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03 Avril 2026 à 00:39:14
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Auteur Sujet: [Contenu explicite] L'histoire de Roland  (Lu 37 fois)

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
[Contenu explicite] L'histoire de Roland
« le: 31 Mars 2026 à 21:40:42 »
Avertissement au lecteur : le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car il contient des éléments susceptibles de choquer la sensibilité des plus jeunes

Bonjour lecteurs ! parmi mes nombreux projets (encore) inachevés, il me trotte celui d'une longue saoulerie consistant en un dialogue dans lequel les personnages tantôt s'admonestent, tantôt se taisent et écoutent la narration de l'un d'entre eux. L'idée serait d'y narrer les aventures baroques et hautement grotesques d'individus évoluant dans une forme de marginalité. Perturbateurs de la société contemporaine qu'ils regardent en biais, ils s'ingénient à brutalement violer le politiquement correct par les mots. L'extrait est représentatif. Je suis par conséquent ouvert à des avis focalisés sur n'importe quel aspect. Bonne lecture !  :noange:

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– Je revenais des chiottes encore, et voilà le plus drôle. Abdel – ou Moktar, ou Adam, ou Hakim, enfin, tu vois le genre – me fit la révérence et l'applaudissement d'un tonnerre de jubilé de la Saint-Jean ! Alors l'expectative, alors lui très disert, je me tais comme un cloaque et l'écoute lui me dérouler ses louanges. A la façon coranique, comme tu sais. C'est-à-dire très très jovial et franchement condescendant, grand prince ! « Wallah, chez nous c'est haram, wallah, mais zebi mon chrab, t'es un seigneur, et ça on respecte ». Le boucaque Mamoudzou, flanqué sur le côté, n'en a pas moins pensé. Et me voilà l'adoubé, le grand chevalier des croisades ! Plein de rutilants exploits, acclamé par le Sahib lui-même !

– Et le cul plein de jus à n'en plus savoir faire.

– Et la bite pleine de pus et d'ordure aussi, mais ça est pour une autre fois... Dis-voir, Félix, voilà longtemps que tu me déprécies ? que tu commentes mes histoires ainsi, à la manière d'une vieille grise ?

– Que non mon Roland, mais avoue qu'il y a de quoi songer. Tu foutais quoi et où, entouré de deux macaques ? Tu l'as sonné tout à l'heure en un mot, comme une forte évidence, à un public canné de vieillards alcoolisés ! J'ai pas souvenir qu'un bougnoule ait jamais foutu son museau dans notre cher lieu-dit.

– C'est vrai, c'est véritable, j'ai omis un détail ! Un après-midi d'hiver assez chaud pour le coin. Gigantesque soleil à travers les verrières ! Nous sommes dans un centre commercial. Le gros, tu sais, à la sortie de la A76. Avec la grande étoile grise, sur le chrome, jetée comme une chiure de juif sur un capot de voiture, visible au loin, à plus cinq bornes. J'étais venu y faire des emplettes. J'avais trois 8.6 dans le holster, et en rentrant chez moi, quarante-six heures après ma garde à vue, j'ai retrouvé le fond d'une teille que j'avais chouré la veille. Un demi-litre de rhum dans le fondement, la broutille...

– Tu fais des affaires au final, Roland, dans ces magasins ? J'ai entendu que les soldes donnaient jusqu'à moins cinquante pour-cent dans les grosses boutiques.

– Comment ça, Bolano, tu te réveilles enfin ?!

– Et tu daignes interrompre mon histoire saisissante, avec ça...

– Ta gueules mon Roland, il en a bien le droit ! Explique nous ça, Bolano ! Toi qui empestes la mouke et qui n'a pas vu un fringue neuf depuis la guerre du Golfe, où que c'est que ça t'intéresses, les achats ?

– Alors ça, cher Félix, c'est ma femme et ses robes.

– Mais encore ?

