Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

17 Mai 2026 à 08:52:09
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Graffeur

Auteur Sujet: Graffeur  (Lu 1566 fois)

Hors ligne Nacas

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Graffeur
« le: 11 Juin 2025 à 12:39:29 »
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        « T’en as pas marre de lui expliquer des choses ? C’est un chien ! Il comprendra pas ! »

Il comprendra pas. Le bout de sa truffe va de moi à mon oncle, des mains de mon oncle à vrai dire à mon visage, Yuji est tout jeune je n’aime pas qu’il entende ça.

        « C’est lui qui ne comprend pas, Yuji, ne t’en occupe pas. »

Martin mon oncle pousse un soupir exaspéré, regarde ailleurs son cou décrit un demi-cercle, et il s’en va en espérant ostensiblement que je m’en sente mal. Lui parti, la pièce retrouve une odeur de vieux bois. Je m’approche de Yuji, je murmure juste assez fort pour qu’il m’entende, et pas mon oncle, ses oreilles dressées suivent mes lèvres.

        « Il ne sait pas ce qu’il sait, tout ce qu’il comprend ce sont les mots qui décrivent ce qu’il sait, et il croit qu’il n’y a que ça. Il a oublié. »

Je ne suis plus trop sûr de ce qu’il a oublié, il a oublié que les explications ne décrivent que ce qu’elles décrivent et que le monde n’a pas que ça, mais c’est tarabiscoté, ce n’est pas assez clair dans ma tête pour que j’en parle à Yuji. Il a oublié. Ça j’en suis sûr.

        Je quitte le salon à l’odeur de vieux bois dans lequel il m’a laissé seul, Yuji je lui ai appris à marcher silencieusement alors on n’entend même pas ses griffes cliqueter sur le parquet pendant que sa masse louvoie derrière moi. Je prends mon sac. Y’a mes bombes de peintures dedans, j’ai envie d’aller peindre, ça me brûle, je me dis que c’est fou que la pièce n’ait une odeur que dans le silence. J’aurais envie de demander à Yuji s’il le sent pareil, lui aussi : quand Martin gronde c’est comme si sa parole aspirait l’espace ; ou si c’est juste moi qui ressens mal les choses, encore, comme toujours.

     « Yuji ? »

     Il s’arrête et se retourne, il marche toujours devant moi dans la rue. Je me suis arrêté aussi. Du vent souffle dans mes longs cheveux, je dis :

        « Tu crois que je n’arrive pas à me concentrer sur plus d’une chose à la fois ? Que c’est pour ça que les odeurs des meubles se taisent quand mon oncle m’engueule ? »

Il s’approche, sans rien dire, il relève haut le cou.

        « Tu crois qu’on peut oublier de respirer ? Et le monde qui devient inodore… »

Je lui attrape les oreilles touffues et les frotte entre mon pouce et mes doigts, descends vers la base de son cou. Il adore. Il aboie très fort, il a besoin de se gonfler le poitrail pour aboyer comme ça ; et il n’aboie qu’une fois. C’est moi qui ne suis qu’un humain, je ne comprends pas sa réponse. Je range mes mains, dans mes poches, il reprend sa route et on reprend notre chemin.

        J’ai envie de peindre.


     « Tu sais au fond je suis comme mon oncle. Moi aussi dans ma tête il y a des mots qui s’imbriquent et au final je ne suis capable de penser que ce qu’ils forment… Enfin, moi au moins je n’ai pas oublié que le monde est plus grand que ça. »

J’ai l’impression d’expliquer un truc important, de mettre des mots sur un genre de serpent qui leur échappe, comme des écailles. Alors, je m’obstine mais c’est douloureux, comme gratter longtemps une plaie qui ne démange plus. Je lui dis :

        « Tu vois y’a des trucs qui n’existent pas, des dragons dans le ciel, ou qui se posent sur le rebord de nos barres d’immeubles et qui nous regardent, ça ça n’existe pas, les dragons. Mais la vraie différence, elle n’est pas entre les choses qui n’existent pas, non. Pour bien comprendre ça nous on a le mot abstrait. Abs – Trait ! C’est pour désigner les choses qui n’existent pas, mais que ça change rien en fait. Tu vois toi ? T’existes !
— WARF !
— MAIS OUAIS JE SAIS QUE T’EXISTES ! T’EXISTES MÊME ENCORE PLUS QUE CE MUR DE BÉTON ! Je le sais bien. Mais sur ce mur de béton, je suis en train de peindre ton portrait, on te reconnaît déjà d’ailleurs, et quand j’aurai fini, ben les gens ils passeront et ils se diront ‘Putain y’a Yuji sur le mur’. Alors que tu seras pas sur le mur ! Tu seras ailleurs ! Ben c’est ça. Cette image de toi dans la tête des gens, c’est abstrait. »

Il regarde le mur. À ce moment-là moi je suis sûr c’est évident dans le silencieux de son museau, ses grands yeux marron parcourent la peinture et c’est évident que Martin n’est qu’un con. Il passe son temps à se piter au bar avec ses potes pourris t’façon. Yuji s’est assis. J’ai presque fini.

Il me regarde me retourner sur la surface verticale. Je me demande s’il s’y voit. Sûrement. Je reprends mon travail et, ma voix couvre le crachat de la bombe et le brouhaha des voitures qui passent je lui explique les humains :

        « Il n’y a pas de vraie différence entre les choses abstraites et les autres, les unes peuvent devenir les suivantes, et les autres peuvent devenir les premières. Des paysages apparaissent dans nos crânes, d’autres sont juste devant nos yeux et ne parviennent pas à y entrer. Leur nature n’y change rien. Ce n’est pas là qu’est la différence, pas entre ce qui existe, et ce qu’on ne peut pas ressentir. »

Alors je crie parce que j’ai envie que toute la ville m’entende :

        « La différence, Yuji, est entre les choses qui peuvent exister, dans nos têtes, et celles qu’on ne peut pas y faire apparaître, tout seuls. »

Mes poumons se déploient, j’aboie encore plus fort qu’Yuji :

        « Y’a ta tête de trois mètres de haut qui va rentrer dans celle de tous ceux qui passeront par ici ! Bwahahahaha ! »

Et mon rire tonitrue pendant que je termine mon ouvrage.

        On passe la moitié de l’après-midi à le regarder, le mur en béton, tous les deux assis sur une marche d’escalier, en béton lui aussi. Ici c’est la Cité du béton, ils ont tout construit en gris il ne leur restait plus que ça après la guerre, ils croyaient que ça nous ferait plaisir que ça nous aiderait à nous concentrer peut-être, de n’avoir pas d’autres couleurs à regarder, pour nous distraire. C’était il y a longtemps, ils se sont trompés, ils l’ont reconnu, depuis, j’ai le droit de peindre partout ils me paient même pour ça, la mairie, il faut juste que je leur dise que c’est moi qui l’ait fait. Ils me connaissent. Je les déteste. Mais ce n’est pas la faute de ceux qui sont là, ceux qui sont là ne sont que leurs descendants, après tout. Ça ne sert à rien de leur en vouloir. C’est dommage. J’ai le crâne comme de la pâte à sel ou de la semoule, qui dégringole, c’est agréable. L’après-midi souffle sur la racine de mes cheveux.

