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04 novembre 2026 à 13:33:04
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Une histoire sale [Explicite]

Auteur Sujet: Une histoire sale [Explicite]  (Lu 3115 fois)

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
Une histoire sale [Explicite]
« le: 19 mars 2021 à 22:59:55 »
Il n'est que sept heures du matin. Dans la demeure familiale, le père et la mère s'activent, les frères et les sœurs partent au travail ou à l'école. On fait grand bruit dans la salle de bain et la salle à manger. Il n'y en a pas un qui ne baille ou ne se frotte les yeux, pas même Laurent qui, étonnamment, ce matin-ci est aussi réveillé. Il se gratte les burnes dans son lit, sous sa couette. Titillé par un irrépressible élan, il se saisit de son ordinateur portable, d'un paquet de mouchoirs douillets, s'allonge à nouveau sous ses draps, et puis... Il n'est que sept heures du matin et, déjà, dans une chambre d'adolescent un jeune homme de vingt-cinq ans se masturbe frénétiquement sur du porno qui, pour lui faire encore de l'effet, est plus crade et brutal encore que les jours passés.

« Jusqu'où vais-je descendre », murmure-t-il, au terme des réjouissances. « Je serai bientôt contraint de mater des snuffs movies, à ce compte-la ». C'est se sachant perdu qu'il se rendort les idées noires, à la manière de Jeffrey Epstein après un rapt d'enfants, tandis que dehors on gratte les vitres givrées des bagnoles, qu'on glisse sur les trottoirs recouverts d'un tapis de givre, s'arrête devant le bus et sa portière grande ouverte pour se rendre compte qu'on a oublié notre masque en tissu, que la carte de bus n'est pas dans la poche non plus, qu'il nous faut rebrousser chemin...

Laurent ronfle deux longues heures puis, autour de dix heures, il se lève, maussade, pour une journée sans ambition qui passera bien le temps de mater les séries qu'il a à rattraper. Pour lui, les producteurs en fournissent tellement. Laurent s'en prend parfois même d'illusion, se pensant appartenir à une élite de visionneurs de séries netflix et, partant, à l'élite tout court, intellectuelle et culturelle, de ce bas monde d'employés tertiaires et d'étudiants médiocres issus du quartier périurbain, désert en milieu de semaine en milieu de journée.

Il descend les escaliers, entre dans les toilettes, noie le papier hygiénique et la merde collés au fond avec son jet d'urine trop blanc, trop lisse, tire la chasse d'eau, ressort, passe à la cuisine et se confectionne un immonde sandwich dégueulant de beurre de cacahuète huileux, puis ressort, remonte, claque la porte de sa chambre et se plonge à nouveau sous ses draps, dans le noir, devant l'écran de son ordinateur qui affiche la première page du catalogue des séries. Que choisir, que choisir... L'oeil presque absent et le mouvement las de sa main sur la souris d'ordinateur, il scrolle lentement sur la page internet avec des idées misérables lui trottant dans la tête : le jour qu'il doit faire dehors, les gens à qui il pourrait parler, les gens qu'il n'a plus vu depuis longtemps, les occasions manquées à plein de moments, ces cinq dernières années passées dans le rien et le mépris des siens... Il clique presque au hasard sur un épisode puis reste dix minutes sans réagir avant de se rendre compte enfin qu'il l'a déjà vu par deux fois, au cours de la semaine dernière. Il soupire ; tout aujourd'hui aura définitivement quelque chose d'amer. Un goût de foutre rance lui coulera dans la gorge à la moindre pensée, à la moindre action stérile dans son quotidien qui n'a plus rien de vivant depuis...

