Bonjour à tous!
Voici mon second texte depuis mon inscription.
J’espère que vous aimerez, merci d’avance de me lire

PS : euh je crois que je me suis un peu emballée et que mon texte n’entre plus dans les critères des « textes courts », finalement... N’hésitez pas à me dire si je dois le déplacer, merci d’avance!
Le bus part dans trois minutes. Audrey est contente d’avoir pu s’asseoir, même si elle s’attend à devoir laisser sa place à quelqu’un qui en aurait besoin : les passagers n’ont pas fini de monter.
Alors, elle ne s’installe pas vraiment et se tient sur le qui-vive, prête à réagir si elle devait se lever.
Mais non, tout le monde finit par se caser dans cet espace restreint, et il reste même assez d’air pour soupirer.
Audrey soupire, donc. De soulagement et de lassitude.
La journée a été longue au bureau, très intense, Audrey est même restée une heure supplémentaire pour essuyer les urgences.
Les transports en commun n’étaient pas fluides ce soir,
enfin pourquoi préciser ce soir? se demande t-elle.
Les transports ne sont JAMAIS fluides en vrai, le temps perdu à attendre sur les quais est incommensurable.C’est come ça qu’en loupant son premier métro, et pour l’avoir attendu moins de deux minutes, elle a rallongé sa journée d’une demie heure en décalant toutes ses correspondances.
Et c’est comme ça que la voilà dans ce bus bien après 19h, heure de couvre-feu actuel.
Heureusement elle a l’attestation de son employeur, qui l’autorise à dépasser le couvre-feu quand sa présence est nécessaire au bureau, ce qui revient à dire tout le temps, en fait.
Le travail à distance est pour Audrey une sorte de légende urbaine : elle en a entendu parler comme tout le monde, elle connait des gens qui en font, mais elle ne l’a jamais vu en vrai et elle sait que ce n’est pas près d’arriver : il faut bien que les secrétaires restent au bureau pour imprimer les documents du patron non? Comment pourrait-il travailler sinon?
Ne sois pas aigre, se réprimande Audrey.
Toutes les règles existantes sont déjà modulables selon le niveau social, t’as vraiment cru que ce serait différent avec les règles sanitaires?Audrey a un peu les boules ce soir, elle en a marre de prendre les transports avec un noeud au ventre, de peur d’attraper le virus. Marre de voir autant de gens le masque sous le nez, sous le menton, qui la collent pour rentrer plus vite dans la rame de métro, qui la collent au supermarché. A 40 ans tout pile, elle en a marre des gens et de leurs comportements d’enfant capricieux.
Le bus démarre enfin, sans se presser.
Audrey regarde par la fenêtre et se dit que quand même, il y a encore beaucoup de monde dehors au regard de l’heure qu’il est.
Il y a des grappes de personnes qui discutent, un peu partout sur les trottoirs. Beaucoup n’ont pas de masque, ou alors mal mis ce qui revient finalement au même. Pas la majorité heureusement, mais bon les deux là, ils ont leur masque bien mis et se tiennent trop près du troisième qui l’a sous le nez, alors est ce qu’ils comptent dans le groupe de ceux qui respectent les gestes barrière? Audrey décide que non.
On se croirait samedi tant il y a de monde dans les rues. Tant de monde et un pas un flic à la ronde, cela va sans dire.
Les contrôles de police renforcés, ça la fait bien marrer, Audrey.
Depuis que ce bordel de virus a commencé, elle ne s’est pas fait contrôler une seule fois et n’a jamais vu un flic contrôler qui que ce soit.
Une des rares fois où elle a vu un véhicule de police, il lui a refusé la priorité au passage piéton alors qu’il n’y avait ni sirène ni gyrophare en route. Alors cette histoire de contrôles de police, c’est juste une bonne blague.
Pourtant, si le boulot était fait, il y en aurait de l’argent qui rentrerait dans les caisses de l’Etat, pourquoi ne sont ils pas plus sérieux avec ça alors? Ca permettrait d’alléger la note qui ne manquera pas d’arriver.
Les gens ne se rendent pas compte, mais tout cet argent perdu entre les confinements, les arrêts maladie pour garder les gosses, les test à répétition et pris en charge par la sécurité sociale entre ceux qui ont une vraie raison de les faire et ceux qui veulent juste diner entre potes, tout ça c’est sûr qu’à un moment il faudra le payer. Et ce ne sont pas les dirigeants du pays qui le feront.
Ce seront les impôts plus élevés, les médecins et les médicaments un peu moins bien remboursés, et certainement plein d’autres petites choses.
Il est 19h38 et Audrey soupire encore.
Blottie dans son regard critique sur le monde, elle ne voit pas qu’en cette magnifique journée de printemps il y a un rayon de soleil qui se pose sur la rue. Il est beau pourtant, il illumine les murs et les visages, fait briller la fontaine, et en passant dans le bus il fait même scintiller un peu de poussière en suspension.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir soupiré après le soleil pendant tout l’hiver justement - Audrey est quelqu’un qui soupire beaucoup.
Elle ne voit pas non plus, juste en face d’elle, cette dame et ce petit garçon assis côte à côte et qui se tiennent la main. Ni le boulanger qui, de la farine jusqu’au coude, salue gaiement le chauffeur de bus à son passage, et fait éternuer un petit chien en laisse en agitant le bras.
Le gris de ses pensées obscurcit tout ce qu’elle voit et bouche sa vue périphérique.
Le rayon de lumière d’ Audrey, c’est qu’enfin, enfin, son arrêt de bus se rapproche, elle va enfin pouvoir rentrer chez elle et fermer sa porte sur l’absurdité que constitue le monde.
Embrasser ses enfants et compter avec eux les pâquerettes du jardin, pour leur enseigner que la beauté se trouve dans l’oeil de celui qui regarde et que voir est différent de regarder.