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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Travailleur de la nuit

Auteur Sujet: Travailleur de la nuit  (Lu 1271 fois)

Hors ligne Dar

  • Calligraphe
  • Messages: 133
Travailleur de la nuit
« le: 16 Janvier 2022 à 06:23:13 »
Un texte qui fait écho au poème travailleur de la nuit pour le rendre explicite.



La nuit recouvre tout de son manteau de velours noir. Il gèle encore à pierre-fendre, et le corps rechigne, freine à sortir de la cabine chauffée. Pourtant il le faut. Alors, je plonge dans l'obscurité et tout s'enchaîne.
Geste rodés, usés, tant de fois répétés.
Contourner le camion, baisser le hayon, le remonter, entrer dans le frigo, dessangler, forcer comme un bœuf pour mouvoir les rools de deux cents kilo, les placer délicatement sur le hayon, les descendre, les pousser encore pour enfin les rentrer dans le sas chauffé. La dépense d'énergie est énorme par de telles températures.
Une lumière vive et crue, de multiples néons, crépite sur le plastique blanc des murs. Un lave main en inox  est le seul mobilier du couloir. Des pas qui viennent.
"Salut"
La voix est hostile.
"Salut"
Un type épais, avec un grotesque calot en carton blanc sur la tête. La face blême, des poches gonflées et mauves cernent deux yeux mauvais. Anxiolytique et alcool au menu. On ne parle pas, on se tolère mais pas plus. Il revient de trois mois de dépression. Arrêté après avoir agressé à répétions plusieurs collègues qui ont du changer de travail. Il serre les dents tant sa douleur, sa haine et son fiel le terrasse. On décharge la marchandise, puis sa sempiternelle litanie recommence. Il hurle, là, dans la nuit à quatre heure du matin.
"Merde, merde. Ils m'ont encore mis des betteraves. Font chier, je leur avait déjà dit."
Il crie, agite sa pauvre tête. Puis me vient dessus.
"Tu les reprends"
"Pas de soucis, mais tu connais la procédure. Tu leur téléphones avant."
Aux bureaux, tout le monde s'en contrefout. La moitié des commandes sont fausses, et sa se répercute sur les cantines. Si le type dit rien on lui refourgue tout. Si il montre les dents, ils feront plus attention. Il le sait.
Le gars part téléphoner, du couloir sa voix me parvient.
"Mais c'est quoi toutes ces betteraves, je t'avais pourtant dit..."
Le ton a bien baissé, le lion de tout à l'heure n'est plus qu'un chien galeux. Il revient, et son fiel à déjà enflé. Il vient de subir la première défaite de la journée. Une étincelle, et il explose.
"Alors ? "
"Ha c'est bon, je les garde."
La voix est mauvaise sourde, menaçante.
Je rembarque les caisses, les rolls vides, et sort. On ne se Salue même pas.
Dehors, la nuit de glace est presque accueillante.
« Modifié: 17 Janvier 2022 à 03:41:35 par Dar »

Hors ligne Delphine

  • Calligraphe
  • Messages: 100
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #1 le: 16 Janvier 2022 à 08:39:02 »
Merci pour ce texte,Dar.

L'atmosphère glaciale et sombre est très bien décrite; on vit l'instant.
J'aime le calme que dégage le narrateur face à l'autre type. Par ce calme, il régule la situation qui peut être explosive à n'importe quel moment.

Si je peux me permettre une remarque entièrement subjective, concernant la formule :

La dépense énergétique

C'est une expression beaucoup utilisée en politique, actuellement... ;D
J'aurais plutôt vu : L'énergie physique fournie ...


Hors ligne Basic

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 307
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #2 le: 16 Janvier 2022 à 08:56:02 »
bonjour Dar

voici mes commentaires sur ton texte, une belle incursion dans un monde inconnu.

B

[spoiler][Je préfère ta prose à ta poésie.
Ce texte est très chouette, sec et froid comme un bon documentaire.

