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19 Août 2026 à 02:09:50
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La poésie contemporaine en trois points

Auteur Sujet: La poésie contemporaine en trois points  (Lu 1145 fois)

Hors ligne Glaçon

  • Scribe
  • Messages: 63
La poésie contemporaine en trois points
« le: 11 Juin 2023 à 07:23:11 »
"Amoureuse passionnée des petits riens de la vie, s'attachant à la surface des choses et aux entraperçus d'un quotidien parfois morose, Léa Kapetanovitch-Vasquez, pour son troisième recueil, « L'arc-en-ciel des choses », dirige notre regard vers ces trois fois rien pleins de charme, disposant d'une palette de couleur aux sept pastels de l'arc-en-ciel."

"Matis Enamouré ne mâche pas ses mots dans une poésie engagée établie sur un constat amère : les principes humanistes vacillant devant la montée des extrémismes, la haine de l'étranger et le déclin de l'utopie européenne semblent triompher. Rappelant sur quel sang se sont établis ces idéaux, évoquant les merveilles de 89 à 93 et l'éternelle souffrance des victimes de l'holocauste, le poète nous livre à ce jour son plus grand écrit de combat, bel esprit transcrit dans ces vers d'une si malheureuse impertinence en ces heures sombres de l'obscurantisme grandissant."

"Rockeur à ses débuts, jazzmen et rappeur sur sa fin, Kadher Abdul fait le pari, dans cet ambitieux recueil, de ressusciter les ambiances musicales d'Alger à Oran, de l'indépendance à nos jours. Mais il ne s'arrête pas là. C'est un café, une rue, un quartier, une ville qu'il découvre par cinq fois en variant les genres musicaux, nous dévoilant à chaque fois une nouvelle réalité, ou un nouvel aspect de l'ensemble dont l'intuition musicale, seule, permettrait d'esquisser les contours ? Une merveille de sensibilité nous rappelant également que, dans la joie comme dans la détresse du monde, la musique, si elle ne nous transcende pas tout à fait, nous porte et nous relie vers de plus beaux sentiments partagés."

Ne vous demandez plus pourquoi la poésie va mal.

Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 316
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #1 le: 11 Juin 2023 à 09:11:41 »
Bonjour Glaçon,

est ce que la poésie va mal ?
Je n'en sais rien. On pourrait observer les statistiques d'édition, comparer les actions culturelles suivant les époques. Après si tu parles des textes contemporains ou de ceux du mde  :), d'auteurs stars ( si l'on peut parler de stars dans le milieu de la poésie) ou de l'œuvre poétique en général, des "poètes" du printemps de la poésie ou de ceux qui slament... c'est peut être dans ce large éventail qu'il y a un dynamisme à trouver... si tes écrivains existaient vraiment ça aurait été marrant, un peu. Là, je me demande. Ton texte est bien écrit, assez vraisemblable pour être quasi réaliste, il pourrait effectivement être écrit pour une revue de poésie, donc un truc confidentiel... je n'ai pas trouvé de phrases saillantes qui m'auraient fait me tordre face à une sorte d'impertinence, ou de critiques un peu ironiques ( le titre "l'arc en ciel des choses" ça commençait bien, ça aurait pu être le titre du film d'un vidéaste contemporain dans une expo en suède, un usage de la langue de bois aussi a pas mal d'endroits) mais un peu plus tranchant, un peu plus loin dans la critique, ça m'aurait bien plus.
B
« Modifié: 11 Juin 2023 à 09:36:24 par Basic »
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Michael Sherwood

  • Prophète
  • Messages: 997
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #2 le: 11 Juin 2023 à 09:42:47 »
Hello Glaçon,

Je m'interroge un peu sur la présentation des choses : trois poètes fictifs (j'ai vérifié sur internet) comme s'ils étaient présentés sur la jacket d'un livre...
Le "un" et le "deux" ne m'ont pas intéressé (c'est à dire, ça ne me donnait pas envie de les lire pour en savoir plus.)
Le "trois" a un profil beaucoup plus riche (il apporte un regard différent, par son passé d'émigré, sa culture, un regard nostalgique et critique aussi sur son pays d'origine.) Mais surtout, il nous montre (tu nous montres) par son parcours où la poésie actuelle a émigré : dans le rock, le jazz, le rap, dans la musique...
La poésie n'est plus seulement lue, elle est chantée !