« Peut-être devrais-je me résoudre à y goûter pour de bon », pense-t-il en contemplant cette montagne de mouchoirs frais qui remplissent sa corbeille. « Il est souvent question d'amertume, selon les protagonistes féminins de hentaïs », poursuit-il. « Peut-être découvrirais-je quelque chose avec ça en bouche »... Comme un semblant de contact sexuel dans sa solitude dont l'origine le ramène au lycée, à sa première copine le jour où elle l'a quitté, à la seule fille qu'il ait jamais touché, c'était il y a dix ans...
Insatisfait de son quotidien de séries, il émerge pour de bon de son lit. Ouvrant grand les volets, la pièce s'illumine d'un brillant soleil hivernal dans le ciel d'un grand bleu gelé, prélude à une journée exemplaire qu'il pourrait passer à explorer les sentiers de la forêt alentour qu'il connaît très mal, ce merveilleux écrin de bois entre les parcelles de champs pésticidés et les lotissements de tuiles rouges. Mais il ne prend même pas la peine d'aérer, d'inhaler un instant le vent frais de l'hiver. Au lieu de ça il reprend son ordinateur portable et s'engouffre sur un fauteuil, ouvre une autre page internet pour un autre loisir vain qui lui permettra d'oublier un temps l'inanité de son existence.

Il lit de haut en bas les différents topics d'un forum comptant plus de huit-cent connectés à heure creuse, rigole bien cinq minutes à la vue de titres heurtant profondément la bien-pensance à coups de « youpins, bite, crouilles, nègres, youtres », puis, se rappelant qu'il a déjà vu ces titres cent fois par le passé, décide de ne plus rire, clique au hasard sur un topic où l'auteur détaille en boucle son aventure d'hier soir avant de se rendre compte, bien entendu, que toute l'histoire racontée n'est que du vent, que l'auteur n'est jamais allé en soirée, n'a jamais baisé une 10/10, que, évidemment, il n'a pas terminé la nuit au poste de police après s'être battu seul contre cinq Arabes... « La boucle », dit-il. « La boucle », disent également plusieurs internautes en commentaires, signifiant par là qu'il n'y a rien de nouveau dans le propos de ce topic mythomane, qu'on l'a peut-être vu posté cent fois déjà cette année-la, sous plusieurs pseudonymes différents qui ne cachent peut-être qu'un seul et même homme, une pauvre âme encore plus misérable que Laurent devant son ordinateur un jour de milieu de semaine...

Il pleut encore un peu plus dans la tête de Laurent. Ses couilles lui regrattent à nouveau, son cuir chevelu  déjà bien dégarni aussi. Sur le sol, des pellicules tombent par dizaines suivant le frottement répété de ses mains sur son crâne. Il bande comme un âne en rut. Il ouvre une fenêtre de navigation privée et tape quelques mots-clés dans la barre de recherche google, quelques noms de filles qui l'excitent accompagnés de tags outrageant du niveau de ceux-ci : cum-slut, roughly fucked, complete torture, whipped and leashed, nasty humiliation and torture nipples...

Comme google, depuis le temps, a bien pris connaissance de ses goûts pour le moins brutaux ; comme google connaît de toute manière notre géolocalisation avec une exactitude avoisinant le numéro de l'habitation dans la rue, l'un des premiers liens sur lequel il clique le renvoie sur un site de bdsm francophone où une certaine Léa, quarante-deux ans et soixante-huit kilos pour un petit mètre soixante-deux, est à la recherche d'un homme dominateur pour la traîner en laisse dans les environs de l'Yonne. « Je serai ta putain, dit l'annonce, ta petite pute soumise à qui tu pourras ordonner ce que tu voudras ; me traîner en laisse, m'uriner dans la bouche, me battre et me brûler les fesses, m'obliger de  déambuler nue ou de dormir dans une cage, tout comme tu veux, je suis ton animal si tu le désires. »

Il serait superflu d'ajouter que Laurent, dans cette situation, est sur le point de jouir. Vite, il clique sur l'annonce, note scrupuleusement les caractéristiques de la bête, passe sur sa taille réduite, passe sur son âge avancé, passe même sur le fait qu'elle pèse plus lourd que lui alors même que son front doit à peine lui effleurer le bas du pectoral, tant le discours, les fantasmes, l'imagination et toutes ses années sans coït lui tapent dans la cervelle.

