Il neige.
Il neige et je suis étendue sur le sol, couvert d'aiguille de pins.
Il neige et je peux sentir la froideur du sol traverser mes vêtements.
Je sais que mon corps a mal, que mes os brisés hurlent et que ma peau pleure du sang. Mais...
Il neige et je saigne.
Je le sait parce que même allongée sur le dos à contempler le ciel, je vois des gouttelettes rouges qui perlent au coin de mes cils.
Ce ciel, ce ciel si immense, qu'il me coupe le souffle. Je peux entendre le rire cristallin des étoiles, rassemblés par milliers.
Je peux entendre leur voix me chuchoter : Viens. Tu peux lâcher prise. Tu pourras enfin dormir sereinement. Viens nous t'aimons déjà. Cette tendresse débordante me donne envie de me lover dans leurs bras...et de pleurer. Mes larmes formeront des flocons de neige pour recouvrir mon corps abandonné. Ce sera beau.
Il neige et j'ai froid.
J'ai si froid que mon corps
va fusionné avec la neige, qui elle-même se fondera dans le sol. La Terre m'accueillera en son sein, comme un bébé dans le ventre
de sa mère.
Il neige et cela me rappelle ma mère.
Elle serait dans tous ses états si elle me voyait ainsi. Je l'appelle alors. Pour lui dire que je suis désolée. Pardonne-moi.
Un râle résonne dans l'air atone. Il est terrifiant. Il semble venir...de ma bouche. Pardonne-moi. Un liquide coule de mes lèvres, encore du sang.
Il neige et le sang est magnifique.
Comment quelque chose d'aussi beau peut sortir de mon corps.
Cela m'a toujours donné l'impression d'être belle de l'intérieure.
Comme si j'abritais quelque chose de merveilleux et de précieux.
Et maintenant il s'écoule, se répand partout, se mélange à la terre
souillée.
Il neige et la vie fuit mon coprs.
Il neige et je me meurs.
Cela ne me rend pas triste, je n'ai pas peur non plus. Je ne vois pas non plus ma vie défiler devant mes yeux. C'est mieux ainsi. Juste être là, de sentir le temps qui s'est stoppé, dans ce terrible moment de tension. Je sais que quand il repartira, la branche qui transperce mes reins finira son travail.
Il neige et mon corps souffre.
Mon pauvre corps. Toi aussi pardonne-moi. Je ne t'ai pas vraiment aimé. Je t'en ai fait voir, je sais. Tu as le droit de m'en vouloir, tu sais que parfois ça n'a pas été facile, que je t'ai fait souffrir et que tu m'as rendu la pareil. Mais maintenant je te jure que tout ira mieux.
Il neige et un rire monte sur mes lèvres.
J'ai envie de rire parce tout ceci semble tellement dérisoire...absurde.
Comme si les choses n'étaient pas...ce qu'elles devraient être, que j'étais en train... de me dissocier de la réalité.
Que mon corps.
Glissait sur une autre ligne.
Un point précis où la conscience.
Vit.
Où des portes s'ouvrent.
Où je peux.
Ressentir.
Chaque.
Infime.
Partielle.
De.
L'être...
Où il fait chaud et où
Il neige.