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La rivière roucoulait dans son lit vaseux, dans l’arrière-jardin de la vieille ferme aménagée. Son eau translucide laissait apparaître les crustacés, têtards et petits poissons qui la peuplaient. Hicham, accroupi sur les berges instables, tentait de sonder les glouglous, attendant une réponse. La dialectique curieuse du philosophe contemplatif se faisait dans le silence le plus complet. S’il arrivait à une épiphanie, ou un aphorisme, ou une théorie géniale, on ne peut pas le déceler dans son expression ou dans sa physionomie. Pense-t-il à la conscience de l’individu ? À la valeur de l’amour ? À la place de la Vérité ?
Il semble frémir ! Il bouge ! Le philosophe se relève, il secoue ses jambes, sans quitter le ruisseau des yeux. Ni son regard ni ses lèvres ne trahissent ses pensées. Il fait quelques pas, mesurés, insondables. Il n’est pas possible d’élucider ce qu’il communique.
Les sous-bois grouillent de bestioles, la vie pullule et Hicham reste indolent. Le poète suit la berge dans le sens du courant d’un pas lent et absorbé. L’eau semble ruisseler sans fin. Jusqu’où ira-t-il ? Peut-être pense-t-il à la définition de l’infini, tentant de quantifier un nombre de pas, la quantité d’eau qu’il faudrait…
De la ferme, on l’appelle :
« Hicham ! Reste à portée de voix ! On mange bientôt. »
Il ne répond pas mais arrête sa progression. Sa curiosité placide se porte sur les arbres fruitiers. Il dirige ses yeux paresseux sur les branches, le tronc, les petites niches pour oiseaux, la route proche.
« Mais où est passé ce garçon, » grommelle-t-on dans la ferme.
On l’appelle. Hicham continue son examen imperturbable jusqu’à ce qu’on vienne le prendre par les épaules. Il hurle, se tortille, se détache, s’éloigne.
« Désolé, j’avais oublié que tu n’aimais pas être touché. Viens, il est temps de souper. »
Il suit la personne qui va vers la ferme. Avant de fermer la porte de la véranda, il laisse un dernier regard vers l’objet de son étude de cette après-midi.