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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La vénus noire.

Auteur Sujet: La vénus noire.  (Lu 968 fois)

Hors ligne Claire B

  • Tabellion
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La vénus noire.
« le: 01 Novembre 2020 à 17:18:06 »
Voici un texte écrit en pensant à un être cher.  Je vous le soumets, non sans doute, par rapport à sa réception. bonne lecture.

                                                                                                               ****

Jeunes hommes de vingt-deux ans à Buchenwald, trois ou quatre dans la pénombre grisaillante des baraquements, sur leurs paillasses à discuter comme avant, comme si de rien n’était, pour piétiner, pour braver l’insupportable, pour braver l’innommable réalité. Le sujet qui les absorbe est le tatouage d’un visage de femme sur le devant de la cuisse de Paul.



« Dis-nous.
— Ouais Paul, c’est qui cette fille ? »
Alors parce qu’à eux, il pouvait tout dire car ils mourraient peut-être tout à l’heure ou demain, il avait dû raconter ou bien un truc imaginé, ou bien la vérité.
« Alors cette fille mes petits Cocos, c’est une fille que j’ai connue une nuit, une nuit comme vous n’en connaitrez jamais. »
Les trois copains bouche bée : « Raconte.
— Ne te fais pas prier beau gosse ; c’est pas vrai, c’est ta mère !
— Ta gueule, laisse-le raconter.
— Alors Paul ! raconte !
— Je ne sais pas si je peux vous raconter, et surtout par égard pour la concernée. »
Mais il a raconté parce qu’il n’y avait rien à manger. "Faim" tous les quatre, "faim" non, affamés.
« Alors mes petits Cocos attachez vos ceintures car…   
[Après les trois petits points ils avaient tous compris qu’il allait inventer au fur et à mesure qu’il allait raconter.] … car figurez-vous que votre serviteur – le squelette ambulant que vous avez devant les yeux – a perdu sa virginité… à quel âge mon dieu ? À douze ans ! j’ai été très précoce je dois bien l’avouer.
— Menteur !
— … Et la dame, qui s’en est chargée de me dépuceler, la voici ; j’ai voulu lui rendre hommage en la tatouant sur ma cuisse pour que mon membre démesuré reste à jamais à ses côtés.
— Pour toujours ?
— Oui pour toujours, car si je crève… je sais que ma queue survivra à jamais dans sa mémoire. … Ne rigolez pas c’est la vérité.
— Les faits Paul. Les faits !
— Minute papillon !... Ça s’est passé pendant l’été 1932, 1934 pardon, oui l’été de la canicule… , quelques jours après l’enterrement de la grand-mère que j’adorais, mémé Simone, qui n’avait pas supporté les pics à 48 degrés.
— T’exagères !
— Non ! Et alors, d’une nature très sensible – comme vous avez pu le constater depuis quelques mois que nous nous côtoyons dans ce charmant camp nazi – très sensible donc… je pleurais je pleurais je pleurais, et pleurant encore et encore une semaine après et ne pouvant plus m’arrêter et, inquiétant mes parents du flot de larmes incessant tel que je risquasse de me dessécher et aussi de mourir, pour me revigorer, pour tromper mon chagrin, et comme le destin avait envoyé ce jour-là un cirque dans notre modeste cité, ils me proposèrent de m’y offrir l’entrée…
— Putain raconte normalement on comprend rien. 
— Certes !... Je reprends : Ma grand-mère décède, je suis triste, je pleure, et le destin m’envoie un cirque pour me changer les idées !
— Ouais, après ?
— Ok, on ferme les yeux.
… Je mesurais environ 1m50, je portais une culotte courte, des sandales en cuir, une chemisette et des socquettes blanches, j’avais passé mon peigne et la gomina sur mes cheveux lissés, et quelle ne fut pas ma surprise quand parmi tous les spectateurs je reconnus mes trois abrutis – vous en l’occurrence – assis déjà côte à côte dans les gradins avec une place libre à côté d’eux ; alors je me demande si je les rejoints ou bien si je reste seul dans mon coin à cause de mon chagrin. Je les observe, ils attendent que le spectacle commence, impatients, et sages comme des agneaux, – Un avec les joues rouges, Un avec un gros nez, et le Troisième les cheveux ébouriffés ; ils sont assis au premier rang, et leurs pieds dans leurs sandales piétinent dans la sciure de bois qu’on a répandue au sol, – pour faire comme un tapis moelleux autour de la scène et dans l’arène, et aussi pour que les sabots des animaux ne se blessent pas.