Une gars, une pote qu’est venue s’asseoir avec nous, pour discuter, pour boire une bière elle a dit : « Y croyaient que ça allait donner de la majesté aux arbres, tout ce gris, qu’ils ressortiraient plus pétants encore que sur de la tuile. Tu parles ! Tous leurs arbres ils sont morts. C’est ça de ne pas s’en occuper. » Elle a soulevé le cul de sa canette, a dégluti d’un air furieux mais elle n’était pas furieuse elle était triste. Elle m’a tapé sur l’épaule, avec sa main sale, elle voulait pas me regarder droit dans les yeux et ça m’a blessé, mais elle m’a dit :

        « Toi t’es un putain d’artiste ne meurs jamais p’tit frère et surtout ne t’arrête pas de peindre tes trucs comme ça, on te protègera dans le quartier tant qu’il nous restera un souffle de fierté c’est moi qui re le dis ça mais tu peux compter que c’est nous tous parce qu’on pense tous pareil. »

Je n’étais plus blessé, j’étais une boule toute chaude dans ma poitrine, en plein milieu, Yuji lui a léché direct sa main toute sale, et pas qu’un peu d’ailleurs ! Elle l’a tout ébouriffé en plongeant entièrement son regard dans le sien cette fois-ci et tu parles qu’il le lui rendait, il adore ça Yuji. Ils se sont dits aurevoir et elle est partie. Sa queue remuait tant il aurait pu bosser pour les feuilles mortes, il s’est rassis, puis allongé, à mes côtés.

        On a regardé la murale pendant bien deux heures, je serais bien resté deux heures de plus moi tiens, mais Yuji avait faim alors, on s’est levés. J’ai noté l’adresse. Et les 9m² du boy de poils a souri à notre dos, la gueule déployée pour l’éternité au moins.

        Ça ne me démange plus, c’est chouette, les bombes reposent désormais au fond du sac, avec le reste des accessoires de peinture. Mes morceaux de cartons, de plastique, de métal, mes pochoirs sans trou. Éclatés de peinture.


        Je me suis acheté un kébab, à un endroit où le vendeur sait ce que je prends d’habitude, et où j’aime bien les frites, elles sont pas pareilles qu’ailleurs. Je jure qu’elles sont plus croustillantes. Yuji a pas le droit aux frites. Il demandait avant, maintenant il demande plus, les frites c’est trop gras pour les chiens, c’est le genre de trucs qui leur refilent des maladies. Y sont pas faits pour bouffer autant de merde que nous, les pauvres. Y sont pas faits pour. Je paye ce que je dois et le patron sort de l’arrière-pièce pour me saluer en écartant les mains. Le patron ici, et c’est pour ça qu’on vient, c’est vraiment un chic type. Il a appris par cœur ce que je prenais, et il en a fait un post-it que les vendeurs connaissent par cœur maintenant, comme ça ne je risque plus de suer comme un crétin et de devenir fou d’angoisse sur des « conneries », comme disait Martin, le patron a fait ça pour que je puisse venir et commander tout seul.

Et il a acheté un bol et des croquettes pour Yuji, pour les chiens du quartier. Un grand bol, genre qu’il en fout pas partout, enfin on mange dehors mais quand même. Un bol de bouffe et un bol d’eau, tous les deux remplis à ras-bord.

        Quand on vient on prend toujours deux menus. Et c’est pour ça qu’on revient ici.

                Il est bientôt dix-sept heures.

Le ciel nous nargue.

Il fait bleu.


        Je me tais.

        On s’adosse au mur de la rue. Dans un coin qui ne sent pas trop la pisse.

        On regarde les travailleurs sortir petit à petit du boulot. Remplir les trottoirs.

        Ils ne nous adressent pas un regard.

Mais ils lèvent les yeux au ciel, immense, puis quand ils les redescendent, et les posent sur un grand tag…

Je sais que c’est moi qui l’ai dessiné.



        Il fait moins chaud, à dix-huit heures, mais j’ai soif. J’ai vraiment soif. Je réfléchis : « On pourrait rentrer à la maison, à cette heure-là elle devrait être vide. »

        M’observe, une question au bord des babines, qu’il ne pose pas. Moi non plus, je n’ai pas envie de rentrer. Surtout juste pour une soif. Mais je m’imagine rentrer dans un de ces magasins pour acheter une bouteille, avec ces milliers de gens qui grouillent, et Yuji ficelé à l’entrée. Tout seul. Qui grouillent. Je prends ma tête dans mes mains. Le monde descend j’ai du mal à respirer j’ai du mal à respirer ; … Humide. Sous ma bouche, sur mes lèvres, lapée humide sur toute ma face. Encore. Tire une paupière. La referme sous sa langue.

        « Merde. »

Mes bras se referment sur son corps fourrure, qu’est sur moi à me lécher le visage comme une dameuse la neige. J’ai envie de rire, j’veux dire y’a un rire qui remonte ma gorge depuis mon estomac nerveux. Je suis un genre de verre d’eau, le rire un cachet d’effervescent ; toute l’eau c’est l’angoisse, pure. Je me serre contre son cou et ses épaules et je l’étreins en le remerciant silencieusement la peau de mes bras sur son pelage et ses os dessous, qui me retiennent. Je compresse, il est de la mousse je suis de la mousse, il pose une patte sur mon buste, pour pas s’y coucher, enfin, on s’affale.

        « J’ai le dos sur le sol de la rue arrête, c’est sale. »

Hahahahaha

        Je ris parce que j’ai eu super peur. Pour rien.

L’important c’est de ne pas s’excuser quand on a peur. Il faut avaler sa gorge. Bloquer sa déglutition. Et respirer, rire si nécessaire ; mais il ne faut pas être désolé. La peur et la désolation, combinées c’est ce qui brise un être-humain.

        « Et crois-moi Yuji je le sais, un être-humain quand ça se brise, ça ne se répare jamais vraiment, ça devient un pantin, et sur dix pantins différents t’en as au moins neuf qui cherchent rien que les ficelles des autres, tandis que le dixième ne pense qu’aux siennes. »

On se relève, sur le sol de bitume, il dit rien, je dis rien, j’ai soif.

        On marche en direction du grand terrain vague. La soif au ventre, elle a commencé à descendre et je ne l’arrête plus. Gluante comme de la salive, ou de la morve. Il fait un peu moins chaud, mais le soleil brûlera encore longtemps. J’ai un veston dans mon sac de sport à côté des bombes pour la nuit. On marche sur les allées. Dans les rues. Entre les passages, étroits. À un moment je pisse, dans un tout petit coin, et sur une plante parce qu’il faut toujours pisser sur une plante, ça m’énerve de me vider de ma flotte alors que j’ai soif mais ça fait du bien. C’est comme ça.