Je me demande si il n’y a pas quelques adjectifs en trop : par exemple : un lave main en inox froid ( froid, pas nécessaire à mon avis) un grotesque calot en carton blanc ( grotesque pareil… on s’en doute assez que c’est grotesque) et peut être d’autres…
Peut être aussi, un peu trop de psy, le lecteur peut très bien comprendre l’état psy des perso par ta narration ex : tant sa douleur, sa haine et son fiel le terrasse… ( je ne suis pas sûr que ça soit nécessaire on le comprend par contre ajouter un peu plus sur ce qu’il vit vraiment ça nous terrasse nous aussi, les bobos qui lisons ton texte)

Bon  l’orthographe. Voici une correction que je pense assez complète. J’ai la chance de ne pas trop faire de Fôtes ! Mais j’en fais aussi.


orthographe
forme

La nuit recouvre tout de son manteau de velour (velours) noir. Il gèle encore à pierre-fendre, et le corps rechigne, freine à sortir de la cabine chauffée. Pourtant il le faut. Alors, je plonge dans l'obscurité et tout s'enchaîne.
Geste rôdés (gestes rodés), usés, tant de fois répétés.
Contourner le camion, baisser le hayon, le remonter, entrer dans le frigo, dessangler, forcer comme un bœuf pour mouvoir les rools de deux cents kilo, les placer délicatement sur le hayon, les descendre, les pousser encore pour enfin les rentrer dans le sas chauffé. La dépense énergétique est énorme, par de telles températures.
Une lumière vive et crue, de multiple néon ( de multiples néons… perso j’aurais mis « la lumière crue de multiples néons crépite….), crépite sur le plastic (plastique) blanc des mûrs (murs). Un lave main en inox froid est le seul mobilier du couloir. Des pas qui viennent.
"Salut"
La voix est hostile.
"Salut"
Un type épais, avec un grotesque calot en carton blanc sur la tête. La face blême, des poches gonflées et mauves cernent deux yeux mauvais. Anxiolitique (anxiolytique) et alcool au menu. On ne parle pas, on se tolère mais pas plus. Il revient de trois moi (mois) de dépression. Arrêter(arrêté) après avoir agressé à répétions plusieurs collègues qui ont du changer de travail. Il serre les dents tant sa douleur, sa haine et son fiel le terrasse. On décharge la marchandise, puis sa sempiternelle litanie recommence. Il hurle, là, dans la nuit à quatre heure du matin.
"Merde, merde. Ils m'ont encore mis des betteraves. Font chien, je leurs avais déjà dit." je leur avais( font chier ou vraiment font chien?)
Il crie, agite sa pauvre tête. Puis me viens (vient) dessus.
"Tu les reprends"
"Pas de soucis, mais tu connais la procédure. Tu leurs téléphone (tu leur téléphones) avant."
Aux bureaux (aux bureaux ou au bureau?), tout le monde s'en contrefous (contrefout). La moitié des commandes sont fausses, et sa (ça) se répercute sur les cantines. Si le type dit rien on lui refourgue tout. Si il montre les dents, ils feront plus attention. Il le sait.
Le gas (gars) part téléphoner, du couloir sa voix me parvient.
"Mais c'est quoi toute (toutes) ces betteraves, je t'avais pourtant dit..."
Le ton a bien baissé, le lion de tout à l'heure n'est plus qu'un chien galeux. Il revient, et son fiel à déjà enflé. Il viens (vient) de subir la première défaite de la journée. Une étincelle, et il explose.
"Alors ? "
"Ha c'est bon, je les garde."
La voix est mauvaise sourde, menaçante.
Je rembarque les caisses, les rôles vides, et sort. On ne se Salut même pas. ( les rolls vides… on ne se salue...)
Dehors, la nuit de glace est presque accueillante.
/spoiler]
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

Page perso ( sommaire des textes sur le forum) : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=42205.0

Hors ligne Choumi

  • Prophète
  • Messages: 780
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #3 le: 16 Janvier 2022 à 09:26:09 »
Bonjour
J'aime la façon dont est décrit ce lieu de travail et de peines. j'ai travaillé un peu de nuit. Sur le trajet, j'avais l'impression que les affiches publicitaires ne me parlaient pas de la même façon que le jour. Le travaille de nuit est  dur , mais j'en ai connus qui l'aimaient. Moi pas, mais je n'ai jamais aimé le travail obligé, en général.
Ceci dit, même de jour, il y a des endroits froids, les murs blancs, les néons etc
et de nuit, des endroits plus chaleureux  comme  les discothèques .
Amicalement
Michel

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 080
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #4 le: 16 Janvier 2022 à 09:49:25 »
Merci pour ton texte sur les routiers.