– C'est demain soir l'anniversaire d'une de ses plus anciennes amies, la petite secrétaire qui bossait, autrefois avec nous, au régiment des hussards. Parait qu'avec son vieux mari elle s'est payé un chouette palace ! Un beau pavillon, avec un joli balcon, et piscine à l'arrière ! Il faut définitivement qu'elle puisse s'y rendre classe, et tout... Et encore un bijou qu'elle s'est offerte à elle-même... Ma femme est très très soucieuse de se bien saper. 

– Ta femme, et ta femme, encore elle et toujours... Gonflé dromadaire fourré à la praline, qui t'as jamais fait de gosse et dépense tout ton fric ! Pension de militaire, et qu'est-ce que c'est ? Foutez du fric à un âne, il en fera de la chiée !

– Mais enfin...

– Félix a raison, Bolano ! Que t'es con avec ta rombière, qui te tiens les cordons et pas la bonne bourse. T'as t'y jamais inséré autre chose que de l'oseille, dans cette machine à sous ?

– Oh ! ohé, oh !

– Bah me hêle pas comme ça. Reprends un jaune et tais-toi si tu ne peux plus parler. V'là l'lascar où qu'ça graine et maugraine...

– Reprends ton histoire, mon Roland, avant de t'épuiser. T'as le regard vide et la lèvre, déjà, plus pâteuse qu'un vieux puits dans le Cantal. Déverse, un peu, ta divine boue. Et laisse ce pauvre Bolano regretter en silence le gâchis de sa vie.

– J'en étais où ?

– Ton arrivée plein soleil dans le centre à la sortie Crindor !

– Je m'y replonge ! Magnifique soleil et plein vent dans la plaine. Un champs de blé au loin dore dans la bleusaille. Je m'engouffre dans un parking couvert. L'odeur d'essence. Le cri strident des marmots trainés par leur sale mère, et la grande braillerie d'un mahométan en volkswagen golf. Nous y sommes. Plus qu'un demi-litre de bière. Des trois canettes que j'avais emporté, il ne m'en reste plus qu'une ! Je la glisse dans ma main, tranquille au bout de mon bras.

– Tu brasses de l'air assez franchement. Qu'étais-tu venu y faire ? je t'ai demandé.

– Ce que je viens de te dire, triple ordure ! Du soleil et de l'or au loin, et moi tapi, croupi, balançant dans la fosse à essence et à bruit ! Une mouche attirée par la merde.

– C'est, ma foi, fort bien exprimé. Je me demandais toujours ce qu'un grand gaillard, pas con comme toi, foutait toujours, un pied à terre, à caresser la boue. D'où elle te vient, cette vocation d'éboueur ?

– Mais alors, Félix, aujourd'hui t'es songeur ? Et flemmard avec ça, et pas glorieux raisonneur... Je n'ai simplement pas eu de père, et si j'en ai eu un, il faisait sans doute parti de la tripaille que ramenait ma mère cinq soirs sur six, à la maison, où ça baisait sec et dur.

– Et sachant cela tu persévères ?

– Je plonge ! Une charge pour agression sexuelle va peut-être me retomber sur le groin.

– Toi !

– Oui.

– Toi !

– Eh oui, corniaud ! Mais Bolano, ne te réveille pas si fort ! Tu fouettes encore la puanteur de ta bonne femme !

– Agresseur sexuel ! Dis, oh, t'aurais peloté une mignonne dans un ascenseur ?

– Bâh !...

– Ou une belle momy près de sa poussette ?

– Mais où t'as appris ça, bordel ? Mon dieu, Bolano, t'as découvert l'internet ? Ta vieille rombière n'est décidément pas foutu te pomper le dard une fois le mois ?! Et toi, Félix, arrête un peu... La nouveauté, pour divertissante, est infiniment moins baroque. Hakim, en GAV, il m'a dit : « Wallah, t'inquiète y aura rien ». « Wallah, t'inquiète les blanches c'est pas des prudes, elles iront pas se vexer ».