C’est un petit cirque, cinq ou six rangées de gradins tout autour, pas plus ; mais ça suffit pour ses gosses-là qui ne sont jamais sortis de leur trou. C’est leur première fois ; Gros Nez attend les clowns, Cheveux Ebouriffés attend les lions, Joues Rouge les trapézistes. Et tandis que je les observe et que je m’apprête à les rejoindre, la place libre à côté d’eux est prise par quelqu’un d’autre. Alors, résigné, je me fais tout petit, et je vais me chercher une place dans un coin. Seulement à force d’avoir attendu, les gens sont arrivés, se sont assis, et maintenant je ne trouve plus une place libre ; alors farfouillant, fouinant discrètement par ici et par là, dans la pénombre un peu loin des éclairages, des feux des rampes, l’idée - soudain- me parvient de me faufiler sous les gradins, j’ai d’abord l’intention de rejoindre mes copains par-dessous pour me faire une petite place entre eux sûr qu’ils m’accueilleront avec plaisir, et me voilà enjambant pour me frayer un chemin sous le cul des gens ; entre les pattes je distingue la scène, et le spectacle commence, et les gens applaudissent et les corps trépignent, et tout compte fait je trouve que mon point de vue est captivant pour une autre raison, à cause des jambes et des mollets des femmes qui sont à ma portée, comme jamais ils ne l’ont été. Bien sûr cela m’interpelle et au lieu de m’intéresser aux clowns, je les regarde, les détaille, leurs gambettes à toutes, un peu comme dans un musée, les mollets et les cuisses des gamines de mon âge, mais aussi celles de leurs sœurs plus âgées ; et celles de leurs mères me passionnaient aussi. Voilà !, ainsi j’ai flâné pendant une ou deux heures comme dans un rêve, comme dans une forêt charnelle.
— Et c’est tout ?
— Non ; au bout d’un moment je me suis trouvé une petite clairière dans la sciure et je me suis assoupi…, assez longtemps finalement, car quand je me réveillais la représentation était finie et il faisait nuit. Ma première réaction fut d’avoir un peu peur qu’on me trouve ici, qu’on me prenne peut-être pour un voleur, alors je n’osais bouger que très doucement pour ne pas faire de bruit, et surtout dans le noir, et ne sachant pas trop où j’étais, et par où sortir.
Chez moi mes parents allaient s’inquiéter, alors pour être franc je n’en menais pas large et j’aurais préféré être dans mon lit !
— Et alors !
— Ben attendez, je ménage des petites pauses pour le suspense.
… À force de chercher la sortie, soudain je me retrouve nez à nez avec la cage des tigres qui font un bruit terrifiant, et qui bondissent de partout furieusement à cause de ma présence. Tétanisé, je pousse un cri, un cri de gamin effrayé, – j’aurais aussi bien put me faire bouffer la main !... – et c’est alors que j’entrevois une lueur de lampe, et que je vois dans l’ombre qui vacille une silhouette arriver, alertée, par le vacarme assourdissant que ces gros chats monstrueux ont déclenché. Je suis paralysé par les bestioles, et d’imaginer que dans un instant on va m’attraper et sans doute me faire rôtir et me bouffer dans un coin, termine de m’achever ; je fais cependant une tentative de fuite en rampant comme un ver désespéré, mais trop tard, car déjà on me saisit la cheville.
— C’est elle ?
— Oui c’est elle, mais je ne le sais pas encore, c’est la danseuse du ventre des Milles et une Nuits aux milles clochettes !...
Ce sont des Romanichels, elle parle un langage que je ne comprends pas, tandis que les fauves en sa présence, s’apaisent. Elle leur parle à eux aussi – plus qu’à moi d’ailleurs –, semble s’entretenir avec eux sur mon cas, à savoir : me jeter dans la cage !, ce qui pour eux, semble l’option la plus alléchante… »

