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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une brève histoire d’amour

Auteur Sujet: Une brève histoire d’amour  (Lu 817 fois)

Hors ligne Camilleli

  • Tabellion
  • Messages: 46
Une brève histoire d’amour
« le: 30 Avril 2023 à 18:56:09 »
~ nouvelle ~ environ 1850 mots j’ai un petit doute sur les accords conditionnel présent/futur ne m’en voulez pas trop

Dimanche 18/09, 13h07.
Les heures s’accumulent. Je les regarde s’entasser en monticule depuis le sommet de mon tabouret, et je me sens ridicule. Je n’arrive plus à distinguer le rêve de la réalité, est-ce que je suis réveillée ? Je t’entends me parler mais je n’arrive pas à t’écouter. Tu ne cesses de me dire que c’est une belle journée, de me raconter tes projets et tes problèmes, tes désirs et tes délires, mais tu sais, je n’ai plus besoin de mots, des maux j’en ai déjà trop, ils tournent en rond dans ma tête et ils me donnent la gerbe. Parfois, tu prends mes deux mains dans les tiennes, tu me regardes dans les yeux et tu me dis que tu es heureux, là, comme ça, avec moi. Tu me souris. Tu embrasses ma paume et puis tu ajustes tes lunettes qui sont tombées sur le bout de ton nez. Ensuite, tu me demandes ce que je veux commander. De quoi tu as envie ? Café ou chocolat au lait ? Citronnade ? Jus d’orange ? Parfois, je ne te réponds pas, je ne sais pas. Je voudrai parler mais les mots pendent à mes lèvres sans oser s’en détacher.
J’aimerai te dire, que j’ai envie d’ailleurs, de quelque chose qui fasse vibrer mon coeur mais que, je me sens coincée entre les quatre murs de ma tête ronde sans arriver à m’en échapper.  Alors j’y nage comme un poisson. Je me laisse dériver sur mon flot intérieur, j’essaie de ne pas m’y noyer. Parfois dans la journée la marée monte, et alors, je me sens couler, dégouliner, goutter, et sur le sol carrelé de cet hideux bistro miteux, je suis comme une naufragée. Mon aquarium est infesté de bactéries et il faut le nettoyer régulièrement pour qu’elles ne puissent se propager au reste de la pièce. Voilà pourquoi je ne sais pas ce que je veux commander : je suis trop occupée à faire le ménage.

13h19.
J’ai pris un café. Il est mauvais. Il a la couleur de la merde qu’un caniche mal dressé viendrait de faire sur mes pieds, et il en a aussi le goût, d’ailleurs. Je rajoute du sucre, encore, et je touille avec la spatule en bois. Je touille, touille, touille. Touille. Le sucre aussi est mauvais. Alors je touille encore. Ce restaurant est moche, les gens qui y sont assis sont moches, et en plus, il pleut. Cette journée aussi, est mauvaise. Ce mois l’était déjà et cette année encore plus. Tu me demanderas pourquoi, et je te dirai que je ne sais pas, mais probablement un peu à cause de toi. J’aimerai pouvoir te dire que je ne t’aime plus, enfin, que je t’aime éperdument mais que je m’y suis perdue. J’aimerai pouvoir te dire que tu m’as tout pris et rien rendu. J’aimerai pouvoir te dire que je ne veux plus t’aimer. J’aimerai pouvoir te dire que je te veux mais que je t’en veux. J’aimerai pouvoir te dire, que c’est sûrement à moi que j’en veux le plus, de ne plus être capable de continuer. Mais je te dirai, tout simplement, tout doucement, en murmurant : « Mon amour, tu es en train de me tuer. »
Tu es là, assis en face de moi, tu me regardes comme un ahuri avec tes grands yeux d’abruti, et j’ai envie de te frapper. Pire que de t’aimer, je n’arrive pas à te détester. Je n’ai même pas envie de t’expliquer, ni même de te parler, tu me dégoûtes. Illusion perpétuellement désillusionnée, je me demande si nous avons vraiment existé. Je crois que je voudrai te casser une jambe ou deux, un bras sûrement, et puis t’arracher les yeux et les cheveux aussi. Je serai prête à goûter tout les jours, pour toujours, cet affreux café trop touillé plutôt qu’encore supporter d’être à tes côtés. En cette journée endimanchée tu n’as pourtant rien fait, ni même demandé, mais il semblerait qu’il soit trop tard, la maladie s’est déclarée.
Depuis un certain temps déjà, elle s’immisçait en moi, insidieusement. Comme un orage qui tonne je l’ai entendue arriver, même si j’ai tenté de l’ignorer. Mais voilà, aujourd’hui mon amour, l’orage gronde sur notre maison, tout est inondé du sol au plafond, de la cuisine jusqu’au salon, de la chambre au balcon. Il est tard et le plombier ne viendra pas ce soir, cette fuite nous coûtera cher.
Oui, vois-tu, il est trop tard, tout est à l’envers. Tu as les pieds à la place des oreilles, le nombril à la place du nez, tu marches sur la tête, et moi, je crois que je l’ai égarée, ma tête. Pourtant, je te promets, te jure, sur ma tête perdue, et sur celle de ma mère, et de mon père, et de mes frères, que j’ai tout essayé pour la retrouver. Mais voilà, regarde, mes pensées sont désordonnées, ma raison me quitte, mon corps me lâche, notre demeure s’écroule, et ma vie me sème sur un sentier dont je ne connais pas les dangers, sans laisser derrière elle aucun des galets du petit Poucet.