– Ah, bah c'est rassurant mon Roland !

– Assurément Memeth en connaissait un rayon. Mais tu ne veux pas croire !

– Que le raton en connaisse un rayon ou pas je m'en tamponne ! ce que je veux savoir, Roland, c'est ce qu'il s'est vraiment passé. T'as pas été assez con pour outrager une dame ?

– Peut-être dix, peut-être quinze ! et des enfants avec. J'étais, transi, dans les allées centrales. Passais entre les portiques, à l'entrée des boutiques. On ne voulait pas de moi. « Monsieur ! », un premier gars a gueulé, « Monsieur ! je suis désolé mais on va bientôt fermer. Travaux, inventaire, on traite avec les derniers clients mais on ne fait plus rentrer personne. Je dois vous demander de partir ». Bon ! je fais. Je rechigne mais, Bon ! je meugle. Je voyais bien qu'un truc idiot prenait place. Que trente secondes après mon départ, à trois magasins de là, j'apercevais de nouvelles gens entrer, et pas en tenue professionnelle, le sourire aux lèvres... Ni une ni deux je pénétrais un suivant magasin. Une jeune femme toute mimi, fécondable à merci, maquillée à la truelle et un peu inquiète, interrompit mon grand voyage, me reluquant plus tendue qu'un petit string. « Je, monsieur, puis-je vous donner un renseignement ? Nous vendons des articles pour femme, ici. » Je fis pointer un drap et un bout de tapis de bain, débordant d'un rayon à l'écart. « On vend quelques articles pour tous sexes, oui... Mais vraiment pas pour les hommes. » Contradictoire ! je m'exclamai. Et puis, pour m'amuser, je demandai dans le cas où je voulais m'acheter cette petite culotte, là, très rose, avec de la dentelle, qui remuait sur un manequin trop court, si c'était pour moi et que je me sentais femme, si j'avais pas le droit ? Elle me dit si, puis non, puis si, puis oui définitivement. « Alors, fit-elle, je vous en amène une en quelle taille ? » Et puis j'ai déchanté. Là, tout de suite, j'eus l'image de moi avec ce truc rose, serré entre les cuisses. Je n'avais pas compris avant  la pleine implication de ma plaisanterie. Ramené soudain à la réalité, la voilà l'imagination. Et le dédain complet pour tout cet épisode. Je sortis sans dire  un mot, sans prendre non plus la culotte qui pendra peut-être, un jour, au bout d'une vieille chatte taillée en escalope.

– Tas pas baisé depuis bien longtemps.

– Je n'ai jamais été un tombeur.

– T'as pas au moins écopé d'une putain à la Bolano femme !

– Prends garde, Félix, tu pourrais le réveiller ! A sa conne d'oreille, tendue vers le ciel, je devine qu'une sournoise intelligence habite encore son sommeil... qui pourrait le réveiller, lui dire, lui répéter tout le désobligeant de nos propos, et alors là, stupeur !

– Le vieux cocu caverait en chialant, le désespoir jetant des torrents d'anathèmes.

– Ce ne serait pas beau.

– Hé.

