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02 Mai 2026 à 15:31:05
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Auteur Sujet: Doppelgänger sombre - Terminé  (Lu 9133 fois)

Hors ligne John Lucas

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #15 le: 19 Octobre 2020 à 11:18:15 »
Chapitre 13

Sian-ve

 La horde exulte. Ils ont mis en déroute leurs adversaires et en sont fiers. Les cris de guerre résonnent dans les grandes plaines et chassent les quelques animaux curieux qui s'étaient approchés pour assister aux combats. Gudrak, moins euphorique, accourt au côté de son frère, bientôt rejoint par Sian-ve, Pai et Zungash. Ils ne sont pas trop de quatre pour empêcher le mastodonte de se relever et d'élargir ses plaies. Celui-ci accepte finalement de s'allonger cependant que son cadet demande du tissu propre à ses compagnons et nettoie les blessures qui s'avèrent être moins profondes qu'il le pensait.

 « Tu t'es bien battu, mon frère, dit Gudrak d'un ton rempli de fierté.

 — Tu parles, je ne l'ai touché qu'une fois et tu as vu mon état, grogne Tulgar, dépité.

 — Ce ne sont que des égratignures ça, non ? Tu as connu bien pire durant la guerre. Un bon cataplasme et dans quelques jours, tu seras sur pieds. »

 L’aîné tourne la tête signifiant la fin de leur discussion. Gudrak qui n'a jamais vu son frère se morfondre ainsi, achève ses soins puis s'écarte pour rejoindre ses amis. Un peu plus loin, Grielaa est expulsé du géant. L'esprit sylve a épuisé tout son pouvoir et le contrôle a été rompu. Krax en profite pour tenter une évasion mais l'androïde, muni de son sceptre et le lyar, les nasaux fumants, lui barrent la route de manière prompt.

 « Laissez-moi passer, je vous en prie. Je n'ai rien contre vous.

 — Que faisais-tu avec eux dans ce cas ? demande Pai.

 — Ils retiennent mon fils en otage. Je dois absolument y retourner sinon ils vont le tuer.

 — Tu ne m'as pourtant pas l'air faible, intervient Sian-ve.

 — Le robot est trop fort. Vous avez bien vu.

 — C'est pas faux, hein β-16 ?

 — Effectivement, il est au moins aussi fort que moi. Mais quel était le but de votre visite ici ?

 — Je n'ai pas tout compris mais apparemment ils cherchent une pierre magique pour leur Empereur.

 — Malheur, ils sont au courant... se désole Grielaa. Laissez-le partir, je n'ai senti aucune once de méchanceté lorsque je l'ai possédé. »

 Les deux comparses s'écartent et observent le géant s'éloigner à toutes jambes. Il est plutôt rapide pour sa corpulence observe Sian-ve pour lui-même. Il aurait pu être utile dans leur quête.

 L'obscurité commence à tomber et tout le monde se regroupe sous la grande tente du poste d'avant-garde. Tulgar a déjà retrouvé de la vitalité et invite son frère et ses amis à boire l'hydromel de la victoire et à passer la nuit dans le camp avant de reprendre la mer.

 « Hé, Gud ! Pourquoi être repassé par ici ? Je te dois une fière chandelle, en tout cas. »

 Gudrak ouvre des grands yeux tant il est étonné de recevoir ce qui ressemble à des remerciements de la part de son frère et se rappelle qu'il est venu lui remettre la missive de leur père.

 « Père voulait que je te donne ceci. Et je suis bien content d'être arrivé à temps. »

 Tulgar lit le parchemin et se met à pouffer.

 « Il semblerait qu'on va devoir se supporter encore un moment. Père m'ordonne de t'accompagner. En tant que plus grand soldat orc, dit-il.

 — Il a raison. Ton aide sera précieuse. »

 L'immense orc met une énorme tape sur l'épaule de son cadet, s'éloigne vers la sortie et sans se retourner, lâche ces quelques mots.

 « Au fait, si j'étais si en colère contre toi, c'est qu'en fait j'étais jaloux de ne pas avoir eu autant de cran. »

 Gudrak regarde son frère sortir avec un large sourire. Il est très heureux que les choses aillent mieux entre eux. Il rejoint ses amis et ensemble, ils boivent quelques coupes d'hydromel avant d'aller se coucher.

***

 L'aube point et le réveil est fort difficile pour certains. L'hydromel des orcs est plus fort que n'importe quel autre. Pai et Zungash le découvrent à leur dépend alors que Gudrak qui s'est bien gardé d'en boire, est déjà prêt. Tulgar entre dans la grande tente centrale. Il s'est équipé d'un plastron et de jambières. Il souhaite laver son honneur à la suite de sa défaite de la veille et ne fera plus l'erreur de sous-estimer son adversaire.

 « Tu as là des amis bien faiblards, mon frère, se moque-t-il avec un rire rauque.

 — Le faible t'a sauvé les miches hier, grogne le lyar.

 — Et ils n'ont pas d'humour, en plus... Sans vouloir vous donner d'ordre, il serait temps de prendre la mer. Le voyage pour se rendre à Gor est assez long et si j'ai bien compris, vous êtes plutôt pressés. »

 L'orc sort, accompagné de son frère, bien décidé à rattraper le temps perdu entre eux.

 Une heure plus tard, tout le monde est réuni sur le pont du navire, à l'exception de Sian-ve.

 « Il doit sûrement encore faire une petite crise de panique à l'idée d'aller sur l'eau, dit Pai.

 — Mais qu'est-ce que tu racontes papy, ça fait une plombe que je vous attends. Ne vous voyant pas arriver, j'ai fait le tour du propriétaire. Les orcs sont prévoyants, il y a là-dessous de quoi nourrir un village pour un mois. Et je ne vous parle pas de la réserve d'hydromel.

 — Non, t'as raison, ne parles pas d'hydromel. »

 Le lyar, le poil hérissé et les moustaches frisées, va s'allonger en boule à l'avant du bateau.

 « Réveille-moi quand nous serons arrivés, β-16.

 — Il va dormir quatre jours ? s'étonne Tulgar.

 — Les lyars peuvent hiberner sur commande », explique l'androïde.

 Le voyage est agréable, la météo est clémente et la mer parfaitement calme. Sian-ve se repaît des histoires des orcs dont il boit les paroles et les prend pour vérité malgré la mise en garde de Gudrak. Ce dernier passe la plupart de son temps à discuter avec son frère de plus en plus admiratif. Zungash, lui, ne dessaoule pas de la traversée. Il est bien trop friand de l'hydromel des orcs et n'a pas trop hâte d'arriver chez ses semblables. Quant à Zehell, les orcs essaient tant bien que mal de lui donner plus de courage.

***

 Une magnifique cité sort de la brume matinale à l'horizon. Le navire va bientôt accoster à Gor. Le petit village gobelin a bien évolué et est devenu une grande ville, depuis le départ de Gashzun et Zungash. Ce dernier ne reconnait rien lorsque le groupe accoste au port et aimerait que son frère voie ça. Tous les bâtiments sont aussi luxueux que le palais de l'administrateur Meslaf et toutes les routes ont été pavées avec soin.

 Un groupe de gobelins les attend sur les quais pour les conduire à leur chef. Ils disposent de chariots tirés par des oiseaux dodus à trois pattes et aux ailes coupées qui les entraînent à vive allure jusqu'à la taverne. Si celle-ci n'a plus du tout la même allure, elle est toujours tenue par l'oncle de Zungash qui le dévisage à son passage.

 « Je commence à comprendre ce que tu as pu ressentir à Nazgdrak, Gud. J'espère qu'on ne va pas trop s'attarder ici, je n'ai pas envie de rendre des comptes, dit le gobelin.

 — Je te souhaite que cela s'arrange comme pour moi avec Tulgar » répond l'orc.

 Les deux camarades sont interrompus par l'entrée du chef gobelin, tiré à quatre épingles. Il est vêtu d'une belle chemise grise, d'un gilet sans manche noir et d'un pantalon en cuir marron de cerflier. Ses poignets sont cerclés de bracelets scintillants.

 « Depuis quand les gobelins sont si riches et coquets ? demande Pai au tavernier.

 — À la suite des guerres, il a bien fallu reconstruire le village. Les gobelins sont devenus des pillards et Orbruk s'est avéré très efficace. Depuis qu'il a été nommé chef, il aime exhiber ses richesses, gage de sa puissance.

 — Hum, je comprends mieux. »

 Une lumière vive ébloui la pièce et Grielaa fait son apparition. Il a dans les mains une pierre identique à celle reçue chez les orcs, à l'exception que celle-ci est rouge.

 « Bonjour, aventuriers. J'ai pris les devants et je suis allé chez le sorcier récupérer ceci. Ce vieil acariâtre déteste les non-gobelins et il refuse de vous rencontrer. Tiens Zungash, pour les mêmes raisons que Gudrak, c'est à toi que je la confie.

 — Merci, c'est un honneur.

 — Super, nous avons les deux pierres, dit Sian-ve, tout excité. Dépêchons-nous de repartir.

 — Attendez, intervient Grielaa dont les joues s'empourprent. J'ai omis un petit détail lorsque je vous ai parlé de ces clés. Le coffre qu'elles ouvrent ne se trouve pas dans le bois au sud de Nazgdrak. Il se situe en réalité dans la grotte Rog-ledh au sein de ma très chère forêt Thelthane.

 — Encore cette foutue forêt, grommelle Pai. Elle ne m'inspire pas du tout.

 — Tu te fait trop de soucis, essaie de le calmer l'androïde.

 — Et toi tu mérites bien ton surnom, β-16. »

 La bande se mit d'accord pour se reposer sur la terre ferme jusqu'au lendemain puis de reprendre le navire pour se rendre sur le continent principal et poursuivre leur route à pied. Si tout se passe bien, ils seront dans la grotte dans six ou sept levés de soleils.

Hors ligne John Lucas

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #16 le: 21 Octobre 2020 à 10:15:30 »
Chapitre 14

Lothi

 L'androïde presse le pas dans les mines de Glora mais ne fait que tourner en rond. Ces galeries sont un vrai labyrinthe lorsqu'on ne les arpente pas tous les jours. Il tape du poing contre les parois à chaque virage, vocifère insulte sur insulte et empoigne les esclaves taelliens pour leur demander le chemin, or ceux-ci ne sont jamais remontés à la surface depuis qu'ils sont prisonniers. De rage, il les envoie valser contre les murs puis se résolu enfin à attendre le nain, amusé par la situation, et le laisser le guider vers la sortie. En à peine quelques minutes, les voici sortis à l'air libre où ils retrouvent les deux soldats envoyés au rapport auprès de l'Empereur. La vue du Taellien, une chope à la main et aux joues rubicondes, fait remonter Lothi en pression. Il s'avance, prêt à rosser ce couard qui a osé lui désobéir et rester festoyer avec les nains plutôt que de prévenir leur souverain de leurs découvertes.

 « Sombre idiot, n'avais-tu pas un message à transmettre ? »

 Le robot lance son poing avec vélocité. À l'instant où celui-ci s'apprête à enfoncer le nez dans le visage du garde impérial, l'humanoïde se retrouve plaqué au sol.

 « Je ne t'ai pas prêté mon armée pour que tu la démolisses, gronde une voix dans son dos.

 — Maxarls... Grrr »

 Lothi sent la puissance de la gravité croitre et ne parvient pas à tourner la tête vers son agresseur dont les yeux sont emplis d'une lueur de haine.

 « Tu me renvois deux soldats et tu reviens sans les deux autres. Comme d'habitude tu n'en fais qu'a ta tête. J'espère qu'au moins tu as trouvé cette fameuse pierre d'espérance.

 — Non, mon emp..., intervient Dainmar.

 — Silence nain, le coupa l'empereur, furibond. Ne t'avais-je pas demandé de m'avertir en cas de problème ?

 — C'est que... euh... J'ai estimé qu'il agissait pour le bien de la mission.

 — Maintenant, Lothi, donne-moi une bonne raison de ne pas te mettre en pièce ici et maintenant.

 — Ceux de l'autre monde montent toute une armée pour rechercher ce fichu caillou. Parmi eux, il se trouve un robot identique à moi-même. C'est d'ailleurs mon créateur qui l'a conçu, avec mes restes, je présume. Nous avons eu un bref affrontement et je peux vous assurer qu'il est presque aussi fort que moi. Il ne faut surtout pas le sous-estimer. Donc, à part si vous vous rendez vous-même de l'autre côté, et à condition que votre technologie fonctionne également sur lui, vous savez très bien que je suis le seul capable de le vaincre.

 — Si je peux me permettre mon empereur, dit le nain du bout des lèvres, j'ai vu ce combattant à l'œuvre et je pense sincèrement que votre milice ne pourra rien contre lui. De plus, il possède un sceptre similaire à ceux de votre garde rapprochée, à l'exception que celui-ci ne fait pas que paralyser.

 — Hum, je vois. J'ai déjà eu affaire à cette arme. Elle appartient au chef de la rébellion Dakroonite. Je me demande bien comment elle est arrivée entre ses mains. Bref, je vais vous accorder une dernière chance. »

 L'empereur relâche son étreinte invisible sur Lothi puis contacte ses hommes restés à bord de son vaisseau et demande au responsable de la milice de lui envoyer ses quinze meilleurs combattants. D'un signe de la main, il ordonne à ses deux soldats de regagner l'aéronef. Il s'avance vers l'androïde et sors un petit objet rond de sa veste.

 « Prend ce holo-message et rends-toi sur Vaoya. Là-bas, montre-le à la cheftaine. Elle te confiera ses plus braves guerrières.

 — Des femmes ? s'interloque l'humanoïde.

 — Je peux t'assurer que tu n'as jamais vu aussi hargneux que ces espèces d'amazones, dit le nain. J'ai eu une fois affaire à l'une d'elle et voici ce que j'en ai récolté. »

 Dainmar soulève sa barbe et dévoile une belle cicatrice au niveau du cou.

 — Une femme qui met une raclée à un nain, quelle référence », se moque Lothi.

 Le nain empoigne son marteau, le sert très fort et le brandit. Maxarls le stoppe d'un seul regard.

 « Il ne mérite pas que tu salisses Harìn. Prends tes meilleurs hommes et accompagne-le. Normalement, mes hommes devraient être suffisants pour rendre la visite diplomatique mais on ne sait jamais comment réagissent ces sauvageonnes.

 — Entendu, mon Empereur.

 — Dans ce cas messieurs, je vous laisse. »

 Fewuam Maxarls disparait. Dainmar s'absente un instant et revient accompagné d'une douzaine de nains armés de marteaux ou de haches. Pendant ce temps, les soldats prygaliens, menés par leur commandant en chef, se sont présentés à Lothi, ravi de ne pas y voir de Taellien. Le nouveau groupe ainsi constitué emprunte un vaisseau de l'armée et se dirige vers la planète Vaoya.

***

 Malgré l’insistance du robot, le commandant prygalien, Harar, refuse que celui-ci pilote son propre engin. L'ensemble de l'équipage, tout heureux de pouvoir voyager en toute tranquillité et surtout d’atterrir sans encombre, le gratifie de sincères remerciements. Après un saut dans l'hyper-espace, l'aéronef survole une planète rocailleuse jaune, entourée de deux anneaux auprès desquels gravitent deux lunes. Avec une grande dextérité, le pilote pose l'appareil α-15 en douceur, au milieu d'une vaste prairie clairsemée de fleurs de toutes les couleurs. La passerelle est descendue et Lothi, accompagné de Dainmar, Harar et quelques soldats, foulent le sol chaud de Vaoya.

 Le petit groupe se met en route vers la ville qui leur fait face quand, des airs, surgit une centaine de drones qui leur projettent des aiguilles. Tout le monde s'effondre à l'exception de l'humanoïde qui est aussitôt entouré de toute une armée de femmes munies de lances électriques paralysantes. Trop occupé à voir ses hommes tombés un à un, il ne les a pas vu arrivées dans son dos.

 Les femmes se ressemblent beaucoup. Grande, blonde, yeux bleus et une belle musculature. Elles portent un uniforme kaki qui recouvre leur corps de la tête aux pieds et laisse juste apparaître leur sein gauche.

 « C'est comme ça que vous accueillez vos visiteurs ? grogna l'androïde.

 — Nous n’apprécions pas beaucoup les hommes sur cette planète. Nous préférons les capturer et les interroger ensuite, lui répond la plus jolie. Que faites-vous chez nous ?

 — C'est l'Empereur Maxarls qui nous envoie. Il m'a demandé de montrer ceci à votre cheftaine.

 — C'est moi-même. Mon nom est Dame Fortinha. Tâchez de vous en rappeler lorsqu'on vous demandera qui vous a botté le cul. »

 Le robot lui remis l'objet en question et jette un œil aux armes des Vaoyanne et comprend qu'elles sont similaires aux fusils de la milice impériale. Il juge préférable de ne pas jouer au plus malin. Le nain a peut-être raison en fin de compte, mieux vaut ne pas se frotter à ses sauvageonnes. La belle blonde enclenche le mécanisme et le holo-message fait apparaître une image de Fewuam Maxarls. Celui-ci explique que les rebellions taeliennes et dakroonites s'intensifient et qu'il a besoin d'aide pour trouver un artefact qui l'aidera à défendre Pryga d'une part mais aussi tout le système Jadtac, et par conséquent Vaoya. Il rappelle à Forti, comme il la nomme, qu'elle lui est redevable pour les raisons qu'elle connait et qu'il ne lui fera pas l'affront de nommer au cas où des oreilles mal intentionnées traîneraient, et que c'est au nom de leur amitié qu'il lui demande de rejoindre son armée, accompagnée de ses meilleures guerrières.

 Le message terminé, Dame Fortinha explose l'appareil au sol et le piétine de rage. Elle a les lèvres retroussées et est prête à bondir sur Lothi, impassible.

 « Que fait-on, ma Dame ? demande une jeune fille au visage tatoué.

 — Malheureusement, je n'ai pas le choix. Ce maudit Empereur est un fourbe sans scrupule.

 — Je ne vous le fait pas dire ! s'exclame l'humanoïde.

 — Toi, ta gueule. Ramasse ta bleusaille et tenez-vous prêt à décoller dans quinze minutes. Le temps pour moi de regrouper mes plus braves femmes. »

 Les vaoyannes s'éloignent cependant que l'androïde prend un plaisir malsain à réveiller ses hommes à grandes claques dans la tête.

 Une fois soldats à moitié anesthésiés et amazones des temps modernes à bord, le commandant fait décoller le vaisseau et programme le retour pour les mines Glora sur Pryga.