Sur le point de créer un compte et lui envoyer un message, il tombe sur une photo d'elle où on ne voit pas sa tête, où seule sa poitrine est visible, une horrible poitrine difforme qui tombe sur son nombril tant elle est énorme ; des seins sur lesquels il n'y a pas d'alvéole. « Ah ! Quelle horreur ! » hurle Laurent, sentant quelque chose lui remonter loin jusqu'à l'oesophage, sa bite de colosse se changer en un ver fripé. Ni une ni deux il remonte sur la page internet, relis l'annonce et prononce à voix haute un élément sur lequel il ne s'était pas arrêté avant, en proie aux folies de son ardeur sexuelle : « Je suis une femme complexée à cause de mes seins ».
« Complexée ! complexée oui, certainement, nécessairement et évidemment, sale pouffiasse ! » Hurle-t-il une nouvelle fois, au désespoir.

Il replie l'écran de son ordinateur portable et s'en va mettre au monde le fruit de sa rage dans la cuvette des wc. Il se frotte les fesses pleines de brun et de poils, crache une dernière goûte de fiel sur son étron capitonné des graines du pain d'hier soir, remonte son froc suintant le foutre qu'il reboutonne avec négligence et, sans même se laver les mains, il touche allègrement les clenches des trois portes qui se trouvent sur le chemin de sa chambre, un doigt dans l'oreille. De retour sur son fauteuil, ivre de vengeance, il ouvre simultanément deux pages internet : l'une sur le profil de Léa, quarante-deux ans et complexée par ses seins, qu'il vient de quitter ; l'autre sur la page d'accueil du forum comptant plus de huit-cent connectés à heure creuse, sur lequel il prépare le topic dont voici le titre : « Les seins de cette 10/10 sur 10 ? »
Il y glisse le lien vers le profil de Léa, met bien en évidence la photographie de ses seins immondes,  ajoute quelques smileys vicieux pour décorer le tout, puis clique sur la petite case jaune-orangée où est inscrit le mot « Poster ».

Quelques minutes s'écoulent. Il attend. Sur la page d'accueil du site, il regarde les titres d'articles insipides à propos de jeux vidéos auxquels il ne jouera jamais ; dans le coin en bas à droite de son écran, l'heure de onze heures quinze affichée lui rappelle que son père rentre manger dans trois-quarts d'heure, qu'il serait peut-être bon, pour une fois, de lui préparer quelque chose de bon à manger, à lui qui travaille et lui a fourni ses vingt-cinq années d'existence.
Enfin, il actualise la page de son topic ; il constate avec joie qu'il a déjà reçu plus de vingt-cinq réponses, que l'on compte plus de cent connectés dessus...

Alors défilent les commentaires qu'il dévore avec avidité, qu'il n'a pas le temps de lire puisque pour une réponse de lue, ce sont trois, quatre supplémentaires qui apparaissent. Il est comme en état d'ébriété ; il y a de la vie, de l'humour ici ! Et parce que son infructueuse recherche de tantôt lui a permis d'allumer ce feu grégeois, tout n'a pas été vain ce matin.

Il commente lui-même les commentaires qu'il reçoit et se réjouit de voir qu'il fait l'unanimité. Tous n'ont que ces mots-la à la bouche : « Ayyyya cette truie ! », « putain ! », « ce lait bordel, ce lait... », « à l'étable, avec les vaches ! », « cimer l'auteur, j'ai vomi », «je vous l'dis carrément, moi je fap dedans », « C'est pas possible à ce niveau-la ! Putain mais abattez-la, abrégez ses souffrances ! », « Et ça ça veut trouver son Chad pour lui faire du sale ? Quelle salope ! », « Même avec des gants Mappa j'y touche pas ». Et ainsi de suite, cinq, puis douze, puis vingt et trente cinquante pages durant... On n'en voit pas le bout. Laurent lui-même, après quinze minutes d'un bon fou-rire, rétrécit la fenêtre pour vaquer à ses occupations numériques, y revenir un peu plus tard quand le topic aura dérivé encore plus loin.