– Revenons-en, si tu le souhaites, un petit peu en arrière. Je trace sans plus mot dire, sans plus regarder, paria extrême qu'aucune boutique ne désire. Que j'embarrassais la terre entière, causant myriades d'excuses ridicules pour me refouler, c'était bien établi. Après un tour complet et trois mots échangés avec un pathétique vendeur sur stand, qui ne parvenait d'ailleurs à rien vendre, je retombais nez à nez sur le grand con qui m'avait refoulé au premier magasin. Substance, cause première, essence, pêché originel, et j'en perds mon hébreu, ni une ni deux je me précipite, j'empoigne, et je hurle le total de me griefs, je dévoile le fondement de ses manigances à la terre entière, et lui fait sentir comme lui est con, d'avoir pu croire que, même infiniment bourré et le ventre à l'air, je ne saurais pas voir ses mensonges, en piger et en exposer les raisons. La foule a semblé dérangé. Lui-même en a blêmi. J'aurais pu le pourfendre, le réduire à néant, de mes simples mots très véridiques ou de mes poings et de ma gorge en feu, crachant du feu ! Je fus bon prince et d'une simple claquette sur l'épaule, je pris congé du sous-homme qui s'était senti être, à l'évidence, le plus con des cons de l'univers. Je voyais deux  mecs arriver en duo, à pas pressé, dans la direction que je fuyais. Il portaient blanc sur noir, à hauteur de leur téton, un insigne « sécurité ». Alors il n'y avait pas à discuter.

– Grand prince, grand prince, tu tiens plus du pillard si la force te fait fléchir contre l'honneur !

– Selon des mœurs chrétiennes d'un épouvantable temps, peut-être ! Pas d'après les mœurs coraniques de mon dromadaire co-détenu. « Wallah », parlait Abou-bakr, « wallah t'es un prince. Wallah je lui aurais craché dessus, zebi ! à ce gwer de la boutique ! »

– Alors grand prince.

– Comme tu vois. Ma salive gardée et mes jambes remuantes, j'arpentais en zigzag les allées de l'horrible édifice. Serpentant d'un bord l'autre, virant de l'oeil de droite à babord, je tombais nez à nez à hauteur d'un poupon dans des bras épais, qui m'éternua pleine face le contenu de sa trachée. Sa grosse mère, débonnaire, ne fit pas mine de présenter des excuses. Et moi vert de morve, infiniment collant, je traçais en souriant sous les exclamations amusées des trois, à quatre valets de sa suite... Ma grande ennemie, la mère de famille. J'aime trop les enfants pour la rappeler à l'ordre.

– Tu affirmais pourtant crânement, pas plus tard qu'à l'instant, avoir agressé une ribambelle de mères grosses et leurs petites choses. Nous aurais-tu donc menti ?

– Que non, Félix ! Mais les faits sont une chose, la caractérisation des faits une autre, et mes grands principes, mus par l'humeur et la toxine du moment, un gigantesque fatras partiellement ordonné. Ma haine pour ces jeunes mères, c'est ça le plus tenace ! Elle a raison de tout, de mes scrupules et  de mes autres attachements, au bout d'un temps. C'est un grand champignon qui enfle et, à un moment, n'en peut plus. Envoi des pores, envoi de la sauce ! et la Fatoumata qu'a dû se coller le ménage après mon passage !

– Alors ça, mon Roland, vraiment j'en doute. Je ne sais pas quel grand foutre t'as pu lâcher sur la voie publique, il n'empêche que Fatou, l'énorme ménagère malienne, n'est souvent pas de celles qui vont faire le ménage. Elle trimbale un balais et revêts un habit technique, oui. Elle fait des trucs ici ou là, la routine s'il en est. Elle dispose parfois même d'un contrat de travail ! Mais alors, au milieu de la journée, si tu l'appelles au talky pour lui dire « Eh, Fatou ! Il y a un gloubiboulga sur la voie publique, ça empeste et défigure notre centre, tu prends cinq minutes pour y donner un petit coup ? », la réponse la plus vraisemblable et que j'ai d'expérience entendue, au bout du cinquième appel excédé au talky pour tenter de la joindre, est un Tchip sonore et stupide, par lequel cette grande impératrice te signifie son mépris.

– Tu m'en diras tant ! Ça alors, Félix, où as-tu puisé toute cette science négrière ? Que je sache, tu n'as jamais mis un pied dans une zone d'Île-de-France !

