Le Chant Du Silence
La fumée du foyer tachait l’horizon d’un drap grisé et peignait le ciel de flocons.
Le calme hivernal était tombé sur la petite colline et le silence avait recouvert l’horizon d’un pinceau fatigué.
Mes pas soulevaient une poussière de coton qui retombait faiblement. Le portillon était ouvert comme à son habitude et son fidèle chien était toujours allongé devant.
Son collier rouge contrastait avec le paysage désaturé. Il ne remua pas d’un poil à mon passage.
Derrière lui, un chemin terreux amenait les invités devant le porche de la maison. Sur chaque tableau que mon regard portait, une paix immobile régnait.
L'encadrure de la porte s’inclina à mon passage et je pus contempler une scène muette. Une lumière sans source éclairait d’une même intensité un petit salon.
Un humble fauteuil au fer apparent se tenait face à une cheminée éteinte. Une marionnette sans tête était gentiment étendue entre deux lattes fendues.
Les ombres et les couleurs avaient disparu. Seule restée cette odeur d’un bois amer ternie par un feu sauvage.
Une odeur ostensible qui persistait sur chaque surface de ce passé quotidien.
Je restais là, mon esprit noyant mes yeux de scènes banales que la vie avait violemment effacé.
Une mère berçant ses deux filles et un père bâtissant les futures épopées d’une cabane au cœur d’un arbre jardinier.
Sur ma droite, un escalier était encore témoin d’un passage élevé vers des chambres aujourd'hui retombées où seuls les premières marches offrait à présent une vue sur un ciel mort.
Sur ma gauche, un amas de ver fondu se mêlait aux planches et meubles déboités.
Les volets autrefois d’un bleu turquoise d'une journée sans crépuscule, s’étaient décrochés sous les pleurs d’une nature innocente.
Une nature qui se terrait profondément sous la terre et aux creux des arbres. Cachée.
Sa cousine était venue d’une contrée écarlate et avait refroidi sa peau d’un manteau poussiéreux. Les fleures se tachaient de son sang à son passage.
Une parenté refoulée que les âmes forestières craignaient.
La nature humaine.
La braise d’une haine enfermée dans un château de paille.
La moustiquaire donnant sur l’arrière de la maison était renversée et celui-ci m’offrit un mince pont au-dessus d’un cimetière floral.
Dans le jardin, une balançoire et une femme pendaient à un arbre. Elles flottaient et se ballottaient au rythme de mes respirations.
Le toit, entièrement consumé, laissait échapper des soupirs d'agonie aux travers des cendres.
Un deuxième corps à moitié recouvert par ce pollen étouffant dépassait légèrement, une main et un bras levés en direction de l'innocence et l’innocente suspendues.
Ses habits avaient fusionnés avec sa peau et on devinait avec difficulté l’ancien haut en dentelle jaune qu’elle avait portait.
Soufflant d’un souffle coupé, j'aperçus le reste de ses jambes encore intactes. Son bas avait disparu.
Après l’avoir décroché, je déposai la mère près de sa fille et je recouvris leurs visages de mon écharpe.
Les larmes, malgré tous mes efforts, avaient finalement mouillé mes joues d’une encre amer.
De retour à l’intérieur, je pris soin de quitter les lieux afin de ne plus déranger les êtres qui reposaient là.
Des âmes qui partagent je le sais à nouveau un repas aux lumières douces sur l’autre rive.
Des sourires et des danses pour seuls témoins.
La Marche Des Feux