La poésie ne va pas mal - elle a juste changé de nature...

Bye  8) !
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Glaçon

  • Scribe
  • Messages: 63
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #3 le: 11 Juin 2023 à 22:46:46 »
Merci à vous deux pour ces prompts retours ;)

Basic :

Je veux évoquer rapidement les gros titres dernièrement parus chez Actes Sud, et quelques poètes contemporains que j'ai vaguement survolé (dont je ne sais même plus le nom) ; ce qui m'a frappé c'est un refus manifeste de la grandeur (je crois que c'est assez symptomatique de cette molle époque).

" assez vraisemblable pour être quasi réaliste "
Ouf, j'ai voulu limiter un peu le gras que j'ai tendance à laisser couler (plus par humilité, cette fois)

" je n'ai pas trouvé de phrases saillantes qui m'auraient fait me tordre face à une sorte d'impertinence, ou de critiques un peu ironiques "
Je crois que c'est dû au caractère superficiel de mon tour d'horizon de la poésie. Je n'ai pas assez de matière, ni assez de raisons, pour être assassin.

" ça aurait pu être le titre du film d'un vidéaste contemporain dans une expo en suède "
Magnifique, cette image je la garde.  :D

"mais un peu plus tranchant, un peu plus loin dans la critique, ça m'aurait bien plus"
J'essaierai, merci.  ;)

Michael Sherwwod :

"Le "un" et le "deux" ne m'ont pas intéressé (c'est à dire, ça ne me donnait pas envie de les lire pour en savoir plus.)"
Ah, toi aussi ? Tant mieux, c'est voulu.

"Le "trois" a un profil beaucoup plus riche (il apporte un regard différent, par son passé d'émigré, sa culture, un regard nostalgique et critique aussi sur son pays d'origine.) Mais surtout, il nous montre (tu nous montres) par son parcours où la poésie actuelle a émigré : dans le rock, le jazz, le rap, dans la musique..."
C'est aussi mon point de vue. Enfin, ce serait mon point de vue si ce n'était pas carrément devenu une mode, j'ai l'impression, de mon survolage rapide (avec toutes les facilités, le conformisme et le déjà-vu que ça comporte).



Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 193
  • Frappé par le vent
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #4 le: 14 Juin 2023 à 16:58:54 »

 Concernant le point 1 : il constitue cependant une matière première à la poésie. Mais résumé ainsi, il parait caricatural
 et inachevé.
 Le point 2 : le militantisme en poésie dessert la cause militante autant que la poésie. Si une poésie "militante" existe
 les idées doivent être plus véhiculées par les comportements et les émotions.
 Le point 3 : la poésie dans les chansons et ses musiciens ? Pourquoi pas. Mais quand on ne sait plus quoi dire, sous le coup
 de l'émotion, on dit oui c'est poétique...  Le mot poétique est devenu un mot fourre-tout.
 Voilà mes trois avis spontanés, sans rentrer plus dans le détail. Davantage d'information sur le sujet nuancerait tout cela
 sans doute.  Merci à toi de nous avoir ouvert cette porte.           
Lof

Hors ligne Safrande

  • Calliopéen
  • Messages: 401
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #5 le: 14 Juin 2023 à 21:31:43 »
Salut Glaçon, je ne commente pas le texte à proprement parler (qui me semble plus être le lancement d'un débat qu'un texte), sur lequel je ne trouve pas grand chose à dire, n'y trouvant ni littérature ni invention, juste une récréation ludique de ton négativisme, sur un ton doucement ironique que j'aurais bien vu un peu plus appuyé (on dirait que tu ne t'amuses pas assez) ; ou alors est-ce de véritables articles fadasses et stéréotypés qu'on peut lire sur un magasine quelconque, à la fin desquels tu as juste ajouté ne vous demandez plus pourquoi la poésie va mal ?

