Il avait longtemps hésité à traverser la route, mais le désir était trop fort, de l’autre côté il y avait cette odeur, la promesse d’assouvir sa faim, une odeur de bête morte à laquelle il ne pouvait résister.
Mais devant lui il y avait ces monstres qui appartenaient aux hommes, ces monstres dotés d’une force formidable et mystérieuse qui les faisait se ruer sur ce chemin interminable et nu et qui puait.
Il attendit une accalmie avant de s’élancer du plus vite qu’il put… Mais soudain, ce fut un éclair dans sa tête, un éclair comme quand il s’éveillait parfois après s’être endormi longuement au soleil, brusquement alerté par un bruit, mais un éclair plus violent, oh ! combien plus violent.
Il ne comprit pas, ne sentant rien. Près de lui les monstres passaient, ralentissant étrangement leur course et faisant un crochet pour l’éviter.
Il ne me reste plus qu’un saut à faire, pensa-t-il. Mais pourquoi n’avait-il plus faim, pourquoi ses pattes refusaient-elles de le porter ? Bandant ses muscles, puis se détendant comme un arc il parvint tout de même à rejoindre l’herbe, tout près de la charogne à laquelle il ressemblerait bientôt.