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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Chimalma

Auteur Sujet: Chimalma  (Lu 1045 fois)

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 038
Chimalma
« le: 15 Novembre 2020 à 15:10:54 »


Je suis terrassée par le chagrin qui m'afflige. Aujourd'hui, mon humeur me noie dans une atmosphère précolombienne pareille à des vestiges de pierres. Mon être semble se pétrifier. Tout se délite.
Je n'avais jamais osé, de toute ma vie, construire un univers fantastique capable de m'emporter vers des évènements si insolites. J'étais alors étudiante quand l'improbable arriva.
Après 10 ans d'existence à lire et à m'informer sur la psychologie humaine, je m'étais fait une idée de la femme idéale. Non pas sur les attributs physiques, mais sur les manières de penser qu'elle pouvait revêtir pour atteindre le summum de sa réalisation.
Je m'imaginais que toutes les femmes pouvaient développer des forces mentales incommensurables. J'en étais arrivée à me dire que leur pouvoir leur était principalement offert par leur faculté à résoudre toutes sortes de problèmes.
Mon incursion dans la plus féminine des aventures commença alors.
C'est par un matin de printemps que débutait l'une de mes vies : la plus succulente de ma destinée.
Car pour moi, les possibles s'ouvraient enfin.
Je n'étais qu'une simple femme éprise de vérité qui croyait en son intuition créative. Je savais aussi que nulle fantaisie ne pouvait jaillir de mon tempérament aventurier sans ma volonté de percer les mystères de cette humanité. Je m'engageai donc dans cette voie la plus délicieuse que m'apprit mon environnement de chercheuse.
Ma curiosité me poussait vers un terrain fertile, les limites de mon amour porté sur les femmes allait se transformer en une éternelle prémonition.
En parfaite analyste, j'abordais cette traversée vers des inconnus merveilleux et subtils.

C'est par un jour peu ordinaire, dans le parc qui jouxtait ma résidence principale, que la vérité prit naissance. J'étais assise comme à mon habitude sur le  banc face à la volière.  Ma mésaventure fantasque et irréelle se révéla curieusement fructueuse. Mon livre tenu entre mes mains devint un instrument non plus de savoir mais de torture.
Le soleil se réverbéra soudain sur le feuillage d'un hêtre qui se tenait à ma droite. Au dessus de ma tête étourdie par la force des rayons se pavanait un pigeon aux yeux rouge sang. La tension irradiait, augmentait par des soubresauts intermittents. Tout m'échappait.

Mes mains me brûlaient, à tel point que l'emprise de la chaleur me fit perdre mon livre qui, gisant sur le parterre de fleurs, se transforma en lingot d'écriture.
Je compris bien plus tard la signification de cette scène invraisemblable.
Je n'étais plus maître de rien, ma pensée s'envola en une fraction de seconde. Je réalisai l'impossibilité de contrôle de ma conscience sur les événements. Je compris aussi que je n'étais pas une femme mais toutes ces femmes.
Comment était-ce possible?
Je me déformais, mon corps se modélisait en une multitude d'attributs  féminins. Je n'avais pas uniquement deux seins mais une centaine greffée sur mes jambes, mes bras, mon ventre et mon torse. Je transpirais sous l'effet de la surprise, j'exhultais l'improbable, le délictuel.
Le simple fruit de mon imagination avait envahi mon esprit. J'étais ma mère, ma grand-mère, ma soeur et bien d'autres personnes à la fois.
Je mutais sous le regard des passants. Stupéfaite par mon délire, je sombrait dans mon histoire, dans l'ADN de mes ancêtres. Je rentrais dans ma mémoire intérieure.
Cette féminité qui m'avait absorbée devenait mon réel.
Cette humanité était la mienne, mon inconscient prenait subitement naissance sous cet arbre verdoyant et majestueux.
Après cet épisode, je me fis le serment de rendre grâce à toutes les femmes qui me constituaient. Ces icônes fantasmées, sublimes et vénérées, les Joconde de ma vie devinrent mes déesses de coeur et d'inspiration.

Je remerciais le ciel et la terre de m'avoir permise d'atteindre par cette journée ensoleillée cette partie obscure de mon être.
Je peux dire aujourd'hui qu'après avoir cru, douté, je sais, et cette révélation n'a aucun prix.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

Hors ligne Danaliel Lofen

  • Tabellion
  • Messages: 27
Re : Chimalma
« Réponse #1 le: 15 Novembre 2020 à 15:51:58 »
Je ne sais pas si je me vautre, mais j'ai l'impression d'être tombée sur une prise de conscience spontanée? La lecture est fluide, en revanche je suis perturbé par la chronologie.

Citer
C'est par un matin de printemps que débutait l'une de mes vies : la plus succulente de ma destinée.

Un paragraphes plus tard, après une description intemporel de l'évolution du personnage que l'on suit.

Citer
C'est par un jour peu ordinaire, dans le parc qui jouxtait ma résidence principale, que la vérité prit naissance. J'étais assise comme à mon habitude sur le  banc face à la volière.

C'est pas grand grand chose, mais c'est un peu perturbant, je n'ai pas eu l'impression d'avoir quelque chose qui dissocie ces deux temps, ni ne confirme qu'on parle du même jour.

 Après peut être qu'il y a quelque chose que je ne vois pas, ou ne devine pas. Mais c'est l'un des points qui m'empêche de pouvoir me poser et me faire une idée sereinement. Quant aux restes, c'est assez rare de lire des écrits ou une femme sur un plan individuel réalise qu'elle aussi peut être unie à ses ancêtres voir même simplement l'histoire humaine. Que son sang n'est pas plus impures, ni plus faibles que celui des hommes, pour pouvoir créer cette identification quant à nos aïeux. Qu'elle n'est pas juste là pour servir de basse sur lesquels d'autres vont pouvoir s'élever. Mais encore une fois, après je pense que c'est fait exprès, mais ça donne un résultat qui nous laisse sur nôtre faim pour ne pas dire envieux de savoir ce qu'elle a réalisée. Comme on l'aura comprit, ce texte me perturbe et me largue un peu dans le sens ou je n'arrive pas à le cerner. Enfin, plutôt être sûr de ce que je comprends. Oui elle se sent encore plus femme en réalisant à travers sa lecture, qu'avant elle il devait y avoir possiblement des milliers d'autres femme comme elle. Mais est-ce qu'on n'est pas juste en train d'assister à une crise de folie, due à un court circuit neuronale ?

Ce n'est qu'une impression, je ne suis pas assez doué pour pouvoir étoffer mes arguments donc je préfère en rester là. La lecture en elle même est agréable malgré les difficultés que j'éprouve à comprendre ce que ça pourrait vouloir me transmettre. Bonne continuation, merci pour le texte, une lecture perturbante reste une expérience que je retiendrai, donc ça n'est (à mes yeux) pas perdu pour autant! ^^

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 038
Re : Chimalma
« Réponse #2 le: 15 Novembre 2020 à 18:05:52 »
Bonjour Danaliel,

Merci pour avoir pris le temps de commenter mon texte.
C'est toujours très intéressant de confronter sa production à une vision extérieure.
Et je suis ravie qu'il est pu susciter curiosité et  réflexion
Au plaisir de te lire.

« Modifié: 15 Novembre 2020 à 18:07:54 par Feather »
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

 


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