***

 L'aéronef se pose non loin de l'entrée des mines. Le nain est le premier à sortir Harìn à la main, prêt à aplatir d'éventuels ennemis, il a constaté une inhabituelle agitation lors de l'atterrissage. Un de ses hommes, un jeune soldat, sort des galeries, ensanglanté et le souffle court.

 « Que se passe-t-il là dessous ? demande Dainmar.

 — Le géant... Il est... revenu... C'est un massacre... Il a... Il a...

 — Il a quoi ? s'énerve le chef nain.

 — Il a délivré son fils et entraîné les Taelliens à se battre à leurs côtés.

 — Et merde ! »

 Dainmar s’engouffre dans le dédale et tombe vite nez à nez avec Krax qui malgré de nombreuses entailles sur tout le corps, décime l'armée naine, privée de ses meilleurs éléments. Le géant étonné ne peut éviter le coup de marteau que lui assène, avec haine, son adversaire et qui vient lui enfoncer un œil dans le crâne. Le nain profite de l'effet de surprise pour porter un second coup puis un troisième. Le mastodonte, épuisé par ses précédents affrontements s'écroule.

 « Vis mon fils ! » parvient-il à murmurer dans un dernier souffle.

 Dainmar, dans un état second, ne cesse de le frapper encore et encore. Une main métallique vient finalement lui arracher son arme et une deuxième l'envoie au tapis. Cela a le mérite de le sortir de sa frénésie mais il se fait la promesse de rendre la monnaie de sa pièce à ce maudit robot.

 Les valides aident les blessés à remonter à la surface. On dresse une grande tente dans laquelle on regroupe les corps sans vie des nains alors qu'on brûle le corps de Krax et des Taelliens qui ont été tués durant cette guérilla. Les esclaves survivants sont reconduits dans les mines pour reprendre leur labeur.

 « Et le géant prisonnier ? demande Dainmar à ses hommes.

 — Disparu. Un Taellien affirme qu'il a emprunté le passage de l'autre monde.

 — Et merde ! Avec un peu de chance, nous le retrouverons là-bas. Je lui réserve le même sort qu'à son père.

 — C'est bon le nain ? On peut y aller maintenant ? demande Lothi, sans ménagement, ni compassion.

 — Ouais, c'est bon, robot... Laisse-moi juste donner mes ordres et on y va. » bougonne le nain.

 Dainmar laisse ses consignes à ses hommes. Il veut un contingent armé autour de la roche transporteuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour prévenir un éventuel retour de ce satané Grax. Il est maintenant prêt à mener nains, androïde, Prygaliens et Vaoyannes dans les mines pour se rendre de l'autre côté.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #17 le: 28 Octobre 2020 à 13:17:37 »
Chapitre 15

Sian-ve

 Cinq jours sont passés depuis l'escale à Gor et la fatigue commence à se faire sentir dans les rangs, grossis par le renfort d'une dizaine de guerriers gobelins. Ils ont avancé à une bonne cadence et la cité Mondcarlin n'est plus qu'à une demi-journée de marche. Sian-ve et Pai décident de s'y reposer un moment, cela ne leur faisant pas faire un énorme détour. De plus, ils sont inquiets pour les habitants, notamment Gashzun et leur administrateur, qui ont de toute évidence eu affaire à l'autre humanoïde.

 À l'approche de la porte ouest, le groupe effectue une pause. D'habitude gardée, celle-ci est déserte. Ce manque d'activité et le silence ne disent rien qu'y vaille au lyar. Il fait signe à l'androïde de le suivre pour s'entretenir avec lui en privé.

 — Ça me parait trop calme. Je pense qu'on devrait partir en reconnaissance, juste tous les deux. J'ai peur que ton doppelgänger sombre ne soit revenu avec des renforts.

 — Doppelgänger sombre ?

 — Ton double maléfique, l'autre taré qui te ressemble quoi.

 — Hum, bonne idée. On connait bien la cité, on peut y pénétrer sans se faire remarquer.

 Ils retournent auprès de leurs camarades et les informent de leur intention. Zungash se lève d'un bon, il tient coûte que coûte à les accompagner.

 — Mon frère est peut-être en danger, hors de question que je reste planté ici à attendre, impuissant...

 — Nous devons être discret. Je suis désolé, Zun, mais ce n'est pas ta qualité première. Et plus nous serons, plus nous aurons de chance de nous faire repérer, dit Pai d'un ton calme mais ferme.

 Le robot vient poser sa main sur l'épaule du gobelin et l'enveloppe d'un regard plein d'assurance. Il n'a pas besoin de parler, son ami a compris qu'il devait patienter et leur faire confiance. Gudrak offre une coupe d'hydromel, emporté de son village, à Zungash. Il le connait bien et sait que l'alcool a le don de l'apaiser. À deux, ils se remémorent des souvenirs de Gashzun et regardent leurs camarades approcher de l'entrée de la cité.

 Sian-ve et son compagnon à quatre pattes bifurque sur la gauche et escalade le mur entourant Mondcarlin. À pas de loup, il progresse dans le village, se cachant derrière chaque bâtiment qu'ils croisent. C'est très étrange, il n'y a personne dans les rues, pas un garde, pas un habitant, ni même un quelconque ennemi. Ils arrivent à la taverne dans laquelle ils pénètrent par une porte dérobée à l'arrière. Celle-ci donne directement sur la cuisine, où les attend le propriétaire des lieux. L'homme, qui brandit une énorme louche, hurle et lance un assaut inespéré. Dans un geste réflexe, l'androïde fait sauter l'ersatz d'arme et assomme son assaillant d'un coup de poing.

 — β-16 ! Qu'est-ce que tu as fait ?

 — Oups, désolé, mauvais réflexe. Il m'a fait peur ce con, se défend l'humanoïde.

 — Ce pauvre barman ? Te faire peur ? À toi, Sian-ve, l'homme d'acier ? se moque Pai.

 Après quelques petites claques et trois seaux d'eau, le tavernier daigne reprendre connaissance. Il a d'abord un geste de recule, puis se relève d'un geste vif avant de se jeter dans les bras du robot.

 — Oh, Sian-ve, c'est toi. J'ai cru que c'était ton fou de double qui revenait.

 — Où est passé tout le monde ? demande le lyar.

 — Les habitant se sont cloîtrés chez eux et toute l'armée s'est regroupée au palais.

 — Et les ennemis ?

 — Ils ne sont pas restés longtemps. Ils ont interrogé Meslaf et sont partis comme si de rien n'était.

 — Désolé de te demander ça, des victimes ?

 Le barman ne répond pas et les entraînent dans la salle principale. Là, il leur indique une table sur laquelle repose un corps recouvert d'un tissu blanc, maculé du sang du malheureux reposant sous celui-ci. Sian-ve s'approche et après une hésitation, soulève l'étoffe. Un éclair de rage le parcourt à la vue de Gashzun. Pai ne peut retenir un long hurlement qui fait froid dans le dos de l'homme resté en retrait.

 — J'ai vu celui qui te ressemble le torturer avant de le tuer. Ce gobelin était un sacré gaillard, il n'a pas voulu lui révéler ce qu'il cherchait.

 L'androïde recouvre la tête de feu son ami et explose la table voisine.

 — Il me le paiera, promet-il.

 — Allez, viens. Nous devons prévenir les autres. Il va falloir être fort pour Zun.

 Les deux amis se rendent à la porte ouest et font signe au reste du groupe de les rejoindre. Une fois tout le monde rassemblé au centre de la cité, Pai rapporte ce qu'il a appris. Zungash s’effondre à l'annonce du décès de son frère et se précipite à la taverne. Gudrak, sans réfléchir, se hâte de le rejoindre. Il ne peut se résoudre à le laisser affronter ça tout seul.

 Pendant ce temps, le lyar et l'humanoïde quittent la cité et gagnent le palais de l'administrateur. Ils sont accueillis par des dizaines de soldats, dont certains dévisagent Sian-ve, comme s'il était responsable de ce qu'il se passait. L'armée est agitée et tout le monde courre de tous les côtés. Un membre de la milice personnel de Meslaf s'avance à leur rencontre, le souffle court.

 — Messires. Excusez mes subordonnés, mais quelques-uns ont eu affaire à l'homme de métal et ils sont persuadés qu'il est venu à cause de vous.

 Il accompagne ses paroles d'un hochement de tête en direction du robot.

 — Peu importe, répond l'androïde. Où est l’administrateur ? Nous devons nous entretenir avec lui.

 — Eh bien... Justement. Si nous sommes tous sur les nerfs, c'est que Warumax Meslaf a disparu.

 — Comment cela ? Vous faites bien parti de sa garde rapprochée ? Et vous n'avez rien vu ? questionne Pai.

 — Il nous a demandé de le laisser seul dans sa chambre. Il avait besoin de se reposer après la drôle de visite. J'ai posté mes deux meilleurs hommes devant sa porte et personne n'est sorti ou entré. Au bout de plusieurs heures, j'ai voulu aller voir s'il avait besoin de quelque chose et il s'était volatilisé.

 — Aucune autre issue ?

 — Aucune. Nous avons fouillé la pièce de fond en comble et je peux vous assurer qu'il n'y a aucun passage secret.

 — Étrange. Malheureusement, le temps nous est compté. Nous reviendrons le plus vite possible.

 Sian-ve et Pai rejoignent leurs camarades et leur apprennent la mystérieuse disparition de l'administrateur. Zungash et Gudrak sont également de retour. Le gobelin sert contre lui la dague fétiche de son défunt frère. Après concertation, la troupe est prête à se remettre en route, amputée de certains de ses membres. En effet, Zehell est trop terrifiée pour prendre part à cette aventure et souhaite aussi soutenir Zungash, trop endeuillé pour continuer. Le gobelin préfère rester à la cité pour noyer son chagrin à la taverne.

 Sian-ve et sa suite se remettent en marche et découvre le cadavre du malheureux tué par Lothi à la porte est. Personne n'a osé bouger le corps et les corbeaux ont commencé à en faire leur repas. Gudrak, les lèvres retroussées, les fait fuir à grand coups de gourdin dans le vide. Attristé par ce spectacle, il s'occupe d'enterrer la pauvre victime, ou du moins ce que les piafs en ont laissé.

 Après quelques heures de marche, le groupe s'enfonce au plus profond de la forêt Thelthane. C'est le moment que choisit Grielaa pour faire son apparition. L'esprit est plus rayonnant que jamais dans son milieu naturel. Il les conduit dans la grotte Rog-lehd qui s'avère être un vrai labyrinthe. Les galeries auraient été façonnées par la magie, il y a une éternité, selon lui. Les parois sont recouvertes de peintures rustiques, toutes de couleur rouge. Il parait que les Anciens, qui ont créé ces passages sous-terrain, dessinaient avec leur propre sang, leur apprend le petit être tout de vert vêtu.

 — Nous y sommes, dit Grielaa.

 Elle indique deux cavités creusées à même la roche à hauteur de regard. Enfin, de son regard, à savoir pas très haut. Gudrak entreprend de glisser sa pierre topaze bleu dans la première fente puis la rouge, que Zungash lui a transmis, dans la seconde. Tout le monde se regarde et s'attend à vivre quelque chose d'extraordinaire. Une minute. Deux minutes. Cinq minutes. Dix minutes. Rien ne se passe.

 — Hé, Gud. Tu ne dois pas être l'élu ! ricane Tulgar.

 — Tu crois que c'est le moment de te foutre de ma gueule ? grince Gudrak. Fais-le, toi, ô grand Tulgar.

 L'immense orc le prend au mot et s'avance à son tour. Il enlève les deux pierres et les remet en les inversant. Une minute. Deux minutes.

 — Ah ! Tu vois, gros mal...

 Gudrak n'a pas le temps de finir sa phrase, la roche se met à trembler et s'effriter. Le couloir par lequel ils sont venus se referme.

 — Il ne manquait plus que ça, maugrée Pai.

 — Attendez, intervient Sian-ve. Regardez, là.

 L'androïde désigne la paroi qui vient de bloquer la sortie. D'un coup de poing, il brise ce qui ressemble à une fenêtre. Du creux ainsi créé, il extirpe un coffret en bois marron aux contours dorés. Cependant qu'il le dépose au sol, le rocher obstruant le passage de désagrège. L'androïde soulève avec précaution le couvercle et découvre un parchemin enroulé.

 — Un parchemin ? s’interroge le lyar. Je croyais qu'on devait trouver un artefact ou un truc du genre...

 Sian-ve déroula le papier et l'exposa à la vue de tous. Il s'agit d'une carte sur laquelle est dessinée une croix.

 — Vous venez de découvrir le véritable emplacement de la pierre d’espérance, dit Grielaa. Il ne vous reste plus qu'à découvrir quel est ce lieu.

 Malheureusement, personne ne reconnait cet endroit.

 — Nous aurions bien besoin de Rislen, dit le robot.

 — Nous aurions surtout besoin que cet esprit, qui commence à me taper sur les nerfs, arrête avec ses petites surprises et énigmes à la con, grogne Pai.

 — Calme-toi. Riroc n'est pas loin. Nous y serons vite.

 — En espérant que le voyageur ne soit pas encore parti en vadrouille...

 Sur l'idée de l'androïde, le groupe s’apprête à se rendre dans la cité voisine.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #18 le: 04 Novembre 2020 à 11:44:37 »
Chapitre 16

Lothi

 Dainmar arpente le dédale de galeries aussi vite que ses petites jambes le lui permettent et très vite, le groupe se retrouve devant le passage vers l'autre monde. Le nain et l'androïde n'hésite pas une seule seconde avant de s'y engouffrer devant les yeux interloqués des soldats prygaliens et des guerrières vaoyannes qui découvrent cette roche magique. Les autres nains, en ayant déjà bien entendu parler, ne semblent guère surpris et suivent sans réfléchir leur chef.

 Fortinha et le responsable de la milice de l'Empereur échangent un regard interrogateur puis la femme fait signe à ses combattantes de la suivre à travers ce téléporteur en poussant un cri provocateur à l'égard du commandant. Celui-ci, vexé, s'empresse de la suivre, bientôt rejoint par ses hommes.

 Une fois de l'autre côté, l'armée se regroupe et alors que Lothi et Dainmar manquent à l'appel, plusieurs d'entre eux dégainent leurs armes. Phaser ou lance paralysante pour certains, hache ou marteau pour d'autres. Chacun se met à la recherche des deux disparus. Le chef prygalien profite de se retrouver seul avec Fortinha pour effacer ce qu'il a pris pour un affront.

 — Hey, la donzelle. Quand tout ça sera terminé, ça te dirait de te faire un vrai mâle ? Vous ne devez pas en voir souvent sur votre planète, vu comment vous les traitez. Il te faut quelqu'un capable de te dompter.

 — Hum... Comment t’appelles-tu, Don Juan ? répond Fortinha.

 — Alekop, ma beauté.

 Elle s'avance et se plaque contre le commandant qui, tout sourire au contact de la jolie blonde, fait glisser sa main le long de son corps aux courbes parfaites. Au moment où il s'apprête à caresser le sein nu de la guerrière, celle-ci lui place un poignard à lame courbée sous la gorge et ses lèvres s'élargissent dans un rictus glaçant.

 — Merci. J'aime connaitre le nom des personnes que je tue.

 Le prygalien lève les mains et recule de quelques pas. Jamais une femme ne l'avait autant effrayé. Heureusement que ses hommes n'étaient pas là, il aurait perdu toute crédibilité.

 Les deux reprirent leur chemin sans un mot et au détour d'un couloir, une main vient agripper le bras du soldat. Dainmar les invitent à se cacher derrière un rocher et à ne pas faire de bruit. Tout près, l'humanoïde observe un groupe d'individus qui discutent au sujet de la fameuse pierre d'espérance. Parmi eux, Alekop repère un robot identique à Lothi.

 — Alors c'est lui, le fameux androïde qui vous a mis en déroute la fois... Gwouarh...

 En ne se tournant qu'à moitié pour ne pas quitter la scène des yeux, Lothi attrape le bavard à la gorge.

 — On ne t'a jamais dit que tu parlais trop ? grogne-t-il.

 Rapidement, il lâche prise et se concentre à nouveau sur son double qui expose une carte à ses amis. Celle-ci indiquerait l’emplacement de la pierre.

 — Ah ah. Ils ont fait le boulot pour nous ces idiots.

 Il se retourne vers les trois autres et voit Fortinha et Dainmar pouffer alors que le malheureux soldat se masse le cou qui porte déjà les stigmates de l'étranglement.

 — Ce n'est pas le moment de rire, bande d'abrutis ! Vous deux, reprend l'humanoïde en s'adressant à la Vaoyanne et au Prygalien. Regroupez tout le monde. Nous allons donner l'assaut avant qu'ils aient la bonne idée de déguerpir avec ce parchemin. Toi le nain, suis-moi. On va leur barrer la route.

 Alors que Sian-ve et ses amis s’apprêtent à emprunter le chemin qui les a menés au coffre, Lothi surgit du couloir, son poignard à la main.

 — Comme on se retrouve, vieux frère. Je peux t'appeler comme ça ? Après tout, nous avons le même créateur, ironise-t-i.

 — Encore toi ! rugit Pai.

 Les deux androïdes s'observent. Le chef nain arrive à son tour, se positionne face au lyar et brandit son marteau. La tension est palpable, la bataille semble inévitable et personne n'ose bouger le premier. Les orcs et gobelins, lèvres baveuses retroussées de haine, empoignent gourdins, dagues et courtes épées. Gudrak, qui sent la rage bouillir en lui, s'élance en direction de Lothi en faisant tournoyer son arme au-dessus de sa tête, mais Tulgar le retient d'une main ferme.

 — Stop, Gud ! Laisse faire ton ami. Ça me fait mal de l'admettre mais, nous ne sommes pas de taille face à ce monstre.

 Gudrak souffle et reste à côté de son frère alors que Sian-ve sort son sceptre qu'il a attaché dans son dos.

 — Tu es prêt, Pai ? demande-t-il.