– Mais, Roland, j'ai des contacts ! j'ai des oreilles, et quand même un assez beau vécu. En méditerranée, il y a vingt ans. Sur une croisière premier prix, avec ma dulcinée. Le vomis des vieillards incommodés par la houle. Je peux t'assurer qu'on entendait la Fatou rigoler des heures, entre le moment de chaque dégobillage et le moment où les charitables mouettes, nous rentrés à quai, se risquaient à cueillir quelque bouillie de frite dans le glaviot des vieilles tripes. Si bien qu'un soir des passagers ont fini par le faire eux même, le sol. Je peux te dire que Fatou n'a pas été inquiété pour autant. Les gens de gôche ne touchent pas pour si peu à leur vache sacrée.

– Et c'est tout à leur honneur ! Franchement, des métiers cons, j'en ai fait et refait. Et vraiment, parvenu à un point, je vais te dire ma pensée. On a raison de se respecter un peu, nous autres pauvres, de toutes les races ! N'étant déjà pas payé et pas mieux payé à se rompre l'échine et à s'encrasser l'âme dans ces jobs abscons, on décharge notre corps et conserve notre fierté à faire de temps en temps n'importe comment le boulot. Une à trois heures, dans la journée, à ne rien branler, selon convenance. C'est l'unique manière de maintenir la tête pas tout à fait baissée, du levé au couchant  de cette vie, dans cette infecte société de cons où le monde vous traite comme le dernier d'entre eux. Quand je porte la casquette et le tee-shirt « à votre service », je te le dis, je préfère qu'on me crache à la gueule plutôt qu'on tente de m'enjôler, assez hypocritement, pour ensuite me rabrouer dans les ronces et me dénoncer au patron, au moindre manque perçu. Je me dis toujours qu'en coulisse, au moins, je m'assure de ne pas trop suer, et je mets un point d'honneur, de temps à autre, à cracher un mollard dans le burger. Ça aide à avancer.

– Gauchiste.

– Et fasciste à la fois, mais où va le monde ?... Tantôt crachat, tantôt résidu de merde, et parfois du foutre. Tout y passe ! Je ne te raconte pas les burgers en sauce, les kebabs à la sauce algérienne, et sauce blanche... Des litres, des hectolitres, des quintaux de fluide corporels, j'y ai déversé aux clients. Et pas une fois je n'ai été pincé ! Le crime des crimes, bouffer de la merde quand on a de l'oseille. Preuve en est qu'on ne distingue même plus le fromage fondue du sperme ! On mérite d'avaler tout ce qui sort du corps humain, de la trompe au rectum.

– Bon, mais cette histoire alors, tu termines ? J'ai vaguement déduis qu'il serait question de sperme ou de merde, à t'entendre parler. Et les mimiques que tire notre ami Bolano, dans son sommeil qui n'est jamais qu'à demi, m'enjoignent à le croire parfaitement. Allons, jeune torché à la mine excédée, balayée par la vie, tu peux me dire ! Si tu seras là demain ou chez le juge, pour comparution immédiate !

– Alors chapeau bas Félix, tu n'es pas tombé loin. L'intuition des vieux pots, vraiment, devrait être proverbiale. On est bien au niveau de la trompe, mais, c'est de la seule vessie qu'il s'agit. Bourré par dix-huit degré et le bas-ventre à l'air, un litre cinq de bières englouties en vingt-cinq minutes, après trois-quart d'un rhum... Bien sûr que j'avais envie de pisser.

– Alors ?