Voilà. J’aimerai pouvoir te demander, si tu vois que je suis terrifiée. Je te dirai, vois-tu, que quand je regarde mon bocal aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est celui d’une autre ?

Mon amour, ce soir, quand nous nous coucherons dans notre tombeau aux draps de soie, quand il fera noir, quand il fera froid, quand le tonnerre s’abattra sur le toit, quand tu me tournera le dos, fermera les yeux, que ton souffle se fera silencieux et que le sommeil viendra te chercher, je m’en irai à pas feutrés. 


Vendredi 23/12, 5h02.
Il est cinq heures. Quand je me suis réveillée, il était déjà parti. Le lit était froid et moi aussi. Je suis restée longtemps sur mon téléphone, peut-être parce que je voulais qu’il sonne, pour briser le silence qui m’assourdissait comme un métronome. Tac. Tac. Tac. Tac. Peut-être que je désirais timidement que tu m’appelles, que tu me dises que tu étais juste là, en bas, dans le noir, dans la nuit, sous la pluie. Peut-être serais-tu venu avec un bouquet d’iris jaunes, comme les tiennes. Tu m’aurais crié de te rejoindre et nous aurions marché sans endroit où aller, jusqu’à ce que nos pieds perdent la tête. Mais tu tardes à appeler, mon amour, chez moi il fait sombre, et dans ma cour, sous la lumière éclatante du lampadaire, de ton sourire je ne vois pas l’ombre. Mais je reste assise, par ici, regarde, à côté du chevalet, loin de toi, et tout près de ton idée. Je t’attends. Tac. Tac. Tac. Je suis tout à l’envers, éparpillée en fragments de larmes, aux quatre coins mon canapé vert. Je me souviens des matinées où nous y avons petit déjeuné, et de toutes les soirées où nous nous y sommes endormis. Des disputes jusqu’aux embrassades, en passant par de simples engueulades, je me souviens de tout, du début jusqu’à la fin du récit. Je me souviens nous être intéressés, aimés, passionnés, enlacés puis délaissés. En fumant une cigarette, je pense à tout, surtout à rien, un peu à moi, beaucoup à toi. Je me souviens de nos premières fois. Je me souviens de l’insouciance de ne pas me souvenir. Je me souviens l’excitation du premier rendez-vous, le fou rire de la première blague, la timidité du premier baiser, l’adrénaline du premier voyage à deux, l’angoisse de la première dispute, la douleur de la première insulte, la déception de la première trahison, les larmes de la première rupture, et enfin, je me souviens ma nostalgie, lorsque je me suis rendue compte que je ne connaîtrai plus ces premières fois avec toi. Tu me manques. Tac. Tac.
Il y a ton odeur, tes cheveux, tes mains, tes reins et toute ton essence sur l’accoudoir gauche. Et puis un peu de ta joie sur le droit. Et puis un peu de tes yeux sur le coussin du milieu. Ses pieds en plastique bon marché sont cassés, sa couleur délavée me donne envie de gerber, et je crois que j’ai envie de le jeter. Mais, peut-être, que j’espère garder un peu de toi en lui, ou un peu de lui en toi, je ne sais pas. Je crois que je suis malade. Ton souvenir coule encore dans mes veines, le sevrage est difficile. Tac. Dit-moi, quelle heure est-il ? Le lampadaire s’est éteint dehors. J’ai perdu la notion du temps en t’attendant, mais tu ne viendras pas, tu ne viendras plus. Sans rancune.
« Modifié: 16 Mai 2023 à 13:54:52 par Camilleli »

Hors ligne Michael Sherwood

  • Prophète
  • Messages: 997
Re : Une brève histoire d’amour
« Réponse #1 le: 01 Mai 2023 à 09:14:09 »
Hello dunnolol!

