Se balader en couple
Si j’aime à sentir les effluves floraux bercés par le vent, poser mes pieds sur un chemin forestier, donner libre cours à mon corps et mon coeur d’exprimer tout ce que bon leur semble d’exprimer, j’aime encore plus le faire avec mon amour. C’est un amour tendre, qui confine à une passion des yeux, une délivrance de l’âme ; c’est un amour cher qui nous emmène à la découverte de l’autre ; c’est ceci : une cohabitation corporelle. Sait-on jamais quand cela commence, sait-on jamais quand cela finit ? J’aime à me balader en couple sous les saules pleureurs ; j’aime qu’elle approche de mes narines anxieuses quelque odeur dont l’origine n’est connue que par elle ; j’aime tout ce qui peut lui faire plaisir, m’engouffrer dans la boue ou traverser un champ d’épines. Sa danse d’enfant chaloupée me donne des envies de mer. Elle tangue, de droite à gauche, de gauche à droite, et les fines gouttelettes de pluie perlent sur ses paupières légèrement violacées. C’est la rosée matinale, c’est la brise d’hiver ou la tiédeur d’un début d’été ; elle me contemple secrètement quand je lui tourne le do ; je la scrute fixement, d’un regard innocent et sachant que de la laisser s’échapper un jour serait pour moi le plus grand des échecs. J’aime ces campanules, ces roses sauvages, ces bleuets et ces champignons endormis ; j’aime lui dire je t’aime quand elle épelle ce mot floral et qu’elle l’époussette de toute neutralité, de toute vulgarité. J’aime ces bois magiques et ces cavernes délicieuses où nous nous mettions, nous, enfants du temps et adultes du futur. Nous babillions, nous balbutions ; en fait, nous rajeunissions sous l’éclat du soleil perçant. La neige persistait malgré la chaleur environnante. Le barrissement de l’éléphant nous eût étonné s’il ne faisait pas tout simplement partie de nous ; un monde que nous avions créé avec l’amour de deux êtres. Inconnus hier, ensemble jusqu’à la mort, demain. Nous rentrons chez nous, empruntons la voie ferrée et les ruelles clignotantes. C’est ici, chez nous mon amour. Tu n’as pas besoin de toquer, pas besoin de te présenter ; les meubles sont à toi, les murs aussi. A l’étage, tu trouveras ta chambre. Et quand tu redescendras, tu pourras te reposer dans le salon. Un large, un bon, un grand canapé t’attendra. Tu allongeras tes jambes, déposeras ta tête sur un coussin vert, comme tu les aimes : moelleux et raffiné. Il y aura ton chien dans l’une de tes mains pendantes de sommeil ; il y aura ton chat sur ton torse, coincé entre tes seins. Et il y aura moi, mon amour.