 Le lyar, en guise de réponse, bondit sur le nain qui le repousse tant bien que mal en lui mettant le manche de son arme dans la gueule qui s’apprêtait à se refermer sur son épaule. Dans le même temps, les deux robots se lancent dans un combat rapproché qui avantage le manieur de poignard. Sian-ve ne peut que repousser les assauts, se servant de son arme comme d'un vulgaire bâton. Sans distance entre eux, impossible de l'utiliser comme il se doit. Inquiet pour son vieil ami, débordé par l'arrivée de l'armée ennemie au complet, tout aussi nombreuse que la sienne mais bien mieux équipée, il ne voit pas arriver une droite de son opposant qui le fait vaciller et mettre un genou à terre. Son double en profite pour planter son poignard dans un interstice entre son épaule et son cou. Un crépitement se fait alors entendre et l'humanoïde perd le contrôle de son bras du côté où il a été touché. Lothi le contourne d'un pas vif et fait sauter une plaque de métal du son dos, dévoilant un amas de câbles et circuit qu'il s'empresse d'arracher.

 Pai inonde ses adversaires – Dainmar, trois nains et cinq soldats prygaliens – de flammes mais ceux-ci ne sont pas affectés par la chaleur du feu. Ils sont regroupés derrière un des militaires qui tient un objet déployant une espèce de paroi translucide qui absorbe les crachats du lyar. Gudrak et Tulgar qui se sont débarrassé de plusieurs gardes impériaux, viennent lui prêter main forte et tente de forcer cette barrière à l'aide de leurs immenses gourdins. Le prygalien faiblit sous les assauts mais ne rompt pas. Pai profite du renfort des orcs pour jeter un œil à son ami qui combat son doppelgänger sombre, comme il l'appelle. Son poil se hérisse et ses babines se retroussent dans un rictus de colère lorsqu'il voit celui-ci à terre sur le point de se faire mettre en pièces.

 — β-16 ! gronde-t-il.

 Il se précipite, tous crocs sortis, sur Lothi qui, surpris par l'arrivée du lyar, effectue une roulade en arrière pour esquiver l'attaque et ne peut porter le coup fatal à sa victime. Il s'est néanmoins saisi de la carte que possédait toujours son double lorsqu'il lui a débranché les circuits.

 — Que lui as-tu fait, ordure ?

 Alors que l'humanoïde allait répondre, un hurlement se fait entendre dans le tunnel menant à la bataille. Tous les regards se portent sur l'ouverture par laquelle Grax déboule à toute vitesse. Pris d'une frénésie, il envoi valdinguer les nains par deux ou trois ainsi que quelques soldats prygaliens, les balayant de son énorme gourdin. Puis il se rue sur Dainmar qu'il soulève d'une main. Celui-ci se débat de toutes ses forces mais la musculature impressionnante du géant l’empêche de se libérer. Grax lui porte alors un coup de boule qui lui explose le nez et les deux arcades, et le jette contre un mur, tête la première. La violence du choc broie la nuque du chef nain dans un craquement horrible. La vue de leur supérieur désarticulé comme un pantin et en sang effraie le peu de ses hommes encore en état de se battre. Ces derniers prennent la fuite, bientôt suivi par une partie de la milice de Maxarls. L'un d'eux passe à côté de Lothi qui lui plante le poignard dans le cœur.

 — Ça t'apprendra à fuir, poltron.

 Un peu plus loin, Vaoyannes, orc et gobelins se livrent une belle bataille. Les amazones, débordées en nombre, ne peuvent utiliser leurs longues lances comme elles le souhaitent. De plus, leurs opposants font preuves d'une agressivité et d'une puissance comme elles n'en ont jamais vues. Le combat est équilibré et les pertes faibles dans les deux camps. L'intervention du géant attire l'attention de tout le monde et Fortinha en profite pour regrouper ses troupes autour de Lothi et des quelques soldats prygaliens restants et désarmés. Face à eux, Grax s'est posté aux côtés de Pai, rejoint par les orcs et les gobelins. Gudrak et Tulgar s'occupent de confier Sian-ve aux soins de Grielaa qui s'était mis à l'abri de la bataille, ne parvenant à posséder quiconque, personne n'étant assez faible d'esprit pour cela.

 — Alors robot, que fait-on, maintenant ? demande la cheftaine vaoyanne.

 — Quoi ? Ne me dis pas que ces créatures hideuses vous font peur, répond Lothi.

 — Pas du tout, mais je suis lucide. Ils sont trop nombreux et l'arrivée du géant a quelque peu changé la donne.

 — Mouais, ce n'est pas faux. De toute façon, nous avons mis la main sur ce qui nous intéressait. D'après la nabot vert, ce plan indique l'emplacement de la fameuse pierre que l'Empereur recherche.

 Pai et Grax font quelques pas en avant, bien décidé à achever l'armée adverse mais Fortinha qui avait assez de recul utilise sa lance paralysante. Le géant s'interpose et encaisse la décharge comme il le peut pour protéger son nouvel allié.

 — On se replie ! ordonne la vaoyanne.

 Ses guerrières obéissent sans délai et entraînent avec elles les miettes de la milice impériale tandis que Lothi brandit le rouleau de parchemin d'un geste narquois.

 — Merci pour votre petit cadeau. Je vous assure que nous en ferons bon usage.

 — Merde ! La carte ! s'étrangle Gudrak.

 — Je suis certain qu'on sera amené à se revoir. D'ici là, essayez de remettre votre tas de ferraille sur pied, je me ferais un plaisir de le démonter une nouvelle fois. Mais, je doute très fort que vous y parveniez, vu le niveau de technologie de votre monde.

 Lothi, pris d'un fou rire malsain, emboîte le pas de Fortinha dans les couloirs de la grotte avant de parvenir à la roche magique qu'il s'empresse de traverser.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #19 le: 11 Novembre 2020 à 22:23:11 »
Chapitre 17

Sian-ve

 Tandis que Gudrak et Tulgar aident Grax à se relever tant bien que mal, Pai se lance à la poursuite de l'androïde ennemi avec un seul but : mettre en pièces cet enfoiré qui a blessé son meilleur ami. Malheureusement, il a perdu du temps à s'assurer que le géant qui l'a protégé du rayon paralysant aille bien, et arrive juste à temps pour voir Lothi traverser la roche comme s'il y avait une ouverture. Stupéfait, il se rapproche à pas lents et observe la paroi mystère. Verdict : aucun passage. Il renifle les abords et sent l'odeur de la femelle qui était avec le robot. Le parfum qui lui est inconnu lui titille les naseaux de manière pas désagréable. Il se demande d'ailleurs comment des personnes si féroces peuvent émettre de tels effluves. D'un coup de patte, il envoi valser un caillou en direction du bloc de granit. Comme il s'y attendait, le projectile ne rebondit pas et disparait au non-contact du mur. Après quelques secondes de réflexion au court desquelles il conclut qu'il doit s'agir d'un passage dérobé animé d'un quelconque enchantement, il décide de rejoindre ses compagnons. Emprunter ce passage seul serait du suicide, ses opposants l'attendent à coup sûr en embuscade de l'autre côté.

 Lorsqu'il est de retour dans la salle du coffret où sont resté ses alliés, le lyar rapporte ce qu'il vient d'observer mais ne souhaite pas s'attarder dessus pour le moment. Il se rend compte qu'emporté par sa folie, il a en quelque sorte abandonné Sian-ve. Il est urgent de trouver une solution pour le remettre sur pieds. La meilleure chose à faire, selon lui, est d'aller voir Rislen. Il est la personne la plus cultivée qu'il connaisse et avec ses nombreux voyages, notamment ceux dans le monde d'origine de l'androïde, il sera sans doute d'un meilleur secours que n'importe qui. Le groupe se met alors en route pour sortir de la grotte et rejoindre Riroc qui se trouve non loin de sortie de la forêt Thelthane. Pai se positionne à côté du géant.

 — Et toi, la montagne ! interpelle-t-il.

 — Oui, le fauve ?

 — Je n'ai pas eu le temps de te remercier. Tu nous as été d'une grande aide pour repousser ses cinglés. J'ai adoré la manière dont tu à envolé ces hommes avec ton gros bâton, là. Mais surtout, tu as encaissé cette attaque étrange qui m'aurait sans aucun doute envoyé au tapis. Alors, merci beaucoup, sincèrement.

 — À vrai dire, je n'ai pas réfléchi. J'ai pulvérisé les nains car ils ont tué mon père. Et après, je ne sais pas pourquoi je me suis mis devant vous. Un réflexe j'imagine.

 — La bonté ! intervient Grielaa. Tu es sûrement le fils de Krax, le géant que j'ai contrôlé lors de la bataille chez les orcs.

 — Vous avez connu mon père ? bredouille l'intéressé.

 — Je suis entré dans son esprit et j'y trouvé un cœur pur. Ça doit être de famille, je vois la même candeur en toi.

 — Il nous a supplié de le laisser partir pour aller te sauver, dit Pai. On dirait qu'il a réussi. Même si c'est au péril de sa vie, malheureusement. Que dirais-tu de te joindre à nous ? Nous aurions bien besoin de renfort.

 — Ma foi, je n'ai nulle part où aller. Et si je peux vous aider à empêcher ces malfrats de répondre le mal, j'y voit aucun inconvénient. C'est d'accord.

 — Dans ce cas, bienvenue parmi nous...

 — Grax !

 — Grax. Moi, c'est Pai. Mon ami blessé, c'est Sian-ve. Les autres auront le loisir de se présenter sur le chemin qui nous mènera à Riroc.

 Le géant suit ses nouveaux camarades à travers les couloirs en passant de l'un à l'autre pour apprendre le nom de chacun. Lorsqu'il sort de la grotte et arrive dans la forêt Thelthane, il est émerveillé par cette immense nature luxuriante. Émerveillé, il l'est encore tout le long du voyage, par ses paysages qui s'offrent à lui et qui le changent de son monde, terne et morne.

 Arrivés à la cité du voyageur, Pai et Gudrak, qui transportent Sian-ve à l'aide d'une civière improvisée avec des vêtements et du bois de la forêt gentiment mis à disposition par les Sylves, décident de se rendre seuls à la maison de Rislen. Quelle serait sa réaction s'il voyait une armée d'orcs et gobelins frapper à sa porte. Grax, justement pas très à l'aide avec ses créatures, insistent pour accompagner le lyar qui lui inspire beaucoup plus confiance. Les autres auront pour tâche de monter la garde à l'entrée de la cité. Prudence est mère de sureté.

 Gudrak toque à la petite porte sans délicatesse, la faisant ainsi trembler, et hurle :

 — Rislen ! Ouvre vite, on a besoin de toi. C'est β-16 !

 Très vite, Rislen vient ouvrir. Avec des gestes précipités, il aide ses deux visiteurs, rassurés de le voir présent, à entrer et installer l'androïde sur son lit. L'étroitesse de l'entrée empêche le géant de pénétrer dans la demeure, si bien que celui-ci se poste devant la fenêtre ouverte de la chambre.

 — Que s'est-il passé ? demande le voyageur dont les expressions sont cachées par son masque de fer.

 — Nous étions dans les grottes de Rog-Lehd, répond le lyar. Nous recherchions la fameuse pierre d'espérance pour Meslaf quand nous avons été attaqués par une armée venant probablement de cet autre monde dont tu as parlé. Ils ne ressemblaient en rien à des créatures de nos contrées et parmi eux, il y avait un être similaire à Sian-ve. Enfin, au moins d'apparence, car je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi démoniaque, tout comme je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi bon que β-16.

 — Et c'est ce robot qui l'a mis dans cet état ?

 — Oui. Il a profité d'un moment d'inattention de Sian-ve. Sinon, jamais il ne l'aurait vaincu. Tu peux faire quelque chose pour lui ?

 Rislen inspecte les pièces et émet des petits grognements de contrariété.

 — J'ai bien ramené quelques ouvrages de son univers qui parle de robotique, mais je n'y comprends pas grand-chose. De plus, nous n'avons pas cette technologie dans notre monde.

 — Et si je retournais par le passage que j'ai emprunté pour venir et que j'allais chercher un scientifique, ça vous aiderait ? intervient Grax.

 — Quel passage ? Cette espèce de roche dans laquelle j'ai vu l'autre fou se volatiliser ? demande Pai.

 — Exact. C'est une passerelle entre nos deux mondes. C'est comme ça qu'ils sont venus et moi aussi.

 — Tu ferais ça pour nous ?

 — Comme je vous ai dit, je n'en ai pas fini avec eux. Je voudrais libérer les malheureux qu'ils exploitent dans leurs mines. Mais seul, je ne ferai pas le poids. Je me dis que si je vous aide, vous pourrez aussi m'aider en retour.

 — Ah oui, ce n'est pas tout à fait désintéressé. Cependant, c'est pour une bonne cause. Et de toute façon, si tu me permets de sauver mon meilleur ami, je te suivrai où tu voudras.

 — C'est bien beau tout ça, dit Rislen, mais vous ne pensez pas que vous tomberez sur une armée en débarquant là-bas ? Je te pensais plus malin, Pai.

 — J'avoue que j'ai du mal à réfléchir quand je vois β-16 comme ça.

 — Avec mon artefact, je vais aller à la recherche d'un, comment vous avez dit, scientifique ?

 — C'est cela, répond Grax.

 Après quelques disparitions et apparitions pendant lesquelles il consulte des cartes incompréhensibles pour Pai et Gudrak, Rislen finit par ramener un homme avec lui. Il a les cheveux grisonnants et porte une longue blouse blanche qui n'arrive pas à cacher son gros ventre. Le scientifique est désorienté et effrayé par les différentes créatures qu'il voit autour de lui. Après une rapide explication de la situation, il a du mal à l'accepter car selon lui, il est impossible qu'il existe un multivers comme dans les livres ou films de science-fiction. De plus, comment des êtres aussi terrifiants peuvent-ils être bons ? Estimant pour finir que ses hôtes n'étaient pas belliqueux à son encontre et espérant que les aider le ferait rentrer chez lui plus vite, il entreprend d'examiner le corps dépiécé de l'androïde. Pai, Gudrak et Rislen l'observent avec attention, priant pour leur ami.

 — Je suis désolé messieurs. Je ne peux rien faire pour lui. D'abord, parce que je ne suis pas expert en robotique, mais aussi parce que votre ami renferme une technologie de point que je n'ai jamais vue de ma vie. Pourquoi ne pas demander à son créateur de le réparer ?

 — Le malheureux nous a quitté juste après l'avoir confectionné, dit le voyageur.

 — Navré de l'apprendre. Heu, je ne voudrais pas paraitre impoli, mais pourriez-vous me ramener chez moi, maintenant ?

 — Bien entendu.

 Rislen lui saisit le bras avant de disparaitre puis de réapparaitre quelques minutes plus tard accompagné d'un autre scientifique. Toutefois, le résultat est le même. La technologie de Sian-ve est trop avancée pour lui. Le voyageur ne laisse pas tomber et répète l'opération une dizaine de fois, toujours avec ce même constat.

 Pai et Gudrak qui ne disait plus un mot, s'étaient peu à peu renfermés sur eux même au fil des diagnostics défavorables des nombreuses personnes que Rislen avaient amenées. Pai, résigné, se lève et se dirige vers son hôte.

 — Arrête de t'épuiser. Je ne crois pas que nous trouverons quelqu'un qui soit capable de le sauver. Il faut se faire une idée : nous avons perdus notre plus fidèle compagnon et l'ennemi s'est saisi de la carte qui indique l'emplacement de ce fichu caillou magique. On est foutus.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #20 le: 18 Novembre 2020 à 14:21:43 »
Chapitre 18

Lothi

 C'est très excédé que l'androïde réapparaît dans les mines Glora où l'attendent une poignée de nains, armes brandies, prêts à attaquer. Ceux-ci très étonnés de ne pas voir leur chef à ses côtés, ni aucun de leurs semblables commencent à paniquer. Ils ont vu quelques-uns de leurs camarades revenir blessés un peu plus tôt et ils craignent le pire. Fébriles, ils attendent quelques instants devant la roche dans l'espoir d'y voir surgir Dainmar. Seuls quelques Vaoyannes et Prygaliens franchissent le passage avant qu'un soldat impérial ne déclare :

 — Ça ne sert plus à rien d'attendre, j'étais le dernier.

 — Votre chef est mort au combat, dit Fortinha. Il s'est bien battu mais le géant a eu raison de lui.

 Les nains présents mettent un genou à terre, têtes baissées et mains posées sur leurs armes plantées au sol. Leur chant résonne alors dans les galeries.

 — Ce n'est pas le moment de prier ou de pleurer vos morts, intervient Lothi. Dans chaque bataille, il y a des pertes. Maintenant, guidez-nous à la sortie de ce foutu labyrinthe. Je dois remettre cette carte à Maxarls le plus vite possible.

 Personne n'ose s'interposer face au robot et les nains cessent leur hommage aux défunts pour conduire le groupe vers la sortie.

 L'humanoïde embarque à bord de son vaisseau, accompagné des Vaoyannes et du reste de la milice. Il sait déjà qu'il va subir le courroux de l'Empereur pour lui ramener si peu d’hommes. Une fois encore, Harar a pris les commandes de l'appareil pour assurer le voyage jusqu'à la demeure de Maxarls.

 C'est toutefois à proximité du bastion que le commandant prygalien pose l'aéronef en douceur. L'androïde prend un air suspicieux et interroge le pilote.

 — Pourquoi t'es-tu posé ici ? On doit rejoindre Maxarls sur le champ.

 — C'est lui qui m'a dit de le rejoindre au centre d'entrainement une fois la mission terminée, répond Harar, imperturbable.

 — Ça sent l'embrouille.

 — Que comptes-tu faire ? Désobéir à ton Empereur ? Tu sais très bien qu'il te rattrapera quoiqu'il arrive et qu'il te le fera regretter.

 Lothi, la mine renfrognée, accepte de suivre le commandant jusqu'au bâtiment militaire à condition que celui-ci soit seul et désarmé. Requête acceptée par le Prygalien. Arrivée à l'entrée du bastion, l'humanoïde demande à l'homme d'entrer en premier et jette un œil par l'ouverture de la porte avant de s'introduire dans la pièce vide de vie. Il en est sûr, quelque chose cloche. Il sort son poignard qu'il met sous la gorge de Harar.

 — Où est-il ? demande le robot.

 — Juste ici, grondent plusieurs voix.

 Des soldats surgissent de tous les couloirs, armés de fusils paralysants. Le commandant profite de l'effet de surprise pour s'éloigner et rejoindre ses hommes.

 — Tu vas gentiment nous donner la carte et te rendre., dit-il. On t'a préparé une cellule des plus confortables.

 — Vous voulez jouer ?

 Lothi affiche un large sourire sarcastique, dégaine son arme de poing et abat un premier homme. Les autres combattants l'encerclent et usent de leur fusil mais le robot est trop vif et esquive les dards remplis d'électricité qui volent vers lui. Cependant, il ne parvient pas à s'approcher d'eux. C'est à ce moment qu'une explosion balaie la moitié de ses opposants et que des cris de guerre retentissent. Ce sont les Vaoyannes menées par Fortinha qui prennent les Prygaliens par surprise et n'en font qu'une bouchée.