Ah ! C'est très fort ! Certains se fatiguent à faire des poèmes en prose, toi tu fais de la prose poétique comme si c'était sans effort.
J'aime bien aussi les phrases courtes, incisives (sujet verbe - point) suivies de phrases plus longues, explicatives :


Citer
Il est endormi. Je le regarde. L’épaisse frange de ses longs cils noirs ressemble à un rideau fermé, derrière lequel je meurs d’envie de me cacher.

Citer
J’ai pris un café. Il est mauvais. Il a la couleur de la merde qu’un caniche mal dressé viendrait de faire sur mes pieds, et il en a aussi le goût, d’ailleurs.

Ou encore ce passage, qui joue sur la répétition du mot "touille" : 4 fois d'abord, et puis ce "Touille" majuscule, comme un grand coup frappé, et encore un petit rajouté pour la route !

Citer
Je rajoute du sucre, encore, et je touille avec la spatule en bois. Je touille, touille, touille. Touille. Le sucre aussi est mauvais. Alors je touille encore.

Il y a du style, très travaillé !!!

Bon 1er Mai  8) !
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Dot Quote

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  • ?
Re : Une brève histoire d’amour
« Réponse #2 le: 01 Mai 2023 à 11:17:07 »
Finalement je me hisserais sur son menton, et reprendrait ma respiration sur ses lèvres.
instinctivement j'ai voulu à la lecture, voir un 's' conditionnel du 'je', mais ce serait correct si y'a conjugaison pour ce qui alors suivrait en tant que sujet, cette respiration ; dans le doute je glisse mon doute, j'ai essayé d'être attentif à ta demande ciblée de correction, mais happé par le fond et sa forme, ses déploiements, je n'ai que ce petit alert, ptetr même pas faux, huhu à toi de me dire ?

sinon heu... ça m'a plongé dans un process où je m'identifiais, c'était pas très agréable, pas très clair, mais c'est je crois ce qui m'a tenu la concentration ; comme dit Michael, y'a de la poésie de fond de forme assez cool, je sais pas ce qu'en pensent des dames autre que ce personnage, mais ce qui je lui interprétai de féminin me faisait choir de mon inévitable masculinerisme, avec du contenu en surprise générale de fond, assez pétillante, ma curiosité un peu comme glissée sur un terrain qui lui est autre, je deviens timide...

prenant, s'il me fallait un unique qualificatif, car tel fut

=)
.

Hors ligne Camilleli

  • Tabellion
  • Messages: 46
Re : Re : Une brève histoire d’amour
« Réponse #3 le: 03 Mai 2023 à 23:03:20 »
Hello dunnolol!

Ah ! C'est très fort ! Certains se fatiguent à faire des poèmes en prose, toi tu fais de la prose poétique comme si c'était sans effort.
J'aime bien aussi les phrases courtes, incisives (sujet verbe - point) suivies de phrases plus longues, explicatives :


Citer
Il est endormi. Je le regarde. L’épaisse frange de ses longs cils noirs ressemble à un rideau fermé, derrière lequel je meurs d’envie de me cacher.

Citer
J’ai pris un café. Il est mauvais. Il a la couleur de la merde qu’un caniche mal dressé viendrait de faire sur mes pieds, et il en a aussi le goût, d’ailleurs.

Ou encore ce passage, qui joue sur la répétition du mot "touille" : 4 fois d'abord, et puis ce "Touille" majuscule, comme un grand coup frappé, et encore un petit rajouté pour la route !

Citer
Je rajoute du sucre, encore, et je touille avec la spatule en bois. Je touille, touille, touille. Touille. Le sucre aussi est mauvais. Alors je touille encore.

Il y a du style, très travaillé !!!

Bon 1er Mai  8) !

Finalement je me hisserais sur son menton, et reprendrait ma respiration sur ses lèvres.
instinctivement j'ai voulu à la lecture, voir un 's' conditionnel du 'je', mais ce serait correct si y'a conjugaison pour ce qui alors suivrait en tant que sujet, cette respiration ; dans le doute je glisse mon doute, j'ai essayé d'être attentif à ta demande ciblée de correction, mais happé par le fond et sa forme, ses déploiements, je n'ai que ce petit alert, ptetr même pas faux, huhu à toi de me dire ?

sinon heu... ça m'a plongé dans un process où je m'identifiais, c'était pas très agréable, pas très clair, mais c'est je crois ce qui m'a tenu la concentration ; comme dit Michael, y'a de la poésie de fond de forme assez cool, je sais pas ce qu'en pensent des dames autre que ce personnage, mais ce qui je lui interprétai de féminin me faisait choir de mon inévitable masculinerisme, avec du contenu en surprise générale de fond, assez pétillante, ma curiosité un peu comme glissée sur un terrain qui lui est autre, je deviens timide...

prenant, s'il me fallait un unique qualificatif, car tel fut

=)

Coucou ! Merci pour vos retours, c’est super gentil !

 


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