Sur la page du catalogue de netflix, il n'y a rien de neuf ; sur les comptes Instagram qu'il suit, pas une photo de plus, pas un sein, un cul exotique venant s'ajouter à sa collection de femelles sur lesquelles il s'astique, de femelles à qui il voudrait faire des dons s'il avait de l'argent, baiser sauvagement s'il avait des atouts, peut-être violer aussi et cogner dans ses désirs les plus profonds... « En faire au moins mon esclave sexuelle », murmure-t-il les yeux pleins de rêves.

Dans ses abonnements youtube, c'est tout juste si une vidéo s'est ajoutée : une fille dans une tenue aguicheuse joue au piano un morceau de j-pop sans nuances, sans mélodie, sans âme, sans rien que du rythme et du convenu oscillant toujours entre les degré trois, cinq et six de la gamme, avec des variations qui jamais ne cherchent à prendre de risque... « Qu'est-ce qu'elle est belle dans ce costume ». Et, de fait, elle ressemblait à une véritable princesse de jeux vidéos : sexy, richement parée, bien dénudé et l'air prude, alors que... « Et ceux qui disaient que les japonais n'avaient pas d'émotions ! » s'exclame-t-il en repensant aux rares fois où il a pu entendre ceci à propos des asiatiques en général, de la part de bons vieux vivants, amis de la famille. Il est d'ailleurs sincèrement ému par la performance de la jeune fille. Vers la fin du morceau, il a cru entrevoir la déclaration d'amour de cette fille qu'il fantasme tant, dont les jambes et le décolleté sont si envoûtants ; a-t-il seulement rêvé ou sont-ce les effets d'une action conjuguée des neurones-miroirs avec son quasi-retour à la virginité après près d'une décennie d'abstinence ?

En tout cas il est touché, profondément et, puisqu'il lui est reconnaissant de l'amour qu'elle lui porte dans son délire, qu'il ne se sait lucidement pas à la hauteur, il est pris de remords ; d'un influx nerveux qui le prend parfois, une envie de changer ou renouer avec ses responsabilités, il ouvre une fenêtre de navigation nouvelle avec beaucoup d'appréhension. C'est une page internet laide, jaunâtre, affreusement mal codée et qui met du temps à se charger. Cinq minutes s'écoulent... Enfin l'interface apparaît pleinement, enfin il peut cliquer sur une icône pour se connecter, entrer son adresse mail et mot de passe, puis accéder à une messagerie « universitaire »... Dans la boîte de réception, cent-quarante-deux mails non-lus attendent d'être ouverts, certains depuis le mois de septembre. Sur la première page, ce sont notamment cinq mails au nom de Mme Petit qui attirent son attention, au titre desquels il crispe le poing : « Urgent : votre lieu d'affectation pour le stage », « A propos de votre tuteur », « Devoir à rendre pour le », « Urgent : pour la validation des EA », « Pour la validation du mémoire »...

Il fait mine de cliquer sur l'un, tremble un instant puis réprime son geste et referme la page. « J'ai tout le temps de m'en charger plus tard, hein, plus tard » se dit-il et, de fait, il avait validé ses précédentes années d'université trois ans par trois ans après deux changements de parcours. « Pour la mutuelle, au moins, s'il t'arrivait quelque chose, il serait bon de te réinscrire à l'université, ça ne coûte pas grand-chose » lui avait dit son père il y a plusieurs années de cela et, ainsi, il avait poursuivi ses cursii sans jamais s'y investir... « Il est midi, il faut que je prépare un bon repas pour mon père », dit-il. C'est une bien drôle manière de se racheter qui ne comblera pas les attentes qu'un père pour son fils nourrissait du jour plein de promesse où il  accepta la paternité avec des paillettes pleins les yeux, le cœur gros de chimères, comme Laurent l'imagine.