Bref dans tout les cas je veux réagir vite fait à un petit truc que t'as écrit, à savoir le "refus manifeste de la grandeur, symptomatique de cette époque molle". Je sais pas si tu parles de littérature spécifiquement ou d'art en général, mais dans tout les cas : est-ce un constat avec de réels fondements ? as-tu des preuves de ce que tu avances, au delà des artistes ultra médiatisés dont on nous rebat les oreilles, et qui pour la plupart sont meilleurs homme d'affaire qu'artiste ? de quelle époque parles tu (20ème, 21ème siècle) ? et qu'est-ce que la grandeur ?
Car non seulement (en tout cas en musique, car en littérature l'auteur le plus récent que j'ai lu est Pierre Michon, 78 ans, donc je ne pourrais pas trop faire le témoignage) aujourd'hui il existe des poètes ambitieux (mais certes il te faut les chercher quelques minutes sur ton ordi, n'espère pas qu'on te les serve à la radio, à la télé ou dans les magazines), tu en as rien que dans le forum, je pense à un certain Ugo ou Eloir, ça vaut le coup d'œil, en musique t'as des gens de l'ombre comme Murcof ou Zoozither (là c'est des exemples seulement de musiques électroniques, véritable endroit où se trouve la création aujourd'hui), donc non seulement à mon sens il en existe, ils sont juste souterrains, et demandent à être déterré, ce qui demande l'effort (qui n'en est pas un quand on est curieux et sensible à l'art) d'aller les chercher, mais en plus la "grandeur", selon moi, est loin d'être un gage de qualité - regarde Victor Hugo... là je te titille, mais j'en pense pas moins  ;D La grandeur n'est qu'une caractéristique d'une œuvre (au même titre que l'originalité, la virtuosité, la valeur historique ou symbolique), et jamais elle ne fera d'elle une "bonne" œuvre. Je trouve même la grandeur inadaptée à la poésie (qui me semble être un art de l'intime), et même inadapté tout court. Sur ce point j'aime bien ce que dis Francis Ponge, en rapport à l'architecture, mais qui peut s'appliquer aux autres arts :

"Je ne sais pourquoi je souhaiterais que l'homme, au lieu de ces énormes monuments qui ne témoignent que de la disproportion grotesque de son imagination et de son corps, au lieu encore de ces statues à son échelle ou légèrement plus grande qui n'en sont que de simples représentations, sculpte des espèces de niches, de coquilles à sa taille, des choses très différentes de sa forme de mollusque mais cependant y (sic) proportionnées, que l'homme mette son soin à se créer aux générations une demeure pas beaucoup plus grosse que son corps, que toutes ses imaginations, ses raisons soient là comprises, qu'il emploie son génie à l'ajustement, non à la disproportion, - ou, tout au moins, que le génie se reconnaisse les bornes du corps qui le supporte"

Et Francis Ponge avec sa minuscule littérature, même dès fois sa macro littérature, n'a jamais cessé d'obéir à cette règle : mettre son talent non à la disproportion, mais à l'ajustement, comme tant d'autres écrivains ou compositeurs reconnus ont fait (lui cite Mallarmé, on pourrait mettre Flaubert, et Ravel en musique, par exemple). Même Proust, dont on pourrait qualifier l'œuvre de cathédrale, ne s'occupe jamais que de choses minuscules, au final. La grandeur est trop souvent une chose tape à l'œil, cachant sous l'époustouflant le vide du propos (y'a qu'à voir la majorité des opéras de Wagner, ou quelques symphonies de Mahler), une chose que cherchent ceux qui ont besoins d'impressionner (et de prouver au monde et à eux même), et qui parle en général à des sensibilités grossières, avec des effets faciles et racoleurs - attention je ne parle pas de cette grandeur (qui d'ailleurs n'est pas directement ce qui fait d'elles de grandes œuvre, mais y participe, et finalement découle de l'urgence, de la boulimie, du besoin de créer de l'artiste, et non de son besoin d'impressionner) qu'on retrouve par exemple dans la Messe en Si de Bach ou dans La ligne rouge de Malick.

Je serais pas contre que notre époque s'en dépouille, au final, de grandeur  ;D
Curieux d'avoir ton point de vue lá dessus ?
« Modifié: 15 Juin 2023 à 08:17:13 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne Glaçon

  • Scribe
  • Messages: 63
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #6 le: 15 Juin 2023 à 11:24:23 »
Safrande :

Salut, merci de passer, comme toujours.  ;)

"juste une récréation ludique de ton négativisme, sur un ton doucement ironique que j'aurais bien vu un peu plus appuyé (on dirait que tu ne t'amuses pas assez) ; ou alors est-ce de véritables articles fadasses et stéréotypés qu'on peut lire sur un magasine quelconque, à la fin desquels tu as juste ajouté ne vous demandez plus pourquoi la poésie va mal ?"

