Et la fille s’en va. Et moi je la regarde. L’illusion de l’amour toujours plus fort quand il s’en va. C’est elle car ça ne sera pas elle. Et si elle restait, ça ne serait plus elle. Ou peut-être que là, c’est vraiment elle. C’est le frisson, la larme et le vertige. C’est le cœur qui fait la queue pour monter dans une attraction. C’est une douleur constante dans la poitrine.
Mais ça ne l’est pas. Car elle s’en va. Je la regarde monter dans le train. Elle est plutôt belle, l’allure conquérante, le regard triste de me quitter mais déterminé de réussir. Réussir quoi au juste ? Rester avec moi, c’est échoué ? L’amour et la réussite semblent être deux choses différentes, destinées à ne pas se rencontrer.
Elle est vraiment belle. Elle est plus belle quand elle est sur le point de partir. C’est peut-être la même chose, avec la vie. Peut-être qu’elle est une leçon de vie. Je devrais simplement la regarder partir ? Je ne m’en sens pas assez mature. Moi je veux courir et l’arrêter, lui dire que je veux partir en voyage le long de son cou jusqu’à ses lèvres. Je m’imagine au guichet, un ticket pour ses lèvres s’il vous plait, avec une escale à son cou. Mais elle, elle a demandé un ticket pour l’autre bout du monde. Peut-être vers d’autres cous et d’autres lèvres.
Pourquoi s’en va-t-elle ? Je ne lui suffis pas. Je ne suis pas assez bon au lit ou quelque chose comme ça. Elle m’a dit que si on s’aime, on finira par se retrouver. Elle pleure maintenant. Mais on s’est déjà trouvé. Pourquoi le refaire ? Je me demande si c’est bien elle, la raison de ma respiration. Tout cela est illusoire, dans quelques années, je l’aurai oublié.
Le train siffle et s’en va. Je suis seul sur le quai. Les années ont passées. Je suis un vieil homme désormais. J’ai été très heureux dans ma vie, entouré d’une grande famille. Et pourtant la nuit, malgré les décennies, il m’arrive encore d’entendre, le sifflet du train. Qui emporta ce qui avait été l’espace d’un instant, la vie.