Dragon d’émail
Au-dessus de moi, des arches de feuillages
Couvrent les pleurs d’un être au chœur des ramages.
Un être de chair peint de reflets sibyllins,
Que le vent caresse d’un toucher cristallin.
Les yeux de ce Pan brillent comme des jades,
Et laissent à ma rétine des frissons floraux.
Un visage né dans des angles de coraux,
Qui semble mugir, tel un dragon en croisade.
L’accueil que me réserve ce corps peu commode
Rappelle à mon souvenir les airs de l’automne,
Un printemps mort qui me jette aux antipodes,
Loin de cette lente ébauche d’une âme atone.
Ses jambes semblent se muer en écailles,
À l’image des racines serpentines,
De l’estragon vers un petit dragon d’émail,
J’avance vers ce bel être d’opaline.
Il se rapproche de mes yeux, et je plonge,
Dans les songes de cet animal juste né.
Est-ce un dragon de Komodo ? un échidné ?
Je n’y vois qu’une chimère, un fin mensonge.
Pourtant, la lueur de ses iris m’éclaire,
J’aperçois au fond de ses songes une lumière,
Elle chasse l’inconnu et lie mon cœur au sien,
Étrange union dans les rêves d’un Parisien.