J'ai essayé d'établir des promos sur ce que m'inspirait vite fait le catalogue récent d'Actes sud et de deux-trois auteurs évoqués dans des articles sur cairn. Ce serait une page légère dans le recueil fourre-tout que je "prépare". J'ai essayé de demeurer un minimum crédible tout en restant dans la moquerie.

Ce refus de la grandeur, je le trouve dans tous les domaines de notre époque ; bien entendu le regard est biaisé par le fait que, des époques antérieures, on a eu tendance à ne conserver que les données les plus ferventes. J'ai cela dit l'intuition qu'à une époque régie parfaitement par les lois de l'argent et du paraître (poncif, mais n'est-ce pas la trajectoire prise par les sociétés occidentales depuis la mort de l'aristocratie et du clergé ?), où on érige la science et la matière incessamment au-delà de la religion et de l'esprit, il est vraisemblable et même certain que le sentiment de ce qui est grand, de ce qui élevé, à une moindre importance.

Des preuves, il y en a de nombreuses : comparons la chanson populaire qui séduisait le français d'entre vingt et cinquante ans dans les années soixante, à celle de cette même tranche d'âge aujourd'hui, on voit qu'il y a un affaiblissement net et de la composition, et des couleurs orchestrales, et des textes ; on comparera simplement la manière dont s'exprimait le français moyen d'époque à celui d'aujourd'hui ; on entendra le témoignage unanime des vieux profs, de tout bord politique, qui témoignent d'une baisse tout du long de leur carrière.

Enfin la grandeur est pour moi non pas ce qui est visuellement grand, ou imposant, mais ce qui est spirituellement transcendant, qui tend à la transcendance, qui cherche à esquisser les contours d'un absolu, en usant pour cela de toute la panel de l'artiste (virtuosité, sensibilité, corpus hérité).
A ce titre tu évoques Michon, et tu as raison. D'un bref regard, Michon pourrait sembler faire dans le minuscule. C'est tout à fait faux. Son oeuvre entière est empreinte d'un mystère qui suggère la transcendance. Je prends évidemment l'exemple des Vies minuscules : à aucun moment Michon ne fait le choix facile d'évoquer des souvenirs avec la précision et la clarté qu'on croirait y trouver ; à aucun moment il se limite à simplement rendre hommage, ou faire connaître, de petites gens, comme on a pu l'entendre ; il veut montrer que dans le chaos de ces vies à peine esquissées, déjà estompées, il y a un mystère fondamental, celui des destinées de chacun ; en ce sens, le vocabulaire et le ton employé ne trompent pas, c'est parfois d'un haut lyrisme, et l'empreinte chrétienne est clairement visible.

Il n'est donc pas simplement question de proportions quand je veux parler de la grandeur, je veux évoquer ce qui dépasse l'homme, ce dont il peine à esquisser les contours (c'est selon moi le défi et le plus haut sommet de l'art).

Je prends note des références en matière de poésie et de musique, merci.  :D

Cela dit je ne suis absolument pas d'accord avec un point : "  c'est des exemples seulement de musiques électroniques, véritable endroit où se trouve la création aujourd'hui " ; pardon si j'inonde de références contemporaines (déjà un peu ancienne ?) qu'on ne peut pas caractériser parfaitement de modernes, mais dans la musique savante on a trouvé de grands artistes et peut-être un véritable génie, encore récemment : Enrick Gorecki, Peterys Vasks, Takashi Yoshimatsu, et le génial Arvo Pärt. Je te conseille respectivement la symphonie des chants plaintifs, landscapes, memo flora (concerto pour piano), et Fratres, Tabula rasa, De profundis (mais tu n'ignores sans doute pas Pärt).

Je suis d'accord qu'il en existe certainement aujourd'hui, quelque grand artiste dans la poésie, mais je crois surtout que l'époque est assez impropre à produire de tels esprits, pour deux raisons majeures : géopolitique d'un monde régi par l'argent et soumis à des intérêts étrangers, où tout destin, donc ferveur des peuples, semble être confisqué ; mort de la spiritualité, injonction au plaisir et à la chair à tous les niveaux (donc à déporter le regard sur le corps et la terre, sur les intérêts et les petits tracas de la vie). C'est un terreau qui suscite un esprit plus ridiculement bas que celui de la France en 1812, par exemple.

