Le Soleil se déclinait à l’horizon. Ses courbes orange balayaient la plaine d’une lumière chaude et apaisante. Les sentiers fleuris se vidaient de ses visiteurs. L’air était empli d’un parfum d’été, légèrement humide. C’était comme la fin d’un film, le Soleil se mourrait. Les regards se voulaient reconnaissants d’avoir déjà vécu ce qu’ils avaient vécu. Les regards remerciaient la vie pour ce spectacle naturel. Les gens ne formaient qu’un amas de souvenirs heureux et confus. Dans ce parc, en cette soirée ensoleillée, on oubliait qu’il avait déjà plu.
Un homme âgé, l’air perdu et amusé, s’approcha d’un jeune homme derrière son chevalet. Le vieil homme s’était promené presque chaque soir d’été, dans ces allées aux couleurs de l’amour. C’était la première fois que sa main fouettait l’air tandis qu’il marchait. La première fois qu’elle n’était pas enlacée dans une autre. Mais ça, l’homme ne se rendit pas compte.
Il s’arrêta à côté de ce jeune inconnu pour voir ce qu’il peignait. Celui-ci reproduisait le coucher de soleil à sa manière, en changeant la couleur des rayons, en les teintant d’un rose cristallin. Un rose qui prêtait à la scène une éternité certaine. Un rose qui respirait les doux baisers et les corps mélangés.
Le vieux s’avança pour mieux contempler le tableau. Une drôle de sensation traversa son cœur. Ce dernier lança une pulsation plus forte que les autres. Le regard de l’homme s’éclaira, le temps d’un instant. Une larme perla au coin de son œil. C’était comme un miracle, une flamme au milieu d’une mer d’abysses. Les souvenirs affluèrent si vite. Aussi vite qu’ils ne s’apprêtaient à disparaitre, à s’évanouir dans le rose de ce tableau. C’était cela qui donnait à cette toile son éclat si particulier, elle renfermait les souvenirs de bonheurs perdus.
Et le temps d’un instant, un manque des plus intenses gagna l’homme. Un manque qui lui comprima la poitrine et qui rendit ses membres lourds. Elle lui manquait. Elle était, quelque part, le pinceau, qui avait coloré le tableau de sa vie, d’un rose si pur. Elle était le souffle qui s’échappait de sa bouche, cette pulsation qui ravivât, une ultime fois, ses souvenirs.
Il n’y aurait pas d’autres couchers de soleil. Son fils, toujours devant son chevalet, pleurait à chaudes larmes. Le miracle s’était produit. Elle était artiste et ses œuvres n’avaient été peintes que de rose. Le vieil homme, regardait le soleil disparaitre, emportant sa vie avec lui. Bientôt, les souvenirs allaient retourner dans le tableau. Et le temps d’un instant, le temps d’une vie, elle était là, enlaçant la main de l’homme âgé.