A la manière d’un écrivain dont je ne me souviens plus
Il suffirait d’ouvrir la porte.
Elle ouvre sur ce que tu imagines.
Tous les ans c’est la même histoire.
Eclairage sombre, derrière la porte tout est lumineux.
Il faut attendre le signal. Tu as hâte qu’il arrive.
Mais pas trop vite.
Attendre fait grimper la température de l’imaginaire.
Frapper à la porte est inutile.
Personne de l’autre côté pour l’ouvrir.
Ne reste plus que le signal,
et ta décision à ouvrir,
pousser, écarter ce qui obstrue ta vue,
t’empêche d’avancer selon ta volonté.
Mais le signal est donné par qui ?
Une voix, une personne.
Une personne descendue de quel piédestal ?
Avec quelle figure ?
Aimable, autoritaire revêche ?
Peut-être s’agit-il d’une voix simplement.
Une voix sans conscience ni image.
Une voix volatile, diaphane,
presque une absence.
Elle viendrait par la fenêtre,
ou descendrait par un escalier.
Il te suffirait d’entendre la voix,
l’accepter, la comprendre.
Une voix qui dirait :
« Ouvre la porte,
ton moment est venu,
tu en as le droit ».
Et l’écart entre ce qui n’est pas encore
et ce qui va devenir se réduit.
Le maintenant et ensuite.
Entre deux il n’y a plus que l’espace d’un doigt,
d’une main. La tienne.
Celle qui enclenche la poignée, la tourne,
en émettant ce profond grincement
qui est bien plus que celui d’une serrure.
Tu es libre d’obéir à la voix
ou l’ignorer.
Une liberté qui te place
comme au bord d’une falaise.
Soit tu trouves la force de déployer tes ailes,
ou tu abdique et tu t’écrases sur les rochers.
Pourtant l’histoire qui se répète tous les ans
pourrait être autrement.
Une histoire sans porte, sans séparation,
sans l’idée qu’il y a une nuit et de l’autre côté
une lumière.
Nous sommes les créateurs de cette fraction.
Tu es porteur de ta lanterne.
Tu la diriges où tu veux pour voir le marécage,
et avancer dans la direction qui te convient.
Reste à savoir ce qui te convient.
Et là d’autres voix chuchotent.
Elles proviennent de ce que tu ne sais plus.
Tu n’en es pas le manipulateur.
Cette marionnette ancestrale.
Ton défaut est d’en chercher les fils.
Une façon encore de ne pas sauter du haut de la falaise.
Et si aussi il n’y avait plus de falaise.
Un terrain plat.
Les anfractuosités n’étant celles que de ton caractère.
Tu es devant la porte.
Tu as envie qu’une porte soit là dressée.
Tu inventes ce qu’elle cache.
Tu attends qu’on te donne un ordre.
C’est la même histoire qui se répète
tous les ans.
Derrière la porte,
il a le cadeau de tes désirs.
Le papier cadeau est étincelant,
probablement constellé d’étoiles.
Il faut le déchirer proprement.
Il resservira l’année prochaine.
Pendant combien d’années encore
pourra-t-il servir ?
Envelopper, protéger, illusionner,
signaler que ce qu’il recouvre
t’est intimement destiné.