Un mot me vient surtout : c'est maîtrise, autant dans la façon, le déroulement, les descriptions... Équilibre aussi, entre ressenti, action...
Les préparatifs, la manière dont ils sont dit ("Bascule-toi en arrière", "tiens bien tes genoux vers ton torse", "Calant un coussin sous tes reins", "Tu as basculé la tête en arrière, au creux de l'oreiller"), toutes ces descriptions précises qui n'ont rien d'érotiques et pourraient même parfois sembler froides et mécaniques, ajoutent beaucoup d'effet... Je ne sais pas comment l'expliquer, mais ça me donne l'impression d'un rituel solennel, sans pompe. Dur d'expliquer, tant le style, apparemment discret, donne finalement une dimension fataliste par des mécanismes invisibles derrière les mots, ou au delà.
(Je viens de sortir cette impression, et j'en suis très heureux, après être aller la chercher loin en moi, cette flammette qui voulait crier en feu de joie la vérité de ce que ressens : c'est ce que je ressens, en feu de joie, dit maladroitement avec des mots.)
Ce qui se passe dans ton texte est souterrain, caché par une apparente simplicité, qui voile des années de pratiques de l'écriture : et ces années de pratique fondues et donnant maintenant quelque chose de (naturellement ? inconsciemment ?) profond derrière les mots. C'est vraiment subtil. Et il faut plusieurs lectures pour le capter. Une sorte de grandeur, mais sans sérieux ridicule, juste une grandeur grâce à la maîtrise en toute humilité.
Peut-être diras-tu que j'en fais trop, mais c'est ce que j'arrive à dire avec mes mots.
Ce qui n'empêche pas, avec toutes ces considérations, l'excitation ; mais justement, une excitation presque déjà en regret, presque déjà en mirage.
Quelque chose de bien excitant par exemple : il "fourrage" dans ses boucles, très excitant, autant dans l'image que dans la musicalité, ne me demandes pas pourquoi... ; les détails presque chirurgicaux dont je parlais plus haut, très excitant, au final ; ça : "Je crache dans ma paume et sur ta rondelle et lubrifie ma verge de la main gauche et ton anus de mon pouce droit.", et bien, pareil, ne me demandes pas pourquoi, mais très excitant : c'est surtout ce que cette description, dans ce qu'elle a de rigoureux, suggère, au delà de ce qu'elle donne à voir, qui excite, et fait saliver. Alors que, en soi, tout ça n'a rien de très chaud, de très sensuel, on se représente bien la scène même un peu dénuée d'érotisme, et pourtant ça marche. Peut-être parce que c'est bien réaliste, et qu'on y croit : pas de paillettes ou d'artifices qui viendraient feutrer ou voiler de rouge ou d'orange l'endroit dans lequel ça se passe : juste la lumière un peu douloureuse du matin ou du midi, passant à travers les fenêtres en pvc double vitrage, incrustés dans un mur blanc impersonnel : mais, tout ceci, pas aussi impersonnel et froid qu'il n'y parait : c'est peut-être le décors que suggère ce moment.
Que dire de la tristesse, ridicule drôle et tragique ; en une phrase plutôt parfaite : "Je me sens gauche, mon sexe rétracté baignant dans son sperme."
Je trouve le narrateur sensible aux détails, ça donne une proximité avec lui. Pas forcément grâce à ses ressentis, mais grâce aux détails. Pourquoi, encore une fois, je ne sais pas trop ?
Je voulais dire aussi qu'on se représente bien cet homme volatile qui "a trop de partenaires", désintéressé et charmant : comme le narrateur on s'y attacherait presque ; il est libre tout ça... ; aussi on se représente bien le narrateur embarrassé (encombré) d'amour qui transparaît dans ce qu'il peut dire ou vouloir faire, qui lui donne toute cette maladresse et cette hésitation et peur sur son visage...
Bon, tu as pas de chance, je suis inspiré ce soir... certains diront favoritisme... mais peut-être aussi qu'il y a matière à imaginer et divaguer... et je pense, honnêtement, que c'est un peu des deux
