Haïr. Une bonne haine l’aurait sauvé, il n’avait jamais su… Il enviait la haine des autres qui les maintenait en bonne santé, assurait leur tonus ; comme elle simplifiait leur existence ! comme ils pouvaient s’appuyer sur elle à tout instant !
Une bonne haine ça vous pousse à vivre, c’est droit, c’est sans problème… Lui s’empêtrait toujours dans des « peut-être », des « après tout », « il est possible que… ». Sa vie était faite de méandres, la leur était droite comme une flèche.
Une haine ça vous met en appétit, le monde ne suffit pas à votre faim ; et puis comme ça vous lie à tous ceux qui la partage ! Le doute est affaire de solitude, ça ne respire pas la santé.
Non, il lui fallait assurément une bonne haine qui le pousse à crier fort, une haine à monômes, à banderoles, à poings dressés, une haine avec toute sa vigueur imbécile mais ô combien salutaire.