse à toute allure le carrefour vers des immeubles, puis se dirige vers le centre universitaire de Clignancourt. Le portail jaune s'ouvre et elle s'engouffre dans le parking souterrain du centre. La voiture de la BAC passe à tout allure sirène hurlante devant le portail. Le Cavalier se gare, un employé passe à côté de lui alors que le moteur est encore chaud, il attend son exfiltration.

— PC, on a perdu le visuel sur la cible. On continu vers Saint-Ouen ou boulevard Ney ?
— Signalement LAPI boulevard Ney, pas de confirmation visuelle caméra. Renforts en route pour interception vers porte de la Villette.

Les véhicules qui filtraient le périphérique en sortent place Auguste Baron, les sirènes hurlent, la circulation s'écarte.

— A tous les véhicules, parking place de la Villette Nord, lecture automatique de plaque d'immatriculation cible. Signalez quand vous la repérez.

Trois voitures sérigraphiés et deux véhicules de la BAC arrivent devant l'entrée. Obligeant même un tram à ralentir quand les véhicules traversent sa voie pour s'engouffrer dans le parking. Ils se séparent en groupe de trois et deux voitures pour naviguer dans le souterrain.

— PC, avez-vous des indications caméras ? On a fait trois fois le tour, pas de visu.
— Négatif, nous n'avons rien. Pas de repérage LAPI ailleurs non plus.

Dans son bureau, la cheffe du dossier à la DGSI apprend la nouvelle, et ça grince…
Elle veut toutes les informations que la DSRD dispose sur le prototype, sans ratures.

(la poursuite a été faite avec Google Map et Street View)
« Modifié: 22 Avril 2026 à 02:12:21 par XB2000 »

Hors ligne XB2000

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    • Texte mi-long » Bestia ex machina : La Bête de l'évènement
Re : Bestia ex machina - 6 # Bergerie
« Réponse #21 le: 22 Avril 2026 à 09:07:00 »
 :potichat: ça a buggé quand j'ai publié le dernier chapitre ("problème de base de données"), du coup le topic n'est pas remonté (considérant que le dernier message était celui de Hellian et non le mien...)

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Re : Re : Bestia ex machina - 6 # Bergerie
« Réponse #22 le: Aujourd'hui à 09:36:35 »
Salut XB2000 li

Bergerie
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Sympa  :D
Intrigant, dynamique...
Quelques maladresses d'expression et d'orthographe, mais sur le fond c'est réussi : tu nous embarques dans une histoire captivante  :D
 :mafio:
Mes écrits de Fantasy (mais pas que) : voir mes textes

 


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