Du lycée Paul Valéry je me rappelle la porte monumentale, en bois massif, une porte qui ne faisait pas de cadeaux aux retardataires. La trouver fermée à mon arrivée était ma hantise. Il aurait alors fallu sonner espérant que le concierge ait la bonté de répondre. C’était un petit homme laid, le concierge, un gnome, il s’appelait Malaterre, nom peu engageant qui collait bien à sa personne. S’il daignait l’entrouvrir, encore fallait-il qu’il vous permît d’entrer.
« Je m’excuse, bafouillait-on, c’est un retard accidentel, je n’y suis pour rien, ça ne se reproduira plus, surtout, je vous en supplie, pas de rapport au proviseur… ». Le cerbère vous dévisageait alors de ses yeux vides et froids de reptile.
Mon Dieu pourvu qu’il soit dans un bon jour, que je sois le premier à solliciter sa clémence. On se serait presque mis à genoux devant le monstre. Et tout ça, oh ! cruelle ironie, pour avoir accès à l’enfer ou tout du moins à un lieu qui en avait bien des relents… Je fantasme sans doute, mais il me semble revoir Malaterre portant à la ceinture un lourd trousseau de clés comme un gardien de geôle…
La porte est toujours là, immuable, je l’ai revue il y a peu, quant à M. Malaterre, il est peut-être encore dans sa loge, momifié, inséparable d’elle à tout jamais.