Bien entendu, chercher la grandeur n'est pas faire une bonne oeuvre. Mais je crois que c'est une aspiration déterminante (qu'elle soit formulée ou non) pour créer une oeuvre véritablement bonne, celle après quoi on est frappé de la sensation qu'il n'y a plus rien à dire.

A propos de Ponge, qu'au demeurant je n'apprécie pas du tout, je trouve qu'il se plante allègrement, et que son souhait préfigure un terreau où l'art ne peut que mourir à terme. Oui, bien des grands monuments qu'on admire aujourd'hui peuvent avoir l'air vulgaire, l'avoir été, eurent été mieux rendus et peut-être plus appréciable à moindre échelle, pour peu qu'on eût redirigé les efforts vers l'ajustement, comme il le dit.
Mais imaginons l'effet sur les esprits communs, que ces grandes cathédrales qui cherchent toujours à atteindre les cieux, en portant le discours pieux du témoignage du Christ. L'homme se sent appartenir à quelque chose de plus grand que lui, il voit de manière physique un discours qui le somme de rechercher les joies du ciel au lieu de celles de la terre, à se détourner des contingences de la matière pour apprécier les libertés de l'esprit, à effectuer, peut-être, des conquêtes dans ces domaines de l'esprit.
Une architecture qui se refuse au monumental est pour moi celle d'un peuple qui implore le sommeil, si tu veux, tant il est fatigué d'être si petit.

J'entends que Flaubert s'est attaqué à de minuscules problèmes avec une minutie d'orfèvre, que Proust a toujours lorgné du côté du détail... Pourtant, à voir l'oeuvre finale, il n'est pas douteux qu'au moins un des deux (je connais trop mal encore Flaubert) a accouché d'une véritable phénoménologie de la matière au geste, de la sensation aux sentiments, voire d'une mythologie, si l'on considère comme certains personnages sont encore et à jamais iconique (Odette, Françoise, Albertine, Charlus, Saint-Loup, Rachel, Bloch...) ; Emma Bovary est également figure de mythe, concernant la femme adultère et l'ennui de vivre à la province, on peut dire que Flaubert a dit tout l'essentiel, et suggéré au-delà encore.


" Je serais pas contre que notre époque s'en dépouille, au final, de grandeur  "
Tu pourrais te réjouir, elle s'en est déjà terriblement dépouillé. L'homme est rien du tout et n'a pas de destin, c'est littéralement l'axiome de notre temps. Et il se lit à tous les niveaux.
Arrivé à ce terme de la discussion, tu comprends bien qu'à mon sens les constructions de Dubaï n'entretiennent aucun lien avec la grandeur.




Hors ligne Safrande

  • Calliopéen
  • Messages: 401
Re : La poésie contemporaine en trois points
« Réponse #7 le: 18 Juin 2023 à 00:26:16 »
Salut Glaçon ; bon ma base était un peu hors propos et j'ai déroulé à partir de ça, oups, car finalement ce que t'appelles grandeur et moins la proportions que la transcendance, c'était le risque ; tant pis, de toute façon j'avais besoin d'étaler mon verbiage, on dirait  ;D