– C'est la vitrine du starbuck qui en a fait les frais. Rabroué dès l'entrée par une conne et son singe de collègue, j'y ai dit, « je vais vous faire du scandale ! » Je n'ai pas lésiné. Trois heures que le liquide fusait, cocotait, faisait un torrent du diable dans le bas-ventre ! Et moi pauvre mendiant rabroué, moi qui aurait bien payé rien que pour y couler un fiel, dans leurs chiottes. Mon froc, il est tombé fissa. Ma bite a heurté la paroi. Et à la réaction béate d'une jeune mère outrancièrement décolletée, et amusée de son plus jeune con de fils, je fis luire la vitrine d'une giclée ininterrompue de jaune et de gras, de foie et d'urine !... Pour sûr j'en éclaboussais partout. La vitrine jaune et chaude sous le soleil du soir, l'orange du ciel sur la fontaine à flot, et mon branle-bas aux armes, tonnerre d'acier dans le cliquetis des cris, étouffés, des clients de l'intérieur de la boutique... Des vigiles venus pour me traîner. Une femme hystérique, blanche ! plus blanche qu'une bile d'oie. Ses drôles de compères originaires du Maghreb et de l'Afrique noir, juste autour. En chemises noires, rouges, en lampions d'incendie et en groles de sécurité. Toutes bandes réfléchissantes, toute mine sévère, ou sourire carnassier. Je pigeais qu'alors, là, j'étais voué à m'en prendre plein les fesses. Ça n'a pas manqué. Je finissais de pisser tandis qu'ils m'entouraient. Ils m'attendaient, à vrai dire, je l'avais bien compris. Par conséquent je tardais à finir mon ouvrage. Je traînais à rembarrer le colosse une fois l'oeuvre finie. Cinq, six minutes passées de franc mutisme, dans l'expectative et la stupeur ambiante. Finalement c'est la petite femme, qui a dit assez fort « allez range-moi ta bite ! » J'ai exécuté la sentence avec un rien de dédain. La fierté bondissante, je me tournai la bite érigée droit sur elle, puis la remballais, finalement grand seigneur, en faisant tinter de ma ceinture en cuir. Les corniauds du continent noir me tombèrent dessus fissa. Je n'eus pas le temps de hurler « Montjoie ! », que ces cannibales m'avaient étreint tous les membres, puis allongé à terre, puis soulevé et porté comme une brouette, un con par bras me tirant vers l'avant, deux cons derrière me tenant les deux jambes, et me pressant, jusqu'à leur bureau.

– En somme, c'est un tapis volant !

– Un caprin du Maghreb après la rituelle sodomie ! Je fus conduit en salle d'interpellation. Cagibi grisâtre et opaque, où l'on enferme le voleur présumé. La police vint passé trois heures, pour m'embarquer. Là je fus conduis en cellule, maintenu en GAV, auprès d'Abdel Mohamed ou Moktar, au conseil si sagace, et du drolatique Boubakar, dont le silence est enchanteur. Le reste est tout aussi confus. La voilà ainsi jetée, ma trépidante expérience ! Je gage que quelque juge con viendra me déférer sous peu dans son petit bureau. J'y dirai ma joie et mon amour de la vie. Mon dégoût des hommes, et de sa sale face de rat en particulier. J'y déjecterai à nue mes entrailles, comme je fais toujours. Et si on me tue pour ça, ma foi... On a bien tué le Christ.

– Mais Bolano ne se réveille pas. Voilà ton histoire finie, et lui qui continue de faire mine de dormir ! Un coup de pied, trois ? Il devient de plus en plus gourmand en semonce à mesure que le temps passe ! Sa dulcinée doit lui faire, je te le dis, une drôle de vie.

– Laisse, Félix, laisse. S'il a fini par rêver sans feindre, s'il dort vraiment ainsi sur commande, c'est qu'une chose le pèse comme tu l'as bien compris, un truc si sérieux qu'il pourrait s'en faire péter la tête un jour, si l'inspiration lui venait. Laisse-le aux fraises. L'alcool, l'hystérie, le pathos et l'exhibitionnisme, à un moment donné, ça ne suffit plus. Il nous faut le saint oubli du sommeil, qui seul aide. Pour ma part, je l'ai définitivement perdu après quinze ans de travail de nuit.

– Moi également. Le sommeil c'est comme tout, ça ne s'arrange pas avec l'âge.


















« Modifié: 31 Mars 2026 à 21:59:21 par Julien-Gracq »

 


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