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Auteur Sujet: Quelle langue parles-tu ? (réécriture en marge)  (Lu 507 fois)

Hors ligne Grégor

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Quelle langue parles-tu ? (réécriture en marge)
« le: 18 Octobre 2022 à 15:23:07 »
J'essaie d'annoter d'anciens textes, que je n'aurais pas dû publier tels quels. Ces annotations permettent de voir comment j'ai évolué et donnent un exemple concret de ma nouvelle philosophie pratique.C'est aussi une façon de m'excuser, sur ce forum, de certains de mes textes qui n'étaient que le reflet d'un délire égocentrique.

Parle-t-on vraiment une autre langue que la sienne ?
Je veux dire : est-on vraiment capable de comprendre une autre langue que la sienne ?
Je déterre un texte ancien que je trouve un peu trop soumis à l’emprise de mon esprit de sérieux. Un combat contre l’actuel et certainement le sentiment de ne pas être à ma place, sentiment que j’ai perdu en me prenant moins au sérieux.
Il est bon de revenir sur son passé, pendant ses nuits d’insomnie.


Je voudrais vous faire part de certaines réflexions que Nietzsche tint Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement :

« Condamnable prodigue ! Lui qui est assez calme et insouciant pour s’engager avec l’auteur dans un chemin dont le but n’apparaîtra en toute clarté qu’à une génération très lointaine ! »

« J’ai déjà dit que cette manière de se satisfaire du moment sans songer à un but, de se bercer sur le fauteuil à bascule de l’instant, ne peut sembler que presque incroyable, en tout cas blâmable à l’époque actuelle qui se détourne de tout ce qui est inutile. »

Et pourtant, ce n’est qu’ainsi que l’on apprend. Libérée des contingences du réel, la conscience est plongée dans l’universel. Uniquement préoccupée de questions fondamentales, elle commence son ascension. Sinon, le savoir que l’on obtient n’est qu’un savoir technique, extérieur, il n’ébranle pas le fond de notre être singulier, qui est justement cet universel. Chacun reste soi-même, possédant quelques savoirs particuliers, qui lui permettront de réaliser certaines tâches, par exemple professionnelles, certains loisirs, certaines aptitudes, telles qu’apprendre à conduire ou autres savoirs utiles. Mais ces savoirs particuliers ne sont pas le savoir.
La vraie culture s’oppose aux savoirs particuliers et purement extérieurs : ceux qui ne modifient pas nos goûts.
Un de mes professeurs de littérature nous disait que la littérature était par essence élitiste. On peut dire la même chose de la culture. Pour un homme non éduqué tout se vaut, il ne sent pas la hiérarchie entre les œuvres.
Pour celui qui ne sait pas parler, n’importe quel bavardage peut convenir, y compris, par exemple, la prose journalistique de l’universel reportage.

« Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit ; et que cependant ce petit nombre d’hommes vraiment cultivés n’était possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonnait à la culture. »

Quelles sont ces illusions séduisantes ?
La culture moderne ressemble hélas souvent à une comédie de la vanité, où chacun prétend défendre la noble cause de l’Art, une cause universelle, mais qui en réalité n’est qu’une course effrénée vers la reconnaissance, par signes de ralliement, autour d’une pensée unique et stérile, une morale de troupeau, où chacun dit « moi » derrière les fausses références dont il se pare.
Quand on a appris à sentir l’esprit du temps, la plupart des productions ont la même odeur.
Ce n’est pas une pensée qui se porte elle-même : personne ne cherche à voir au fond de l’abime mais tout le monde se contente de plaire aux autres. Pourvu qu’un avis triomphe, qu’il remporte les applaudissements du public, alors l’artiste est comblé, superficiellement.
Mais pour qu’à travers cette comédie narcissique la vérité triomphe, il faut une autre tonalité, une dissonance.

On voit à travers ce tableau que j’essaie de dire une vérité. Mais je critique notre temps, comme si cette comédie narcissique n’était pas de tous les temps. Et surtout c’est mon ego qui parle et qui aurait bien aimé, au fond, faire partie de la fête. Oui, j’aurais voulu être un artiste ! Mais je n’ai jamais été reconnu et je reconnais aujourd’hui que c’était mérité. Pourtant j’avais raison de vouloir étudier et créer, car au-delà de la reconnaissance, j’ai trouvé une certaine forme de sagesse bien plus importante. Grâce à elle je suis bien plus heureux que je ne le serais, même en étant reconnu, sans être un artiste (professionnellement parlant).