 — Épargnez Harar ! hurle Lothi par-dessus le brouhaha des guerrières.

 Il s'approche du commandant retenu au sol par la cheftaine et lui plante son couteau dans la cuisse. Il le remue pour élargir la plaie qui saigne abondamment.

 — Je t'ai posé une question tout à l'heure. Si tu veux vivre, tu vas y répondre. Où est-il ?

 — Sur Taellia, pour une commémoration.

 — Merci soldat. Maintenant, adieu.

 L'humanoïde retire sa lame de la jambe et de son pistolet explose la tête du Prygalien.

 — Mes dames, je vous remercie. Désirez-vous m'accompagner ?

 — Avec plaisir, répond Fortinha. Nous avons également un compte à régler avec Maxarls.

 — C'est donc pour ça que vous m'avez aidé...


 Le vaisseau α-15 atterrit avec quelques secousses sur la planète Taellia. Cette fois, Lothi a pris soin de se poser non loin du centre-ville où se trouve le mur des Héros. La quasi-totalité de la population y est regroupée autour de l'Empereur afin de rendre hommage à ces héros, disparus au combat avec dignité en défendant Pryga, selon le beau discours de Maxarls, que l'androïde vient applaudir.

 — Magnifique ! Émouvant !

 Sans surprise, il se retrouve rapidement au sol subissant la pression de la gravité que la cible de ses railleries prend malin plaisir à manipuler. L'Empereur descend de l'estrade d'où il présidait la cérémonie et s'approche du robot, un large sourire aux lèvres, très vite remplacé par une grimace de douleur. Son regard se porte sur sa poitrine de laquelle dépasse une lame. Il la reconnait, c'est celle de Lothi. Mais comment ? Il est au cloué au sol. Il sent l'arme se retirer et il se retourne pour découvrir son meurtrier. Il s'agit en réalité d'une meurtrière.

 — Forti ? bredouille-t-il.

 Obnubilé par l'humanoïde, il a relâché sa vigilance. Jamais, il aurait pensé être trahi par son ex-maîtresse. La cheftaine pouvait lire la haine et surtout la surprise dans ses yeux.

 — On ne fait pas chanter une Vaoyanne, dit-elle pleine de fierté.

 L'androïde, libéré de l'emprise de Maxarls, se relève et récupère son poignard fétiche qu'il s'empresse de planter en plein cœur de sa victime, comme il aime tant le faire. Il jubile devant le corps qui s'écroule. Il est enfin débarrassé du seul être capable de le vaincre. Il fouille les vêtements de l'Empereur à la recherche de l'artefact qui permet de se téléporter à souhait, mais n'y trouve que des antisèches de son discours, ce qui est étrange car il ne s'en sépare jamais.

 — Que fait-on, maintenant ? demande Fortinha

 — Nous allons retourner sur Pryga pour célébrer mon couronnement.

 — Ton couronnement ?

 — J'ai toujours rêvé de prendre la place de Maxarls. Qui pourrait m'en empêcher, à présent qu'il est mort ?

 La cheftaine commence à regretter son alliance avec l'androïde. Certes, la disparition de son maître chanteur l'arrange, mais voir Lothi à la tête de la plus importante planète du système Jadtac l'inquiète. Elle garde néanmoins le silence et embarque avec lui direction Pryga. Là-bas, elle récupérera un vaisseau et reconduira ses guerrières sur leur planète.



 L'annonce de la mort de l'Empereur et l'autoproclamation de Lothi à son poste est accueillie dans la douleur par le peuple et dans la haine par la milice impériale. Quelques soldats essaient bien d'intervenir mais il s'avère que les partisans du robot, ou plutôt les non-partisans de Maxarls, sont plus nombreux qu'ils auraient pu imaginer. L'ancien dirigeant de Pryga était, en effet, tyrannique dans sa manière de régner. Un peu de changement ne pourrait pas faire de mal.

 L'androïde organise une grande fête pour apaiser les tensions. L'alcool y coule à flot et tous les représentants des planètes voisines sont conviés. Il profite de leur présence pour les informer de sa première décision officielle qui est de mettre fin à toutes formes de rébellion. Il obtient le soutien de son homologue dakroonite qui souhaite voir sa planète retrouver la paix.

 Plus tard dans la soirée, l'humanoïde s'éclipse et rend visite à ZagiTri dans la soute de son vaisseau. Sans trop savoir pourquoi, il se laisse aller à quelques confidences.

 — Quel imbécile ce Dakroonite ! Il s'imagine que je vais le débarrasser des rebelles et les laisser vivre paisiblement.

 — Pourquoi me parlez-vous de ça ? Et surtout, pourquoi me gardez-vous prisonnier ?

 — Quand je t'ai rencontré j'ai eu l'infime conviction que tu pourrais m'être utile. Et vois-tu, j'ai récupéré une carte indiquant l'emplacement d'une pierre visiblement très puissante. Malheureusement, je n'ai aucune idée de l'endroit représenté sur celle-ci. Mais quelque chose me dit que tu connais cet endroit. Je ne sais pas, une intuition.

 Lothi lui montre le parchemin et guette une quelconque réaction chez Zagitri qui reste stoïque.

 — Qu'aurais-je à gagner à vous aider ? Je doute fort que vous me libériez.

 — Ne m'oblige pas à te torturer.

 — À quoi va vous servir cet objet ?

 — Coloniser l'univers pardi. Dépêche-toi de me dire ce que tu sais, ma patience a des limites. Je n'ai pas envie de parcourir les différents systèmes à la recherche d'un lieu dont tu connais l'existence, j'en suis certain.

 — Po'Um, ça vous dit quelque chose ?

 — Jamais entendu parler.

 — C'est normal, c'est une planète non référencée. Elle n'est accessible qu'en passant par un portail qui se trouve sur Dakroon et que seul leur Empereur peut ouvrir grâce à un contrôle rétinien.

 — J'ai bien fait de ne pas te tuer. Je te remercie pour ces informations. Sur ce, je te laisse, j'ai un œil à aller arracher.

 Alors que le robot quitte son vaisseau, Fortinha sort de derrière des caisses. La discussion qu'elle vient d'entendre l'inquiète d'avantage. Il est temps pour elle et ses femmes de repartir pour Vaoya. Elle regroupe ses guerrières à bord du vaisseau de l'humanoïde et prend la direction de sa planète natale.

 Pendant le voyage, elle décide de discuter avec le Taellien de la soute à propos d'humanoïde. Ce qu'il en ressort est qu'il faut absolument l'arrêter dans sa folie. Le problème est comment faire. La meilleure idée qui lui vient est de retourner dans l'autre monde dont les combattants, et surtout le double de l'androïde, seraient peut-être en mesure de le vaincre.


 La lumière du soleil levant éclaire le cadavre de l'Empereur dakroonite qui gît dans son sang, un œil en moins. Ce dernier baigne dans un bocal de formol posé sur le bureau de Lothi, plongé dans ses pensées. L'arrivée de la milice, sa milice impériale le ramène à la réalité.

 — Empereur, votre vaisseau a été volé, annonce le nouveau commandant, Jetrel.

 — Quoi ?!

 — Les Vaoyannes ne sont plus là, ce sont sûrement elles qui l'ont pris.

 — Je vois. Fortinha m'a dit qu'elle désirait retourner au plus vite sur sa planète. Je n'imaginais pas qu'elle irait jusqu'à prendre mon aéronef. Disons que c'est sa récompense pour m'avoir aidé.

 L'androïde fait bonne figure devant ses hommes mais, si son appareil ne lui manquerait pas puisqu'il dispose maintenant de la flotte de feu-Maxarls, la disparition de ZagiTri l'ennuie beaucoup. Il en savait trop. Il réfléchit et repense alors à ce que lui a dit le professeur. Il y a un deuxième clone sur Dakroon. Il voudra sans doute aller le mettre en garde contre le robot. C'est là une raison supplémentaire de se rendre sur cette planète.

 — Jetrel, prépare-moi le Space Marduk ! Je pars pour Dakroon. Et vous aussi soldat ! Commandant, cette fois je ne te disputerai pas le pilotage de cet engin. Alors, sois à la hauteur.

 Une heure plus tard, le nouvel Empereur et sa garde rapprochée décollent à bord d'un énorme vaisseau de dernière génération, équipé du meilleur armement du système Jadtac. Un simple bond dans l'hyper-espace les conduit à leur destination. Ils survolent la planète en direction du camp rebelle où l'humanoïde espère bien trouver ZagiBi.

  Jetrel pose l'aéronef à proximité d'un ancien camp militaire et lorsque le groupe foule le sol, c'est tout une armée de rebelles qui vient les accueillir armés jusqu'aux dents.

 — Voyons messieurs. Nous ne sommes pas armés, dit Lothi, bras en l'air.

 Il a en effet demandé à ses hommes de laisser leurs fusils dans le vaisseau. Il est là pour une visite diplomatique et non pour faire un massacre.

 — Que voulez-vous ? demande un rebelle.

 — Je souhaiterai m'entretenir avec un certain ZagiBi.

 — Venez seul et laissez un de mes hommes vous fouiller.

 — D'accord, pas de problème, répond l'androïde exagérant le ton amical qu'il a pris.

 Après une fouille et quelques kilomètres de marche sous escorte, Lothi est introduit dans un bâtiment à moitié en ruines. Il y est présenté à une armoire à glace balafrée de partout. Il s'agit de Bark, le meneur de la rébellion. À ses côtés se tient un petit Taellien à la moustache broussailleuse. Aucun doute, c'est bien ZagiBi qui se tient devant lui. C'est alors que surgit de nulle part, à la manière de Maxarls, un être inconnu et qui ne ressemble à aucune espèce vivante de cet univers. Celui-ci agrippe le bras du professeur et disparaît de manière aussi soudaine qu'il est apparu.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #21 le: 18 Novembre 2020 à 14:22:21 »
Chapitre 19

Sian-ve

 Pai et Gudrak sont dépités de voir leur ami s'éteindre petit à petit. Les crépitements qui s'échappent de son corps métallique se font de plus en plus rares. Le lyar ne cesse d'arpenter la maison de long en large en marmonnant dans ses moustaches.

 — Non, on ne peut pas abandonner si facilement, dit Gudrak. Il doit y avoir une solution.

 Le géant, posté à la fenêtre, assiste impuissant à la scène quand il entend les cris sauvages des orcs et des gobelins au loin. Il se dit qu'il a bien fait de ne pas rester avec eux. Ceux-ci doivent se livrer à quelque joute, selon Gudrak. Ce sont des races combatives qui détestent attendre à ne rien faire. De sa position, Grax ne distingue pas très bien la cause de ce raffut. Intrigué et n'étant d'aucune utilisé ici, il décide finalement de se rendre sur les lieux afin d'en apprendre plus.

 Lorsque le géant revient, il est accompagné de Grielaa et de Fortinha. Il toque au montant de la fenêtre et à la vue de la femme, le lyar bondit par la fenêtre, les crocs prêts à déchirer. Une épaisse fumée s'échappe de ses naseaux. Nul doute qu'il est prêt à carboniser la Vaoyanne au premier geste suspect.

 — Comment oses-tu te présenter ici ?

 — Du calme, intervient l’esprit sylve qui s'interpose avec courage. Fortinha et les siennes sont revenues dans notre monde pour se rendre, sans violence. Les guerrières ont remis leurs armes aux orcs et aux gobelins, qui les ont à l’œil.

 — C'est pour ça qu'on a entendu ces cris, ajoute Grax. Ils exultaient.

 — Ça sent le piège à plein nez, grogne Pai. Elle doit avoir une arme cachée et est venue achever le travail de son maître. On ne peut pas lui faire confiance.

 La jolie blonde commence à se déshabiller en commençant par enlever son haut, dévoilant une généreuse poitrine, ce qui met mal à l'aise le géant qui s'empourpre comme un gamin.

 — Comme tu vois, je ne cache rien. Et ce robot de malheur n'est en aucun cas mon maître. Et c'est justement la raison de ma présence ici. Il faut absolument l'arrêter. Il est devenu complètement mégalo. Seuls vous en êtes capables. Surtout son double. Je les ai vus se battre, s'il n'avait pas été distrait, il l'aurait vaincu.

 — Ça va, recouvre-toi. Son double, comme tu dis, est en train de crevé par votre faute. Et nous ne possédons, ni la connaissance, ni la technologie, pour le sauver.

 Un petit homme à la moustache broussailleuse et à la chevelure hirsute fait quelques pas pour faire remarquer sa présence. Le lyar, aveuglé par sa rage envers Fortinha, ne l'a pas vu, d'autant plus qu'il était caché par le géant.

 — Si je puis me permettre, moi, je peux peut-être faire quelque chose pour lui. Je me présente...

 — Vous êtes son créateur, dit Rislen dans l'embrasure de la porte. Mais... Mais... Je vous ai vu mourir.

 — À mon grand regret, je ne suis que son clone. Pas totalement réussi, qui plus est. Mais soit ! Je me nomme ZagiTri. Enchanté !

 — Pai, nous tenons là notre chance. Vite tout le monde à l'intérieur, avant qu'il ne soit trop tard.

 Le Taellien s'approche de Sian-ve et muni des quelques outils, sortis de la sacoche qu'il a déposée sur le sol à côté du lit, s'affaire à ausculter l'androïde. Il démonte puis remonte plusieurs pièces. Il ponctue chaque action par un petit soufflement trahissant son agacement de se retrouver face à une technologie qu'il ne parvient pas à maîtriser dans son intégralité.

 Les autres l'observent avec une grande attention et aussi avec beaucoup d'impatience. Devant le silence du professeur, Pai échange quelques regards interrogateurs avec Rislen qui ne peut que hocher la tête pour dire que, lui non plus, ne comprend pas ce qu'il se passe.

 ZagiTri, après de longues minutes à manipuler les différents câbles et circuits du robot, range ses instruments et vient faire part de son diagnostic, qu'il annonce plutôt encourageant.

 — Mon original, en dépit de ses ratés, était tout de même un scientifique de génie. Votre ami contient une technologie vraiment extraordinaire. Je ne saisis pas tout mais une très grande partie.

 — Vous pouvez le réparer ? s'enquiert Pai.

 — Seul, je ne pense pas. Et je ne dispose pas des pièces nécessaires. Il faudrait que je retourne à mon labo mais j'ai bien peur que le temps nous fasse défaut.

 — Et si je vous y emmène en un instant ? intervient Rislen.

 — Comment serait-ce possible ?

 — Vous n'avez qu'à visualiser l'endroit que vous souhaitez visiter. C'est bon ?

 — Oui.

 Le voyageur agrippe le bras du professeur et les deux disparaissent.


 Zagitri n'en revient pas, il est dans son laboratoire alors qu'il était dans une maison d'un autre monde à peine quelques secondes plus tôt. Sa tête lui tourne un peu et il est pris de nausée. À peine a-t-il le temps de se ressaisir que Rislen est déjà sorti pour examiner les environs, son instinct d'explorateur ayant pris le dessus sur la situation Le professeur fouille dans son bric-à-brac et réunit un amas de câbles et circuits. Il récupère aussi un ordinateur quantique portable. Il met le tout dans un grand sac et sort rejoindre le voyageur.

 — Nous pouvons rentrer, annonce-t-il.

 Rislen revient auprès du Taellien et demande :

 — Quand vous avez dit que vous n'y arriveriez pas seul, vous pensiez à quelqu'un pour vous aider ?

 — Exact. Je ne suis pas le seul clone de Zagi. Nous sommes deux. Et je pense que nos compétences peuvent se compléter et nous permettre de sauver votre ami.

 — Et où se trouve-t-il, ce... hum voyons, l'original s'appelle Zagi et vous ZagiTri, je suppose qu'il s'appelle ZagiBi ?

 — Perspicace ! Il réside sur Dakroon. Malheureusement, je ne sais pas où exactement. Aux dernières nouvelles, il aidait le chef de la rébellion en lui construisant des armes.

 — Je suis déjà allé sur cette planète, pas très accueillante. Je vous ramène dans ma maison et je vais aller enquêter afin de le retrouver.

 Le voyageur attrape le scientifique et l'emmène dans un nouveau voyage inter-univers. Pai et Gudrak, qui attendaient leur réapparition avec impatience, sont surpris de voir Rislen partir à nouveau. ZagiTri leur explique la raison de cette attitude avant de se mettre au travail en attendant le retour du voyageur.


 Plusieurs dizaines de minutes passent et Rislen est enfin de retour avec un homme ressemblant en tout point à ZagiTri. Tout comme son double plus tôt, le passage d'un monde à l'autre le rend fébrile. C'est circonspect mais curieux qu'il observe l'assemblée dont le moral est à la hausse. Tandis que celui-ci retrouve l'autre petit moustachu, le voyageur s'éclipse une dernière fois avant de rapporter une grosse caisse de métal que ZagiBi s'empresse d'ouvrir. Il en sort de nombreux composants robotiques ainsi qu'une toute petite boîte en bois et un appareil qui, une fois assemblé, ressemblait à un microscope géant. Le deuxième clone est ébahi devant ce matériel et une lueur étincelle dans ses yeux.

 — Ce microscope et cet étui... Dis-moi que tu as réussi à maîtriser cette fameuse nanotechnologie sur laquelle tu travailles depuis des lustres.

 — Hum, hum. Non seulement nous allons réparer ce robot, mais nous allons aussi et surtout le rendre encore plus puissant et intelligent.

 — Je me disais bien que la rébellion devait avoir un secret pour tenir aussi longtemps face à l'Empereur Fewuam Maxarls.

 Lorsqu'il entend ce nom, les 3 trompes de Rislen s'agitent dans une légère ondulation.

 — Que se passe-t-il Rislen ? demande Pai.

 — Pas maintenant. Laissons ces clones travailler en paix.

 Les deux Taelliens branchent Sian-ve à l'ordinateur quantique puis le positionnent sous la machine. Sur l'écran, on peut voir l'intérieur de l'androïde de manière très zoomée. ZagiBi ouvre la petite boîte et à l'aide d'un robot miniature se saisit des pièces à l’intérieur qui s'avèrent être encore plus miniatures et qu'il ne distingue que grâce au microscope.