"Alléchante." il s’arrête sur ce mot, il pense au fait qu’il est dans un camp de concentration, ce qui le déconcentre ; les trois copains pendus à ses lèvres ressentent le malaise, les yeux vagues, comme si le trapéziste venait de s’écraser sur le sol.
« C’est fini Paul ? demande le jeune homme aux joues rouges.
— Ouais, répond-il, désolé.
— C’est qui Paul la femme sur ta cuisse, c’est qui Paul ? demande le garçon aux cheveux ébouriffés.
— C’est sa mère !, répond le garçon au gros nez.
— Non, crie Paul, ce n’est pas ma mère.
— Si c’est elle, il ne veut pas l’avouer », alors il dit :
« Faites chier !, c’est la femme aux Mille Clochettes Argentées.
Mais tu as raison, elle aurait pût être ma mère, mais ne l’était pas ; je dirais plutôt qu’elle aurait pu être : ta mère, à toi Gros Nez !, "Aurait pu", mais ce n’était pas elle, enfin je ne crois pas… ; Gros Nez tu n’es pas Romanichel ?
— Non.
— Alors ce n’était ni ta mère, ni la mienne, ni celle de Joues Rouges, ni celle de Cheveux Ebouriffés.
On est d’accord sur ce point ? Bien.
Donc, si on est d’accord sur ce point est-ce que je peux continuer ?
— Oui.
— Oui.
— Oui.
— Où en étais-je ?
— Tu en étais au moment où tu te demandes si elle va te jeter dans la cage.
— Oui… J’étais couché dans la paille ou les copeaux de bois, maintenu fermement par les pieds, tandis que je sentais l’haleine dégoutante des fauves se déverser sur mon visage ; tout cela dans la lueur vacillante de la flamme de la lampe à pétrole, alors je me suis mis à pleurer et à crier « Maman.
Maman. »
— T’as appelé ta mère ? dit le garçon aux joues rouges.
— Ouais il me semble bien tellement j’étais terrifié, et là, dans la cage, ces putains de fauves se sont marrés…, ils se moquaient de moi, ils se roulaient dans la paille et se tenaient les côtes…
Avez-vous déjà vu ce genre de bestioles mortes de rire ?
— Non jamais.
— Eh bien ce n’est pas beau à voir – je vous le promets –, parce qu’ils bavent encore plus lorsqu’ils s’esclaffent, et ils pètent, et ça pue ; mais le pire, c’est quand elle-même, se mit à rire à gorge déployée, un rire puissant, un rire d’ogresse, un rire de folle mes enfants ! J’essayais de me débattre mais elle était terriblement musclée, et terriblement ferme, et beaucoup plus grande que moi, alors quand je me suis rendu compte que s’était désespéré je me suis arrêté, haletant gémissant.
Elle rigolait encore un peu cependant, les tigres et les lions aussi, comme s’ils rigolaient de m’avoir bien fait peur, puis les bêtes sauvages regagnèrent le fond de leur cage noire pour dormir je suppose, puis sentant que je m’apaisais, et simultanément moi, sentant les pulsations de mon cœur s’espacer, tandis que ma frayeur s’estompait, tandis que je me calmais, elle relâcha doucement son emprise, puis elle prononça quelques mots dans sa langue inconnue, d’une voix étrangement douce désormais, tout en attrapant la lampe à pétrole qu’elle avait laissée derrière elle, tout en la rapprochant de mon visage pour me voir ; ce n’est qu’à ce moment-là que j’aie vu qu’elle était noire !
— Elle était noire ! dit Joues Rouges.
— Oui, elle était noire, et cela me sidéra parce que c’était la première fois que j’en voyais une, ou en tous les cas de si près. Elle ne souriait pas vraiment, sa peau et ses yeux prenaient des reflets fauves dans la lueur de la flamme, des yeux noirs et des dents si blanches quand elle parla ; mais même si je ne comprenais toujours rien, je n’avais plus peur. Alors je fis « Oui » de la tête, et elle aussi alors fit « Oui » de la tête ; alors elle me relâcha complètement et elle se releva ; je me mis debout, elle n’était tout compte fait pas si grande que cela, – cependant quand-même, elle me dépassait d’une tête. Elle dit quelque chose aux fauves, peut-être « Bonne nuit » – certains répondirent par un rugissement –, puis elle se mis à repartir  par où elle était arrivée avec sa lampe, alors je la suivis imaginant regagner la sortie ; elle salua un nain et une naine qui me dévisagèrent, puis fit signe à un cracheur de feu qui s’entrainait ; je marchais derrière elle, je la suivais comme envouté à cause des clochettes autour de son cou, autour de ses poignets et ses chevilles qui tintinnabulaient. Il me fallait la suivre désormais, sans savoir, sans supposer réellement où j’allais aller, où elle m’emmenait. Il faisait nuit noir, il n’y avait pas de lune, que des étoiles plus nombreuses plus brillantes que jamais dans le ciel ; nous passâmes entre les chèvres savantes, entre les serpents à sonnettes entre les dromadaires ; non loin, un groupe d’hommes jouaient de la musique autour d’un feu et des femmes dansaient, et il se dégageait de la fumée une délicieuse odeur de viande grillée, de côtelettes d’agneaux – il me semblait – saignantes, dégoulinantes et caramélisées. Ce devait être des agneaux de lait…