Celui qui voudrait exprimer une telle vérité, passerait assurément pour un être négatif, intolérant, passéiste : un réactionnaire.
Mais tout cela n’est qu’apparences, parce qu’un tel être verrait loin.
Tous ceux qui ont la vue courte, qui prêchent l’égalité (souvent contre leur propre être, étant fondamentalement des hommes de pouvoir) et qui étalent leur positivité en distribuant de l’être à ceux qui se sentent dénués d’identité (les sans quelque chose, ceux qui se définissent par leur ressentiment, par leur vide à l’égard d’un plein qu’ils fantasment afin de pouvoir continuer à n’être pas), tous ces porte-paroles du soi-disant peuple ont corrompu à ce point l’esprit de notre temps, qu’il lui est impossible d’admettre une telle vérité.
Le tribunal des modernes contre tout ce qui est réactionnaire est assez amusant à contempler, si l’on prend un peu de hauteur.
C’est la haine des faibles contre les forts, des esprits vulgaires contre les esprits aristocratiques. Souvent, hélas, les faibles d’esprit sont les plus puissants, les plus nombreux, ralliés instinctivement autour d’idées simplistes, ils attaquent méchamment l’esprit libre et solitaire. Souvent sur le terrain médiatique, celui qui aurait peut-être eu quelque chose à dire, à force de répondre à de telles inepties, en devient lui aussi ridicule. Et c’est ce que veut l’esprit du temps : que tout soit ridicule.
Nietzsche appelait cela le nihilisme, je crois.
L’effondrement de toute valeur, de toute hiérarchie.

On voit bien des erreurs de jeunesse : j’attaque trop brutalement l’esprit vulgaire et ce n’est pas la bonne méthode. Au contraire il faut s’abaisser soi-même devant l’esprit de troupeau, c’est la seule méthode pour s’élever et l’élever, une élévation commune. Je commettais la même erreur que Nietzsche, même si lui avait dit très clairement qu’il ne parlait pas aux esprits vulgaires et qu’il voulait les chasser de ses livres. Moi, je n’ai rien contre l’esprit vulgaire, au contraire. Donc Nietzsche était conséquent et je ne l’étais pas.

Certains partisans de l’égalité sont bien conscients de la bête qu’il manipule, mais en tant que représentants des intérêts du peuple, ils espèrent être intouchables : ils sont les piliers du nihilisme et en tant que tels, ils ont trouvé leur petite hauteur.
Cela se traduit par la haine de toute autorité : politique, intellectuelle, judiciaire, scientifique, policière, éducative, etc. L’affirmation énorme d’un « moi » qui ne se connaît pas et suit ses pulsions les plus immédiates. Une haine envers ceux qui s’adaptent et réussissent, « comme des moutons », alors que c’est l’inverse qui est vrai, les moutons se sont plutôt ceux qui refusent de se prendre en main, ceux qui refusent de se confronter au réel, ceux qui abdiquent et renoncent à accomplir leur destin d’hommes. Bref, ceux qui refusent l’universel et la vérité qu’ils portent en eux.

Comme très souvent lorsque je m’emporte : je crois viser des personnes mais c’est moi que je vise. Ou plutôt certains aspects de mon caractère. On devinera peut-être que j’ai eu du mal à m’orienter dans ma vie, que j’ai beaucoup rêvé et avec beaucoup d’ambition, pour finalement assez peu de concrétisation pratique. Si ce n’est, que je deviens de plus en plus sage. Or, l’avantage des sages, c’est qu’ils sont heureux quelle que soit la situation. Un bon choix donc. Même si je suis loin d’être ce sage accompli et que je loue la vie de m’avoir offert une si bonne situation. Or, depuis que je rends grâce à la vie (Denken ist Danken), je suis beaucoup plus heureux et plus sage. La sagesse commence avec la satisfaction d’être ce qu’on est, de vivre ce que l’on vit. Pour cela il faut perdre ses illusions. Illusions égocentriques : rêves, fantasmes, arrière-mondes, idéaux, esprit de sérieux, frustrations passées, échecs mal digérés, ambitions déçues etc.

Que faire de l’actuel ?

Je me suis fait la réflexion, que ma méthode puriste, qui consiste à ne jamais ouvrir un journal, était peut-être mauvaise, qu’il manquait à ma philosophie un regard plus informé, plus précis sur ce qu’il conviendrait de faire concrètement.

