Allez, je me lance.
C'est probablement en votre compagnie, un complément de présentation important : qu'écrit-on ... Donc ne pas trop tarder à le faire ...
Je vous propose ce texte écrit dans un contexte qu'il est utile de préciser. C'est une réponse à un exercice dans un "atelier d'écriture en ligne", disons ... (son nom officiel est trop "commercial" à mon goût ...).
L'idée était de souligner l'importance du nommage des personnages et la consigne était : écrivez un texte sur la base du nom suivant Adriana Pitelberg.
Est ainsi venue l'idée de cette préquelle (ou ce préquel ou cette présuite, comme vous préférez).
Pourquoi ce texte ? Parce qu'il est récent, ni très long ni très court .... et égoïstement parce que je n'avais pas eu de retour dans le cadre de l'atelier (texte probablement trop long).
Quel retour ? Une appréciation d'ensemble ou ponctuelle et technique, les deux sont intéressants. Sous forme d'axes de progrès si possible illustrés d'un exemple serait top. J'ai par exemple toujours un doute sur l'usage du temps ... (imparfait, présent etc ...)
Rien qu'en vous le proposant j'ai déjà appris quelque chose : comment compter les mots et, en cadeau, détecter les répétitions (encore trop nombreuses ...)
Et décidément, je devrais faire un effort supplémentaire de relecture ....
L’za, une amie hackeuse m’avait parlé d’elle pour la première fois par hasard, en papotant dans un bar d’Innsbruck. L’Za était intarissable à propos de ses nuits de militantisme via Internet.
Un bruit s’était répandu sur le dark web. Une jeune femme, Adriana Pitelberg, était partie il y a quelques mois à la recherche de La Porte. Elle n’avait plus donné signe de vie depuis fin octobre.
Ses dernières publications concernaient cet accès ... étrange, anormal. Elle le situait dans les pré-Alpes autrichiennes, une zone dans laquelle j’avais séjourné il y a une dizaine d’années.
C’était en 1982. Nous nous battions alors contre un projet visant à permettre à Noricum de tester ses canons dans la zone. Les mecs de la KdoSEK, les forces spéciales autrichiennes, nous mettaient une forte pression pour nous forcer à quitter les lieux. La lutte était âpre mais nous étions enragés, déterminés. Je l’étais comme les autres. Jusqu’à ce que Kurt disparaisse. Peu avant sa disparition, il nous parlait d’une piste qu’il avait découverte, dans un vallon, un peu au sud de Brunnental.
L’Za connaissait cet épisode. Elle avait perçu la similitude entre les deux disparitions. Compte tenu de ma connaissance du terrain, je pourrais selon elle apporter quelque chose à la Lutte : qu’avait-il bien pu arriver à Adriana ?
Une disparition dans une zone de montagne n’était pas quelque chose d’extraordinaire. La disparition de deux militants dans un même secteur, dont le relief n’est pas extrême, constituait une coïncidence beaucoup plus troublante.
“Dis m’en plus sur cette Pitelberg. C’est quoi son CV à Fantômette”
L’Za avait alors utilisé ses derniers atouts.
“Adriana est une ancienne mannequin. Elle est canon mais dans le genre Lara Croft. Des années d’engagement dans les causes humanitaires et une bonne connaissance des massifs alpins. Dans la Lutte, elle a acquis sa notoriété, involontaire, en accompagnant pas mal de camarades des brigades rouges au travers de ces montagnes pour leur faire gagner la France ou l’Autriche”.
L’Za m’avait observé attentivement. Nous nous connaissions suffisamment pour qu’elle ait pu voir en moi aussi facilement qu’à travers un firewall ordinaire.
“Okay, L’za, on prend un pack de bières et on va chez toi.”
Cette première nuit de recherches avait confirmé ce que je pressentais. Ce que décrivait Adriana en ligne correspondait bien à la zone que j’avais arpentée pendant ces mois de lutte, pendant notre guérilla contre l’implantation du centre de tirs d’essai de Noricum. L’za me chargea un disque dur avec toutes ces données. Pas question de les transférer par mail. Mais attention, il y avait là quelques gigaoctets ultrasensibles : nous avions maintenant l’EKO-Cobra sur le dos et ils n’auraient pas laissé passer une telle chance de nous envoyer à l’ombre pour quelques années.
Je n’avais pas dormi plus de trois heures quand je me remis devant mon ordinateur. Avant d’appliquer le protocole prescrit par L’Za, et notamment avant de supprimer tout lien de mon PC avec l’extérieur, il me fallait en savoir plus sur l’Adriana d’avant. Mannequin !
Prédisposée à bourlinguer dans les Alpes avec ses jambes d’une longueur record ? Oui, mais. Un sourire à faire tomber raides morts les bergers dans les estives. Une chevelure pour squatter les rêves des randonneurs croisés dans les gîtes. La condamnation à mort par l’épouse de celui qui portera son regard la belle Adriana. Non sans mal, j’échappai pour ma part au regard de ma Medusa, je parvins à quitter l’étude de la topographie personnelle de la belle pour m’intéresser aux fichie.rs copiés hâtivement la nuit dernière par ma hackeuse préférée.
Côté professionnel, l’occasion était trop belle également. J’avais amassé un beau trésor de guerre depuis mon retour d’Asie avec mon job de freelance. Je n’étais pas du style à placer mes économies dans un bas de laine et évidemment pas davantage enclin à pactiser avec le diable et boursicoter. Les astres étaient alignés : il me fallait partir. Un court préavis d’une semaine, avec des nuits très courtes chez L’Za ou devant mes notes dans mon appartement et je quittais mon job, faisais mon paquetage et m’installais vers Höbach.