On marche. On dit bonjour à ceux qui nous disent salut, Yuji remue la queue beaucoup, quand il croise d’autres chiens il s’approche super près et il a l’air vraiment content. Nous on se contente de les regarder, les clébards, un peu médusés même ; je me dis que c'est cool qu’il y en ait au moins un qui assure l’aspect sociable.

Les gens dans la rue, ils restent beaucoup plus loin que les chiens.

        « Toi Yuji, il faut jamais que tu oublies que t’es un clébard et il faut jamais que t’arrêtes non plus parce que nous on a besoin de toi. »

        Il écoute, d’une oreille, mais il s’en fout, là il renifle le bas du réverbère, qu’est éteint, à deux mètres.

        « Hééé ! Hooo ! »

Une voix crie depuis les hauteurs, je relève la tête. Celui qui pousse la voix il agite le grand bras aussi, il est perché depuis une fenêtre du troisième étage, penché à tomber presque, c’est Timothée.

        « Ohééé ! Camille ! Attends-moi, j’arrive ! »

        À peine que j’ai eu le temps de faire coucou de la main, qu’il est déjà reparti, il doit être en train de dévaler les escaliers de son immeuble, Yuji a déjà posé son cul pour l’attendre.

Une vigne maronnasse gratte, lentement, contre la façade dans une lézarde, un jour elle l’ouvrira en deux – il faut lui souhaiter bon courage. Des pans de crépi tombent finement, sous les rebords des abysses plus sombres que leurs pourtours, des taches de pluie, gomment les fenêtres habitées. De grosses lettres noires défigurent le béton, des gens qui n’ont rien voulu inscrire d’autre que leur nom.

        Son immeuble c’était un truc propre il paraît, à l’époque il paraît, c’était le plus propre endroit de son quartier, mais les autres immeubles autour se sont fait construire, et c’était pas les mêmes murs, des immeubles destinés à être miteux il paraît, ils se sont dégradé ils ont accueilli des gens de moins en moins recommandables ; maintenant son immeuble délabré n’est qu’un de plus parmi les autres.

Il pousse la lourde porte d’entrée, un sourire lui bouffe la moitié de la face, je sens que ça me tire moi aussi ; il est essoufflé. J’ai envie de lui attraper les joues, de les faire coulisser dans mes paumes. Je me retiens.

        « Camille ! Tu vas où comme ça ce soir ? Je peux t’accompagner ? »

        Je ne sais pas quoi lui répondre, quand il est comme ça. « Comme ça », c’est gamin avec des mots d’adultes, alors que sa joie est toute immense il la met dans des mots tout étriqués. C’est trop bizarre. Je murmure :

        « J’allais au terrain vague. »

Il s’exclame, en souriant. J’en profite pour oser, lui murmurer une demande :

        « Dis, Timothée, j’ai vraiment très soif, et je crois que Yuji aussi. Tu crois qu’on pourrait monter boire un peu ?
— Yuji !! »

Comme s’il le découvrait tout juste ! Il lui court dessus, ils se courent dessus, il dit en se retournant, pendant qu’il lui renifle le poil :

        « Ouais bien sûr vous pouvez monter ! Mais y’a le père qui dort en haut, il faut surtout pas le réveiller ! Les bols sont dans le même placard que les verres ! »

Timothée est le seul humain à renifler le poil de Yuji, il l’attrape à plein torse à chaque fois, un peu plus il se pendrait à son cou, il a quatre pattes et il glisse, il perd appui, il lutte pour rester debout, Yuji il a à peine le temps de lui rendre son coup de flair.

Quand ils ont fini de se retrouver, il ne m’a pas entendu que je préfère pas y aller seul, chez lui, Timothée s’approche du digicode, tape la série dont je ne me souviendrai jamais, quoi qu’il croie le contraire, on entre dans le sas, d’entrée. Dans lequel on a si souvent joué, pendant qu’il n’avait pas le droit de sortir dans la rue, ce sas aussi vaste qu’un salon, à la moquette qui pique quand on se met pieds nus.

Y’a un des murs c’est un immense miroir.

        Je crois que Timothée, je le trouve vraiment beau.

Il n’y a qu’à côté de lui, que je remarque mes cheveux dépenaillés, mon jogging troué, qu’à côté de lui que j’ai peur que mes baskets sentent mauvais. Et lui, il a toujours l’air aussi insouciant.

Yuji s’essouffle dans l’escalier. Cela m’amuse. J’ai tellement soif, que ça me brûle jusque dans le cœur, je pense au verre d’eau que je vais pouvoir boire tout entier, l’eau est redevenue de l’apaisement, du liquide, je me surprends à penser ça et je trouve ça vraiment trop con. C’est pas si con. L’eau est du liquide, qui coule, lourd dans le ventre, désaltère. Je me demande si Timothée trouverait ça con. On pousse la porte.

L’odeur me prend à la gorge. Elle remplace les murs. Elle remplace le couloir. Elle remplit tout l’espace. Timothée rentre dedans comme si c’était normal. Comme si c’était possible. Je reste sur le seuil.

        « Ben quoi ? Entre ! »

Je peux pas. Yuji aussi, il bouge plus. Il doit sentir encore plus fort ce doit être horrible. La mosaïque en tissu tapisserie se pixellise dans mon esprit embrumé je perds presque pied… Il faut que je dise quelque chose. Faut respirer, pour ça.

        « … Je… J’peux pas, Timothée.
— Quoi ?
— J’peux pas faire un pas de plus vers chez toi.
— Ben pourquoi ? »

Je ne sais pas pourquoi. Mon corps veut plus, c’est tout. Là-bas c’est chez toi, et l’air entier est devenu solide. J’ai chaud partout.

        « Je ne sais pas.
— D’accord. T’as encore soif ?
— Oui. »

Je déglutis.

        « Ben alors ne bouge pas, je t’apporte de l’eau. »

Et je ne bouge pas.

        Dans ce couloir.

                Où vit Timothée…

                        Et sa famille.


        Je me suis ressaisi. J’ai bu mon verre d’eau, et puis, un autre. Dans le couloir. La salive gluante s’est diluée, mon ventre est redevenu mon ventre, on marche vers le terrain vague. Yuji, devant nous, furète et il a bien bu lui aussi. J’interroge celui qui nous accompagne :

        « Tu ne risques pas de te mettre en retard ?
— En retard ? Non, maman est de garde aujourd’hui ; je ne crois pas qu’il y ait de repas ce soir.
— Je voulais dire, pour tes examens. Martin m’a dit… qu’ils étaient pour bientôt.
— Martin ? Wow, qu’il ait dit ne serait-ce qu’une seule chose sensée me laisse pantois ! »

Cela me fait rire. Imaginer Timothée pantin, et l’entendre parler en mal de mon oncle, cela me fait rire.

