Bonjour, puisque nous ne croulons pas sous les textes en ce moment, je vous propose un petit texte qui fait suite à Pleur salvateur, Douleurs salvatrices et La honte de Thomas.
Bonne lecture.
Gaëlle
La pluie fait des claquettes sur la toile de tente de Thomas. Il est minuit et il ne dort pas. Il repense à la journée écoulée, une journée de doute et d'inquiétude.
Ce matin, une mission de reconnaissance avait dû être annulée au dernier moment, suite à sa prédiction, la section risquait de tomber dans une embuscade et d'y périr. Le capitaine de la compagnie l'avait, à contrecœur, annulé et son regard disaient qu'il en voulait à Thomas. L'animosité des gradés envers les PPSM était de plus en plus voyante et Thomas commençait à craindre pour lui. Il fut tiré de ses pensées par une présence derrière l'entrée de sa tente. Depuis combien de temps attendait-elle ?
– Je peux entrer ?
– Oui Gaëlle, ne reste pas dehors.
Thomas se redressa sur sa couche et alluma une petite LED afin qu'ils puissent bien se voir.
Gaëlle s'assit à côté de lui et retira sa capuche. Son visage, autrefois jolis, laissait maintenant entrevoir, sous sa peau presque totalement transparente, ses veines, dans lesquelles circulait le liquide verdâtre. Lorsqu'elle tourna la tête vers lui, il détourna la sienne, afin que leurs yeux ne se croisent pas. Jamais !
– Je suis au courant pour la mission annulée de ce matin. Je sens que les gradés, et de plus en plus de soldats, aimeraient bien se débarrasser de nous. À l'avenir, je pense qu'ils ne nous feront pas de cadeaux.
– Je m'en suis rendu compte également et je suis pratiquement certain, que nous aurons à fuir pour rester en vie.
– Tu as eu une vision ?
– Non, c'est juste un pressentiment, mais il est récurant.
Après un moment de silence, elle reprend la parole.
– Je dois te dire quelque chose Thomas, puis-je te faire confiance ?
– Je ferais toujours tout pour ne jamais te nuire Gaëlle.
– Merci, je te sens sincère et cela me fait du bien. Bon, voilà, je ne sais pas si c'est pareil pour toi, mais depuis quelque temps, lorsque je suis dans un rayon d'environ, trois mètres, de personnes autour de moi, j'arrive à entendre leurs pensées et ressentir leurs humeurs. J'ai un peu de mal à comprendre ce qu'ils pensent, car cela fait comme des sons étouffés, mais avec leur humeur, j'arrive à bien décrypter.
– Cela m'est également arrivé quelques fois, mais uniquement lorsque la personne est proche de moi. Du coup, maintenant, je ne m'approche plus des gents. J'ai peur de savoir ce qu'ils pensent de moi, de nous. Je croyais être le seul. Je me sens un peu ridicule.
Un silence s'installa dans la tente, pendant que la pluie, imperturbable, continuait à faire des claquettes. Puis Thomas reprit la parole.
– Finalement, c'est une bonne chose pour nous, tu ne crois pas ?
– Oui, c'est ce que je me disais surtout avec ton pressentiment.
– Tu crois que les autres sont pareilles ?
– Il y a de fortes chances en effet.
– Que penses-tu de Léon ?
– Je ne le sens pas du tout celui-là. Mets un F à la place du L et ça devient Félon.
– Nous sommes d'accord.
– Et Hervé ?
Après un instant de réflexion, il répond en esquissant un sourire.
– Je le trouve sympathique et je le pense honnête, je crois qu'il pourrait partir avec nous. Il faudrait le briffer.
– OK, je vais voir ce que je peux faire.
Après un instant d'hésitation, elle reprend.
– Pourquoi as-tu détourné le regard, lorsque je t'ai regardé ?
– Ce n'est pas à cause de toi, je t'expliquerai plus tard. Il faudrait que tu retournes dans ta tente, il ne faudrait pas que quelqu'un se rende compte que tu es là. Surtout pas le Félon.
Après s'être souhaité une bonne nuit, Gaëlle retourne dans son antre. La pluie s'est calmée.
Maintenant qu'ils étaient nyctalopes, leurs yeux brillaient dans le noir comme ceux des animaux nocturnes et Thomas ne supportait plus de les voir, car cela le ramenait à chaque fois à l'épisode des rats, lorsqu'il avait commencé son périple dans les souterrains afin de fuir la Capitale. Il s'endormit en pensant à Gaëlle, il l'aimait bien et apparemment, c'était réciproque. Il se demanda également jusqu'où cela pourrait les conduire.