Avant de descendre dans la cuisine, Laurent actualise bêtement son topic sur Léa, vérifie que les gens sont encore dessus et s'y amusent bien, puis, sans se laver les mains, il jette des saucisses dans de l'eau qui  n'a pas encore été bien chauffée. Il ajoute à ce plat fadasse une boîte de maïs et des œufs au plat. A midi quinze le compte est bon et son père fait hâtivement honneur à ses knacks éclatées, à son maïs suintant le vieux lait et à ses œufs cuits dans un hectogramme de beurre. « C'est délicieux », lui dit ce dernier, qui s'empresse de manger en évoquant les difficultés du boulot : cette petite conne qu'il va devoir recadrer, ce cas social qu'il va falloir assurer, ces enfants d'agents qu'il faut placer sous la protection des services sociaux, services sociaux qui contiennent d'ailleurs leur lot de branleurs et de pédophiles, et « bien d'autres merdes encore qu'ils nous font, tous ces salopards. Quelles conneries, mais quelles conneries on ferait pas pour ces connards-la ?! Alors qu'on a déjà tant à faire ! » Et cela conforte toujours Laurent dans sa vision noire du travail, de se dire que même son père, faisant pourtant parti des 5% les mieux lotis de la population française, se retrouve avec un boulot à la con qui lui fait suer des fesses au repos. « Le salariat, c'est l'esclavage ! » clame-t-il en riant dans sa tête, débarrassant la table et se voulant croire un aristocrate, pour un instant au moins, de ce qu'il ne vit d'aucun labeur et a tout son temps libre... Mais jusqu'à quand ?!... Mais il n'y pense pas ; il ne veut pas y penser, autrement quoi il se massacrerait le cuir chevelu avec ses doigts griffus jusqu'à devenir parfaitement chauve.

Le restant de l'après-midi singe la matinée sur un mode mineur ; Laurent se calfeutre dans sa chambre, ouvre l'écran de son ordinateur et vaque à ses occupations entre netflix, pornhub et le forum à huit-cent connectés... Moyennant quoi il actualise par douze fois la page d'accueil de ces sites-la pour constater que seul le porno se porte encore bien dans ce monde, ironie du sort pour qui n'a pas touché de cuisses féminines depuis si longtemps. Il s'y adonne par conséquent une bonne partie de l'après-midi et, le gland en feu, très douloureux, il ferme par cinq fois les volets de sa chambre qu'il rouvre toujours entre deux jets de foutre qui se font toujours de moins en moins dense ; son jean empeste définitivement les relents séminal et sa chambre entière sent comme une cave en peau de burne ; on y pressent de la moisissure dans sa corbeille débordante de kleenexs jaunissants ; Laurent est épuisé et a le regard morne.

Vers le soir, il retourne voir son topic du début de la journée, sur Léa, la femme complexée aux seins dégoûtants qui veut qu'on la traite comme l'immonde truie qu'elle est. Quatre-vingt pages de message ! Cela dépasse ses attentes. « Avec les cours en distanciel, se dit-il, il est vrai que les gens ont plus de temps à consacrer aux conneries du forum ». Jusqu'à six heures du soir, précisément, les réactions se sont bousculées à propos de ces seins abjects et de ce site d'horribles pervers, amateurs de bdsm. On a ri grassement et poussé le délire assez loin en spammant la boîte mail de la truie aux glandes mammaires difformes mais, à présent, tout s'essouffle, ça ne fait plus rire ; pour beaucoup le travail ou les cours sont terminés aujourd'hui, il s'agit à présent de vivre pour qui a une copine, des amis, des proches, une passion, ou tout autre loisir qui galvanise, pousse à la vie et à fermer l'écran gras de ce rire jaune d'internet.