        « Tu te bidonnes toujours autant ; au moins ça, ça ne change pas… Mes examens sont dans dix jours. Cela fait deux ans que je bosse. J’ai plutôt besoin de sortir. »

        C’est le moment que choisit le soleil pour exploser une première fois, entre les vitres des tours du quartier de verre.

L’orange fuse, dans nos rétines d’abord puis sur le capot des voitures. Sur l’asphalte, sur laquelle s’empruntent nos baskets, et ses griffes, avec l’arrogance de pouvoir le recouvrir. On le recouvre pas : derrière nous, il rejaillit dans notre ombre éclatant de mille reflets. C’est lui qui nous colonise.

Dix minutes plus tard, il est redescendu dans le ciel, de quelques degrés qui l’ont éteint dans le verre, qui est redevenu transparent. L’orange est retombé, j’ignore où il est parti. Cela me reprend. Cela me démange. Je passe en revue le terrain vague, dans ma tête, je n’en trouve pas. Il n’y en a pas. Il n’y a pas de mur. Le terrain vague n’a pas de mur vierge. Aucun.

        « Timothée ?
— Oui ?
— Est-ce que cela te dérange si on ne va pas au terrain vague ?
— J’aurais aimé regarder le coucher de soleil là-bas. Les barres des tours sont dégagées face au banc ouest. »

        Je trépigne. Je me renfrogne. Je réfléchis mais j’y arrive pas ! Il a raison. Bien sûr, bien sûr, il a toujours raison. Je ferme mes yeux, et dans l’obscurité eigengrau les pensées sont moins nombreuses, mais pas plus utiles. Je force mes paupières encore plus fort il faut couper le flux qui me distrait – Pourquoi ce cerveau ne veut pas réfléchir ? Je m’épuise. Je m’étouffe. Yuji. Yuji pousse ma jambe du bout de son crâne. J’éloigne mes mains de mes cheveux. Timothée me surveille, inquiet.

        « Il n’y a pas de mur vierge, au terrain vague. »

J’ai envie de peindre.

Il réfléchit, en posant le bout de son index sous son menton, ostensiblement.

        « Ah oui ? »

Il fait semblant de s’étonner.

        « J’aurais le droit de te regarder peindre ? »

Je me retourne brusquement. Braqué sur lui, et la petite braise crépitant sur mon souffle.

        « Et bien… oui. »

        Alors, il décolle son index de sous son menton pour me désigner, moi, à la place, il fait semblant d’avoir trouvé, que l’affaire est résolue :

        « Je ne peux pas regarder un coucher de soleil seul. Et tu as besoin d’un mur vierge… et il n’y en a pas là où on va ! Alors allons ailleurs. Je te suis ! »

        Et il rit.

        Et Yuji lui tourne autour en déplaçant tout l’air dans son mouvement, la langue pendue la queue battante. Je ferme les yeux, calmement cette fois-ci. Je passe en revue les rues de la ville, en commençant par les plus proches. Je repère, un pan, un pan de gris je crois la dernière fois que j’étais passé il y avait un tout petit parking, pour un tout petit restaurant de nouilles, à peine un renfoncement. Suffisant pour un coucher de soleil.

Je ne dis rien. Je tourne j’emprunte un nouveau chemin, et ils me suivent.

J’ai un coucher de soleil de l’orange explosif au bout des ongles. Qui ne demande qu’à éclater, comme une démangeaison.

Colonise mon esprit.

Je nous conduis à travers les rues, les ruelles, rattrapé par Yuji parfois, Timothée trottine en riant. En effleurant les poteaux des doigts, il s’amuse.

On est arrivés. J’enfile ma veste. Sur les trois places, l’une est libre, ils se posent dessus. Timothée sort de son cartable… une bouteille d’eau ! Je sors une de mes bombes de peinture du sac de sport, je la secoue.

Tac, tac, tac, tac le petit morceau de métal, à l’intérieur. Yuji s’installe au creux des jambes en tailleur de Timothée qui l’appelait, d’un tapotement de la main. Il pose sa mâchoire au bout de son genou.

Et… Je ne me souviens de pas grand-chose ensuite. Le feu qui me brûlait les mains, il est sur le mur. Il s’y est déversé dans un bruit de succion, il a absorbé le mur. Je m’écarte, quelques pas, à peine. Des fourmis, picotent, me broient les membres comme des cailloux abrasifs, allument un brasier depuis mes talons, depuis mes coudes. L’horizon me regarde. Me fiche m’enchâsse m’éclate, du orange jusqu’au bout du mur. Je me sens m’envoler, c’est ptet de n’avoir pas beaucoup respiré, c’est peut-être d’avoir les phalanges dégrafées. Il y a du bleu, sur la mer de la ville. Et dans mon cœur.

Je me retourne.

        Une voiture à l’endroit où devraient se trouver Timothée et Yuji. La sueur froide coule, directement là où devrait se trouver ma glotte, et retentit ; comme une goutte sur une flaque. Mon estomac est froid.

        Je lâche trois respirations, un hoquet, qui se bousculent dehors en un soubresaut, avant de remarquer le bras levé, la main ouverte, le sourire ouvert, aussi, ils me font signe. Sous la lumière jaune d’un lampadaire, sur le trottoir d’en face, ah, on dirait que sa joie va lui arracher la face.

Et lui en faire un manteau.

        Je les ai rejoints.

                Il n’a rien dit, sur le crépuscule.

                        Il sait que c’est mieux quand on dit rien.

                                On l’a raccompagné chez lui.

Et Yuji et moi, on a vu la nuit coloniser les rues.

        La lune est absente, ce soir, et ici il n’y a pas les étoiles. J’ai oublié de noter l’adresse, pour la mairie. Je me souviens du nom du restaurant, je demanderai à oncle Martin de regarder sur son téléphone. J’enfile ma veste. Et le jour s’est fin fini, mais moi je suis éveillé pour un bout de temps encore.

On déambule.

        Le temps de laisser nous envahir, ou nous quitter, la légèreté du crépuscule.


        L’air pique, le bout du nez. Il fait froid. On marche. Je dépasse les bars, bruyants, je regarde les pharmacies, l’heure. J’attends minuit. Petit à petit, le sommeil grignote ma peau. De bâtiments en bâtiments, on se promène. L’air dissout, le tissu de la Réalité. Dans mes poumons.

        Les premiers ivrognes se font jeter des bars, ils échouent quelque part, par terre ; ce sera bientôt l’heure.

Où je pourrai rentrer chez moi. Et dormir.

        En attendant demain.


        Yuji aboie.


        Face à un morceau de lune

        Qui disparaît derrière les façades

        En une poignée de minutes

        Échappant à la fois

        À mon regard

        Et au reste

        Du monde

        Je dors.


Yuji, assis fièrement à côté de moi, les oreilles dressées, veille.


