Il avait ce quelque chose de provocateur, mon père. Il était de ces personnes qui souffraient en silence, ne laissant derrière lui qu’une nuée de tristesse. Pourtant, il se disait optimiste, son regard s’enflammait à la seule vue d’un vol d’hirondelle. Pareil à un être de cœur, il avait ce tempérament volubile que l’on peut détester parfois. Il s’accrochait à un espoir déjà conquis, mais sombrait petit à petit vers une peur noire. Il se disait amoureux de la vie, mais les ténèbres de la nuit le terrifiaient. J’aurais aimé lui tendre la main, l’aider à se relever mais à chaque élan pudique de ma part, l’assaut se voulait maladroit. Rien n' enrichissait mon amour pour lui, lorsque, désespéré par l’existence, il s’enivrait d’un nectar alcoolisé, comme remède à ses désillusions. Perdu par son esprit torturé, ses pensées se noyaient dans une eau trouble, ballottées par un rythme effréné. Le monde lui était devenu hostile. Fier et désinvolte, il était son propre comédien, jouant son rôle sur une scène emplie de fantaisies grotesques. Une simple comédie où l’artifice trônait en maître.
… Son irrévérence me taraudait parfois, jusqu’à la fin des lilas en fleurs quand le printemps ne fleurit plus…
A-t-il aimé sa vie? A-t-il réussi à calmer ses tourments? Je ne le saurai jamais.
Son sang coule en moi, l’emprise m’enferme comme un tourbillon, comme une spirale tournant sur elle-même. Mes craintes sont semblables à un vertige. On dit que le manque trouve sa solution dans l’excès, mais ce ne sont que des adjuvants trompant une réalité déplaisante. J’ai souvent cru que le temps nous séparant, comblerait l’absence et malgré cela, il a ouvert certaines brèches. Je ne sais si mon intention était de comprendre le résolument banal, au travers d'une personnalité qui se dérobait furtivement devant moi. La seule chose qui m'importe aujourd’hui, c’est de faire la paix avec lui. Lui pardonner ses errances et l’excuser pour son comportement malhabile, m’excuser de mon ignorance et arrogance.
Car si aujourd’hui, il y a quelqu’un à blâmer c’est bien moi. Je croyais savoir, connaître tout de cet homme et pourtant que de méprises, d’erreurs commises par un orgueil démesuré.
Comment reconnaître le vrai de l’évidence! Voir une ressemblance touchante qui me rappelle mon origine alors que ma descendance commence juste à se réaliser! Réparer l’irréparable, puisque nul ne connaîtra le vrai du faux. Je reste donc face à mes impressions faussées par un affectif meurtri. Mais j’aime à croire qu’il me regarde et m’accompagne dans cette rédemption. Je ne m’inflige plus de regret ni de désamour malheureux. Je vis.