 Les autres occupants de la pièce observent la scène, médusés. Ils ne comprennent rien à ce qu'il se passe, mais l'attitude des professeurs leur semble rassurante et l'espoir renaît encore plus quand Sian-ve lève le bras en direction du lyar.

 — Pai... Que se passe-t-il ?

 — β-16 ! Tout doux. Ne bouge pas. Tu as été bien amoché par ton doppelgänger sombre. Ces scientifiques sont en train de te retaper. Ce sont les clones de ton créateur. Tout va bien se passer.

 — La carte ?

 Le lyar secoue la tête en signe de dénégation et l'humanoïde tourne la tête, n'osant affronter le regard de ses amis.

 — Ce n'est pas ta faute. Tu as eu peur pour moi et l'autre taré en a profité. Je te l'ai toujours dit, tu es trop bon et trop naïf, ajoute-t-il avec un petit rire.

 Il s’efforce de redonner le moral à son ami mais celui-ci se sent responsable et craint pour le sort de l'univers, des univers.

 — Quand vous serez sur pieds mon cher ami, commence ZagiTri.

 — Vous serez bien plus puissant que votre double, termine ZagiBi avec un sourire vers son propre double. Maintenant, soyez sage et laissez-nous travailler. La technologie que nous utilisons demande une extrême concentration et le plus grand calme.
« Modifié: 26 Novembre 2020 à 10:53:09 par John Lucas »

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #22 le: 02 Décembre 2020 à 14:52:21 »
Chapitre 20

Lothi

 Lothi fulmine. On vient de lui enlever coup sur coup les deux personnes qu'il estime les plus dangereuses pour lui dans tout l'univers. Même si les Taelliens sont d'apparence chétive, leur immense savoir pourrait lui mettre des bâtons dans les roues, surtout s'ils s'associent. De plus, il ne sait pas où se trouve ce portail qui mène Po'Um et comptait sur ZagiBi pour lui indiquer. De rage, il dégaine son poignard dissimulé et empoigne Bark, dans des mouvements si vifs que les rebelles dakroonites n'ont le temps de réagir.

 — Doucement, robot, dit le balafré. Même si tu me tue tu ne sortiras pas d'ici vivant.

 Il indique d'un geste du bras la rangée de combattants entrant dans le bâtiment et bloquant la sortie. Ils sont une trentaine et armés d'impressionnant blasters. L'androïde, sourire aux lèvres, presse un petit bouton au niveau de son épaule. Quelques secondes plus tard, une épaisse fumée envahit la pièce et ses adversaires se mettent à tousser, la gorge irritée par le gaz. Les premiers commencent à s'écrouler tandis que l'humanoïde, insensible, bondit d'homme en homme pour leur planter sa lame dans le cœur ou leur trancher la gorge. Tout se déroule très vite et bientôt, Lothi se retrouve seul à seul avec Bark, à demi-conscient, qu'il traîne hors du bâtiment.

 — De l'eau soldats ! ordonne-t-il. Pour ce brave guerrier.

 Il lui fait boire quelques gorgées qui soulagent son irritation et le menace à nouveau d'une arme ramassée sur un cadavre dakroonite.

 — Ai-je ton attention, maintenant ? Qui est cet être qui a enlevé le professeur ?

 — Aucune idée. Kof kof... Je ne l'ai jamais vu.

 — Tu en es bien certain ?

 Lothi enfonce l'arme dans la joue du chef rebelle, le doigt sur la gâchette.

 — Affirmatif. Vu son apparence, je m'en souviendrais.

 — Bien. Je te crois.

 L'androïde jette au sol son arme qui laisse une marque sur le visage de Bark, soulagé de ne plus être braqué.

 — Une dernière question avant de partir. Sais-tu où je peux trouver les triplés Zz ?

 — Ils ont leur repère dans les montagnes, au pied du mont Ildy. Tu ne vas pas me tuer ?

 Le robot lui sourit et fait volte-face. Lorsqu'il s’apprête à sortir, dans son dos, le Dakroonite ramasse le blaster mais n'a pas le temps de viser que le lame de Lothi vole et vient lui percer la poitrine. Il tombe à genoux, l'air hagard. Son bourreau vient récupérer son poignard qu'il prend malin plaisir à remuer dans la plaie, le regard plongé dans les yeux de sa victime et un rictus sarcastique aux coins des lèvres. Puis las de s'amuser, il tranche la gorge de Bark et le pousse au sol d'un coup de pied.

 Le dégoût se lit sur les visages des soldats Prygalliens mais aucun n'ose exprimer son opinion. Cette situation amuse beaucoup l'androïde qui savoure la crainte qu'il inspire au sein de sa propre armée. Il en a fini d'être sous le joug d'un Empereur tout aussi sadique que lui.

 — Jetrel !

 — Oui, mon Empereur.

 — Je ne suis pas encore habitué mais ça sonne plutôt bien, dit-il par-devers lui. Trouve nous des aéronefs légers ainsi que des vêtements chauds pour vous. Nous allons dans les montagnes.



 Après avoir traversé la grande plaine puis le désert glacé des terres du nord, à vie allure sur les aéro-scooters dénichés par son commandant, Lothi et son escorte arrivent enfin dans la vallée du mont Ildy qui s'élève devant eux, le sommet caché dans les nuages. Ils ne décèlent aucune trace de vie, uniquement le blanc de la neige qui enseveli à moitié toutes les habitations de l'unique village de la région.

 — Comment des espèces de lézards peuvent habiter un endroit si froid. Ne dit-on pas qu'ils hibernent l'hiver ? demande Jetrel.

 — Ils sont humain avant tout, répond l'androïde. Ils n'ont que l'apparence de reptiles. Et aussi leur faculté à régénérer un membre coupé, parait-il. J'aimerais bien voir ça d'ailleurs.

 Le chef de la milice remarque un point lumineux rouge, qui apparaît d'abord sur le front du robot, puis se ballade de soldat en soldat et, pour finir, s’arrête sur sa propre poitrine. L'humanoïde qui a aussi observé ce phénomène, se met à rire devant la mine effarée de son subordonné.

 — Un conseil, aucun mouvement brusque, lui dit-il avant de reprendre plus haut. C'est comme ça qu'on accueil un vieil ami, Zzi ?

 — Un vieil ami ?! résonne une voix féminine, au loin. Tu n'es l'ami de personne, boite de conserve.

 — Je suppose que tes frères sont planqués dans cette petite chapelle ? Ils ont toujours eu un faible pour les lieux de culte, tout athées qu'ils sont.

 Deux hommes identiques, de très haute taille, avec une tête semblable à celle d'un serpent, et au corps recouvert d'écailles, sortent du bâtiment que Lothi pointe du doigt, l'air sûr de lui.

 — Ah, ah, on ne te l'a fait pas, ricane un des deux.

 — Zza et Zzo, les mercenaires débiles. Comme ça me fait plaisir de vous voir.

 — Hé ! Qui tu traites de débile, débile ! s'énerve le deuxième homme-reptile.

 — Tais-toi ! C'est à cause de toi qu'il nous prend pour des débiles ! Débile !

 Les deux mercenaires sortent un phaser et se mettent en joue en continuant à s'invectiver tandis que leur sœur les rejoint. Elle s'approche de ses frères qui ne l'ont pas vu arriver, et leur envoie à chacun une claque derrière la tête.

 — Vous avez fini vous deux !

 — Pardon Zzi, répondent-ils en chœur.

 Les soldats prygalliens ne savent que penser de cette scénette.

 — C'est ça les fameux triplés mercenaires de Dakroon que tout le monde craint ? demande Jetrel à voix basse pour n'être entendu que de Lothi.

 L'androïde ne prend pas la peine de lui répondre et s'avance vers les nouveaux venus. Après quelques franches poignées de main, les quatre s'écartent pour discuter entre eux.

 — Je vais être direct. Je dois me rendre sur Po'Um et j'ai besoin de vous pour cela. Votre prix sera le mien.

 — Et qu'en pense l'Empereur ? demande Zza.

 — Ah oui, vous n'êtes pas au courant. Je suis l'Empereur !

 — Comment ça ?

 — J'ai tué Maxarls et ai pris sa place. Personne ne m'a contesté.

 — J'aimerais bien savoir comment tu as réussi cet exploit.

 — Je n'ai pas le temps de vous raconter. Vous savez où se trouve ce portail pour accéder à cette planète non référencée, je me trompe ?

 — Tu es bien renseigné. Mais ce portail est doté d'un contrôle rétinien de dernier cri. Impossible de le contourner.

 — Ne vous inquiétez pas pour ça. Je m'en suis occupé.

 Zzi déglutit, craignant d'avoir compris ce que Lothi voulait dire. Le sourire du robot et la lueur dans ses yeux vient confirmer ses soupçons. Elle fait signe à ses frères de se retirer avec elle quelques instants afin de tenir conciliabule puis reviennent vers l'humanoïde annoncer leur décision de le conduire sur Po'Um en échange d'un million de crédits universels.



 Les triplés, qui ont préféré utiliser leur aéronef, posent l'appareil non loin de la résidence de l'Empereur dakroonite. Pieds à terre, ils emmènent Lothi dans un immense hangar un peu plus au sud. Au milieu de celui-ci trône un cercle suspendu dans le vide, avec à côté une console de commandes. Le groupe s'approche des machines et Zzi indique le scanner rétinien. L'androïde sort d'une sacoche un petit bocal rempli de liquide dans lequel flotte un œil. Il ôte le couvercle et se saisit de l'organe qu'il présente à l'appareil de contrôle. Un laser parcourt l’œil de haut en bas puis un bip retentit. L'anneau se met alors à tourner sur lui-même de plus en plus vite avant de s'arrêter dévoilant un paysage inconnu en son centre.

 — Soldat, dit Lothi en désignant un de ses hommes. Saute là-dedans, puis revient faire ton rapport.

 Le prygallien, peu rassuré, s'avance d'un pas très lent quand Zzo vient l'attraper et l'envoyer dans le portail sans ménagement. Quelques minutes plus tard, il est de retour et rapporte ce qu'il a vu : des paysages pleins de végétation et aucun signe de vie.

 L'androïde ordonne à son armée de l'attendre dans le hangar et s'élance à son tour dans le cercle suivi des mercenaires. Il ne peut cacher sa surprise face à la ressemblance des lieux avec l'autre univers. De vastes étendus de nature agrémentés d'une petite forêt semblable à celle de Thelthane. Son instinct lui dit que l'artefact se trouve dans une grotte au milieu de celle-ci, tout comme l'endroit où se situait le parchemin dans l'autre monde. L'examen de ce dernier confirme son idée.

 La planète est minuscule, si bien qu'il est possible d'en faire le tour à pied en deux bonnes journées. C'est donc rapidement que le groupe trouve l'emplacement marqué d'une croix sur la carte et s'aventure dans la caverne. Celle-ci les mène en profondeur, dans une galerie où repose un coffre en argent. Inquiet, Lothi s'imagine tout à coup qu'il allait avoir besoin d'une clé pour l'ouvrir. Une fois assez proche, il est soulagé de constater l'absence de serrure et soulève le couvercle dévoilant une plaque de métal dans laquelle sont incrustés des puces et des circuits. L'androïde note aussi la présence de quatre fils pendants. Déçu de sa trouvaille, il laisse exploser sa colère.

 — C'est ça, sa pierre d’espérance ?! Il s'est bien foutu de ma gueule, cet enfoiré ! Et les clones de Zagi qui sont sûrement dans l'autre monde alors que je vais avoir besoin d'eux. C'est bien ma veine ! Messieurs...

 — Et mademoiselle, ajoute Zzi.

 — On s'en fou ! le coupe l'androïde, toujours hors de lui. Vous allez venir avec moi, je vais vous faire découvrir un autre univers. Et là-bas, vous allez pouvoir vous en donner à cœur joie, je vous le promets. Il y a tout un tas de faiblards à abattre. Je suis certain qu'on va retrouver de vieilles connaissances aussi. Sinon, comment ils auraient pu apprendre l'existence de ZagiBi.

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« Réponse #23 le: 09 Décembre 2020 à 20:38:45 »
Chapitre 21

Sian-ve

 Pendant que les scientifiques sont attelés à remettre Sian-ve sur pieds, Rislen invite ses compagnons à le suivre pour rejoindre Grax qui attend à l'extérieur de la maison avec Fortinha. Rassurés à la suite des propos optimistes des deux clones, Gudrak et Grielaa sont les premiers à sortir. Pai a plus de mal à laisser son ami seul avec deux étrangers.

 — Allez, viens Pai. Laissons-les travailler au calme, dit le voyageur. J'ai confiance en eux et nous ne pouvons en aucun cas les aider. Leur technologie nous dépasse que trop. Et il y a des choses que je voudrais éclaircir.

 — Tu as raison.

 Le lyar, après un dernier regard à l'androïde qui semble dormir en toute paisibilité et un hochement de tête commun et rempli de bienveillance de ZagiBi et ZagiTri, se résout à rejoindre tout le monde dehors. Les sourires sont revenus sur les visages tirés des aventuriers. L'orc accueille Pai d'une petite caresse sur la tête qui apaise celui-ci qui déteste pourtant qu'on le prenne pour un matou, comme il le dit souvent.

 — Excuse-moi, femme, marmonne le fauve. Si tu n'avais pas ramené ce drôle de petit bonhomme, β-16 était foutu. Merci.

 — J'aurais réagi de la même façon si mon ennemi s'était présenté à moi ainsi.

 — Je te reconnais bien là, Pai. Même si ça te coûte de te fendre en excuses, tu es quelqu'un d'honorable, dit Rislen. Fortinha, c'est ça ? Que pouvez-vous me dire sur cet Empereur Fewuam Maxarls ?

 — C'était l'Empereur de la planète Pryga dans le système Jadtac. C'était un cyborg qui avait la capacité de contrôler à sa guise les systèmes informatiques et par la même occasion Lothi, l'humanoïde qui ressemble à votre ami.

 — Pourquoi en parlez-vous au passé ?

 — Lorsque nous sommes repartis dans notre monde après que vous nous ayez repoussés, j'ai aidé Lothi à l'assassiner. J'avais moi aussi un passif avec ce tyran.

 — Avait-il un objet comme celui-ci qui lui permettait de se déplacer à sa guise ? demande le voyageur en désignant le mécanisme sur son caban.

 — Tout à fait ! s'exclame la Vaoyanne toute étonnée. Comment le savez-vous ?

 — Juste une supposition. Pourriez-vous m’épeler son nom ?

 — F-E-W-U-A-M M-A-X-A-R-L-S. Quelle importance ?

 — Je crois comprendre où tu veux en venir Rislen, intervient Pai. Tu m'avais dit que tu avais des doutes à propos de notre administrateur, mais jamais je n'aurais pensé qu'il serait impliqué ce point.

 — Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe, dit Gudrak, perdu. Je ne suis qu'un pauvre orc sans cervelle.

 — Notre cher administrateur, reprend Rislen, se nomme Warumax Meslaf. W-A-R-U-M-A-X M-E-S-L-A-F.

 Une lueur étincelle dans les yeux de Grielaa et Fortinha qui ont tout de suite compris ce que Pai et Rislen venait de découvrir quelques minutes avant elles. Grax et Gudrak se regardent et haussent les épaules.

 — Ouais, et ben quoi ? demande l'orc, encore plus confus.

 — Fewuam Maxarls et Warumax Meslaf sont deux anagrammes.

 — Ça veut dire que les deux noms sont écrits avec les mêmes lettres dans un ordre différent, précise Pai devant l'air ahuri des deux balourds.

 — Pai, continue le voyageur. Nous devrions aller rendre visite à Meslaf pour tirer ça au clair.

 — Je viens avec vous ! lance Sian-ve debout dans l'embrasure de la porte.

 Pai se jette sur lui de joie, bientôt suivi de Gudrak. Rislen reste en retrait mais ne peut cacher sa joie et ses trompes ondulent dans tous les sens. L'androïde semble plus resplendissant et solide. Il ne s'est jamais aussi bien senti de sa vie.

 Après ces émouvantes retrouvailles, le voyageur propose à chacun de l'accompagner à Mondcarlin. Fortinha préfère ramener ses guerrières sur leur planète d'origine, ce conflit n'étant plus le leur. Grielaa se volatilise après avoir gentiment refusé, prétextant que son peuple est pacifiste. Grax accepte volontiers, il n'en a pas fini avec ceux qui ont tué son père. Les professeurs demandent pour rester dans la maison de Rislen, le temps que les choses se tassent. Requête accepté par ce dernier.

 Le groupe de cinq ainsi constitué part donc en direction de Mondcarlin. À la sortie de Riroc, ils mettent au courant les orcs et gobelins, à qui ils demandent de rester là pour veiller sur les scientifiques.



 Les vaoyannes accompagnent Sian-ve et ses camarades jusque dans la forêt Thelthane. Là, les guerrières pénètrent dans la grotte Rogh-lehd sous la surveillance des esprits sylves dont Pai sent la présence sans les voir. Elles regagnent ainsi leur monde tandis que les autres continuent leur chemin vers la grande cité où ils sont accueillis par la garde personnelle de Meslaf, désorganisée et très agitée. Certains des hommes sont même blessés et leurs frères d'arme pansent leurs plaies.

 — Que se passe-t-il ? demande Sian-ve. Pourquoi n'êtes-vous pas au palais ?

 — L'administrateur est devenu fou ! répond un des soldats, bien remonté. Il s'est acoquiné avec une ogresse. Nous avons essayé de le raisonner mais il a ordonné à l'enragée de se débarrasser de nous. Et c'est qu'elle est coriace ! Nous avons dû battre la retraite.

 L'androïde échange un regard interrogateur avec Pai et Gudrak.

 — Vous pensez que... Non ! Impossible que ça soit Zehell !

 — Allons voir par nous-même, suggère le lyar.

 — Faites attention à vous messires.

 Ils traversent la cité sans croiser âme qui vive. Tout le monde s'est réfugié chez soi, à la suite des événements récents. Arrivés à la demeure de Meslaf, ils sont surpris de trouver le lieu désert. Tandis qu'ils pénètrent dans le luxueux bâtiment, ils entendent des voix provenant du salon privé de l'administrateur. Ils reconnaissent celle du propriétaire des lieux mais pas celle assez gutturale tout en restant un peu féminine. L'ogresse, supposent-ils. Le groupe s'introduit alors dans la pièce, sur leur garde et prêt à en découdre s'il le faut.

 — Qu'allégresse et quiétude fassent votre journée mes chers concitoyens ! proclame-t-il les bras grand ouverts.

 — C'est bon, Meslaf, tu peux tomber le masque, lance Pai.