        Une éternité plus tard, je me réveille, mordu par le froid au mollet. Il est une heure. Ah. On rentre, Yuji et moi. À l’appartement, dont on referme la porte doucement.

Pour finir la nuit sur un lit.
« Modifié: 23 Juin 2025 à 01:44:32 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

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Re : Graffeur
« Réponse #1 le: 14 Juin 2025 à 10:12:56 »
Bonjour

belles rencontres ce texte et ses personnages

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


B
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Rémi

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Re : Graffeur
« Réponse #2 le: 22 Juin 2025 à 19:47:39 »
Salut Nacas,

Je n'ai pas cette fougue qui te caractérise pour déployer ma pensée dans mes commentaires. Mais ma lecture a été fougueuse et mes avis le sont aussi. Allez, c'est parti !

Comme ton texte sur les joueurs de babyfoot (ici, pour ceux que ça intéresse), je ressens à la lecture une prise en main totale de la prose par le narrateur. Rythme, style et choix des mots incarnent autant le personnage que les mots qu'il nous propose (ce qui est d'autant plus cool que la sémantique est au coeur du début texte).

Me semble que la structure, le format de narration et la trame n'ont pas besoin de retouche. J'ai noté quelques bricoles à optimiser, mais je crois qu'il n'y a pas beaucoup de travail pour finaliser ce texte. Bien sûr, c'est exigeant comme texte, faut accepter ces jeux avec la ponctuation, avec la syntaxe et parfois le vocabulaire. Mais ils servent réellement le propos et surtout le personnnage.

Bref, c'est super, j'aime beaucoup. Je te laisse parcourir mes notes :

Citer
pendant que sa masse louvoie derrière moi
je sais pas si "masse" est un mot qu'emploierait vraiment ton narrateur

Citer
« Yuji ? »

     Il s’arrête et se retourne, il marche toujours devant moi dans la rue.
très chouette ellipse, j'aime bien comme l'envie de peindre se traduit par ce mouvement

Citer
Je lui attrape les oreilles touffues
marche mieux que "j'attrape ses oreilles touffues" :)
Viens-là Nacas que je t'attrape tes oreilles touffues !

Citer
Je range mes mains, dans mes poches, il reprend sa route et on reprend notre chemin.
idem
ça marche bien

Citer
        J’ai envie de peindre.
jolie répétition, jolie résonance

Citer
de mettre des mots sur un genre de serpent qui y échappe, comme des écailles.
super le serpent, mais le "mettre des mots sur" est peut-être un peu trop bien dit ; et qui y échappe, ça me fait un gros chamallow dans la bouche (et pas top niveau grammaire)
(mais je kiffe le serpent)

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Pour bien comprendre ça nous on a le mot méta. Mé – Ta ! C’est pour désigner les choses qui n’existent pas mais que ça change rien en fait.
j'aimerais bien (ça arrive peut-être plus loin dans le texte ?), j'aimerais bien savoir d'où ton personnage sort ce mot et ce concept de "méta" ; on sent clairement que ça le passionne, depuis le début, que la sémantique, le sens des mots, l'indicible toussa, ça le passionne. Mais s'il utilise ici ce mot "méta", ça me fait comprendre que ce questionnement vient d'ailleurs que de sa réflexion spontanée.
Et j'aimerais bien que ce questionnement, ce monde qu'il se crée (avec l'odeur qui se tait quand son oncle l'engueule), ça vienne de lui et pas d'un bouquin qu'il a lu ou d'un concept qu'on lui a expliqué.
Ou alors, il s'est posé ces questions et il a creusé lui-même... mais ça casse quand même la magie du truc...
Bref, vu que t'utilises que 3 fois le terme "méta", le plus simple serait de le virer, selon moi.

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À ce moment-là moi je suis sûr c’est évident dans le silencieux de son museau, ses grands yeux marron parcourent la peinture et c’est évident que Martin n’est qu’un con.
jolie prise de risque
après, faut être conscient que ça désarçonne un peu le lecteur : le premier "c'est évident" renvoie à "on reconnait Yuji sur le mur" - ce qui est sous-entendu -  et le deuxième "c'est évident" renvoie à autre chose + "le silencieux de son museau" qui est assez original + structure de ponctuation pas trop classique.
Donc, joli mais prise de risque ^^

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Il passe son temps à se piter au bar
se pinter, non ?

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Et mon rire tonitrue pendant que je termine mon ouvrage.
il est barré, j'aime bien

Citer
lui aussi ici c’est la Cité
et pour qui sont ces serpents qui sifflent sur ?

Citer
ça nous aiderait à nous concentrer peut-être de n’avoir pas d’autres couleurs à regarder, à nous distraire.
d'autres couleurs à nous distraire => pas français
nous aiderait à nous distraire => pas le sens que tu veux transmettre
Bref, y a un bug

Citer
Ils me connaissent. Je les déteste. Mais ce n’est pas la faute de leurs descendants, après tout.
peut-être un peu too much, je les déteste
Ton narrateur dirait pas plutôt "je les aime pas" ?
Et je sais pas si c'est volontaire, la confusion de "les" qui renvoie aux types de la mairie et "leurs" descendants qui renvoie aux décideurs/constructeurs des barres.

Citer
qui re le dis ça
j'aime bien l'oralité ici

Citer
j’étais une boule toute chaude dans ma poitrine
là, je trouve que c'est trop le "j'étais" au lieu de "j'avais"

Citer
et pas qu’un peu d’ailleurs !
"d'ailleurs" est en trop, non ?

Citer
en plongeant entièrement son regard
"son regard tout entier" me semblerait glisser plus logiquement de la bouche de ton narrateur

Citer
Ils se sont dits aurevoir et elle est partie.
au revoir

Citer
Enfin, j’vois ce que je veux dire.
l'adresse au lecteur me semble malvenue (et me semble qu'il y en a une autre au-dessus que j'ai pas signalée)

Citer
Le patron ici, et c’est pour ça qu’on vient, c’est vraiment un chic type.
que je viens ? (le "on" c'est pour lui et le iench ?)

Citer
il a fait ça pour que je puisse venir et commander tout seul.
me semble qu'on peut comprendre sans l'explication

Citer
Le ciel nous nargue.

Il fait bleu.


        Je me tais.
:coeur:

Citer
Emplir les trottoirs.
"emplir" est le mot que choisi ton narrateur ? Sûr ?

Citer
Je sais que c’est moi qui l’ai dessiné.



        Il fait moins chaud, à dix-huit heures, mais j’ai soif. J’ai vraiment soif. Je
C'est quoi le sens de cette séparation ?
(en vrai, je la capte après coup, mais je sais pas si elle est nécessaire ; la rupture arrive comme elle arrive ; si tu veux la marquer encore plus, et ben creuse toi la tête pour la faire sous forme de mots, cette rupture, allez, hop !)

