Il respire drôlement fort ce monsieur, c'est à croire qu'il veut profiter au maximum tant que l'air est gratuit. Monsieur l'aspirateur a pris le même ascenseur que moi ce matin, heureusement que nous n'avions pas pris les escaliers, il ne m'aurait laissé plus aucune molécule d'oxygène. Lui quand il court, ça fait un appel d'air, c'est comme passer à côté d'un camion, il y a un risque de se faire emporter. Je souris, il me regarde bizarrement. Quoi, je ne viens pas de dire ça à l'oral tout de même ? Mes amis se moquent toujours de moi, ils me disent que je passe plus de temps dans mon monde intérieur à me faire des blagues à moi-même que dans le monde réel. Enfin mes amis... C'est ma cousine et ma mère qui me disent ça. Ce sont elles qui m'ont poussée à sortir de ma zone de confort, et me voilà aujourd'hui, premier jour de travail, dans l'ascenseur.
L'ascenseur se bloque entre deux étages. Ah non, ça, ce n'est pas possible. Je sens ma sueur goutter lentement le long de ma tempe. Je ne peux pas rester enfermée avec lui. On n'aurait pas assez d'air, c'est sûr ! Il soupire d'agacement. Il croit peut-être qu'il peut nous faire décoller comme une montgolfière avec ses naseaux ? Je devrais dire quelque chose ? Mes mains sont moites, je les sens crispées dans mes poches.
L'ascenseur reprend sa montée et moi je redescends en pression. C'est de ma faute, je n'aurais pas dû me moquer de lui, j'ai été méchante et le karma m'a punie ? Une blague dans sa tête, ce n'est pas très grave ? Je n'ai fait de mal à personne ! C'est un peu dur, je trouve !
Les portes s'ouvrent, c'est son étage, il y a d'ailleurs un de ses collègues dans le hall, qu'il salue immédiatement. Les portes se referment, mais l'ascenseur a un petit laps de temps avant de repartir. J'ai juste le temps d'entendre ces paroles : « Je viens de faire une rencontre super étrange, tu as vu la jeune fille dans l'ascenseur ? Elle n'avait pas de nez ! »