J’allais pouvoir me consacrer entièrement à cette quête et, qui sait, peut-être également me permettre de vivre autrement la perte de mon camarade de tranchées, mon ami : Kurt.
C’était dans la façon dont elle s’était fondée que notre amitié avait trouvé sa force. Notre relation s’était forgée dans un affrontement radical aux premiers temps de nos échanges. Nous nous étions croisés chez un ami commun, Ralph. Nous respections chacun le fort engagement de l’autre mais désapprouvions ses méthodes. Des actions communes et de longues, très longues discussions stratégiques nous ont rapproché et nous avons décidé de mener ensemble l’opération KN, Kein Noricum.
C’est donc avec un double mobile que j’arrivai à Höbach début Mars. Certaines zones étaient encore très enneigées. Je passais donc deux semaines à croiser mes dossiers de l’époque KN, photos et textes de Kurt notamment, avec les données concernant Adriana. Dans le même temps, son image était omniprésente. Sa superbe silhouette était partout, obsédante. A défaut de la connaître personnellement, je fabriquais un personnage hybride. J’implantais les motivations et idées de Kurt dans le cerveau d’Adriana. Cette hybridation m’avait ensuite amené à imaginer une méthode pour mon enquête, me basant sur un de leurs points communs, qui par chance faisait également partie de mon paquetage. Notre connaissance des techniques d’escalade nous permettait d’accéder à des endroits peu fréquentés. Si Adriana avait trouvé La Porte, elle ne pouvait être que dans un périmètre suffisamment technique pour être abrité des randonneurs du dimanche, sans être assez excitant pour un pro de l’escalade en mal de selfie.
Nous étions fin Juin lorsque je partis explorer une énième paroi, au fond d’un vallon pas très sexy. Loin de tout, vers le chaînon de Sengsen, à l’écart de la zone la plus riche en cavités souterraines, loin de Klarahole. Un sous-sol karstique et une surface très chahutée.
Après avoir remonté une vague piste, je progressais dans les amas rocheux pour me diriger vers un site repéré sur la carte au 25000ème. Mes critères de recherche en faisaient un piètre candidat pour mes recherches mais je ne voyais plus trop de lieux possibles pour La Porte . Il faisait particulièrement chaud en ce début d’après-midi. Pas facile de progresser dans ce labyrinthe de roches, ce secteur très crevassé.
Mon guide dans cette progression n’était plus plus Adriana le mannequin chaussé de hauts talons et dont les jambes infinies parcouraient les catwalks. Pourquoi cette femme avait-elle quitté ce monde qui la vénérait, la voie rectiligne des podiums pour leur préférer les pistes caillouteuses ? Préférait-elle un vrai combat aux coups bas du beau monde ?
Mon cerveau était probablement trop connecté sur l’Adriana d’avant. Je confondais la lumière reflétée par les roches et les spotlights, estrade et chaos minéral.
La sanction est tombée, j’ai chuté. Probablement.
Pourquoi cette route, pourquoi ce ruisseau à mon réveil ? Quelle étrange vallée avec ces deux falaises l’encadrant, de véritables murs de granit, quasiment lisses, d’une cinquantaine de mètres de hauteur !
Je me lève, marche et remonte la route. Je parcours ainsi quelques kilomètres. Après une courbe de la rivière, je vois une cascade. Pourtant, le lieu est toujours aussi silencieux. Je n’entends que le bruit de mes pas et celui du ruisseau faisant son chemin sur son lit de galets. Les deux falaises se rejoignent à quelques dizaines de mètres de moi pour former un cirque.
Je poursuis mon chemin dans cette direction et dans ce quasi silence.
Soudain, je me cogne, ma progression est interrompue. Je viens de me heurter à un obstacle invisible.
J’explore de la main cette muraille. Absolument lisse. Je la suis en vain jusqu’à la falaise le long de la route à ma gauche. J’explore sans succès ce véritable mur invisible cherchant une faille aux abords de la paroi. Je décide de repartir vers la droite. Je franchis le ruisseau mais atteins la roche de droite sans avoir trouvé la moindre anfractuosité.
L’eau du ruisseau ? Elle franchit bien ce mur. Puisqu’elle passe, je passerai. Je reviens vers le rû. L’eau s’écoule vers le mur. L’eau s’écoule depuis le mur. Sans passage.
Je fixe l’eau, incrédule. Une tâche de couleur apparaît de l’autre côté du mur. Comme un reflet blond. Adriana.
Elle est là devant moi. Proche et inaccessible. Incrédule comme moi ? Non, éteinte. Ne serait-ce ses longues jambes et cette chevelure incomparable je douterais qu’il s’agit bien d’elle.
Puis je vois ses lèvres bouger, sans que j’entende sa voix. Je croise son regard qui m'implore, presque. C’est moins qu’implorer. C’est un appel silencieux et désespéré.
Je vois ensuite l’énergie revenir, déborder. Elle crie, ses cris ne me parviennent pas. Elle tape, sans que ses coups ne se propagent.
Je suis là, les bras ballants, ne comprenant rien et subjugué par cette apparition, cette fée dans ce cours d’eau.
Elle s’agite apeurée. Terrorisée. Elle parvient à retrouver des mouvements cohérents et s’éloigne prudemment, s’assurant que je reste là et que j’ai compris : “ne bouge pas, je reviens”.
Une éternité, une heure plus tard, la voilà, avec des feuilles de papier de tous formats.
Elle pose la première page sur la paroi invisible :
“Aujourd’hui cinq novembre, je commence mon récit. Je noterai tout aussi exactement que possible. Pourtant je ne sais pas même si aujourd’hui est le cinq novembre”
Nous nous asseyons sur des rochers proches et j’entame la lecture.
(inspiré par Le mur invisible
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mur_invisible_(roman) )