Citer
M’observe, une question au bord des babines, qu’il ne pose pas. Moi non plus, je n’ai pas envie de rentrer. Surtout juste pour une soif. Mais je m’imagine rentrer dans un de ces magasins pour acheter une bouteille, avec ces milliers de gens qui grouillent, et Yuji ficelé à l’entrée. Tout seul. Qui grouillent. Je prends ma tête dans mes mains.
ça aussi, c'est vraiment classe

Citer
Le monde descend j’ai du mal à respirer j’ai du mal à respirer
je capte pas "le monde descend"

Citer
Tire une paupière. La referme sous sa langue.
je vois l'idée, mais c'est chelou de le dire comme ça ; je veux dire pas chelou comme ton narrateur s'exprime de façon chelou dans le texte, c'est le "referme sous sa langue" que j'ai vraiment du mal à visualiser (et donc je me dis, pq le narrateur il pense ça comme ça ?)

OK, donc, c'est une crise d'angoisse. et elle démarre là :
Citer
Mais je m’imagine rentrer dans un de ces magasins pour acheter une bouteille, avec ces milliers de gens qui grouillent, et Yuji ficelé à l’entrée. Tout seul. Qui grouillent. Je prends ma tête dans mes mains.
Si tu veux faire une rupture formelle, tu peux jouer avec la type de "qui grouille" ou faire un retour ligne avec quelques sauts de paragraphe.

Citer
la peau de mes bras retiennent ses os
ok pour la syntaxe qui part en vrille, mais là, on voit surtout un pb de grammaire et pas une pensé confuse

Citer
La peur et la désolation, combinées c’est ce qui brise un être-humain.
j'aime bien comme ton narrateur théorise sa vision du monde, on sent ici que ça le stabilise

Citer
sur dix pantins différents t’en as au moins neuf qui cherchent rien que les ficelles des autres, tandis que le dixième cherche rien que les siennes. »
alors, c'est les ficelles des marionnettes dont on parle ? si oui, je crois qu'il faudrait parler de marionnettes plutôt que de pantin ; si non, ben j'ai pas capté ton histoire de ficelles...

Citer
ça m’énerve de me vider de ma flotte alors que j’ai soif mais ça fait du bien.
j'ai déjà eu cette pensée, je sais pas si on est nombreux à avoir eu cette réflexion marrante

Citer
Nous on se contente de les regarder, les clébards,
c'est qui ce "nous" ? ça peut pas être lui et le iench

Citer
je me dis que c'est cool qu’il y en ait au moins un qui assure l’aspect sociable.
j'aime bien

Citer
Les gens dans la rue, ils restent beaucoup plus loin que les chiens.
tellement vrai

Citer
Yuji a déjà posé ses pattes arrières
je capte pas

Citer
Il pousse la lourde porte d’entrée, un sourire lui bouffe la moitié de la face, je sens que ça me tire moi aussi ; il est essoufflé. J’ai envie de lui attraper les joues, de les faire coulisser dans mes paumes. Je me retiens.
ça, c'est classe

Citer
        « Camille ! Tu vas où comme ça aujourd’hui ? Je peux t’accompagner ? »
"aujourd'hui" me semble de trop (en plus il doit être pas loin de 19h)

Citer
« Comme ça », c’est gamin avec des mots d’adultes, alors que sa joie est toute immense il la met dans des mots tout étriqués.
ah ouais, OK alors, mais dans ce cas je mettrais pas "aujourd'hui"  quand même...

Citer
L’odeur me prend à la gorge. Elle remplace les murs. Elle remplace le couloir. Elle remplit tout l’espace. Timothée rentre dedans comme si c’était normal. Comme si c’était possible.
encore une fois, ça c'est classe

Citer
La salive gluante s’est diluée, mon ventre est redevenu mon ventre
waw

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— Martin ? Wow, qu’il ait dit ne serait-ce qu’une seule chose sensée me laisse pantois ! »

Cela me fait rire. Imaginer Timothée pantin, et l’entendre parler en mal de mon oncle, cela me fait rire.
je kiffe

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le capos des voitures.
capot

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sur laquelle s’empruntent nos baskets
empreinte (ou alors, y a un jeu de mot que je capte pas)

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Sur l’asphalte, sur laquelle s’empruntent nos baskets
asphalte est masculin

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dans l’obscurité eigengrau
il a du vocabulaire, didonc !

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J’ai un coucher de soleil de l’orange explosif au bout des ongles. Qui ne demande qu’à éclater, comme une démangeaison.
:coeur:

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Je nous conduis à travers les rues, les ruelles, dépassant presque Yuji parfois,
trois lignes avant, Yuji le suit...

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Je lâche trois respirations, un hoquet, qui se bousculent dehors en un soubresaut, avant de remarquer le bras levé, la main ouverte, le sourire ouvert, aussi, ils me font signe. Sous la lumière jaune d’un lampadaire, sur le trottoir d’en face, ah, on dirait que sa joie va lui arracher la face.

Et lui en faire un manteau.

        Je les ai rejoints.

                Il n’a rien dit, sur le crépuscule.

                        Il sait que c’est mieux quand on dit rien.

c'est tellement chouette ça ! tout ton personnage déborde d'émotions opposées en quelques mots, et on ressent tellement sa personnalité, vraiment classe

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Et le jour s’est fin fini,
mouais

Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Graffeur
« Réponse #3 le: 23 Juin 2025 à 01:24:07 »
Rebonjour Rémi.

Ma gratitude en pelage.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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Et je sais pas si c'est volontaire, la confusion de "les" qui renvoie aux types de la mairie et "leurs" descendants qui renvoie aux décideurs/constructeurs des barres.
Certaines confusions de ce genre sont volontaires, mais celle-ci a la grammaire un peu bancale. J'ai donc incisé une explicitation très claire, qui passe je trouve.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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qui re le dis ça
j'aime bien l'oralité ici
J'aime bien aussi mais je suis mortifié parce que c'est une faute de frappe. "Happy little accident", disait Bob Ross. Bon. Je comptais garder mais je change parce que Je garde parce que ça claque pas mal et j'entends le sens de "c'est moi qui te le re dis" (c'est acté que les gens du quartier le soutiennent dans ses peintures et lui ont déjà dit) ; la suite j'en démords pas, je pense que le "te le dis" rendra le "c'est moi qui re le dis" laissera être la suite juste-ce-qu'il-faut de tangible.

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Enfin, j’vois ce que je veux dire.
l'adresse au lecteur me semble malvenue (et me semble qu'il y en a une autre au-dessus que j'ai pas signalée)
ça me parlait quand je l'ai écrit, cela ne me parle plus, je retire effectivement. Il ne me semble pas en avoir vu une autre ?
"[...]tu parles qu'il le lui rendait [...]" est un impersonnel oral, pas une adresse (à mes yeux)
J'ai remplacé par :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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il a fait ça pour que je puisse venir et commander tout seul.
me semble qu'on peut comprendre sans l'explication
Changé le "il" pour un "le patron", la répétition me plaît.