Çà et là sur notre passage, des chiens grognaient à mes dépens, à cause de l’étrangeté, que je représentais, qui marchait derrière elle. Certaines calèches étaient fermées, certaines ouvertes ; de certaines sortaient des conversations animées, de certaines un pleur de bébé, et puis nous arrivâmes à ce qui semblait être la dernière du camp, éloignée des autres par une centaine de mètres, à l’écart dans un autre champ, ronde comme un œuf, et couleur de sang, – non pas une calèche d’ailleurs, mais plutôt une roulotte ; charmante. Elle ouvrit la porte, emprunta le marchepied en bois, me fit signe de la suivre et pénétra dans ce que j’imaginais être sa maison. Il devait y avoir un cheval attaché non loin, à un arbre sûrement, car j’entendis son hennissement. J’ai demandé : « Il est à vous ce cheval ? Quelle couleur est-il ? » Elle ne répondit pas, pendant qu’elle allumait une multitude de bougies à l’intérieur ; j’ai supposé qu’il était noir lui aussi, comme elle.
— Ça ne se voit pas qu’elle est noire sur ta cuisse, dit Joues Rouges.
— Non, répondit Paul, mais ce sont ses traits, ajouta-t-il.
— Elle n’a pas un gros nez, dit Gros Nez.
— Non, elle était très belle, répondit Paul.
— Et alors t’es rentré avec elle, et après ? demanda Cheveux Ebouriffés.
— Ben rien, j’ai emprunté le marchepied en bois derrière elle et j’ai refermé la porte derrière moi.
— Elle était grande la calèche ? demanda Joues Rouges.
— Non pas très grande, de quoi ranger quelques affaires, de quoi s’assoir, et de quoi dormir au fond sur une banquette ; c’était une roulotte pour une personne, alors à deux on était vraiment à l’étroit, et ça sentait fort une sorte d’encens, une sorte de musc envoutant, pas déplaisant ; et aussi, je pouvais sentir l’odeur aussi qui se dégageait d’elle, un peu de feu de cheminée qui se dégageait de sa chevelure, sa crinière plus exactement ; et aussi de la sueur qui émanait d’elle, épicée, qui donnait l’impression d’une saveur de sucré-salé.
— Ensuite ?
— Ensuite, rien, elle se tenait assise, les jambes, les genoux regroupés sur elle, contre sa poitrine, comme moi-même. Puis une par une, les bougies se sont consumées et éteintes, comme des étoiles mourantes, jusqu’à la dernière.
— Et après ?
— J’attendais. Il me semblait être dans un œuf, les genoux repliés contre ma poitrine avec elle, en attendant d’éclore. Il faisait noir-dense dans cette roulotte, comme dans le cul d’une poule ; juste un éclat subsistait à force de concentrer mon regard sur elle, « Surement une de ses clochettes qui scintillaient », me disais-je, comme une étoile filante…, ou sa chevelure ébène parsemée de paillettes.
Dans un silence fœtal aussi ! Tout se taisait…
— Comme maintenant dans le camp, pendant que la neige tombe…, dit Joues Rouges.
— Oui d’une certaine manière », répondit Paul, puis il posa ses deux mains sur ses oreilles, fermant les yeux, pour échapper au silence mortel, au froid mortel.
« Ensuite ? » Et il continue l’histoire ainsi :
« Dans le noir de jais qui nous enveloppait dans la roulotte, une des petites bougies se ralluma toute seule, comme un bouton d’or qui éclot dans l’herbe ; d’abord une lueur… puis une autre d’une beauté sans nom, et encore une autre, et encore une autre, et encore une autre, et encore une autre…, et plus de bougies il y avait, et plus de boutons d’or il y avait, et plus de prairie il y avait ; mais plus, dans l’obscurité désormais, mais sous un ciel bleu dévastateur. Il me semblait me réveiller dans un pré après avoir fait le rêve du cirque, le rêve des animaux, de la cage, des bougies etc.
Mais ce n’était plus un rêve il me semblait, car l’arbre au loin je le connaissais, c’était notre chêne ; car le clocher au loin je le reconnaissais, c’était notre clocher ; et dans le vert intense et pétillant d’or sous le soleil blanc extraordinairement cru dans le bleu sombre du ciel, il y avait le noir de ses jambes, il y avait le noir entièrement déshabillé de son corps vivant et palpitant, tandis que moi : en sandalettes et culotte et chemisette blanche, car je n’avais que douze ans.
"La Vénus Noire", j’en avais entendue parler : c’était elle !
Je n’avais jamais vu l’intime féminité corporelle.
Les herbes hautes, fébrilement, frémissaient dans les courants d’air chauds vagabonds qui se promenaient, alors je pris l’une d’entre-elles, longue et fine, comme une plume d’écureuil…
— Mais les écureuils n’ont pas de plumes !, dit Cheveux Ebouriffés.
— Tais-toi !, dit Gros Nez.
— Chut !, fit Joues Rouges – les lèvres bleuies, les dents amaigries. …Chut ! Alors Paul ! Continue. "La plume" Paul, "la plume" ?
— C’était une plume de pie ; une plume longue et fine d’une queue de pie ; et non pas d’écureuil, – tu as raison Cheveux Ebouriffé, autant pour moi !
…Tu vois Gros Nez ! : Il est mourant et pourtant il suit ; prenez exemple sur lui mes ptits Cocos, "SUIVRE", "SUIVRE" quoi qu’il arrive.
— D’accord Paul.
— D’accord Paul, on va suivre, promis.
— … Il faisait ce jour-là un temps merveilleux comme je l’ai déjà dit, et nous étions ensemble, elle et moi, un dimanche après-midi, au cœur de l’été, non loin du chêne resplendissant surmontant le vallon et, nous reposions dans l’herbe, non loin de la couverture où nous avions piqueniqué, et dégusté, les mets qu’elle nous avait préparé spécialement pour l’occasion : des mets exotiques aux saveurs lointaines des contrées d’où elle venait, des mets tels que ses grands-mères les préparaient ; plus que de la nourriture, à la façon d’une magicienne : chair de serpent, omelette d’autruche, fruits jaunes à la peau verte au goût de savon, vin de rhododendron légèrement alcoolisé, acidulé, rafraîchissant. »