 L'administrateur, qui n'est pas surpris de leur arrivée, fait un signe de la main en direction de l'entrée dans leur dos. Quelle n'est pas leur surprise lorsqu'il se retourne et voit l'ogresse fermer et verrouiller la lourde porte.

 — Vous avez mis du temps à comprendre, reprend Meslaf. Je ne vous présente pas Zehell ? Il me semble que vous vous connaissez déjà. Ah ah ah.

 Le visage de l'ogresse semblait différent. Il était froid et fermé. Elle les dévisage avec un sourire sarcastique.

 — Une belle petite brochette d'idiots, se gausse-t-elle.

 — Quel lien vous uni à Fewuam Maxarls ? demande Rislen qui ne se laisse pas décontenancer.

 — Le plus simple est de vous montrer.

 Sous les yeux incrédules des compagnons de l'androïde, Warumax Meslaf prend soudain l'apparence de Fewuam Maxarls, puis se met à rire aux éclats.

 — Vous verriez vos têtes ! C'est sûr que dans ce monde, cela a de quoi étonner. Déjà que sur Pryga, ce n'est pas commun... Bref. Ce n'est rien d'autre que de la nanotechnologie. Je peux prendre l'apparence que je souhaite.

 Pour appuyer ses dires, il se transforme en Rislen. Ce dernier n'en revient pas. Finalement Maxarls reprend sa véritable identité, celle de l'Empereur de Pryga.

 — N'êtes-vous pas censé avoir été assassiné par le doppelgänger sombre de Sian-ve ? questionne Pai.

 — Lothi ? Laissez-moi rire. Il a juste tué un pauvre Taellien sur lequel j'ai usé de cette fameuse nanotechnologie. Moi, me faire avoir par une boite de conserve ?

 Ces mots étaient de trop pour Sian-ve qui bouillonnait depuis son entrée dans les lieux. Il se lança en direction de Meslaf ou qu'importe son nom quand celui-ci leva la main vers lui. Il est stoppé net et s'écroule au sol, écrasé par la pesanteur.

 — β-16 ! gronda le lyar.

 — Ne bouge pas le matou ! Sauf si tu veux que j'en finisse avec ton ami, ici et maintenant. Vois-tu, Sian-ve, reprit-il à l'attention de l'humanoïde, je suis ce qu'on appelle un cyborg et je suis doté d'une capacité très intéressante qui me permet de contrôler n'importe quel système informatique. À cet instant, j'ai détraqué ton système de gravitation. Je sais que tu ne comprends rien à ce que je te raconte donc retiens bien juste une chose : tu ne peux rien contre moi.

 — Ordure ! hurle Gudrak qui se jette à l'assaut.

 — Non, Gud, lui dit Pai, trop tard.

 Maxarls actionne alors son artefact et disparaît, un grand sourire aux lèvres, libérant par la même occasion Sian-ve de son entrave. Zehell ne peut masquer sa surprise. Rislen disparaît à son tour.

 — On dirait bien qu'il t'a abandonnée, madame l'ogresse pas du tout peureuse et innocente, dit le lyar.

 Les trois combattants que sont Sian-ve, Pai et Gudrak s'avancent alors vers Zehell qui décide de jouer la carte de la ruse.

 — Je suis vraiment désolée, dit-elle en pleurnichant. Il m'a forcée. Il a enlevé ma famille.

 — Écoute-la Pai, elle a agi sous la contrainte. Je t'avais dit que c'était impensable.

 — Mais ce n'est pas possible d'être aussi naïf. Ça ne t'a pas suffi de te faire démonter par ton double ?

 Le lyar été excédé par l'incrédulité de son ami.

 — Tu devrais prendre note de ce que raconte le vieux, robot.

 Zehell avait repris son attitude belliqueuse et sans se démonter, elle les attaque avec véhémence. Hélas pour elle, les nouvelles capacités de Sian-ve lui permettent de la neutraliser en un rien de temps sans subir aucun dommage. Les coups de dague n'ont même pas égratigné sa carcasse en métal alors que ces coups à lui ont assommé sans mal l'ogresse. L'androïde est le premier surpris et se promet de remercier les scientifiques comme il se doit.

 — Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demande-t-il.

 — On l’enchaîne et on la confie aux gardes qui la mettront en cellule. Quant à nous, direction l'autre monde. Nous avons une carte et encore mieux une pierre à retrouver. Nous avons toujours les clés en notre possession et quelque chose me dit qu'elles seront encore utiles.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #24 le: 16 Décembre 2020 à 19:28:56 »
Chapitre 22

Lothi

 Lothi se dirige vers le portail pour regagner Dakroon et se rend vite compte que les triplés ne le suivent pas. Lorsqu'il se retourne, il voit la mine renfrognée de Zzi qui murmure quelque chose à ses frères. Elle n'a pas dû apprécier le ton qu'il a employé avec lui. D'instinct, il porte la main à sa cuisse pour sortir son poignard mais il est coupé dans son élan par le retour du point lumineux qui parcourt son corps métallique. La mercenaire a été plus prompte que lui pour dégainer son arme et elle a la réputation d'être la meilleure snipeuse du système. L'humanoïde lève les mains en signe de tentative de conciliation.

 — Qu'est-ce que vous me faites, là ? Vous l'aurez votre million, grogne l'androïde.

 — Ha, ha. On s'en fout de ton pognon, avoue Zza. Balance-nous l'artefact !

 — Quoi ?! Mais qu'allez-vous en faire, ce n'est qu'un vulgaire circuit. Je doute que ça soit utile à des hommes-lézards.

 — Fais ce qu'on te dit ! Cela appartient à l'Empereur Maxarls.

 — Maxarls ? Mais tu débloques ou quoi ? T'as le sang qui surchauffe ?

 Le robot est perdu devant le changement d'attitude des mercenaires qui crache sur un million de crédits universels. Cela ne leur ressemble pas et surtout, pourquoi s'évertuent-ils à parler de l'Empereur. Il évalue la distance qui le sépare du passage. Cela se tente. Même blessé, une fois de l'autre côté, il pourrait les enfermer ici, à tout jamais. Il sourit à l'avance de se savoir débarrassé des plus redoutables chasseurs de la galaxie.

 — Rassure-moi, tu n'espères pas t'échapper, la conserve ? ricane la Dakroonite, l’œil dans le viseur.

 — Tu vas rester bien sagement où tu es, ajoute Zzo. Il ne va pas tarder. En attendant, obéis et envoie-nous ce bidule.

 — Qui ne vas pas tarder ? Le fantôme de l'Empereur que j'ai moi-même poignardé au cœur ?

 Les triplés se mettent à rire à gorge déployée, ce qui crée l'incompréhension la plus totale chez Lothi. Il se met alors à douter mais, non, c'est impossible. Puis, il sent une force s'exercer sur lui, comme lorsque Maxarls jouait avec son système gravitationnel. Non, ce n'est qu'une impression, rien de plus. La pression se fait de plus en plus forte et il se retrouve face contre terre lorsque des bottes noires apparaissent dans son champ de vision. L'étreinte se desserre assez pour qu'il puisse lever la tête et son regard, qui longe une longue robe blanche, s'arrête pour finir sur le visage de l'Empereur, tout sourire.

 — Nooon... Co-comment est-ce po-possible ? J'ai planté ma lame dans ton cœur...

 — Exact, tu as bien planté ta lame dans un cœur, répond Maxarls. Mais il appartenait à un pauvre Taellien.

 L'Empereur prit alors l'apparence d'un natif de Taellia sous les yeux médusés de l'androïde. Cela provoque l'amusement des mercenaires, visiblement au courant des aptitudes de leur maître qui reprend sa propre personnalité.

 — N'est-elle pas sensationnelle la nanotechnologie dakroonite ? s'exclame Zzo. Entre des mains expertes, elle permet bien des choses. Mais vois-tu, malgré tout son talent, notre Empereur connait certaine lim...

 — Tu parles trop, imbécile ! gronde Maxarls. Mais qu'importe. Ce très cher Lothi ne quittera pas cette planète. Enfin, pas en un seul morceau, ni en état de marche. Messieurs, mademoiselle, il est à vous. Ne me décevez pas.

 Maxarls relâche un peu son étreinte, ce qui permet à l'androïde de se mettre à genoux, puis le regarde droit dans les yeux.

 — J'espère que tu as profité de ton court règne.

 — Aaaaaaahhhhhhh ! Ordure ! Je te crèverai.

 L'Empereur disparaît alors, libérant ainsi le robot qui, avec une vivacité incroyable, dégaine son poignard qu'il lance sur Zzi. Celle-ci a tout juste le temps de se décaler d'un demi-pas, ce qui ne suffit pas à éviter la lame qui vient se planter dans son épaule. La douleur vive lui fait lâcher son arme et provoque la rage de ses frères qui se jettent sur Lothi. L'androïde plus vif que les hommes-lézard parvient à éviter les assauts de ses opposants qui se font de plus en plus précis et violents. Il veille à toujours garder un des deux frères entre lui et la tireuse d'élite qui s'est positionnée en haut d'une butte pour avoir une vue dégagée et attendre le bon moment pour achever sa cible.

 Les minutes passent et le combat reste indécis. L’humanoïde qui se défend comme un forcené et a réussi à tirer son arme de poing mais il ne parvient pas à s’en servir tant il est acculé par les coups de butoir des mercenaires. De-ci et de-là, il entend fuser des balles tirées par la femelle qui grogne à chaque raté. Personne n’avait résisté de cette façon à la snipeuse.

 Dans un mouvement de rotation, Lothi esquive le tranchant de l’épée de Zza et vient planter sa propre lame dans la poitrine de son adversaire qui, un large sourire aux lèvres, se saisit du bras de l’androïde et l’attire à lui et l’emprisonne dans une étreinte indéfectible.

 — Ha, ha. Dommage pour toi, nous autres, hommes-lézards, n’avons pas notre cœur à ce niveau, dit le Dakroonite, satisfait que sa ruse ait fonctionné.

 Zzo se présente alors dans le dos du robot et fait sauter la plaque principale de son corps métallique avant d’arracher tous les câbles et circuit qui lui passent sous la main. Lothi s’écroule alors au sol, crépitant, les yeux incrédules tournés vers les deux frères qui se congratulent et sont bientôt rejoint par leur sœur. La femelle sort une arme de plus petit calibre et entreprend de cribler la victime de balles.

 — Arrête ça, Zzi ! Intervient Zza. Pas besoin de s’acharner dessus comme ça.

 Il se baisse, approche son visage de celui de l’androïde et sa bouche se déforme en un rictus sardonique des plus terrifiants.

 — Je préfère m’en occuper personnellement ! hurle-t-il alors qu’il démembre le robot.

 Le bras d’acier vole alors dans les airs et s’ensuivent de nombreuses pièces métalliques.

 Lorsqu’il ne reste que la tête, Zzi et Zzo stoppent leur ainé dans sa folie destructrice et tout trois repartent par le portail qu’ils prennent soin de fermer derrière eux sous les ovations des soldats Prygaliens qui accueillent la nouvelle du retour de Maxarls et de la mise en pièce de Lothi avec la plus grande joie.



 Maxarls est de retour dans son quartier général et profite de la foule en liesse, agglomérée aux portes du bâtiment. Bien qu’il soit craint de son peuple, celui-ci est soulagé de ne plus être sous le joug de l’androïde.

 L’Empereur gagne son laboratoire secret et connecte l’artefact à tout un tas d’ordinateurs, eux-mêmes reliés à des robots aux formes d’animaux divers. Derrière eux, se trouvent d’autres machines, à forme humaine, ressemblant un peu à Lothi et Sian-ve.

 — Ma petite armée... Avec ceci, je vais enfin pouvoir tous vous contrôler en même temps et vous envoyer coloniser toutes les planètes de ce système. Une fois cela terminé, nous nous attaquerons aux systèmes voisins.

 Après quelques manipulations sur les différents appareils, Maxarls fronce les sourcils et une moue se dessine sur son visage. Il examine chaque écran et retape plusieurs commandes. Sa mine est de plus en plus déconfite et ses mains se mettent à trembler. La rage commence tout doucement à le submerger si bien qu’il envoi valser un de ses claviers.

 — Pourquoi ?! Pourquoi ?! répète-t-il sans cesse.

 Il tape du poing sur le bureau et sort en trombe de la pièce avant de se téléporter sur Dakroon où il rejoint les triplés. Ceux-ci ne le voient pas arriver et ne peuvent éviter le rayon paralysant du fusil de Maxarls. De constitution solide, les hommes-lézards sont sonnés mais réussissent à rester debout. Ils dévisagent le Prygalien, pour qui ils ont toujours eu du respect et ont toujours obéi à ses moindres besoins.

 — Qu’est-ce qui te prend ? parvient à demander Zzo.

 — Vous n’auriez pas oublié de me donner quelque chose par hasard ?

 — De quoi parles-tu ? C’est toi qui as récupéré la plaque dans les mains du robot.

 — Alors, explique-moi pourquoi elle ne fonctionne pas.

 — Je n’en sais rien, moi. Je ne suis pas expert en robotique, électronique, ou je ne sais quoi.

 — Qu’avez-vous fait de Lothi ? Je suis sûr qu’il a dissimulé une partie de l’artefact.

 — On l’a mis en pièce et on l’a laissé sur Po‘Um. On l’aurait vu s’il avait caché quelque chose.

 — Retournez le chercher et ramenez-le-moi à mon labo.

 Maxarls disparaît, plus enragé que jamais.

 Plusieurs minutes plus tard, l’effet paralysant s’estompe et les mercenaires sont enfin en mesure de se mouvoir de manière convenable. Il rebrousse chemin et retourne au portail afin de se rendre sur Po’Um.

 — Franchement, je ne sais pas lequel entre Maxarls et Lothi est le plus terrible. Certes l’androïde est ingérable mais cet Empereur n’hésite pas à s’en prendre à ses propres alliés de longue date. On n’est vraiment pas à l’abri même lorsqu’on est dans ses petits papiers. Au moins Lothi, lui, on sait qu’il déteste tout le monde et qu’il est impossible de lui faire confiance.

 Les triplés s’avancent vers la table de commande et présente l’œil de l’Empereur, qu’ils ont récupéré lorsqu’ils sont ressortis la fois précédente, au niveau du scanner rétinien. Rien ne se passe. Zzi entreprend de nettoyer l’œil dans le liquide du bocal – très certainement du formol – et soumet à nouveau l’organe au contrôle. Cette fois, l’anneau se met à tourner et le passage vers Po’Um s’ouvre.

 Lorsqu’ils arrivent sur la petite planète, Lothi se tient debout en un seul morceau mais semble un peu différent et bien moins sauvage qu’à l’accoutumée. Il est armé d’un sceptre et un drôle de petit dispositif repose sur sa poitrine.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #25 le: 23 Décembre 2020 à 12:28:55 »
Chapitre 23

Sian-ve

 Sian-ve, Pai, Gudrak et Grax sortent du palais sous la lumière déclinante du coucher des deux soleils. Quelques hommes armés, anciens membres de la garde personnelle de Meslaf, se sont rassemblés devant le bâtiment, prêts à en découdre avec leur souverain.

 — Calmez-vous, les gars ! dit le lyar d'un ton très ferme. L'administrateur est parti. Et très loin d'ici, si vous voulez mon avis. Par contre, vous pouvez enfermer celle-ci.

 Il désigne l'ogresse que Gudrak fait avancer en lui titillant les reins avec son épée courte.

 — Comment est-ce possible ? demande un des soldats. Et comment avez-vous maîtrisé cette folle-furieuse ?

 — Vous ne me croiriez pas. Et pour elle, vous pouvez féliciter β-16.

 Rislen apparait juste devant l'androïde. Ses trompes sont plus agitées que jamais et il se balance nerveusement d'une jambe-tentacule à une autre.

 — Que se passe-t-il Rislen ? demande le robot. On dirait que tu as vu l'enfer.

 — C'est presque ça. J'ai réussi à suivre cet imposteur sans me faire repérer. Il a rejoint une bande d'hommes-lézards aux mines patibulaires. Il y avait aussi ton double. Meslaf, ou plutôt Maxarls, a utilisé le truc dont il s'est servi sur toi pour l'immobiliser et lui prendre l'artefact. Il a ensuite disparu et laissé ses sbires mettre le robot en pièces.

 — Quoi ?! Il a été vaincu ? s'étonne Pai.

 — Ils sont trois, bien armés et bien coordonnés. Malgré cela, ils craignent leur Empereur et lui obéissent au doigt et à l'œil. Celui-ci est d'ailleurs revenu quelques instants après. Il était très contrarié. La pierre d'espérance, qui est en fait une pièce électronique ne semble pas fonctionner. Je suis certain que cela a quelque chose à voir avec les petites roches qui sont toujours en votre possession.

 — Il faut que je récupère cette artefact, intervient Sian-ve. On ne peut pas laisser ce malade trouver le moyen de le faire fonctionner. Je devrai peut-être...

 — Ne te mine pas avec ça, β-16. Personne ne t'en tiendra rigueur. Bien au contraire.

 Rislen déclipse le mécanisme attaché à son caban et le fixe à la poitrine de l'androïde.

 — Je te le confie. Tu n'as qu'à visualiser le lieu où tu désires aller, tu tournes ce bouton et hop, tu y seras en un clin d'œil. Cela marche aussi en pensant à une personne. Tu apparaîtras juste à côté d'elle.

 — Peut-on embarquer quelqu'un avec nous ?

 — Une seule personne. Qu'as-tu en tête ?

 Sian-ve actionne l'appareil et se volatilise sous les yeux inquiets de ses amis. Il a choisi de rejoindre son double. Il arrive sur une planète qui ressemble étrangement à son monde. À ses pieds, gît Lothi, démantelé et s'éteignant petit à petit. Il l'observe quelques instants, le regard triste, puis ramasse toutes les pièces qu'il apporte chez le voyageur à l'intention des clones de Zagi. Il leur demande de tout faire pour le sauver sans toutefois prendre de risque inconsidéré. Il repart ensuite sur Po'Um à la recherche des hommes-lézards qui ont mis son double en pièces. Il n'a aucune idée de pourquoi mais il tient à le venger. Un portail s'ouvre alors devant ses yeux et les mercenaires apparaissent. Ceux-ci le prennent d'abord pour Lothi avant de comprendre qu'ils font face à une autre création du fameux scientifique Zagi.

 Zza s'avance le premier, suivi de Zzo.

 — Alors comme ça, c'est vrai, dit l'ainé. Lothi n'est pas le seul humanoïde créé par ce savant fou.