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Emplir les trottoirs.
"emplir" est le mot que choisi ton narrateur ? Sûr ?
Hum... ouais ?
Allez, ce passage me passait un peu bizarre sur la peau du cou, je tente "Remplir" et ma prochaine relecture verra ou pas une différence/un point d'entaille.

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Je sais que c’est moi qui l’ai dessiné.

            Il fait moins chaud, à dix-huit heures, mais j’ai soif. J’ai vraiment soif. Je
C'est quoi le sens de cette séparation ?
(en vrai, je la capte après coup, mais je sais pas si elle est nécessaire ; la rupture arrive comme elle arrive ; si tu veux la marquer encore plus, et ben creuse toi la tête pour la faire sous forme de mots, cette rupture, allez, hop !)
Le sens c'est que dans le post original il n'y avait pas tout le reste du texte, c'était là la fin (je partais pour Paris et j'avais pas eu le temps de finir la recopie/mise au propre), c'est tout. C'est pour le MdEien des premiers jours juste. J'enlève tiens. ^^'

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Tire une paupière. La referme sous sa langue.
je vois l'idée, mais c'est chelou de le dire comme ça ; je veux dire pas chelou comme ton narrateur s'exprime de façon chelou dans le texte, c'est le "referme sous sa langue" que j'ai vraiment du mal à visualiser (et donc je me dis, pq le narrateur il pense ça comme ça ?)
Je rajoute un "râpeuse" : "langue râpeuse".

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Mais je m’imagine rentrer dans un de ces magasins pour acheter une bouteille, avec ces milliers de gens qui grouillent, et Yuji ficelé à l’entrée. Tout seul. Qui grouillent. Je prends ma tête dans mes mains.
Si tu veux faire une rupture formelle, tu peux jouer avec la type de "qui grouille" ou faire un retour ligne avec quelques sauts de paragraphe.
Je réfléchirai à quelque chose de différent (les sauts de ligne j'aime pas dans les crises d'angoisse, foncièrement ; et je comptais pas jongler en typo sur celui-ci).

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la peau de mes bras retiennent ses os
ok pour la syntaxe qui part en vrille, mais là, on voit surtout un pb de grammaire et pas une pensé confuse
J'avais un mouvement assez précis en tête, mais je le retranscris mal (c'est pas trop mon truc les mouvements précis : les sensations se mélangent trop vite et les mots ont une consistance bizarre quand il s'agit de décrire les gestes...
Je tente autre chose !:
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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sur dix pantins différents t’en as au moins neuf qui cherchent rien que les ficelles des autres, tandis que le dixième cherche rien que les siennes. »
alors, c'est les ficelles des marionnettes dont on parle ? si oui, je crois qu'il faudrait parler de marionnettes plutôt que de pantin ; si non, ben j'ai pas capté ton histoire de ficelles...
Je ne suis pas fan de ce petit passage. J'avais une idée claire en tête et elle n'est pas sur mon texte, c'est frustrant. Je modifie légèrement, mais je sais que c'est une modif de fond sur l'image qu'il faut. Celle-là, de modif, c'est du scotch sur une paire de lunette brisée.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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Nous on se contente de les regarder, les clébards,
c'est qui ce "nous" ? ça peut pas être lui et le iench
C'est la grandiloquence de deux inconnus dont les chiens respectifs se gratifient de connivence !

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Yuji a déjà posé ses pattes arrières
je capte pas
Basic a raison il faut que je dise "son cul"

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« Camille ! Tu vas où comme ça aujourd’hui ? Je peux t’accompagner ? »
"aujourd'hui" me semble de trop (en plus il doit être pas loin de 19h)
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« Comme ça », c’est gamin avec des mots d’adultes, alors que sa joie est toute immense il la met dans des mots tout étriqués.
ah ouais, OK alors, mais dans ce cas je mettrais pas "aujourd'hui"  quand même...
Je suis pas entièrement d'accord mais je n'aime pas ce "aujourd'hui" assez pour ne pas tester de l'enlever. Je mets "ce soir" à la place.

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sur laquelle s’empruntent nos baskets
empreinte (ou alors, y a un jeu de mot que je capte pas)
Je crois que je t'ai jamais dit, mais ça fait des années que je suis un grand fan du verbe "s'emprunter" (c'est vrai)
Ici, le jeu passe pas vraiment en revanche, je ne tiens pas à donner du transport aux baskets. Je mets l'ortho correcte.

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    dans l’obscurité eigengrau
il a du vocabulaire, didonc !
kokox m'a appris qu'on pouvait être con et lire beaucoup ! ^^
(joie sur ta bouille, kokox, même si tu liras jamais ces mots ; tu sais que j'te kiffe)

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Je nous conduis à travers les rues, les ruelles, dépassant presque Yuji parfois,
trois lignes avant, Yuji le suit...
Ouais ! Et dans Gibet Lunaire ce n'est qu'à ma troisième relecture que j'ai enfin remarqué que le soleil se levait trois fois dans la même matinée ! Et alors ? (J'ai une mauvaise permanence des objets, pardon.) J'avais en tête que Yuji, même en suivant, ben c'est un clebs joyeux donc il trace. Mais en fait si c'est un peu plus clair pour le lecteur, et je veux bien croire que ça l'est, je veux bien faire que Yuji gravite entre Camille et Timothée. Tout me va. "dépassant presque" devient donc "rattrapé par".

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   Et le jour s’est fin fini,
mouais
J'prends un chalumeau pour retaffer la soudure.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Il est super tard, et tu sais déjà à peu près tout ce que je m'apprêterais à te dire, te répondre.
J'suis super content et c'est sûr que je vais relire ton commentaire plein de fois demain.

Un seul truc tu sais pas trop :
Je comptais faire de ce texte une novella. Je te demande par formalité, parce que t'as l'air chaud et emballé : Tu reprendrais bien un peu de Camille, tu me donnes ton aval pour un format Novella ? ^W^

Pas trop le temps de me giga-pencher dessus en ce moment, À MOINS QUE JE NE PUISSE EN FAIT FAIRE PLUS EN AYANT PLUS À FAIRE ?! Peut-être.
Si t'as des idées/ressentis/envies pour une novella, donc en gros 5-10 fois ce volume de mots, avec mon Camille son Yuji dans la Cité de béton, ben, j'ai encore de la came sous la pédale et elle est polymorphe, la belle.
(Ça va sortir le Camille lettré et le cutter pour pan de réel ! Sans fantastique ici. Y'a plein de trucs dont j'ai pas du tout parlé en dur, comme la raison pour laquelle il ne peut rentrer qu'à minuit par exemple, l'ambiance à la maison, où va la thune qu'il gagne, pourquoi il est aux fraises, quel âge a Yuji, enfin, j'ai trop trop de trucs à dire et je n'aurais qu'à réfléchir sur une intrigue pour tirer toute cette matière hors de l'accumulateur de pluie.)

