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Auteur Sujet: Monk (Laurent de Wilde)  (Lu 1599 fois)

Hors ligne Meilhac

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Monk (Laurent de Wilde)
« le: 13 Mars 2013 à 19:30:56 »
Monk.
Vu le nom (drôle et percutant) du personnage, Laurent de Wilde aurait eu tort de chercher un autre titre à son ouvrage consacré à un des (le?) plus grand(s) pianiste(s) de jazz, et un des plus grands musiciens tout court.
C'est une quasi-biographie si on veut, mais pas écrite par n'importe qui. Laurent de Wilde est avant tout un pianiste de jazz, et pas un pianiste inconnu, un bon, un excellent pianiste de jazz, très reconnu, etc.
Ce livre, c'est un peu comme si Cédric Kahn écrivait la biographie de Pialat ou comme si Trondheim écrivait la biographie de Franquin. Un pianiste qui écrit sur un pianiste.
le résultat est carrément excellent. surtout une biographie, mais avec des passages limite "critique musical" qui sont légers et quand même riches, très bien dosés, parfaits pour un non-connaisseur de Monk ou même de jazz et qui se dirait "tiens si j'écoutais de ça un de ces jours"?

De Wilde  nous raconte la vie de Monk évidemment, sa formation (organiste d'église entre autres), ses relations avec ses collègues, avec les requins du show-biz, avec la drogue, avec sa femme, ses enfants, sa mécène la fameuse baronne de pannonica, etc. son goût pour les chapeaux, ses problèmes avec la justice, le racisme. son perfectionnisme, son aptitude à composer avec trois gamins qui lui courent entre les jambes, etc.
et en plus de tout ça, il use de sa connaissance de la musique en général et de la musique de Monk en particulier pour nous emmener dans la musique de Monk, sans non plus en faire trop, rien de technique ou de compliqué, c'est pas un livre de musicologie, mais il nous emmène dans certains des morceaux de Monk, nous met bien dans l'ambiance, studio, accords, équilibre des sons, on sent la musique.
et puis aussi et surtout, c'est très bien écrit ! ce Laurent de Wilde est avant tout pianiste, son livre ne restera pas dans l'histoire de la littérature, mais quand même : point de vue style, pas de souci, il et élégant, sobre, un peu lyrique quand il faut mais pas trop, pas mal de "vrais" romanciers gagneraient à s'inspirer de ça.
voilou.
résultat, on lit un très bon bouquin. Et comme toujours dans ces cas là, ça donne envie d'écouter du Monk ! :)
un génie de la musique raconté par un collègue/fan qui en + écrit très bien, ça donne un excellent petit livre, à recommander aux fans de Monk, aux fans de musique, et même aux gens qui n'y connaissent rien à la musique mais aiment les bons livres et veulent se faire une petite plongée dans les Etats-Unis des années 20 aux années 60 (à peu près).

C'est en poche chez Gallimard.  :)

extraits :

"Mais les intros comme celles de Monk, il faut dire qu'on n'en entend pas souvent. Ses mélodies sont anguleuses quoique familières, et même lorsqu'il cite une chanson connue, elle apparaît sous ses doigts comme une chose toute nouvelle. On pourrait donc croire que pour en adoucir l'étrangeté (mais pourquoi faudrait-il adoucir quoi que ce soit ?), il nous prendrait l'oreille avec diplomatie et nous emmènerait pas à pas dans son monde musical. Erreur. Monk tranche dans le vif du sujet. Il choisit avec soin la phrase la plus abrupte, la plus hermétique de toute la chanson, et nous la sert, encore toute nouée, sur sa petite assiette. Une espèce de bestiole de forme indéfinissable qui, en grimpant le long de votre tympan, va chatouiller une partie de votre cerveau que vous pensiez endormie depuis plusieurs millions d'années. Glissez jusqu'à votre discothèque pour écouter l'introduction de Gallop's Gallop avec Gigi Gryce ("Nica's Tempo", 1955), abstraite à en grincer des dents, ou encore celle I let a song go out of my heart ("Monk plays Duke Ellington", 1955) qui, en reprenant la queue de la mélodie, la fait passer au Monk Mixer, et la transforme en quelque chose de complètement énigmatique".

"Monk se rachète un piano, si grand qu'il empiète sur la cuisine, et enregistre comme on l'a dit son premier album en solo ("Himself", 1957). A cette occasion, il renoue avec ses anciennes et légitimes manies, et mélangue au cours de la même séance compositions personnelles et standards revisités. Le confort retrouvé, vitesse de croisière, tout baigne. Et puis, mine de rien, nous voici donc en été 57. Monk a récupéré sa cabaret card, et le voilà enfin autorisé à se produire à New York. C'est alors qu'il trouve au début de l'été un engagement dans un petit club peu connu du Loer East Side, le Five Sport, où il va emmener son trio qui deviendra rapidement un quartet avec Wilbur Ware, Shadow Wilson et, autre sensation, John Coltrane. Le groupe fait l'effet d'une bombe".
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 19:47:38 par Zacharielle »


 


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