La déchirure
C’est un drôle de cirque silencieux
qui remue les entrailles gelées de mon âme,
ma déchirure.
Ce sont tous les fantômes du passé
qui se réunissent autour de ma table quotidienne,
ma déchirure.
Et ce n’est pas l’euphorie quand les zombis
avec leur gros couteau se partagent
ma déchirure.
Je ne sais pas s’il faut être coupable
de tout ce foutoir et capharnaüm que produit
ma déchirure.
La vie c’est comme une légion de punaises
qui se glisse dans
ma déchirure.
Là-dessus aucune palinodie
ne viendra enjoliver la trace sombre
de ma déchirure.
Mais elle ne me fait pas peur
ma déchirure.
A part les chacals et autres rapaces
qui surveillent la plaie béante
de ma déchirure.
Et ce n’est pas, croyez-moi, pour lui offrir
la douce fleur d’un rosier qu’ils convoitent
ma déchirure,
mais, au contraire, c’est pour aggraver
l’état de déréliction où me plonge
ma déchirure.
Tenez, cela me donne envie de courir sur le tarmac,
et prendre le premier avion pour les îles de Polynésie,
qui me feront oublier
ma déchirure.
De toute façon, ce machin qui pèse en vous,
et alourdit toutes vos pensées,
on l’appelle toujours
une déchirure.
Me vient sur les lèvres une chanson de Ferré,
qui s’appelle « Cette blessure ».
Mais c’est une erreur, un pataquès,
en vérité, c’est une déchirure,
qu’on préfère toujours maquiller avec des mots plus modérés.