[Les rayures blanches et noires,
Sur ces sortes de pyjamas,
Annihilant les corps comme des linceuls,
Luisaient parfois les nuits de lune,
Sur les os blancs,
Sur les peaux transparentes,
Sous la lune inquiétante désormais, indifférente à leurs sorts.]

« Le soleil ! Paul, le soleil !, raconte Paul.
— Il était chaud, Joue Rouge, il était chaud, si chaud, qu’au bout d’un certain temps nous nous sommes levés pour aller nous abriter sous le grand chêne.
— Elle était nue ?... Elle marchait nue ? demande Gros Nez. 
— Oui elle était nue, et nous marchâmes main dans la main jusqu’au tronc millénaire – d’ici nous dominions le pays tout entier –, nous en fîmes le tour, et nous nous faufilâmes dans le bois à l’intérieur, par une crevasse, qui donnait comme dans une chambre végétale, au sol avec de la mousse, et avec la voûte et les parois sculptées par des maîtres lutins dans le chêne massif.
— Il faisait noir à l’intérieur ? demande Joue Rouge.
— Non il y avait un peu de lumière du jour qui filtrait par les interstices, de sorte que je pouvais, une fois mes yeux accoutumés, me délecter encore de la Vénus Noire ; vous comprenez…
— Non, on ne comprend pas.
— Comme dans un petit nid, elle et moi avec ma plume de pie longue et fine comme une herbe ; je l’ai sortie…, vous comprenez ?
— Non.
— J’ai passé ma plume partout sur elle…, vous comprenez ?
— Non.
— …Comme pour jouer ; m’en servant d’ustensile pour la chatouiller…, vous comprenez ?
— Non.
— … La passant sur ses lèvres ; la passant sur ses bras ; la passant dans ses paumes, sur ses paupières dans sa crinière ; la passant sur la peau de ses fesses, sur la peau entre ses cuisses, vous comprenez…, à l’intérieur de sa bouche, vous comprenez, à l’intérieur de son corps, vous comprenez ?
— Oui, on comprend…
— Et c’est tout ?
— Ben oui, c’est tout, dit Paul, continuez l’histoire tout seul, et dormez pour prendre des forces…
— Paul…, demanda Joues Rouges, s’il te plait, est ce que je pourrais caresser son visage avant de m’endormir ? »
Paul descendit le pyjama rayé, et la main tremblante de son compagnon se posa sur le tatouage esquissé sur la peau de l’os de la cuisse. Ils dormirent ainsi tous les quatre sans doute quelques heures, – leurs sexes longs et fins comme des plumes de pie dans leurs pyjamas rayés.