 À l'évocation de l'androïde, il se met à la recherche de celui-ci mais n'en trouve aucun signe. Il s'approche un peu plus de son opposant et dégaine son épée.

 — Qu'as-tu fait de ton frère ? Comment es-tu arrivé ici ?

 — T'aimerais le savoir, répond Sian-ve. Je te dirais tout ce que tu veux si tu arrives à me vaincre.

 — Tu es bien confiant. Tu as pourtant vu l'état de l'autre. Et j'ai cru comprendre qu'il t'avait mis la raclée.

 — J'ai changé.

 Une lueur illumine les yeux de l'androïde lorsque celui-ci se met en position de combat, le sceptre pointé vers une butte derrière le mercenaire.

 — As-tu gagné assez de temps pour que le troisième larron se planque là-haut ?

 Il ponctue sa phrase d'une salve d'énergie crachée par son arme, qui explose le tas de terre et blesse Zzi, dont le fusil a été détruit par le choc du laser. Les deux frères explosent de rage et se ruent sur le robot et le noient sous une avalanche de coups. Les lames crissent sur le corps de Sian-ve sans y laisser un seul accroc. L'androïde profite des ouvertures que les hommes-lézards laissent à cause de leur colère qui les aveugle. Une droite par ici, un crochet par là. Le sang bleu commence à couler des gueules qui se font de plus en plus menaçante.

 Une balle vient ricocher sur la poitrine de l'humanoïde et se loge dans l'œil de Zzo qui hurle, tant de haine que de douleur. Les assauts reprennent de plus belle alors que Zzi a rejoint la bataille tout en maintenant une certaine distance pour allumer sa cible avec son revolver.

 Rien ne semble avoir d'effet sur Sian-ve. Que ce soient les projectiles ou les lames, aucune arme ne parvient à pénétrer le métal. De plus, sa grande vivacité et son talent pour le combat rapproché lui permettent d'amocher sévèrement ses adversaires qui commencent à fatiguer.

 — Bah alors, les gars ? C'est déjà fini ?

 — Pourquoi ? Pourquoi ? hurle Zza. Nos lames devraient te lacérer comme elles l'ont fait avec l'autre.

 Il regarda son frère et lui fit un signe de tête. Les deux lâchent leurs épées et sortent une seringue contenant un liquide orange.

 — Non pas ça ! les implore leur sœur. Vous allez y rester.

 — On y restera de toute façon. Autant l'emporter avec nous.

 Les deux mercenaires s'injectent le produit et prennent Zzi dans leur bras pour un dernier câlin. Celle-ci s'effondre en larmes alors que les hommes-lézards deviennent plus pâle. Leurs muscles se gonflent et leur apparence ressemble maintenant plus à celle d'un géant que d'un serpent.

 Avec une vitesse hors du commun, Zza attaque Sian-ve et lui envoie un énorme uppercut dans la mâchoire qui propulse le robot plusieurs mètres plus loin. Zzo le rejoint et à deux, ils assènent une série de coups de poing et de pied dont l'androïde part avec une grande peine une partie et encaisse les autres.

 Les mercenaires halètent de plus en plus et se mettent à cracher du sang entre chaque assaut. Leur rapidité et leur puissance incroyable soudainement acquise commencent à diminuer. L'efficacité de la mixture est temporaire et cela ne suffit pas pour venir à bout de l'humanoïde qui reprend petit à petit le dessus.

 Zzi, toujours en pleurs et à genoux ne parvient pas à trouver la force de se mêler à la bataille et assiste impuissante à la première défait de ses frères qui s'écroulent suite à un demi-cercle du sceptre de Sian-ve qui vient leur balayer les jambes.

 — Toi, la femelle ! Ramasse ces déchets et va prévenir ton Empereur que son tour arrive.

    L'androïde actionne le mécanisme sur sa poitrine et disparait.

 ZagiBi et ZagiTri sursautent à nouveau quand Sian-ve apparait juste à côté d'eux.

 — Tu ne peux pas passer par la porte comme tout le monde, disent-ils d'une même voix.

 — Désolé, mais ce truc ne fonctionne pas comme ça. Alors ? Vous avez réussi à le sauver ?

 — Nous le maintenons en vie grâce à ces machines, mais ses processeurs et ses cartes mères sont trop endommagées. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il s'éteigne.

 — Mon... Mon... frè-frère, bredouille Lothi.

 — Ne m'appelle pas comme ça.

 — C'est pourtant ce que nous sommes.

 — Ça ne t'as pas empêché de me mettre en pièce.

 — Je sais... Mais je me rends compte maintenant que j'ai eu tort. Mes puces doivent être bien endommagées pour que je dise ça. Ou alors ces deux-là m'ont implanté un semblant de conscience.

 Les deux scientifiques confirment d'un geste de la tête.

 — C'est exact, intervient ZagiBi. On a fait ça pour s'assurer que tu ne nous attaquerais pas si nous réussissions à te remettre sur pieds.

 — Foutus professeurs... Sian-ve. C'est ça ? Tu dois stopper Maxarls. Pour ça, je t'offre mon corps. Ces pâles copies de notre créateur peuvent sûrement récupérer des pièces qui te renforceront et surtout t'équiper d'une espèce de protection contre le contrôle de l'Empereur. Tu as encore les clés ?

 — Ce sont mes amis qui les gardent.

 — J'ai vu l'artefact et je suis certain que Maxarls n'a pas réussi à s'en servir. Il forme un tout avec les deux petites pierres. Tu dois le récupérer et les assembler. Ainsi, tu pourras vaincre ce taré.

 — Très bien. Merci... Mon frère.

 Les yeux de Lothi s'embuèrent et son système se mit en veille. Les clones font comprendre à Sian-ve que c'est terminé et s'empressent de démonter le robot.

 Pendant ce temps, Sian-ve entreprend de faite des allers-retours pour ramener chacun de ses compagnons dans la maison de Rislen. Une fois tout le monde présent, les scientifiques opèrent une nouvelle fois l'androïde pour lui implanter des pièces qu'ils ont récupéré sur Lothi et installer un système de pare feu, censé le protéger contre l'aptitude de l'Empereur. Après deux heures d'opération, tout est prêt.

 — β-16, dit Pai. Tu peux emporter une personne avec toi. Je veux que tu m'emmènes.

 — Désolé Pai, j'irais seul. C'est trop dangereux. Je ne veux pas qu'il arrive quoique ce soit à un de mes amis. Et plus spécialement toi. En plus, tu n'es plus tout jeune, je suis certain que le voyage ne te serait pas favorable.

 — Ce n'est pas le moment de plaisanter. Je viens, point barre.

 Sian-ve sourit au lyar et au reste de ses compagnons. Puis d'un mouvement vif, il actionne le mécanisme à sa poitrine et disparait, ce qui provoque un rugissement de Pai qui fait tremble toute la maison.

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #26 le: 26 Décembre 2020 à 21:46:26 »
Chapitre 24

Sian-ve

 L'androïde apparait dans le laboratoire de l'Empereur. Une vingtaine de soldats braquent leurs blasters sur lui, les doigts sur les gâchettes prêts à propulser les dards qui libéreront chacun cent milles volts. Du coin de l'œil, il examine l'installation informatique et distingue un circuit qu'il devine être le fameux artefact dont lui a parlé Lothi avant de s'éteindre.

 — Ainsi, tu es venu, dit Maxarls. Comme tu peux le voir, je m'y attendais un peu. Pourtant, ces foutus lézards ont bien mis en pièces l'autre robot. Il n'a pas pu te rejoindre dans ton monde pour s'allier à toi. Je doute fort qu'il aurait fait ça de toute façon. Ce mécanisme... Je vois, c'est Rislen. J'étais certain qu'il soupçonnait quelque chose. Toujours à fouiner celui-là. J'aurais dû m'en débarrasser il y a des années.

 Maxarls se transforme en Meslaf, sous les yeux effarés de ses hommes.

 — Tu préfères peut-être me voir sous cette forme, reprend-il. Tu dois penser que je suis quelqu'un d'horrible, sans scrupules, mais je t'assure que si je fais ça, c'est vraiment pour défendre Mondcarlin des barbares. Ce monde-ci ne compte pas pour moi. Il n'y a que notre bonne cité qui a de l'importance.

 — Tu vas me prendre pour un con encore longtemps ? Donnes-moi vite la pierre d'espérance si tu tiens à la vie.

 — Oh oh ! On croirait entendre Lothi.

 — C'est normal, il fait désormais parti de moi.

 L'Empereur fronce les sourcils, dévoilant un mélange de surprise et d'agacement sur son visage. Il ne comprend pas très bien ce que veut dire l'androïde. Sian-ve est assez fier de voir son ennemi ainsi, preuve qu'il n'est pas infaillible.

 — Je ne le répéterai qu'une seule fois. Donnez-moi l'artefact !

 La voix de l'humanoïde est devenue grave et autoritaire, si bien que les soldats font feu, tous en même temps. Meslaf reprend l'apparence de Maxarls et part dans un fou-rire qui fait froid dans le dos de sa milice.

 — On fait moins le malin, la conserve. Ah ah ah.

 Avec des gestes lents, Sian-ve retire un par un les dards qui se sont collés à son corps par électricité statique sans y pénétrer. Les militaires rechargent leur fusil et tire à nouveau sur leur cible. Les projectiles sont toujours sans effet sur l'humanoïde. Le sourire sur le visage de l'Empereur s'est transformé en une grimace de rage.

 — Qu'est-ce que vous foutez ? Mettez-moi ce fichu robot en pièces.

 Il récupère l'artefact et déclenche son propre mécanisme pour disparaitre, abandonnant ses hommes aux mains de l'androïde. Ces derniers dégainent leurs armes de poings et allument littéralement leur opposant. Mais quelle n'est pas leur surprise quand ils voient les balles rebondirent sur l'acier et pour certaines venir se figer dans leur gilet pare-balles.

 Sian-ve s'avance alors plein d'assurance, le poignard de Lothi dans la main. Il l'a récupéré juste avant de se téléporter sur Pryga. Un des soldats appelle des renforts à la radio pendant que ses acolytes se font anéantir. L'androïde est vif et précis dans ses enchainements et les soldats s'écroulent un à un dans des cris de douleurs atroces. Cependant, le robot s'assure de les mettre hors d'état de nuire sans pour autant les blesser mortellement.

 La porte du laboratoire s'ouvre et une cinquantaine de militaires prygaliens font leur apparition en rugissant. Cela redonne du courage aux quelques hommes encore aptes au combat. L'humanoïde ne se laisse pas impressionner et accélère ses assauts mais parvient difficilement à toucher ses adversaires maintenant trop nombreux.

 — Tu as beau être une machine de guerre, tu ne pourras pas venir à bout d'une armée à toi tout seul, lance celui au talkie-walkie.

 Le visage du militaire s'assombrit lorsqu'un vortex déchire le vide devant lui. La bataille s'arrête et tous les regards se portent sur l'ouverture. De celle-ci, surgit Pai, Gudrak et Grax. Ce dernier, à peine arrivé, se lance dans la mêlée et balaye les hommes de son lourd gourdin, par deux ou trois à la fois. Tout le monde peut entendre les os se briser sous la violence des coups. À ses côtés, le lyar bondit à la gorge de l'homme à la radio pour s'assurer que d'autres militaires ne débarquent pas. Gudrak laisse aussi éclater sa rage et joue de sa lame courte avec dextérité pour mettre à genoux les malheureux qui se trouvent sur son chemin.

 — Comment avez-vous fait ça ? demande Sian-ve.

 — Les scientifiques ont réussi à ouvrir ce portail. Ce laboratoire est en fait celui de ton créateur. On ne s'attendait toutefois pas à tomber sur une telle scène. Où est l'autre fou ?

 — Il a profité de ses hommes pour s'éclipser.

 — Va β-16 ! intervient Gudrak. On s'occupe de ces sous-merdes.

 — Tu as entendu, ajoute Pai. Va nous débarrasser de ce despote.

 — Merci les amis.

 L'androïde active son mécanisme et disparait, laissant ses compagnons mettre la raclée du lustre à l'armée de Maxarls. Ceux-ci, une fois leur besogne terminée, repartent par le vortex comme si de rien n'était.



 De disparitions en apparitions, l'Empereur essaie de semer Sian-ve qui n'a de cesse de réapparaître devant lui.

 — Mais comment fais-tu cela ? Et comment connais-tu tous ces endroits ?

 — Il semblerait que ton petit joujou soit moins puissant que le mien. Il me suffit de penser à toi pour te retrouver et me téléporter à tes côtés.

 — Quoi ?! Impossible !

 — Et pourtant.

 Maxarls décide alors d'affronter l'androïde une bonne fois pour toute. Première étape, l'immobiliser. Il tente de se connecter aux systèmes du robot afin d'accéder à son contrôleur de gravité mais il n'y parvient pas. Il tente l'opération à plusieurs reprises, toujours en vain.

 Sian-ve face à l'agacement visible sur le visage de son opposant ne peut réprimer un petit rire moqueur qui ressemble plus à du Lothi qu'à ses propres attitudes. Les puces et circuits venant de son semblable l'affectent plus qu'il ne le pensait.

 — Que se passe-t-il Meslaf ? Ou Maxarls ? Ou peut-être as-tu en réalité un autre nom et une autre apparence ?

 — Je suis Fewuam Maxarls ! gronde l'Empereur. Je ne sais pas comment tu fais pour me résister mais je te jure que je vais te démanteler, robot de pacotille.

 — La fameuse nanotechnologie dont tu étais si fier, jubile l'androïde.

 Le Prygalien se jette sur l'humanoïde et montre une étonnante vélocité et une belle dextérité avec son pistolet à protons aussi munie d'une lame courte. Les rayons lasers qu'il propulse laissent de grosses marques noires sur le corps de Sian-ve duquel de légers crépitements commencent à se faire entendre. Chaque coup de lame parvient à pénétrer ébrécher l'acier.

 L'androïde est sur le reculoir tant il est surpris par les mouvements de l'Empereur mais réussit petit à petit à prendre sa mesure et à esquiver les attaques. À la suite d'une feinte d'un coup de tranchant au niveau de l'épaule, il laisse tomber le poignard qu'il rattrape dans son autre main pour frapper d'estoc au niveau de l'abdomen de son vis-à-vis. Celui-ci vacille avant de se rétablir et de planter son arme entre deux plaques de métal au niveau de l'épaule de Sian-ve, exactement au même endroit que Lothi quelques jours plus tôt.

 Les deux ennemis reculent et marquent un temps d'arrêt pour s'observer. Le robot en profite pour changer d'arme et se saisir de son sceptre. Maxarls disparait et réapparait muni d'un énorme fusil dont il fait usage sans attendre. Le rayon touche sa cible et Sian-ve s'écroule dans d'horribles bruits d'étincelles. L'Empereur sûr de sa victoire balance l'artefact sur le robot dans un geste de mépris.

 — Ah ! Enfin, tu ploies devant moi. Je dois avouer que tu m'auras donné du mal. J'avais préparé ce phaser spécialement pour Lothi car j'avais peur qu'il trouve un jour un moyen de contrer mon contrôle sur lui. Je suis bien heureux de voir qu'il est très efficace. Et tu vois, je n'ai même pas besoin de cet artefact qui ne fonctionne même pas.

 L'humanoïde se saisit avec beaucoup de mal de la plaque électronique et relie les pierres topaze aux quatre câbles.

 — Qu'est-ce que tu essaie de faire avec tes cailloux ?

 Sian-ve fait sauter une plaque d'acier de sa poitrine et y branche le montage qu'il vient de réaliser. Son corps s'entoure d'un champ de force qui fait paniquer Maxarls qui vide son chargeur sur le robot. Les rayons sont absorbés par ce bouclier invisible.

 — Ne me sous-estime pas, rugit Sian-ve.

 L'androïde parvient tant bien que mal à se relever. Il est obligé de s'appuyer sur son bâton pour ne pas s'effondrer à nouveau. Maxarls éjecte une cartouche fumante de son arme afin de la remplacer. Pour cela, il a quitté son adversaire quelques secondes du regard. C'est quelques secondes de trop. Lorsqu'il relève la tête le robot n'est plus là et bientôt une douleur explose dans son dos. Il baisse la tête et voit le sceptre, qu'il reconnait enfin comme étant celui de l'ancien Empereur dakroonite, sortir de sa poitrine noyée dans une coulée de sang et de chair.

 — J'aurais aimé éviter d'en arriver là car je ne suis pas un assassin comme toi. Mais tu ne me laisses pas le choix. Tu es puissant et si je ne te tue pas c'est toi qui me tueras.

 L'Empereur se retourne avec lenteur, l'arme toujours dans le cœur et prend l'apparence de Warumax Meslaf.

 — Encore une tentative désespérée de m'amadouer ? demande Sian-ve.

 Son ennemi ne lui répond pas et se change en paysan Taellien puis en mercenaire mi-homme, mi-lézard. Il passe par une multitude de personnalités avant de tomber raide mort aux pieds du robot qui s'écroule à son tour. Dans un sursaut d'énergie, il réussit à activer son mécanisme et disparait.

Hors ligne John Lucas

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Re : Doppelgänger sombre - En cours
« Réponse #27 le: 02 Janvier 2021 à 19:56:58 »
Chapitre 25

Sian-ve

 Lorsqu'il rouvre les yeux, Sian-ve se trouve allongé dans le lit de Rislen. Encore... À ses côtés se trouvent Pai dont la joie est plus que lisible sur ses traits, et les deux clones de Zagi. Alors que l'androïde essaie de se relever, il est retenu par un lot de câbles branchés à un tas de machines. Les scientifiques s'empressent de le recoucher avec douceur.

 — Décidément, vous nous en donnez du boulot dit ZagiBi. Vous étiez encore dans un sale état quand vous êtes apparu ici par miracle. Une plaque de métal était manquante et à l'intérieur, vos composants étaient carbonisés.

 — Et vous m'avez sauvé une nouvelle fois. Merci. Je me sens mieux que jamais.

 — Hum... Pas tout à fait, intervient ZagiTri. Quand vous avez surgit de nulle part, vous étiez entouré d'un champ de force qui nous empêchait de vous toucher. Et on pouvait voir les deux pierres briller dans votre corps.

 — Oui, je me souviens. Meslaf a commis l'erreur de me jeter l'artefact qui ne fonctionnait pas après m'avoir touché avec rayon énorme qui a bien failli me tuer. Des câbles pendaient, j'ai eu l'idée d'y mettre les cailloux et de le brancher à mon noyau principal. Et là, plus aucun de ses tirs ne m'a atteint.