Aujourd’hui je ne m’intéresse toujours pas aux informations. J’ai d’abord écrit, pour rire, que la télévision, les journaux, c’était essentiellement de la merde. Je me suis repris au-cas-où je publierais ce texte. Je pense plus sérieusement, que les journaux payants (que je ne paie pas) doivent être intéressants. Mais les gratuits restent de la m…


Tout d’abord mon terrain d’action social est assez limité, je ne suis qu’un petit éducateur.

Alors là, gros changement, j’ai l’impression au contraire aujourd’hui, à la manière de Confucius, que je peux faire énormément de choses, dans les petites choses de ma vie et que cela rejaillit sur toute mon existence. J’étais complétement à côté de la plaque. Il faut reconnaître qu’une telle philosophie pratique est très exigeante : « qui peut vivre un jour dans la bonté et dans l’humanité ? » Disait le Maître.

Ensuite, il y a bien cette comédie politique, qui consiste à voter.
J’ai pensé un temps qu’il fallait intéresser le peuple à la politique, afin que, dans une optique rousseauiste, chacun se souciant avant tout de l’intérêt général, on puisse trouver des compromis et une certaine concorde publique.
Mais franchement, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à la réalité de la chose politique, qui s’apparente essentiellement, de mon point de vue, à de la gestion.
Compter le nombre de masques, par exemple, je voudrais bien le faire, à la rigueur, si j’étais payé pour cela, mais bénévolement, par souci de la chose publique, m’intéresser à cette insignifiante actualité m’épuise, rien que d’y penser.
Donc, c’est peut-être une bonne chose que des professionnels s’occupent de la gestion des affaires publiques.
Dans les domaines où il y aurait un sens à vouloir justement donner une finalité à ce que l’on fait, par exemple, dans l’enseignement (un domaine qui m’intéresse politiquement), personne n’a voix au chapitre : ce sont les mêmes pédagogos qui se succèdent les uns aux autres, quel que soit le gouvernement. Même les gouvernements de droite, qui ont des raisonnements plus sensés sur l’éducation, n’ont jamais fait bouger d’une virgule l’enseignement du Parti. De toute manière, leurs enfants ne sont plus dans le public, dirions-nous cyniquement, et ils ne sont probablement pas professeurs.
Les professeurs sont essentiellement de gauche. C’est sans doute leur côté chrétien et charitable, leur bonne conscience. Les plus extrêmes diront qu’ils travaillent essentiellement pour aider les enfants les plus démunis à progresser un peu et que les autres n’ont pas besoin de professeurs. Ceux qui pensent que les meilleurs élèves ont aussi besoin de professeurs, mais d’un autre niveau, seront malheureux, comme je le fus, dans l’éducation nationale.
Je ne suis pas contre les professeurs de gauche, mais de mon point de vue, leur vision est partiale et ils veulent l’imposer comme un tout. Chacun selon sa nature doit enseigner à sa manière et je suis favorable aux classes de niveau. Les professeurs les plus savants aux meilleurs élèves et ceux qui veulent être charitables qu’ils enseignent leur pédagogie aux enfants défavorisés. Il ne s’agit pas de mépriser telle vocation par rapport à telle autre, c’est seulement le degré de savoir atteint qu’il faut savoir mesurer. Non pas pour rabaisser et traiter de sous-êtres ceux qui sont moins capables, mais pour que chacun trouve sa juste place, selon son mérite. Le mérite, pour nous, est ce que l’enfant vaut réellement et non les efforts qu’il faits, quoique l’un n’aille jamais sans l’autre. Par exemple, on m’a souvent reproché d’être intelligent mais fainéant quand j’étais plus jeune. Mais ce n’était pas tout à fait juste. J’étais immature, donc je ne savais pas à qui faire confiance, que lire, quoi apprendre et je passais beaucoup de temps à réfléchir par moi-même, à écrire, à penser et c’est ainsi que j’ai développé mon intelligence. Je ne passais pas tout mon temps libre, par exemple, à discuter de choses futiles avec des bandes de copains. J’ai toujours eu du mal avec les groupes et préféré être seul ou en petit comité. C’est pourquoi j’étais sans doute intelligent. Parce que les phénomènes de groupe abêtissent les individus, les divertissent des pensées sérieuses et jugées ennuyeuses par ceux qui vivent dans une agitation constante : ce sont souvent les chefs de groupe, les personnes influentes, ceux qui amusent la galerie. Bref, les rois du divertissement.