Un grand câlin, Rémi.


Basic,
Je suis absolument sec pour ce soir, je t'inflige l'insulte de ne pas répondre à ta venue, pour encore quelques jours, je te présence mon naufrage.
Je ne t'oublie pas.




Goulûment,
Nacas
« Modifié: 23 Juin 2025 à 01:45:58 par Nacas »
Les restaurants sont à tous les étages au sommet de la pyramide sociale.

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Re : Graffeur
« Réponse #4 le: 24 Juin 2025 à 21:51:11 »
Hey !

Très heureux de ta réception de mon commentaire, je suis joie. Ça fait du bien (vraiment).

Oui, chaud pour lire ta Novella. Les brides de pistes de morceaux d'iceberg qui dépassent donnent envie de sortir la cuillère à sorbet.

Et sinon, "Gibet Lunaire", on peut le lire où ?

Ah et aussi : mon petit texte du BT, ben c'est juste un texte de BT, pas trop travaillé hein... et je comptais pas forcément y revenir. Après, si j'avais masse de temps, évdemment que je relèverais le gant pour te proposer un texte d'une noirceur à faire gigoter de l'effroi dans la moelle de tes os. On verra si cet été je me fous un coup de pied au cul... mais j'ai un projet qui passe avant. (déjà, faut que je trouve temps et énergie pour répondre à ton dernier commentaire)

Bref,
paix, amour, liberté et fleurs

Rémi
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Re : Graffeur
« Réponse #5 le: 25 Juin 2025 à 00:19:24 »
Hay!

Ces dernières années,
J'ai subi quelques déboires, pour des raisons personnelles et impersonnelles, mêlées parfois (plutôt souvent), qui ont dégradé certains de mes projets de romans, dont que je tenais le plus à coeur.

Je crois avoir réussi à préserver quelque chose d'important, ou au moins assez de matériau pour le faire vivre, perdurer... bref. J'ai fait de mon mieux pour ne pas éteindre ma flamme. Aujourd'hui, il faut que j'arrive à pénétrer la vie active, avec cette graine de feu non-éteinte dans ma poitrine. J'en suis... pas vraiment fier mais si on me demandait d'être fier de quelque chose c'est de cela que je choisirais d'être.

Cela pour dire que, je ne sais pas ce que j'écris et je ne suis pas réincarné dans mon texte donc je ne veux pas le présenter à l'air libre.
Gibet Lunaire, une ancienne version traîne sur le forum, je crois, mais un jour on le lira sur papier et on le rangera à côté de Pratchett en disant : "Ils avaient du sang dans les os, ces fous-furieux." En parlant de ses personnages, bien entendu. Aujourd'hui, ce sang risquerait de coaguler s'il devait toucher un regard. J'ai hésité à demander la geôle ; si tu le trouves je te demande d'engeôler Gibet, Rémi.

...Je suis conscient que mon message n'est pas clair. Je vais simplifier :
1) Certains des projets que je pensais être "les projets fondateurs de Moi, de ma vie, aujourd'hui appartiennent à la nécromancie.
2) Je suis profondément lié, dans ma chair et dans mon esprit, à ce que je sois capable d'écrire. Écrire des personnages, bref mon souffle c'est eux. C'est important. C'est très important. Aussi important que la jeunesse naïve d'un enfant puisse l'être.
3) Gibet est un enfant d'une espèce que vous ne connaissez pas, et que vous ne devez pas regarder pour le moment, au risque de le traumatiser. Pas en public. Pas encore.

Je suis heureux, parce que je sais que je vis, et que ceux-là vivent aussi. Je sais que j'ai de l'encre au bout des doigts. Je suis le rejeton d'un dragon, après tout ! J'écrirai Insomnie, et Gibet, et peut-être même que je ramènerai Noxinex d'entre les étoiles. Et d'autres que personne n'a idée, d'autres qui n'ont même pas de nom. ...Mais j'ai besoin d'un compagnon (canin d'une part, humain de l'autre), et je ne peux (sincèrement, je n'y arrive pas) concevoir cela sans stabilité matérielle. Je ne sais pas improviser ma voie dans notre monde d'humain. Je suis comme le professeur Cormor, Rémi, parce que je ne sais pas mentir. Pas plus que tu ne sais faire un salto arrière. DONC ! En ce moment, je taffe et gouvernaille au jugé dans le brouillard pour obtenir un tel métier. Je pourrais bien y arriver cette année, ou l'an prochain. Si je n'y parviens pas, je deviendrai conducteur de train, l'année d'encore après. J'aurai alors 27 ans.
C'est super vieux.
Mais je suis capable d'être feu, encre, et nuages. Et je suis heureux, et j'ai de la chance inouïe je sais, d'avoir le temps, mais toute chance vient avec de la méconnaissance du monde, et j'ai payé de ces nombreuses années depuis mon bac toutes ces méconnaissances que j'avais accumulées. Je suis encore tout bouffi de méconnaissance, à propos de tant de choses.

Cela n'a rien à faire ici ? Oui, oui, je sais. Peu importe, en réalité. Un texte de poésie posté par ici s'intitulait "Toute ma vie", et présentait avec sobriété une vie vécue, ben, j'crois que j'ai pas commenté mais qu'il m'inspire à faire pareil. Je mets plus de mots sur ce que je vis, depuis quelques jours. J'ai envie de respirer aussi. Il est encore tard, c'est pour cela que j'affabule.

Concernant tes Transmissions, j'ai compris très clairement et brusquement, lorsque tu as répondu "j'aime la première partie, moins la seconde", qu'il s'agissait effectivement d'un petit texte, de la même sorte que ceux que tu écris au Dico. Tu les écris si bien qu'on oublie, tu vois, qu'ils sont des petits morceaux.
Mes petits morceaux, moi, ils sont toujours assez évidemment démarqués par des traces de suie, des incompréhensions gênantes, etc. Transmissions, je n'ai rien vu tout cela. Je le laisserai donc tranquille.
Si tu te chauffes cet été, passe-moi un message ! Cela fait longtemps que j'ai envie d'écrire de l'horreur. On pourra essayer, avec la contrainte de ne pas faire d'épouvante ! Mais bel et bien de l'horreur, de l'effroi, un truc solide sordide qui te reste dans le ventre. Du visqueux et de la peur, de la peur visqueuse qui tient le bide.
Bref : cet été mes épreuves orales seront passées (demande pas j'ai planté les écrits, il faudrait un miracle, je retenterai l'année prochaine), et je bosserai en entrepôt le jour pour écrire la nuit.

Je garde un peu de ta bave cette fois-ci, pour la faire sécher sur mon balcon. Les premières heures ça pue c'est vrai, mais les jours suivants ça sent comme si tu étais passé pour un barbecue, et que ta veste est encore là sur la chaise du balcon. À proximité.

Prends soin de vous.


Fleurs
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