Citer
Des preuves, il y en a de nombreuses : comparons la chanson populaire qui séduisait le français d'entre vingt et cinquante ans dans les années soixante, à celle de cette même tranche d'âge aujourd'hui, on voit qu'il y a un affaiblissement net et de la composition, et des couleurs orchestrales, et des textes
Quand bien même il y aurait un affaiblissement de la composition, des couleurs, des textes (ce qui n'est pas sûr, car quand on parle de chanson, de choses populaires écouté par une majorité, que ce soit bon ou mauvais, il s'agit toujours de musique écrite dans les règles rythmiques et harmoniques habituelles, à un degré souvent banal ; les tubes des années 60/70/80 me désespèrent tout autant que ceux d'aujourd'hui, je n'y vois aucune différence, sinon dans la forme, du moins dans le propos ; pour moi la bonne musique est exceptionnelle, c'est rare, c'est comme une anomalie ; il y a toujours eu une très grande majorité de merdoume, et notre époque, comme les années 70, comme l'époque de Beethoven, ne fais pas exception ; seulement comme tu dit le temps à tendance à élaguer, et on garde des époques passées que ce qui arrive à passer le temps, et qui d'ailleurs n'est pas le reflet de ce que la majorité des gens écoutaient)... donc, quand bien même il y aurait un affaiblissement de la composition, des couleurs, des textes, ce n'est pas des critères qui font qu'une musique est bonne : regarde Arvo Part, c'est sublime, c'est transcendant, pourtant tu compares sa partition avec celle d'un Beethoven, elle paraîtra ridicule, sur le plan rythmique ou harmonique - Beethoven 100 ans avant écrivait des choses plus complexes, plus riche, et même si je le préfère à Part, ce dernier m'est vraiment intime, me touche comme peu de compositeur savent le faire – ; pareil pour un Brian Eno, il fait une musique qui est bien plus pauvres rythmiquement, harmoniquement et structurellement que la majorité des choses qui passe sur NRJ aujourd'hui, pourtant je considère qu'il a composé de grandes choses – et accessoirement changé le paysage musical de toute une époque, mais ça on s'en fou, ça ne rentre pas en compte dans le jugement de l’œuvre. Et le texte, c'est bien la dernière chose qui fait qu'une musique est bonne - je ne nie pas les grands textes de nos Brel ou nos Ferré, mais ça n'a jamais rendu leur musique bonne, qui souvent est au second plan, et ne sert qu'à accompagner le texte. Aujourd'hui l'harmonie ou la mélodie est à peu près épuisé ; ce qui se fait de passionnant est la texture, grâce aux machines et aux logiciels qui sont devenus de vrais instruments à part entière, demandant de vraies aptitudes (attention je ne parle pas de David Guetta, mais plutôt de gens comme Another electronic musician (album Patience), qui sont de vrais artisans de la texture, de la matière, qui la modèle pour construire des paysages nouveaux, et déconcertant quelque fois), riches de possibilités à peu près infinies, et c'est de ce côté là que vont les créateurs, notamment les musiciens électro, et généralement les compositeurs de musiques savantes, avec plus ou moins de réussite.
Donc selon moi la musique évolue, et la musique populaire reste ce qu'elle est : une chose médiocre la plupart du temps. Tu me diras que des choses comme Pink Floyd ou Led Zeppelin étaient populaires, certes ; mais de notre temps les musiques de cette trempe (et il y en a au 21ème siècle) est devenue souterraine, pour des raisons d'argents que tu as résumé (on peut limiter la diffusion de musiques originales et exigeante parce qu'elles ne sont pas rentables, mais on n'empêchera jamais les vrais créateurs (rares en tout temps) de faire de la musique originales et exigeante), et ceux qui ont gardé une certaine curiosité peuvent la gouter (encore que des groupe comme Radiohead, Bjork ou Massive Attack sont massivement connu).
Pour le langage je ne peux contredire, les archives de l'ina parlent d'elles même ; j'ignore cependant ce que ça veut dire, est-ce vraiment la preuve qu'on refuse maintenant la grandeur, que ces gens là étaient plus intelligents ? Est-ce que le langage est liée à la pensée, et donc est-ce que langage diminué = intelligence diminuée ? Qu'est ce qu'on nomme par intelligence, le QI ? Le QI n'est-il pas qu'une partie de l'intelligence ? N'y a-t-il pas aussi l'intelligence de la sensibilité, l'intelligence sociale, ect ? Enfin bon tout ça est trop vague pour moi, j'suis pas qualifié pour, et je ne saurais m'en remettre à mon intuition ; je te laisse répondre à ces questions (si tu veux t'amuser) dont les réponses ne sont pas simples et, à mon avis, demandent les outils de mesure du réel (qui eux même changent, évoluent en fonction de leur avancée, et sont donc tout à fait relatifs) comme la psychologie, la linguistique, la sociologie, la philosophie, et ne peuvent se réduire à quelques intuitions...
Pour ce qui est du témoignage unanime des vieux profs, est-ce que là encore on ne serait pas dans un biais, qui consiste à dire que la génération de maintenant est pire que la notre (y'a une histoire connue qui relate qu'un philosophe Grec disait déjà ça, avec véhémence, des élèves qu'il avait), et est-ce que la baisse du niveau n'est pas dû moins à l'intelligence en ruine des élèves qu'à à un système à bout de souffle ?
Pour les deux derniers points (langage et témoignage de vieux prof) je ne tiens pas à ce que je dis, je pose juste ces questions pour que (si tu le souhaites, ou même d'autres le souhaitent, c'était pas le sujet de base) tu développes et argumentes ton point de vue, n'y vois pas des questions qui dévoilent ma position : je n'en ai aucune sur ces sujets, je n'y connais rien.