On voit tout de suite le problème de ce passage : je m’adresse à un autre moi-même, un alter ego. Mais ceux qui consacrent leur temps libre à étudier la philosophie sont rares. En revanche, si on n’est pas prétentieux, on peut amener, même les êtres les plus superficiels, où que l’on croyait tels (on se trompe souvent quand on juge sur les apparences) à s’interroger et à nous surprendre, voire à nous enrichir autant que les grands auteurs, sur des plans différents mais tout aussi essentiels. Souvent même plus essentiels, car plus pratiques, plus connectés à notre ego, à notre vie réelle.

« Fuis, mon ami, dans ta solitude ! » Zarathoustra.

Mais je n’aimais pas l’école, sauf certains professeurs, surtout en seconde à Fermat, que j’écoutais en prenant des notes illisibles que je ne relisais jamais. Une fois sorti du lycée, ou du collège, j’aimais être libre, me promener, être au grand air et penser, voire fantasmer ma vie. Ensuite j’ai découvert véritablement la littérature : Rimbaud, Dostoïevski, Nietzsche. Et je me suis compris.

J’ai cru me comprendre, mais ce n’était qu’un aspect de ma personnalité. Celle qui fuyait la réalité et la vie pratique pour s’enfermer dans sa tour d’ivoire. J’ai un côté bonhomme, bon camarade et bon vivant. On pourrait même dire vulgaire, dans le bon et mauvais sens du terme. J’accepte tout le monde, j’essaie d’être universellement sympathique, et je trouve toujours du bon chez tout le monde. Avoir une position de médiateur, par exemple, dans les conflits, m’intéresse et le premier principe est de rester neutre. Dans le mauvais sens du terme, je préfère le taire, car j'ai assez honte de moi et de certains de mes comportements... Mais au moins en ai-je conscience, à présent, et j'essaie vraiment de m'améliorer.

Une vocation, c’est une franchise envers soi-même, une authentique prise en main de son destin. Certains, regardant ma vie, pourraient croire que j’ai échoué, que j’aurais pu être un autre, mais je suis exactement celui que j’ai voulu être. Et même davantage. Car ce qui m’apparaissait comme la cime ultime et inatteignable de ma vie, à quatorze ans, je l’ai depuis longtemps dépassée et je ne regarde plus vers les mêmes sommets.
L’école devrait aussi servir à des êtres comme moi.

Et moi, moi, moi… À croire que la société aurait dû être faite pour moi !

Je veux dire ceux qui sont vraiment en quête de quelque chose. En quête d’eux-mêmes et de l’infini qu’ils portent en eux.

Souvent cet infini n’est qu’un moi, subtilement caché…

Je cherchais sans doute dans mes élèves, le moi-même que je fus.

Complètement… et ce fut ma plus lourde erreur.


De la même manière que certains artistes, comme Nietzsche, m’ont tiré vers moi-même.
Et j’aime mon destin jusqu’à la reconnaissance que la société n’a pas eu envers moi.
Elle me laisse ainsi plus libre. Oui, j’ai aussi appris à mépriser.

C’est assez faux, le seul que je méprise c’est moi-même, car je n’acceptais pas mes échecs, je ne les comprenais pas, aveuglé par le moi.

Le grand homme, sera l’homme du plus grand mépris disait Nietzsche.
Pourtant, je ne suis pas contre la société, je ne suis pas un révolté, un halluciné des arrière-mondes. Le mépris, ce n’est pas la haine. Je ne juge pas, disait Spinoza, j’essaie de comprendre. Mon mépris n’est pas un jugement, car je sais bien que je ne comprends pas parfaitement les raisons qui ont fait que je ne suis pas reconnu. Mais ces raisons m’indifférent, je passe outre.

Il ne fallait pas passer outre, car ce n’est qu’ainsi que l’on continue de s’aveugler et de recommencer les mêmes erreurs. La principale : se regarder le nombril au lieu de se concentrer sur la situation et de s’y adapter en toute douceur et sérénité.

Ceux qui sont contre quelque chose finissent par lui ressembler, dès lors que toute leur existence devient relative à ce qu’ils se sont mis à combattre.

Oui c’est cela. À force de monter sur mes grands chevaux, je ne faisais que ressembler éternellement à ce moi prétentieux et incapable de se contourner.

Je ne déteste pas l’actuel, il m’indiffère.
Ma langue est profondément inactuelle. 

Et bien j’ai complétement changé, mon but est d’actualiser ma pensée. De faire en sorte de puiser dans la sagesse immémoriale de quoi faire mon pain quotidien.

 


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