Le texte à pas mal de défaut encore à mon goût, n'hésité pas à me proposer des améliorations.
Kapisa, je me souviens
France, février 2023
Le chants des oiseaux résonne dans l’air, comme un doux présage de renouveau et d'espoir. Les rayons du soleil glissent à travers les fenêtres, illuminant la pièce d'une lueur dorée et réchauffant chaque centimètre carré. Les tasses de café fumantes que ma femme et moi tenons dans nos mains sont notre refuge, notre moment de répit avant de faire face aux défis de la journée.
Les rires et les cris joyeux de nos enfants résonnent dans les couloirs, apportant une touche de légèreté à cette matinée ensoleillée. Leur chambre est leur forteresse, un lieu où ils peuvent explorer des mondes imaginaires et se perdre dans leur propre créativité. C'est un havre de paix, un endroit où l'innocence est préservée, où l'on peut être soi-même sans jugement.
Mais la sérénité de ce matin parfait est brisée par les cris qui s'élèvent subitement, une dispute entre mes enfants. La violence de leurs paroles me fait frémir, et je me hâte de monter les voir, sachant que je ne peux pas les laisser continuer ainsi. Je leur rappelle la valeur sacrée de la vie humaine, un principe immuable que je ne peux pas tolérer être violé.
Pourtant, quand ma fille aînée me fixe dans les yeux, me demandant si j'ai déjà tué, je suis pris au dépourvu. Mon esprit est catapulté vers une époque lointaine, un temps où j'ai servi mon pays en tant que soldat. Les souvenirs amers de la guerre m'assaillent, me rappelant les combats et les moments difficiles.
Je lui souris tristement, tentant de cacher mes propres démons sous une façade calme et rassurante. "Non, ma chérie, je n'ai jamais tué personne", je lui réponds doucement. "Mais je sais que c'est quelque chose qu'il ne faut jamais faire, même si la vie peut parfois nous forcer à prendre des décisions difficiles. Nous devons toujours rechercher la paix et l'harmonie, même dans les moments les plus sombres".
France, mars 2023
Depuis cette question si innocente, posée par ma fille aînée, je n'arrête pas d'y penser. Cette interrogation continue de me hanter, me ramenant sans cesse aux souvenirs douloureux de la guerre. Les nuits sont difficiles, les souvenir me hantent, me rappelant les moments les plus sombres de ma vie. J'ai du mal à dormir, à trouver un sommeil réparateur. J’ai l’impression de vieillir à vu d’oeil mes yeux sont cernés et dans ma barbe apparaît des poils blancs.
J'ai décidé de reprendre contact avec certains de mes frères d'armes, pour tenter de trouver un semblant de réponse à cette question. Au fil des discussions, j'ai appris que Julien, l'un de nos camarades, s'était suicidé après des années d'errance. Il était là avec moi ce jour-là, et je sais ce qui l'a hanté jusqu'à la fin.
Vallée de Kapisa, District de Tagab, 30 mars 2011
Aujourd'hui, nous devions nous rendre dans un village, un petit contingent de trois véhicules, une mission de maintient le contact avec la population locale. C'est routinier et la zone est plutôt sécurisé nous avons repoussé les talibans plus loin sur les hauteurs. Nous allons discuté avec un chef local, il n’y a rien a espéré de ce genre d’échange on essaye de monnayer des informations contres des ressources pour le village. Mais ces informations sont très souvent inutiles car ces hommes sont ceux qui nous combattent la nuit.
Nous sommes arrivés au village, les paysages ici sont lunaires beaucoup de roche, gravier poussière, l’eau est rare la végétation aussi, pour tous la vie ici est un combat. L'adjudant, le traducteur, Julien, et moi entrons dans une maison, où toute une famille nous attendait. Je me suis toujours sentis mal à l'aise d'entrer avec mon arme dans une habitation, mais c'était une mesure de précaution nécessaire dans cette zone instable.
Les enfants nous ont dévisagés avec des regards empreints de peur. Les femmes semblaient également tendues. Nous avions apporté avec nous une menace implicite, car si les talibans pensaient que la famille nous avait donné des informations, ils seraient en danger après notre départ.
Un petit garçon de six ans environ se tenait dans un coin de la pièce, tremblant de peur. Il avait surement été témoin des échanges de tirs qui avaient eu lieu près de ce village il y a un mois, et le souvenir le hantait sûrement. Il nous hantait aussi un des notres étaient tombés ce jour-là.
L'adjudant et le patriarche discutaient avec animation, mais Julien et moi étions aux aguets, scrutant chaque visage comme un chat observant une souris. La guerre était un jeu cruel où chacun pouvait être à la fois prédateur et proie. La tension était palpable, lorsque soudain, le petit garçon a commencé à s'agiter, déclenchant un mouvement d’anxiété chez nous.
Mes mains se sont instinctivement resserrées sur mon arme, prêt à réagir en cas de danger imminent. Julien a interrompu la discussion en demandant au garçon de se mettre debout pour vérifier s'il ne cachait rien sous ses vêtements. Le garçon, tremblant de peur, a obéi, tandis que nous tous, le souffle retenu, observions avec attention.
Nous avons tous soupiré de soulagement en constatant qu'il n'y avait rien de suspect, mais le garçon était encore terrifié et a supplié pour sortir. Habituellement, nous refusions catégoriquement, mais l'expression de terreur sur son visage était trop forte pour que nous puissions la lui refuser. Nous avons donc laissé sortir le petit garçon, en espérant qu'il irait s’amuser et ce calmer à l’extérieur.
Mais à peine une minute après son départ, une puissante déflagration a retenti, nous projetant au sol. Un véhicule kamikaze avait explosé contre l'un de nos véhicules, créant un chaos indescriptible. Les oreilles sifflaient, les gars restés à l'extérieur étaient sonnés, et il fallait agir vite pour sécuriser le périmètre.
Et c'est alors que je l'ai vu, presque méconnaissable, le petit garçon, juste avant si vivant, gisait là, sans vie. Son corps avait été ravagé par la violence de l'attaque, son innocence volée par la folie des hommes, il avait été tué sur le coup.
Le lendemain, les journaux occidentaux ont relaté l'attaque avec une froideur clinique, mentionnant à peine les six soldats français légèrement blessés.
France mars 2023
Maintenant, des années plus tard, je regarde en arrière cette épisode de ma vie et je me demande, pour quoi ? Combien de vies perdues, de deuils endurés, pour une cause qui semble de plus en plus dénuée de sens ? L’état nous a abandonné les soldats doivent être des hommes forts, l’orgueils masculin d’un pays et sur l’autel de cette utopie combien de mes camarades ont été sacrifiés.
Les gens parlent de cette guerre comme s'il s'agissait d'un épisode de Netflix, trop loin, trop déconnecté de leur réalité. Mais pour nous, c'était bien réel. Comme dit mon grand-père, 90 morts en dix ans, ce n'est pas une guerre, si t’avais fait l’Algérie t’aurais compris….