Laurent, lui, n'a pas tout ça ; à peine s'il dit un mot à ses parents à table, à son frère et à sa sœur qui eux sont actifs au lycée et à la fac. Il s'empresse de débarrasser son couvert et remonte à l'étage ; cela fait longtemps que sa mère ne lui dit plus rien à propos de ses sorties de tables qui l'irritaient tant quand il était gamin. Laurent est resté un grand gamin : il n'est pas capable d'assumer la vie qu'il mène aussi fuit-il le contact avec son entourage, du mieux qu'il peut, et surtout d'avec sa petite sœur qui devient vraiment désirable avec les années qui filent, curieuses pensées incestueuses développées dans la solitude... 

Il passe la soirée comme l'après-midi, la matinée, l'hier et l'avant-hier soir, et, avant cela encore, l'avant avant auparavant... Pour finir, il gît vers minuit pile dans son lit et, le gland à l'air et le torse bariolé d'un liquide épuré à force d'être suscité, il s'endort pour ne s'éveiller qu'autour de neuf heures du matin, toute la famille bien partie, fourmis bien besogneuses, roule Laurent pour un énième jour éreintant d'un ennui sans fin. Déjà branlé une première fois, la tête dans le vague, il navigue sur les différents sous-forum du forum à huit-cent connectés, et, ainsi, ainsi...

*

Quinze lendemains plus tard d'une routine sans éclat notable, Laurent sursaute violemment pour une seconde fois dans ce mois de décembre, sue à grosses goûtes. Il s'agit d'un mail reçu dans sa messagerie du forum ; le titre est alarmiste, on lui veut venir en aide à propos de Léa, 42 ans, une immonde grosse truie à la poitrine époustouflante. L'internaute lui rappelle les faits advenus il y a quinze jours de cela, son topic à propos de la femme sadomasochiste, puis lui met en-dessous deux liens qui conduisent à son propre topic et à un article de presse. Laurent ouvre les deux liens dans deux fenêtres en simultanée et se ronge les ongles ; son vieux topic a gagné quatre-cent pages depuis sa dernière connexion. Quant à l'article de presse, il porte ce titre éloquent : « Yonne, une femme met fin à ses jours, victime de harcèlement en ligne ». Il s'avère que tard dans la nuit, les internautes avaient continués de nourrir son topic de commentaires drôlâtres ; il s'avère que l'un d'entre eux connaissait une jeune femme qui reconnut sans difficulté une collègue de travail, sensiblement plus âgée qu'elle, dans la personne de Léa et, qu'une à une, les informations sur son nom de famille, son lieu de travail et lieu de résidence fuitèrent immanquablement. L'article précise que tout le monde dans l'entourage de Léa a pris connaissance, en l'espace de deux semaines, de ses penchants masochistes et de la laideur abjecte de ses seins qu'elle avait prit soin de calfeutrer sous de grosses épaisseurs toute sa vie durant, sacrée torture qui ne la préserva pas jusqu'au bout...

Laurent sua à grosse goûtes dans un premier temps, oui ; la peur d'être inquiété, d'être suspecté, de subir une enquête policière puis judiciaire et de faire les frais de ce drame qu'il a négligemment impulsé. Puis, se rassurant de ce qu'il ne peut finalement être tenu pour responsable de grand-chose, il s'enfonce dans son fauteuil et pouffe à s'en péter la panse : il semblerait qu'en trois clics il est parvenu à détruire la vie d'une femme qu'il ne connaît même pas. Laurent bande comme il n'a jamais bandé. Enfin il pense avoir trouvé sa vocation dans un monde abject où l'on peut jeter un voile funeste sur des ordures aussi pitoyables que cette Léa, 42 ans et complexée par ses seins, en usant de moyens si bas, si grotesques, et sans même en avoir conscience.
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« Modifié: 19 mars 2021 à 23:16:06 par Julien-Gracq »

Hors ligne Cendres

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 097
Re : Une histoire sale [Explicite]
« Réponse #1 le: 20 mars 2021 à 08:52:16 »
J'ai lut tout ton texte pour voir ou ca allait finir.
Mon opinion ne va te plaire, mais je vais te la donner.

Honnêtement, je ne comprends ta profusion de détails, quant 'il fait caca, quant il a des gratifications sexuelles....

