Bonjour à tous. Ceci est un texte que j'ai écrit sur un coup de tête il y maintenant deux semaines. Il retrace les origines fictives d'une personne qui elle existe réellement. Toutes les critiques sont les bienvenues ! Merci pour votre visite !
« Un homme est un lion dans sa propre cause »
Proverbe écossais
CHAPITRE 1
AU PAYS DES ROUQUINS
La Calédonie resta pour l'Empire romain comme l'un des échecs les plus cuisants de son histoire. Ce pays était en effet le foyer d'hommes au cœur dur. Leurs tribus, qui peuplaient la limite septentrionale du monde, se révélèrent trop indisciplinées aux yeux des légionnaires de Jupiter. Rome dut alors se rendre à l'évidence : il ne serait pas en son pouvoir de faire plier ces barbares aux barbes de feu. Ils étaient et resteraient des insoumis.
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C'est par une nuit d'hiver et aux alentours du second siècle après Jésus-Christ que naquit celui qui devait devenir le père d'une grande lignée.
Fergus Wallace McFauquier vit le jour aux confins d'une contrée noyée de brume et de légendes. Les prairies vertes de l'Écosse et ses lacs profonds furent le théâtre de son enfance insouciante, bercée par les chants de ceux qui avaient depuis bien longtemps dompté ces terres inhospitalières. Le jeune enfant, déjà rouquin, se passionna très tôt pour les récits des anciens qui l'émerveillaient par leur grandeur. Il apprit ainsi à connaître ceux dont la mémoire commune avait retenu les faits glorieux. Il sut aussi quelles avaient été les grandes heures où le destin de ses ancêtres avait basculé et où s'était joué le sort de ceux qui étaient morts pour défendre les leurs. Les prouesses des héros qui l'avaient précédé éveillèrent chez lui un désir immense de perpétuer leurs œuvres à travers les âges, pour que jamais ne puissent être oubliés les exploits des hommes qui avaient inscrit leur nom dans la légende. Le petit Fergus prit alors conscience du passé qui avait unifié les siens, et la fierté d'appartenir au peuple qui avait défié les dieux du Capitole le marqua pour le restant de ses jours.
Même si peu de choses subsistent à propos de son adolescence, les témoignages d'époque précisent qu'une rigueur sans pareille accompagnait chacune des séries de runes qu'il était amené à graver. Si l'on en croit les dires de ceux qui l'ont fréquenté, c'était pour lui la seule manière de rendre son travail crédible. Devenu adulte, il entreprit de répertorier autant que possible le patrimoine oral de son peuple, au grand dam de ses contemporains rouquins qui préféraient s'exercer à manier la hache contre les Romains.
Esprit structuré et passionné, Fergus multiplia donc les enquêtes diverses et variées pour mener à bien ses recherches. Sa quête le mena d'un bout à l'autre de l'Écosse, sans paix ni répit quelconques. Ce long voyage lui permit de découvrir les lieux mythiques que lui avaient tant vantés les siens. Il vit les plaines qui avaient bu le sang des déchus et les ruines où s'étaient parfois retranché de braves survivants pour former un dernier carré. Ces pérégrinations le conduisirent même à explorer les recoins les plus reculés et hostiles du Nord de son pays. Ce qu'il lui fut donné de trouver là-bas, Dieu seul serait en mesure de l'affirmer.
Au terme de son périple, Fergus acheva de rassembler ce dont il avait besoin afin de terminer son ouvrage. Il eut alors le sentiment d'être resté à l'écart trop longtemps. L'heure semblait donc bien choisie pour un retour aux sources, et sa terre natale devint son ultime destination. Sur la route qui le ramenait paisiblement vers ceux qu'il avait quittés des années auparavant, il se heurta littéralement à un obstacle dont il n'avait pas gardé le souvenir. Une muraille se dressait désormais entre lui et les siens. Fergus ne put retenir une exclamation en apercevant une aigle d'or plantée devant lui. Il parvint, tant bien que mal, à déchiffrer les signes étrangers qui ornaient les serres du volatile : SPQR. Les Romains venaient d'achever la construction du mur d'Antonin, séparant l'Ecosse en deux parties délimitées au Sud par le mur d'Hadrien et au Nord par l'azur de l'océan.