C'est un métier que je ne connais pas vraiment et ca permet de voir d'autre contraintes que celle de la route.
C'est intéressant a lire et tu nous offres une ambiance.

Mais je nai pas compris si ils livraient un magasin ou une cantine scolaire ou d'entreprise.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne frenchwine

  • Calliopéen
  • Messages: 563
  • Les Muses n'existent pas.
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #5 le: 16 Janvier 2022 à 09:55:31 »
^^ je me souviens maintenant de ce boulot ^^ je me revoyais en sortant du camion dans le froid, les réceptionnistes impolis parce qu'on les dérangeait tout est bon comme pensées. Joli texte, j'aime lire ce qui titille mes souvenirs.
Peut-être que le gas est rustre, mais il y a des gars frustres, ce qui n'est pas la même chose. ^^
« Modifié: 16 Janvier 2022 à 20:35:00 par frenchwine »

Hors ligne Frami45

  • Calliopéen
  • Messages: 556
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #6 le: 16 Janvier 2022 à 16:17:48 »
Merci pour ton texte Dar qui nous parle de ce monde dur des travailleurs de nuit sur la route.  C'est un monde que je ne connais pas mais que j'imagine assez bien au travers de ton écrit. 
PS : tu parles d'une nuit de velours et ça fait contraste avec la plus ou moins violence de la rencontre des deux hommes mais à mon sens c'est une expression un brin galvaudée, il me semble que ta facilité à trouver de images fortes trouverait ici à s'exprimer plus personnellement.

Hors ligne Delnatja

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 450
  • Ailleurs et au-delà
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #7 le: 16 Janvier 2022 à 19:14:22 »
Bonsoir Dar, je trouve ce texte excellent.
Bonne soirée.
Michèle

Hors ligne Dar

  • Calligraphe
  • Messages: 133
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #8 le: 16 Janvier 2022 à 20:48:29 »
Merci à tous pour vos commentaires, ils me confortes dans le désir d'écrire. Je trouve mon quotidien si "minable" que je ne voyais pas l'intérêt d'écrire dessus. Mais comme pas assez d'imagination pour l'instant...
Pour les remarques sur la forme Basic je les intègre et laisse mûrir.
Albatros, oui la nuit use.
Cendre, c'est une cuisine industrielle, qui dispatche sur des cantines.
Frami, la nuit avant la rencontre coule doucement, c'est du velour.
Delphine, OK pour dépense énergétique  c'est des mots innoculer.
Delnatja, merci.
Frenchwine  heureux d'apprendre que toi aussi tu connais ce monde là.
Basic, j'aime la nuit et le décalage que génèrent ses contraintes. Après c'est sur, il doit y avoir d'autre nuit.


Hors ligne Cruiiik_Cruiiik

  • Aède
  • Messages: 158
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #9 le: 16 Janvier 2022 à 21:05:08 »
J'aime ce texte, une "tranche de vie" où la tension est palpable. J'aime apprendre aussi ce quotidien du routier, monde qui échappe à la plupart d'entre nous. Une suite possible? Une "tranche de vie" sur le quotidien de la route?

La vie est dure. Et puis on meurt.

Hors ligne Thom

  • Troubadour
  • Messages: 288
Re : Travailleur de la nuit
« Réponse #10 le: 17 Janvier 2022 à 09:44:04 »
A nouveau un texte qui a du goût. Presque le goût métallique du sang.

Le monde du travail de nuit est particulier : pilotes, médecins, infirmières, militaires, policiers, routiers, taxis, boulangers... bref, toux ceux qui triment pour que les autres "dorment leur nuit".

Derrière ce texte, la fatigue qui joue aussi sur le caractère...Les proches le savent. On évite de prendre une décision importante quand on quitte le poste et surtout... on évite tout contact.

Le texte est bien écrit, fait mouche en allant à l'essentiel et mets sur une unique scène plusieurs combats qui se livrent au même moment au même endroit : la nuit, le métier, le froid, la dureté des relations commerciales, le système et surtout l'autre.

Un joli coup d'archet, une nouvelle fois, à force cela va faire une symphonie...

 


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