J'aime bien ce que tu dis de Michon, qu'il cherche (en tout cas dans Vies minuscules, le seul que j'ai lu) le "mystère fondamental des destinées de chacun" - qu'il a emprunté et fait à sa sauce de Faulkner je trouve - ; ça correspond bien a l'expérience que j'en ai fait. C'est quelque chose qu'il arrive à rendre tangible par ses mots physiques, charnels, fossiles par moment. Grande expérience de lecture pour un petit livre : c'est une petite maison, dont chaque pierre est à son exacte place, dont tous les vieux meubles sont retapés, mis en valeur, dont les matériaux sont solides comme ceux d'une pyramide !

J'ai écouté un peu tes suggestions musicales, et même si ce n'est pas trop l'endroit pour ça je te fais un petit retour très vite. J'ai été assez séduit par la musique de Yoshimatsu, même si je la trouve parfois transparente, sans beaucoup de corps, éthérée d'une façon douceâtre. Mais globalement ça marche très bien, c'est d'une belle musicalité, même si le sens mélodique lui fait défaut.
Vasks je trouve que ça ressemble à de la musique traditionnelle japonaise, et c'est assez fort, assez sauvage/indomptable dans son dépouillement ; de vrais moment d'intensité, puis d'un coup de silence - ça me fait penser à la musique en brisure de Nono Luigi.
Et Gorecki c'est vraiment ce que j'ai le moins aimé : malgré le début de la symphonie, montée de cordes assez prenante, je trouve le reste trop lourd dans son sentiment "lento", bourré d'effets faciles (dans son utilisation du clairs/obscurs pas très fin, assez caricatural, dans ses silences impudiques pour tirer l'émotion après les moments plus intenses), de mélodies naïves à la voix : bref ça ne m'a vraiment pas plus, je trouve que c'est à des années lumières derrière la musique modeste (ce que n'a pas l'air d'être Gorecki, en tout cas dans sa musique) de Part (que je connaissais effectivement), où chez lui la beauté et la tristesse est évidente, le dépouillement naturel et touchant instantanément ; j'ai l'impression que Gorecki force le trait, appuie là où il n'y a plus besoin d'appuyer ; c'est assez complaisant et ennuyant dans la douleur, ça se morfond.

Citer
Je suis d'accord qu'il en existe certainement aujourd'hui, quelque grand artiste dans la poésie, mais je crois surtout que l'époque est assez impropre à produire de tels esprits, pour deux raisons majeures : géopolitique d'un monde régi par l'argent et soumis à des intérêts étrangers, où tout destin, donc ferveur des peuples, semble être confisqué ; mort de la spiritualité, injonction au plaisir et à la chair à tous les niveaux (donc à déporter le regard sur le corps et la terre, sur les intérêts et les petits tracas de la vie). C'est un terreau qui suscite un esprit plus ridiculement bas que celui de la France en 1812, par exemple
Pour ça j'en sais rien, je le prend avec des pincettes, ça m'a l'air d'être un discours rebattu, passéiste, que j’entends souvent chez les conservateurs, mais au final j'en sais rien. J'aimerais bien voir les détails de ces affirmations, les nuances, les contre arguments, les études, etc. Puis les poètes, les vrais artistes sont des marginaux, et toutes les époques ont eu des difficulté à les produire : toutes les époques sont impropres aux artistes, y'a qu'à voir comme les plus grand ont fini dans la misère ; avant certes il y avait plus de gens qui faisait de la poésie, mais c'était des faiseurs, et non des poètes, et ces gens là se moquait tout autant que le reste du peuple des vrais poètes, des vrais obsédé plein d'urgence, d'idées, de rêves, parce que de toute manière c'est et ça restera un comportement marginal incompris par la plupart. Puis déporter le regard sur la terre on en aurait bien besoin je crois, car avant de lever les yeux au ciel faudrait faire gaffe que ça ne brûle pas sous nos pieds...