Le héros vit seul, bien qu'il vit chez ses parents avec son frère et sa sœur.
Pourquoi il ne sort pas? Pourquoi il ne fait pas des trucs avec son frère ou sa sœur, au lieur de toujours être enferme a dormir, boire et manger, aller au toilette et regarder des trucs porno?

La fin, est moralisatrice ou un geek no life va détruite la vie d'une autre personne parce qu'il s'ennui et a plus de but dans sa vie.
Si il n'y avait pas cette fin, j'aurais un avis plus négatifs sur ton histoire.

Ce n'est pas le genre d'histoire que j'apprécie, a cause des détails qui sont inutiles et trop répétés.
Sinon, je pense quelle serait meilleur. Car tu dresses le profil de certaine personnes qui existent plus ou moins comme ca.

Désolée d'être négative, mais cela est un avis personnel qui n'engage que moi, et qui ne reflète que mon jugement.
Attend de lire d'autres avis pour te faire une opinion.

Les gouts et les couleurs c'est très personnel ;)
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : Une histoire sale [Explicite]
« Réponse #2 le: 20 mars 2021 à 19:21:30 »
Bonjour

un texte assez clair !


Bien triste de pouvoir penser que cela peut exister.............. :-[
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
Re : Une histoire sale [Explicite]
« Réponse #3 le: 20 mars 2021 à 23:50:28 »
Bonsoir, merci pour vos retours.  ;)


Cendres : Je comprends tout à fait, et je suis bien heureux de ne pas faire l'unanimité avec un sujet pareil.
Concernant tous les détails pour le moins gastriques, disons que j'avais surtout dans l'idée de "saisir" un quotidien abject, bas et laid à la fois, donc d'insister au mieux sur ces détails-la.
Pour la fin je ne sais pas si elle est moralisatrice. Dans l'idée je ne souhaitais que faire émerger une fin moche dans un quotidien bassement sale et absurde ; l'idée que c'est entre deux phases de masturbation qu'en quelques clics il a pu amorcer un processus conduisant à la mort d'un être ; processus qui s'est déroulé pendant quinze jours sans qu'il en eut conscience, processus fatal alors même qu'il continuait de mener sa vie sale et insipide.

txuku : Eh oui, il y a des personnes comme ça, et je pense qu'il vaut mieux en rire. Si tu n'as pas peur de plonger dans l'abysse, je peux te recommander d'aller faire un tour sur le forum 18-25 de jeuxvideo.com ; c'est un trou à frustrations très impressionnant à regarder, qui a eu un pouvoir destructeur sur la vie de certains individus, fut un temps.
On peut y trouver des larrons du niveau de celui présenté dans le texte, si on cherche bien.
« Modifié: 20 mars 2021 à 23:52:39 par Julien-Gracq »

Hors ligne MoonAngel

  • Prophète
  • Messages: 821
  • En plein chill sur Terra Promessa 🕊️
Re : Une histoire sale [Explicite]
« Réponse #4 le: 21 mars 2021 à 01:15:06 »
J'ai vu que ça tacle JVC alors je réponds :D

Ça m'étonne de lire un personnage qui a le profil d'un "khey" du 18-25 passe ses journées à regarder des séries Netflix. Généralement, c'est plutôt les trucs qu'ils évitent, justement, car ohlàlà la propagande islamo-gauchiste LGBT made in USA.

Oh, mais au moins tu connais le concept de la boucle :D
Du coup je me demande : quel est ton niveau de rapprochement avec le forum ? Non parce que si tu l'es trop, 'faudra prévoir un bûcher. Non allez, en vrai c'est juste par curiosité, parce que j'ai longtemps fréquenté les lieux et que c'est sympa de rencontrer du MdE qui est initié aux forums de JVC. Les deux sont tellement opposés.

