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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les feux qui n'ont jamais pris

Auteur Sujet: Les feux qui n'ont jamais pris  (Lu 757 fois)

Hors ligne Nadir

  • Calligraphe
  • Messages: 126
Les feux qui n'ont jamais pris
« le: 05 Mai 2023 à 03:32:19 »
Cet enfant a entrepris quelque chose d'extraordinaire ou de cruel cet après-midi. Là encore cela dépend d'où l'on se place et avec quelles jumelles nous décidons de lire, d'examiner la crête où affleure le sens des choses, des événements et des situations. Ici une figure de la rétorsion : qui est absence éloigne de lui toute vie.
Il a donc fallu que dans la simplicité de mon existence je m'installe, humide et chaude d'avoir ainsi couru dans le soleil, à mon banc le plus séparé des autres, le plus en retrait, pour songer à ma journée. À l'ensemble des inachèvements de mes gestes, paroles, projets, à tout cela que j'appelle les « mort-nés » – comme on hasarde quelque part une intention et que l'on se ravise, que tout se relâche de lui-même et tombe, épouse le sol, se répand comme un fruit mûr dont la saveur demeure perdue à jamais. Je m'arrêtai quand je remarquais quelque chose d'inhabituel dans le paysage. Une énergie. Un déferlement. Une grande force qui ne savait pas bien de quelle manière ni où se déverser. Cet enfant dans le parc on ne voyait que lui. Agile et comme habité par le vent. Je le voyais caracoler et partir plusieurs fois à la rencontre de sa mère pour lui montrer comme c'est lui la vitesse et comme c'est lui la gloire – cela faisait longtemps que je n'avais pas été témoin de telles rafales dans le corps d'un enfant qui joue seul.
Je pense au feu qui est né de rien, de deux pierres frottées ensemble (on n'a jamais su par quelle intuition, tout ceci). La solitude du feu ne l'empêche pas de remplir ses fonctions. Mais ce feu était différent, il papillonnait autour de sa pierre sans parvenir à l'allumer, en extraire l'attention, ou à peine. Alors il est parti faire le disparu. Parmi les éléments de la nature. Lui et toute sa volonté froissée.
Inquiète, son premier réflexe à la mère fut bien entendu de crier son nom. Mais que cherche-t-on naïvement à obtenir par l'appel d'un nom ? Une présence ?
Il faut comprendre que si tu ne t'appelles pas « maman regarde ! » lui ne s'appellera jamais « Yanis où tu es ?! ».
Je me décollai de mon banc et partai.
Je ne m'en faisais pas pour la suite de cet "incendie".
Yanis allait retrouver sa mère ou peut-être l'inverse, qui sait ?
Après ça l'air frais qui enveloppe le retour à la maison. Je vais dans la belle lumière déclinante dont l'orangé râcle le sol, et confère aux pensées une précision cristalline.
Je voudrais passer ma vie à retourner chez moi dans le coucher. Sans jamais l'atteindre ce chez moi.
« Modifié: 01 Juin 2023 à 21:25:25 par Nadir »
Par une belle journée de printemps un attelage traverse à vive allure ce monde-ci pour atteindre le monde suivant

BartK

  • Invité
Re : Les feux qui n'ont jamais pris
« Réponse #1 le: 05 Mai 2023 à 19:09:51 »
Bonjour Nadir,
j'imagine très bien cette absente toute occupée à regarder des idioties sur son portable.
Quand tu parles des mort-nés (il ne faut pas de"s"à "mort") la phrase est très poétique ; j'ai ressenti ça des fois et sans doute que nous avons tous ressenti ça mais c'est exprimé de belle façon.
Pour ce qui est du feu, si tu frottes deux pierres (deux silex) l'une contre l'autre tu n'arriveras à rien, il faut frapper fort, très fort, un coup sec (en prenant garde de ne pas se taper sur un doigt) et, quand c'est bien fait, ce n'est pas une étincelle mais carrément une flamme qui jaillit, c'est impressionnant. Très certainement qu'un préhisto agacé par je ne sais quoi a jeté de colère et de toutes ses forces une pierre qui est tombé sur une autre et qu'il a foutu le feu à la forêt (hypothèse à prendre avec des pincettes mais plausible).
J'ai eu un peu de mal avec la phrase : "Il faut comprendre que si tu ne t'appelles pas « maman regarde ! » lui ne s'appellera jamais « Yanis où tu es ?! »."et puis j'ai remplacé appeler par répondre et j'ai compris.
Autre point :"Je me décollai de mon banc et partai. " (et je partis?)
Le texte m'a paru comme un  combat entre douce violence et violente douceur ; la violence n'est pas KO mais je dirais que la douceur semble l'emporter (aux points).
Par contre, ta dernière phrase :" Sans jamais l'atteindre ce chez moi." elle ne me plait pas du tout et je la trouve inutile.

Hors ligne Docal

  • Aède
  • Messages: 188
Re : Les feux qui n'ont jamais pris
« Réponse #2 le: 05 Mai 2023 à 19:57:43 »
Salut Nadir et merci pour ton texte.

Je n'ai malheureusement pas apprécié. Bien trop verbeux et guindé à mon goût. J'ai bien aimé quelques fulgurances mais elles ont du mal à surnager au milieu du reste ce qui réduit leur impact.

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 179
  • Frappé par le vent
Re : Les feux qui n'ont jamais pris
« Réponse #3 le: 11 Mai 2023 à 19:01:02 »
 J'apprécie beaucoup comment à partir de l'observation d'un enfant tu parviens à parler de ton intériorité.
 D'un détail vu tu développes pensées, sensations, et cette réflexion ressentie qui t'est personnelle ; ne jamais parvenir
 à atteindre, ne jamais être sûr de ce qui est véritablement. Réalité objective ou projection intérieure ?
 Il y a du Hamlet.
 Cet enfant qui recherche sa mère est une métaphore parlante. Est-ce la mère qui donne vie à l'enfant, ou l'enfant
 qui matérialise la vie de la mère ?...
 Comment le détail du quotidien nous questionne. Le détail ouvre des abîmes et une immensité.
 Savoir regarder ainsi les choses donne du sens à la vie et pour nous-même.
 Ton écriture montre cela. Grand merci.
Lof

 


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