 — C'était donc cela la pierre d'espérance ? demande Pai.

 — Il faut croire. Mais comment avez-vous fait pour me réparer ?

 — À vrai dire, nous n'avons pas fait grand-chose, répond ZagiTri. L'aura qui vous entourait s'est concentré dans votre corps et en quelques instants, vos puces et circuits étaient comme neuves. En revanche, toutes vos batteries étaient à zéro. C'est pour cela que vous êtes branché. Elles seront pleines demain matin.

 — Je crois que tu as mérité un peu de repos, β-16.

 Le robot acquiesce et met son système en veille alors que les scientifiques restent à son chevet. Le lyar rejoint le reste de ses compagnons à l'auberge pour y passer la nuit.



 Le lendemain matin, tout le monde se regroupe sur la place. Gudrak assène une grosse claque sur l'épaule de Sian-ve, ce qu'il regrette aussitôt, tant la douleur qui envahit sa main est intense. Le géant explose d'un rire bien gras devant cette scène qui se propage au sein de la troupe.

 — Que c'est bon de rire, dit Sian-ve. Que vas-tu faire maintenant, Grax ?

 — Je vais repartir sur Pryga et essayer de faire changer les choses.

 — Alors, prends ceci. Ça t'aidera beaucoup, j'en suis sûr.

 L'androïde sort un objet métallique de sa besace qu'il tend au géant.

 — Qu'est-ce ?

 — Cela peut t'emporter où tu le souhaites. Il suffit de visualiser le lieu.

 — Mon amulette ! intervient Rislen.

 — Non, mon ami. Il s'agit de celle de Meslaf. Enfin Maxarls. Voici la tienne, je te la rends. Tu en auras plus besoin que moi, j'en suis certain.

 Une vive lumière éblouit les compagnons et lorsqu'ils ouvrent les yeux, Grielaa se tient devant eux accompagnée d'une dizaines d'autres esprits sylves, tous très joyeux.

 — Bravo ! dit-elle. Vous l'avez fait ! Vous avez rétabli l'équilibre sur les deux mondes dont la menace était en fait une seule et unique personne.

 — Quelque chose me dit que vous étiez au courant depuis le début, intervient Pai.

 — Mais non, voyons.

 Le sourire sur le visage de l'esprit en dit long mais le lyar comprend qu'elle ne répondra pas à ses questions. Quels êtres mystérieux ces sylves.

 — Nous avons pris le loisir d'avertir la garde administrative de Mondcarlin de la situation, continue-t-elle. Ils vous attendent pour festoyer et surtout pour élire un nouveau souverain.

 — Et vous étiez obligés de venir à autant pour cela ? ricane Pai.

 — Ils tenaient à voir le héros en chair et en os. Enfin, façon de parler. Et c'était leur manière à eux de vous dire que vous êtes les bienvenus dans la forêt de Thelthane. Sur ce, messieurs, nous vous remercions encore et nous souhaitons tout le bonheur du monde.

 Les esprits disparaissent un à un et laissent des images rémanentes là où ils étaient encore quelques secondes auparavant.

 — J'ai été ravi de pouvoir vous aider, confie Grax.

 — Ton père aurait été fier de toi, j'en suis certain, l'encourage le lyar. Vu que tu as ce truc-là, tu pourras venir nous rendre visite quand tu veux.

 — Sans problème. Alors à bientôt, les amis.

 Sian-ve, Pai, Gudrak et Rislen répondent en cœur et regarde le géant disparaitre. Ils se regardent en silence, se sourient puis se mettent en route pour Mondcarlin.



 Des feux d'artifices sont tirés lorsque les quatre amis arrivent à la cité, en ébullition. Les plus beaux tissus recouvrent les bâtiments et de nombreuses banderoles à la gloire de Sian-ve sont déployées au-dessus de la fontaine de la grand-place. Les atrocités commises quelques jours plus tôt ont été mises de côté pour organiser la plus grande et belle fête possible.

 Zungash vient accueillir le groupe et tombe dans les bras de Gudrak.

 — Comment vas-tu Zun ? demande ce dernier.

 — Je m'accroche. Pas le choix. Et Gash n'aurait pas voulu que je m'apitoie.

 La bande maintenant réunie au complet se rend sans attendre à la taverne pour déguster une bonne mousse. À peine quelques gorgées avalées que l'ancienne garde Meslaf pénètre dans le bâtiment. Leur chef s'approche de la table de Sian-ve et ses amis et leur remet un parchemin dont se saisit Gudrak.

 — Qu'est-ce que c'est ? demande-t-il.

 — Donne-moi ça Gud, tu sais bien que tu ne sais pas lire, se moque l'androïde.

 — Ah ah, très drôle. Ce n'est pas parce que tu es un héros que je ne peux pas te mettre la fessée.

 Il tend toutefois le papier au robot qui s'empresse de le lire.

 — Bah, quoi, β-16 ? interroge Pai. Tu en fait une tête.

 Sian-ve confie la missive à Rislen qui en prend connaissance à son tour et qui émet un hoquet de surprise et d'amusement.

 — Bon, vous allez me dire ce qu'il se passe ou je vais devoir vous cramer.

 Le lyar se dresse sur ses quatre pattes et fait fumer ses naseaux.

 — Sian-ve a été élu nouvel administrateur de la cité Mondcarlin, dit Rislen.

 — T'es sérieux, là ?

 — C'est exact, intervient le garde. Qui d'autre pour gouverner que notre héros ? Acceptez-vous cette décision ?

 L'androïde fait signe au lyar de le suivre et les deux s'entretiennent. À leur retour, c'est le robot qui prend la parole de manière très solennel.

 — Moi, Sian-ve, accepte avec plaisir de prendre l'administration de la cité qui m'a accueillie et vu grandir comme un de ses membres à part entière. Je n'aurais qu'une seule demande. Je veux que Pai soit nommé premier conseiller.

 Le garde se tourne vers Rislen, actuel premier conseiller qui hoche la tête en signe d'approbation.

 — Puisque cela ne dérange pas messire, je n'y vois aucun inconvénient.

 L'humanoïde pose la main sur l'épaule du voyageur dans un geste amical puis lui sourit.

 — En fait, je voulais dire en plus de Rislen.

 — C'est que... bredouille le garde. Je ne sais pas. Nous n'avons jamais eu deux conseillers.

 — Et bien les temps changent, intervient Pai.

 — Soit ! Ainsi soit-il ! Nous feriez-vous l'honneur d'officialiser cette nouvelle sur l'estrade de la grand-place ?

 La garde escorte l'androïde et le lyar sous les applaudissements de la foule et une pluie de confettis de toutes les couleurs. Les enfants courent entre les passants et chantent à tue-tête des comptines sur héros de métal qui les as délivrés d'un être maléfique.

 — Ça n'a pas tardé pour qu'on invente des chansons en ton honneur, dit Pai.

 — Par contre, j'ai l'impression qu'ils en font un peu trop, répond Sian-ve.

 Les deux camarades se mettent à rire, bientôt suivi par Gudrak et Zungash quand le garde réclame le silence à l'assistance.

 — Au nom de tout Mondcarlin et en tant que responsable de la garde, je nomme Sian-ve, notre héros, notre sauveur, administrateur de notre grande cité.

 Une nouvelle salve de feux d'artifices est tirée sous les hourras du public en folie et la fête reprend de plus belle tandis que les compagnons retournent à la taverne abuser de bonnes cervoises. Zungash est le premier à sombrer sur son tabouret, affalé à moitié sur Gudrak qui ne tarde pas à le rejoindre dans les limbes du sommeil.

 — Regarde-moi ces deux-là, Pai. On se croirait revenu des jours en arrière. Avant...

 — À la différence qu'il manque Gash.

 — Il sera toujours présent dans nos cœurs.

 — Dois-je te rappeler que tu n'en as pas ?

 — Oh, ça va. Tu m'as compris. Tu vois, les mêmes blagues, les mêmes ivrognes.

 Les deux se mettent à rire à gorge déployée. Puis l'androïde se met à chercher quelque chose du regard dans la taverne. Ou plutôt quelqu'un.

 — Où est passé Rislen, je ne l'ai pas vu partir ? s'étonne le robot.

 — Tu sais comment il est. Ce n'est pas dans ses habitudes de faire la fête ainsi et encore moins de dire au revoir.

 — Tu as raison. Il a dû encore partir dans une contrée inconnue à la découverte de je ne sais quoi. Pour avoir voyagé grâce à son amulette, je comprends un peu mieux maintenant ce qu'il ressent quand il visite de nouveaux lieux. Tu aurais dû voir l'endroit où j'ai trouvé mon doppelgänger sombre, c'était vraiment magnifique.

 Les amis passent le reste de la nuit à discuter avant de regagner chacun son chez soi aux premières lueurs du jour.
« Modifié: 02 Janvier 2021 à 19:59:35 par John Lucas »

Hors ligne John Lucas

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Re : Doppelgänger sombre - Terminé
« Réponse #28 le: 02 Janvier 2021 à 19:59:43 »
Épilogue

Sian-ve

 Les années ont passé et Mondcarlin a retrouvé paix et prospérité. Aucun barbare n'a été aperçu dans la région depuis le changement de souverain. Les résidents de la cité les plus réticents ont dû se résoudre à admettre que la fameuse prophétie annoncée par Meslaf n'était rien d'autre que mensonges et manipulations.

 À la suite de sa nomination, Sian-ve a conclu des traités de paix avec les orcs et les gobelins qui sont à nouveaux les bienvenus à Mondcarlin. Sa garde rapprochée, imposée par Pai, est même désormais interraciale.

 Après concertation avec Rislen et Grax qui a pris le pouvoir sur Pryga et unifié les planètes du système Jadtac sous un même régime, le passage entre les deux mondes a été scellé de chaque côté, laissant seuls le géant et le voyageur libre de se rendre d'un univers à l'autre.

 ZagiBi et ZagiTri sont repartis sur Taellia, leur planète d'origine, où ils travaillent sur la nanotechnologie, en association avec des scientifiques Dakroon, tandis que Grielaa et les autres esprits sylves ne se sont plus manifestés.

 Gudrak et Zungash ont repris leur vie d'avant, à savoir passer la majeure partie de leur journée à la taverne à s'enfiler cervoise sur cervoise. La seule différence notable est que Gashzun n'est plus là pour les accompagner. En revanche, Tulgar leur rend régulièrement visite pour la plus grande joie de son frère.



 Aujourd'hui est un jour un peu particulier. Cela fait un an que Pai a succombé à la vieillesse, son espèce ayant une espérance de vie assez courte. Pour l'occasion, L'androïde a convié tous ses proches pour une commémoration en son honneur. Ils sont tous regroupés autour de la stèle à son nom dans le cimetière des combattants. Grax a fait le voyage, et à l'aide de Rislen, ils ont ramené les clones de Zagi.

 — Mon ami, nous sommes tous ici réunis pour te rendre à nouveau hommage. Tu as tellement fait pour notre cité que toutes les louanges qu'on pourrait te faire ne seraient jamais suffisantes. Pourtant, c'est très important pour moi. Je ne pensais pas dire ça un jour, mais ton sale caractère me manque tellement.

 Rislen pose une main pleine de compassion sur l'épaule du robot, submergé par l'émotion. Chacun dépose une fleur au pied de la pierre tombale et laisse Sian-ve se recueillir seul.



 Quelques instants plus tard, l'androïde rejoint ses camarades sur la grand-place de Mondcarlin, afin d'inaugurer une statue à l'effigie du lyar et de Gashzun. Cette-fois, c'est au tour de Zungash de se laisser submerger par l'émotion face à cette surprise que lui fait le robot.

 — Merci, β-16. C'est vraiment un grand honneur que tu lui fais, dit-il la gorge nouée.

 — C'est normal, Zun. Il t'a sauvé la vie et nous a permis de gagner du temps. C'était quelqu'un d'exceptionnel.

 — Je vous propose d'aller boire une bonne mousse pour nous remettre de nos émotions, propose Gudrak. Après tout, la taverne était certainement le lieu qu'ils fréquentait le plus.

 — C'est ma tournée ! annonce Sian-ve.

 Arrivés dans la bâtisse, Le serveur leur ramène des litres et des litres de cervoise et ce qui devait être une tournée se transforme très vite en un concours de boisson entre Gudrak et Grax que remporte sans difficulté le géant, encore totalement sobre après une trentaine de chopes. La soirée se prolonge toute la nuit et chacun y va de sa petite histoire.



 Aux premières lueurs des deux soleils, l'androïde se rend à nouveau sur la tombe de son vieil ami. Il reste là l'air pensif plusieurs dizaines de minutes, le regard fixé sur les gravures de la stèle : ici, repose Pai, le lyar au courage sans faille, grand héros de la cité Mondcarlin. Puis il sort de son mutisme pour se rappeler les bons moments qu'ils ont passé ensemble.

 — Je suis allé chasser, il y a quelques jours. C'était la première fois depuis que tu n'es plus là. Ce n'est vraiment plus pareil. Et même si ton flair n'était plus très affiné, tes ronchonnements faisaient sortir le gibier. Je te revois les naseaux fumants, me toisant et me menaçant de me carboniser lorsque je me moquais de ton âge avancé. Ce sont surtout ce genre de souvenirs qui me font très chers. Les bons moments aussi, bien évidemment, comme les soirées à la taverne où tu finissais la tête à l'envers avec Gud, Gash et Zun.

 Il se tait un moment et reprend, la voix tremblante :

 — Je n'y arrive plus Pai. Je n'ai plus goût à rien.

 — C'est tout à fait normal, dit une voix dans son dos.

 L'androïde se retourne et trouve Rislen, les trompes ondulantes, qui se tient à quelques mètres de lui. Il ne l'a pas entendu arriver.

 — Ah, Rislen...

 — Désolé. Je ne voulais pas te déranger. Je ne pensais pas qu'il y aurait quelqu'un. Tu ne te sens plus à ta place, c'est ça ?

 — Même au bout d'un an, tout le monde me regarde comme si je portais tous les malheurs du monde sur mes épaules. Et tout ici me fait penser à lui.

 — Je te comprends très bien, tu sais. Je vais te révéler un secret. Bien avant ton arrivée, j'étais marié et ma tendre épouse attendait un heureux événement. L'accouchement ne s'est pas bien passé du tout et j'ai perdu les deux êtres qui m'étaient le plus cher en ce monde. C'est peu de temps après que j'ai trouvé cette amulette. Depuis ce jour, je n'ai fait que voyager pour oublier. Au début, cela me faisait un bien fou de découvrir de nouvelles contrées et même un nouvel univers, puis petit à petit c'est devenu une passion.

 — Et ça t'a permis de faire ton deuil ?

 — Absolument ! Et c'est pourquoi j'aimerais te confier mon artefact pour que tu explores le monde à ton tour. Rester ici ne te fera que te ronger les sangs.

 — Mais, et toi ?

 — Oh, ne t'en fais pas pour moi. Je me fais vieux et j'ai besoin de repos. Il est grand temps que je me retire pour laisser place à la jeunesse.

 Rislen détache le mécanisme de son caban et le fixe à la poitrine de Sian-ve et les deux camarades se donne une accolade.

 — Merci, mon ami. Je promets de revenir régulièrement prendre de tes nouvelles.

 Alors que l'androïde porte la main à l'amulette, le voyageur, ou plutôt l'ancien voyageur, maintenant, l'arrête dans son geste.

 — Attends Sian-ve ! Tu comptes partir sans dire au revoir à tes amis ?

 — N'est-ce pas là une caractéristique des explorateurs ?

 — Non, non. Cela m'est très personnel. De plus, tu ne peux pas laisser la cité sans administrateur. Déjà que tu n'as pas renommé de premier conseiller après le décès de Pai...

 — Tu as raison... Comme toujours, n'est-ce pas ?

 Cette remarque a l'effet escompté par le robot sur son ami. Ses gros yeux globuleux noirs brillent et ses trompes ondulent plus vite et plus fort que jamais. Les deux compagnons saluent une dernière fois le lyar et rejoignent le reste du groupe qui se trouve encore à la taverne, en train de cuver. L'androïde leur donne rendez-vous sur la grand-place lorsque les deux soleils seront au zénith.



 Tous les amis sont regroupés devant la statue de Pai et Gashzun. La garde rapprochée de Sian-ve est présente, ainsi qu'une poignée d'habitants parmi lesquels circule une rumeur de plus en plus persistante : Sian-ve va passer la main à l'un des membres de sa milice.

 L'androïde réclame le silence et l'attention de tout le monde pour faire sa déclaration. Son ton sérieux et officiel semble confirmer les potins.

 — Mesdames, messieurs. Si je vous ai demandé de me rejoindre ici, c'est pour vous faire une grande annonce. De ce que j'ai compris, certains s'en doutent déjà. À compter de ce jour, je cède mon poste d'administrateur de notre belle cité de Mondcarlin.

    Des murmures se font entendre dans la foule. Gudrak et Zungash s'observent l'air surpris alors que Rislen, à leurs côtés, est tout sourire.

 — Ces années passées à la faire prospérer a été pour moi une période magnifique, reprend Sian-ve. Mais, comme vous avez certainement pu le remarquer, depuis que Pai n'est plus là, je ne suis plus le même. Pour cela, j'estime qu'il vaut mieux que je me retire et que quelqu'un de plus concerné me remplace.

 Le robot se tourne alors vers Rislen qui cherche à se cacher derrière l'orc à ses côtés. Grielaa apparait et le pousse vers l'estrade sur laquelle se trouve Sain-ve.

 — J'ai décidé de nommer mon très cher ami, Rislen au poste de souverain. Ayant déjà occupé le poste de premier conseiller du temps de Meslaf puis par intérim en substitution de Pai, j'estime qu'il est le mieux placé pour diriger Mondcarlin. Des objections ?

 — Pas d'objection, intervient l'esprit sylve. Au contraire, j'appuie ta décision. Le voyageur a plus de sagesse que tous les citoyens ici présents cumulés.

 — Moi aussi je suis d'accord, dit Gudrak.

 Zungash, le chef de la garde administrative, Grax et plusieurs citoyens se manifestent ensuite pour valider à leur tour la décision de Sian-ve.

 Pour finir, toute l'assemblée scande le nom de leur nouveau souverain qui ne peut qu'accepter la requête de son ami. Les deux se serrent la main puis l'androïde salut sa milice et ses amis avant d'actionner d'un geste vif le mécanisme qui le fait disparaitre.

 


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