"Clenche" ? Serais-tu un patriote belge ? :mrgreen:

Citer
il regarde les titres d'articles insipides à propos de jeux vidéos auxquels il ne jouera jamais
Ouch, ça m'a fait mal en lisant cette phrase. Ça m'attriste un peu de me dire que je me suis inscrite sur le site à mes 16 ans par passion pour les jeux vidéo, pour partager et lire des astuces sur mes jeux préférés, pour créer des communautés de joueurs. Aujourd'hui, combien de comptes sur jeuxvideo.com sont vraiment intéressés par les jeux vidéo ? D'ailleurs je prends souvent en grippe les gens là-bas qui crament que je suis une fille et qui gueulent que je n'ai rien à foutre là. J'étais probablement déjà là avant eux et pour les raisons pour lesquels le site a été créé. Mais j'abandonne vite quand je vois qu'ils n'en ont juste rien à fiche...

Pour son quotidien, je ne serais pas restée braquée sur l'obsession pour les femmes, mais aussi la lecture et les débats de sujets pseudo-intellectuels. Je vais me faire bâcher si je laisse ça en public alors je mets sous spoilers :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


C'est un peu dommage que ça finisse comme ça. Même si, dans les faits, je me demande si ce n'est pas utopique d'avoir attendu une fin "repentance" ou au minimum une arrestation (d'ailleurs ça aurait été drôle une fin que seul un forumeur peut comprendre, par exemple "Laurent se réveilla de bonne heure et prépara 2 sucres pour Gilbert." :D ).

Pour répondre à Cendres : "Pourquoi il ne sort pas? Pourquoi il ne fait pas des trucs avec son frère ou sa sœur" :
Pour le coup, je me reconnais un peu dedans :D
Perso, j'ai énormément de mal à sortir à cause des relations sociales. Surtout qu'ici je suis en Flandre donc les gens parlent pas ta langue, et en plus ils ont coupé ma seule ligne de bus qui m'amène en ville >< Puis sortir seule en ville c'est une mini-épreuve quand de base tu as déjà peur des autres, quand tu sais que c'est pour rentrer et larver dans ton lit parce que tu as dit "Bonjour" au vendeur avec une voix un peu trop débile ou parce que ta timidité t'a fait sauter le "r". J'ai tellement associé sortir à être vulnérable aux moqueries (des filles qui voyaient que je jouais à PoGo dans le tram) ou au harcèlement de rue...
Quant à mon frère on fait assez peu de trucs ensemble. Il est très souvent sur son smartphone à écouter de la musique.
(Bref, pas étonnant que j'ai un peu le profil-type pour avoir fréquenté ce genre de forums :D )

Merci à toi pour cette lecture, en tout cas ^^
🕊️
May your heart be your giding pen~♫

Hors ligne Julien-Gracq

  • Aède
  • Messages: 163
Re : Une histoire sale [Explicite]
« Réponse #5 le: 21 mars 2021 à 20:28:12 »
MoonAngel :

Tu demandes quel est ma proximité avec ce forum ?  ^^
C'est simple, dédi-feet et je te réponds.   ;)

Plus sérieusement, j'y ai zoné comme toi pendant pas mal d'années, parce qu'il s'y produisait des choses affreuses comme drôles avant la censure, et parce que c'est toujours marrant de suivre l'actualité là-bas ; c'est libérateur quand on est dans un univers clairement marqué à gauche et hautement conformiste à tous les niveaux.
A l'inverse, j'apprécie la bienveillance et la convivialité qui règnent ici, le fait que je m'adresse à des personnes globalement beaucoup plus saines et bien dans leurs pompes que là-bas.

C'est vrai que j'aurais aussi pu parler des débats à la con qui trainent en longueur, sont bourrés de mauvaise foi et de provocations à coup de smileys vraiment vilains (tiens, j'ai beau être sur le 18-25 depuis un petit bout de temps, je n'ai jamais regardé aucun des vidéastes que tu as mis sous spoil).

En tout cas merci de m'avoir lu, c'est très sympathique et inattendu de croiser une "kheyette" ici.  :D

 


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