S'approchant prudemment, Fergus tenta de franchir les fortifications qui s'étendaient à perte de vue, mais il essuya un refus catégorique. Le légionnaire Caius, qui était de garde, avait reçu des ordres précis et ne semblait pas disposé à les enfreindre : nul n'était autorisé à rentrer.
« Mais enfin, protesta Fergus, j'habite de l'autre côté !
- Peu m'importe, répondit le Romain, les ordres sont les ordres. Chacun chez soi, et les lions du cirque seront bien gardés.
- Mais justement, chez moi c'est de l'autre côté ! reprit le jeune rouquin, outré par tant d'audace de la part de ceux qui avaient fait du monde entier leur petit terrain de jeux.
- Par César ! Il aurait peut-être fallu y songer avant de vous risquer là où même les dieux n'auraient pas l'idée de s'aventurer. Rome n'aime pas les étrangers, surtout lorsqu'ils ont des cheveux flamboyants comme les vôtres. La frontière est désormais sûre et close : vous ne passerez pas. »
Devant tant de détermination, Fergus ne put que renoncer. Il rebroussa donc chemin, sans savoir ce qu'il adviendrait de lui. En remontant vers le Nord, il croisa le chemin d'une troupe de rouquins armée jusqu'aux dents.
« Où allez vous donc ? demanda-t-il, intrigué.
- Nous rejoignons la coalition, répondit celui qui marchait à la tête des guerriers.
- La coalition ?
- Par monts et par vaux la révolte gronde. Les clans s'unissent pour bouter les Romains hors de nos frontières. Mais toi, que cherches-tu ici, égaré au milieu du néant ? Qu'attends-tu ? Joins-toi à nous, nous avons besoin d'hommes forts comme tu l'es pour vaincre l'ennemi ! »
Fergus observa un moment de silence pour réfléchir à la proposition qu'on venait de lui adresser. C'était une habitude qu'il avait acquise très tôt dans sa jeunesse, afin de ne jamais se laisser tromper par une prise de décision trôp hâtive. Laissant traîner son regard sur la vaste plaine qui l'entourait, il se remémora silencieusement ce que lui avaient enseigné les anciens au cours de son enfance. Le souvenir des siens et de leur passé glorieux lui revint comme une illumination. Il sut alors que leur mémoire ainsi que les paysages qu'il avait sous les yeux seraient menacés si personne ne faisait l'effort de se lever face à l'Empire. Il revit aussi le visage du brave Caius, et cette irruption provoqua en lui un soudain accès de colère. Il fut cependant interrompu dans sa rêverie par la voix du chef qui lui sourit brièvement :
« Au fait, mon ami, si tu décides de nous suivre, il faudra faire en sorte qu'une barbe flamboyante pousse et orne ton visage. C'est la marque de notre indépendance et de notre liberté. »
Fergus frotta ses joues lisses et constata alors que la barbe des rouquins qui l'entouraient leur donnait à tous une bien fière allure. Cette perspective de virilité le séduisit et balaya ses derniers doutes. Son sang ne fit qu'un tour, et il sut ce qu'il lui restait à faire. Il avait, un soir de ses premières années, écouté l'histoire de trois cents guerriers qui, dans un lointain pays, s'étaient dressés contre une horde de barbares dix mille fois plus nombreux. Cette réminiscence lui fit comprendre qu'ils avaient tous, lui comme ceux qui attendaient sa réponse, un rôle à accomplir dans cette guerre qui s'annonçait. Il déclara simplement :
« De l'amour ou haine que les dieux ont pour les Romains, je n'en sais rien, mais je sais bien qu'ils seront tous boutés hors d'Écosse, exceptés ceux qui y périront ! »
Devant l'acclamation qui suivit ses propos, Fergus sut qu'il avait fait le bon choix.
En suivant la troupe de ceux qui allaient devenir ses frères d'armes, il repensa néanmoins à la quête qui l'avait animé toute sa vie durant. Il se demanda s'il aurait jamais le temps de finir l'ouvrage qu'il s'était donné pour but de réaliser. Il lui apparut alors qu'à moins d'une trêve anticipée, il n'aurait probablement plus le temps de retourner à son labeur avant un certain temps. Mais cela lui importait finalement peu : il avait désormais d'autres préoccupations, et un avenir nouveau se profilait à l'horizon.
Le passé que Fergus avait depuis toujours voulu retranscrire attendrait donc, car il lui fallait maintenant écrire sa propre Histoire.