À la fin, des "ptits Cocos", quand les Soviétiques les libérèrent, il n’en restait que deux. L‘un d’entre eux pesait Trente-sept kilos, c’était mon grand-père, et ceci est une histoire vraie.

« Modifié: 07 Novembre 2020 à 11:49:02 par Claire B »
Selon Marguerite Duras le seul conseil a donner en matière d'écriture, est de n'écouter aucun conseil.

En ligne Luna Psylle

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Re : La vénus noire.
« Réponse #1 le: 03 Novembre 2020 à 11:22:09 »
Salut,

Pour la forme :

Citer
Jeunes-hommes de vingt-deux ans à Buchenwald
Jeunes hommes

Citer
sur leurs paillasses à discuter comme avant comme si de rien n’était
Ici, il n'y a pas d'erreur à proprement parler, c'est juste les deux "comme" qui se suivent, presque sans coupure, qui me perturbent.

Citer
Les trois copains bouche-bée
Je ne mettrais pas de tiret sur "bouche bée", mais je ne sais pas s'il y a une règle.

Citer
— Alors Paul !, raconte !
Pareil ici, j'ai remarqué plusieurs fois "!," et je ne suis pas certaine que la virgule soit d'une grande utilité.

Citer
Mais il a raconté parce qu’il n’y avait rien à manger.
Petit soucis de concordance des temps.

Citer
à quel âge mon dieu ? À douze ans ! ; j’ai été très précoce je dois bien l’avouer.
Un peu le même soucis que plus haut : la suite de ponctuation m'a été un peu gênante pendant la lecture.

Citer
— … Et la dame, qui s’en ai chargé de me dépuceler, la voici ;
s'en est chargée

Citer
— Oui pour toujours, car si je crève… je sais que ma queue survivra à jamais dans sa mémoire.
…Ne rigolez pas c’est la vérité.
Le fait que ce soit à la ligne, c'est voulu ? On se doute à la lecture que c'est le même personnage qui parle et qu'il y a eu rupture (les rires des autres), mais ça donne d'abord l'impression de faire partie de la narration et non d'un dialogue.

Citer
— Minute papillon !... Ça s’est passé pendant l’été 1932 – 1934, pardon, oui l’été de la canicule… , quelques jours après l’enterrement de la grand-mère que j’adorais, – mémé Simone, qui n’avait pas supporté les pics à 48 degrés.
Je te le mets comme je l'ai lu. Le premier tiret demi-cadratin indique une aparté : il se reprend de s'être trompé dans l'année. Le second ferme l'aparté et reprend la phrase. Sauf que si tu retires l'aparté en question (je te laisse le loisir de faire l'exercice), vu que ça reste un détail, la phrase n'a plus de sens.

Citer
— Non !, et alors, d’une nature très sensible – comme vous avez pu le constater depuis quelques mois que nous nous côtoyons dans ce charmant camp nazi – très sensible donc… je pleurais je pleurais je pleurais, et pleurant encore et encore une semaine après et ne pouvant plus m’arrêter et, inquiétant mes parents du flot de larmes incessant tel que je risquasse de me dessécher et aussi de mourir, pour me revigorer, pour tromper mon chagrin, et comme le destin avait envoyé ce jour-là un cirque dans notre modeste cité, ils me proposèrent de m’y offrir l’entrée…
Bon, je crois que je commence à cerner un peu mieux la façon de raconter du personnage, et si ça fait vraiment partie de lui, garde tel quel, mais dis donc, qu'est-ce que c'est lourd à ma lecture :-[ !