Citer
qu'au demeurant je n'apprécie pas du tout
Forcément c'est un matérialiste  ;D
J'évoquais Ponge car ce qu'il dit parle à ma sensibilité : le gigantisme (celui des monuments de Paris par exemple, des cathédrales, etc) me dégoutte la plupart du temps, je n'y voit que la tentative et l'orgueil de l'homme à vouloir soit tutoyer (en vain) les monuments de la nature, en moins bien, en moins créateur, soit à essayer (encore vainement) d'exister un peu plus, de prendre plus de place (ce qui ressemble à un pet un peu plus bruyant qu'un autre) dans ce vide vertigineux du "Pourquoi", qui à quelque millimètre près a la taille de l'univers qui, ce bon vieux pépère, est inquantifiable.

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Mais imaginons l'effet sur les esprits communs, que ces grandes cathédrales qui cherchent toujours à atteindre les cieux, en portant le discours pieux du témoignage du Christ. L'homme se sent appartenir à quelque chose de plus grand que lui, il voit de manière physique un discours qui le somme de rechercher les joies du ciel au lieu de celles de la terre, à se détourner des contingences de la matière pour apprécier les libertés de l'esprit, à effectuer, peut-être, des conquêtes dans ces domaines de l'esprit.
On obtient le même résultat avec les choses de la terre : un arbre vieux de cent générations, le bruit d'un ruisseau qui s'écoule depuis des temps immémoriaux, contiennent plus de spiritualité qu'une église stérile faite de choses toutes humaines, avec des défauts humains, des lourdeurs humaines, du sang humain ; je ressent le même sentiment de grandeur quand je rentre dans une église et dans une forêt : sauf que l'intérieur de la forêt vit ! (Attention j'adore les églises, pour ce qu'elles ont d'esthétique justement, mais une forêt me rend mieux vivant, libère les sens, en plus de nous donner à voir le sublime, parfois caché dans les recoins, rarement montré avec ostentation, et rarement dans des proportions affolantes.)
 
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L'homme est rien du tout et n'a pas de destin, c'est littéralement l'axiome de notre temps.
Bien sûr que nous ne sommes rien (que ce soit à l'échelle du monde, qui a connu et connaît encore des espèces bien plus malines (rien que les arbres, qui au delà de ne pas détruire leur environnement et eux-mêmes par la même occasion, ont des moyens de communications et d'adaptations qu'on ne soupçonne même pas), et pire encore à celle de l'univers, au fond duquel nous ne sommes même pas des crottes de bébé fourmis, et pour lequel nous n'existons même pas), ça serait faire preuve d'un orgueil absurde et désespéré de dire le contraire. J'suis plutôt ok avec l'idée que le monde n'est pas d'autres sens que celui d'une machine (la nature) livrée à la logique de ses propres rouages, sans but et pas plus faite pour l'humain que pour n'importe quoi d'autre ; je suis suffisamment détendu par rapport à cette absence de sens pour ne pas avoir de préoccupation métaphysique, et trouver un sens beaucoup plus simple, beaucoup moins ambitieux à ma vie : faire et chercher des choses esthétiques. J'fais mon mec mais au fond j'suis un idiot bienheureux  ;D (Même si ces préoccupations esthétique m'apportent leur lot d'angoisse, tant ça me tient à cœur, et tant elles sont difficile à réaliser - c'est un cheminement, c'est apprendre à vivre une deuxième fois, déjà que la première n'est pas terminé...) 

Bref tu m'aura bien fait bavarder, et je crois que jamais je me suis autant éloigné du sujet, on ne le voyais même plus - désolé pour ça. J'suis assez embrouillé dans mes idées, je pars dans tous les sens, j'dois être pas mal hs, surtout sur les églises, j'me suis tapé un délire je me rend compte  :o Tant pis je laisse, je ne saurais faire mieux ce soir ; au fond tout ça n'est pas très sérieux, c'est du divertissement ; mes propos sont jeunes. Et ne crois pas que je balaye tout ce que tu dis, ta position remet sans cesse la mienne en perspective, je confronte mes idées dont je prend conscience en même temps de les écrire.
Au plaisir Glaçon  :)
« Modifié: 19 Juin 2023 à 15:20:29 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

 


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