Citer
— Putain raconte normalement on comprend rien.
Entièrement d'accord pour le coup :huhu:

Citer
– Un avec les joues rouges, Un avec un gros nez, et le troisième les cheveux ébouriffés ;
Discrimination pour le troisième qui n'a pas sa majuscule ;)

Citer
leurs pieds dans leurs sandales piétinent dans la sciure de bois qu’on a rependue au sol,
répandue

Citer
et aussi pour que les sabots des animaux ne se blessent pas.
J'ai tiqué : des sabots ne peuvent se blesser. Ici, on pourrait presque le croire.
Les animaux peuvent se blesser les sabots. Les sabots peuvent être blessés. Mais je ne pense pas que des sabots puissent se blesser.
C'est juste la tournure de phrase qui est bizarre.

Citer
l’idée soudain me parvient de me faufiler sous les gradins,
Ecrit comme ça, "soudain" fait adjectif : auquel cas "soudaine".

Citer
et qui bondissent de partout furieusement à cause de ma présence.
Je me suis posée la question de comment sont retenus les tigres : des laisses en cuir épais, des cages ? Pour qu'ils bondissent, j'opte pour des sortes de laisses, mais plus pragmatiquement, je les aurais laissé en cage. Et c'est plutôt rare que des tigres puissent bondir dans leurs cages.

Toutefois (et c'est un détail qui peut être mis sur quelques autres détails, comme les sabots que j'ai relevé, je m'en rends compte) je commence à me demander si le fait que c'est une histoire racontée/fantasmée ne peut apporter son lot de petites fantaisies de ce style. Auquel cas, c'est à toi de voir si tu prends les remarques ou décide que c'est un trait de l'histoire que raconte ton personnage.

Citer
je fais cependant une tentative de fuite en rampant comme un vers désespéré,
un ver

Citer
c’est la danseuse du ventre des Milles et une Nuits aux milles clochettes !...
Je suis allée vérifier avant de dire une bêtise, mais "mille" est invariable.

Citer
Mais tu as raison, elle aurait pût être ma mère, mais ne l’était pas ; je dirais plutôt qu’elle aurait pût être : ta mère, à toi Gros Nez !, "Aurait pût"
aurait pu, dans chaque cas.

Citer
, et ils pètent, et ça put ;
ça pue

Citer
quand je me suis rendu compte que s’était désespéré
c'était

Citer
et puis nous arrivâmes à ce qui semblait être la dernière du camps, éloignées des autres par une centaine de mètres, à l’écart dans un autre champs,
camp / éloignée / champ

Citer
Il devait y avoir un cheval attaché non loin, à un arbre surement, car j’entendis son hennissement.
sûrement

Citer
les lèvres bleuies, les dents amaigris.
amaigries

Citer
à la peau verte au gout de savon, vin de rhododendron légèrement alcoolisé, acidulé, rafraichissant.
goût / rafraîchissant

Citer
et avec la voute et les parois sculptées par des maitres lutins dans le chêne massif.
voûte / maîtres

Citer
— Oui, on comprend…
— Et c’est tout !
— Ben oui, c’est tout, dit Paul, continuez l’histoire tout seul, et dormez pour prendre des forces…
Est-ce que ce n'est pas une question au deuxième tiret ?

Pour le fond :

Fastidieux à la première lecture, je m'y suis reprise à plusieurs fois. Et quand on comprend le plot final, on comprend ton explication en introduction. Mais du coup, c'est assez dur d'exprimer une critique de lecteur pour moi. Ce n'est pas que j'ai aimé ou non, que les personnages me parlent ou non, mais plutôt que j'ai ressenti ton affection pour le texte à travers les lignes. Ce qui rendrait la moindre critique de fond vide de sens.

En te souhaitant une bonne journée.
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then.

Hors ligne Claire B

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : La vénus noire.
« Réponse #2 le: 07 Novembre 2020 à 11:56:17 »
Salut Luna,
Je te remercie infiniment d'avoir pris le temps ( ton pire ennemi ) de lire et d'avoir corrigé ce texte ; j'en ai pris bonne note.
J'espère te lire bientôt.
Selon Marguerite Duras le seul conseil a donner en matière d'écriture, est de n'écouter aucun conseil.

 


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