Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

19 Avril 2026 à 09:59:16
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Poésie (Modérateur: Claudius) » CLAIRE, 18 ANS ...

Auteur Sujet: CLAIRE, 18 ANS ...  (Lu 718 fois)

Hors ligne Claire B

  • Tabellion
  • Messages: 29
CLAIRE, 18 ANS ...
« le: 18 Octobre 2020 à 19:09:47 »



CLAIRE, 18 ANS A LA ROCHE SUR YON, POUR ELLE-
MEME, PUIS POUR SA MERE, ET AU LECTEUR.


Juste l’eau du fleuve est bleue pas la vie.
Ne regarde pas la vie regarde le fleuve ; le fleuve pas la rive.
Les mains sur les hanches, je contemple la ville grise, blanche,
Et légèrement bleuté le ciel au-dessus ;
Moins que légèrement à peine ;
Un soupçon du bleu du fleuve dans le ciel, un reflet.

J’embrasse le fleuve, la ville, le ciel, la rive, le temps qui passe,
le fleuve qui roule, les mains sur les hanches,
Inutile, tandis que les chiens gueulent.
 
Il y a des gens qui vont tuer les chiens errants sous les ponts, ou
les chiens errants tueront les gens,
Ou les gens tueront les gens ou les chiens tueront les chiens.
On a déjà vu cela par le passé dans toutes les villes du monde.

Je me fais confiance comme je fais confiance à la nature,
comme je fais confiance aux autres hommes.

Je la comprends,
Elle pense souvent être incomprise au sujet des hommes, au sujet
de la passion ; parce que tout le monde ne peut pas comprendre ;
Maman dans son Mac-do !
 
Sandrine : le prénom que maman a choisi pour sa fille, 18 ans ça
passe,
Le bleu du fleuve donne parfois envie de pleurer, tellement la
ville, la vie, est grise à côté, et pâle le ciel figé.

L’appartement à la Roche sur Yon à côté de l’église…
Le bleu pâle du ciel y pénètre heureusement.

Il faut tout supporter, tout ce qui dérange sans broncher, en
respirant, accepter le vide, accepter le désert de la ville grise
n’est-ce pas ! ; accepter l’invisible, les quelques volatils qui ne
chantent pas, les bancs déserts,
Sauf quelques fois d’immondes sujets.

Les amoureux sur les bancs publics se perdent en eux-mêmes.
A cause du sens du fleuve qui n’est pas très clair. 
Le fleuve qui piétine sous le ciel pâle bleu le, au bord des rives,
long des rives ; encore plus sous les ponts noirs.

Je me fais confiance, j’essaye, j’ai fait le deuil ; enfin peut-être.
Je m’entraine.
C’était mon père.
Oui ! un sperm, juste un ; je ne vous apprends rien, on ne va pas
en faire tout un plat.
Rien qu’un sperm, et me voilà ; quelle histoire ! , à cet endroit, et
démerde toi,
Ma mère est au Mac-Do pendant ce temps-là, et moi j’irais c’t-
aprèm.
Maintenant qu’il n’est plus là, maintenant qu’il n’a jamais été là.
Pourtant à côté de la gare, au Mac-Do il y a sa table, notre table,
la table que je débarrasse que je nettoie.
Je travaille ici moi aussi désormais, au Mac-Do de la gare de La
Roche sur Yon, avec ma mère en prime.
Mères et filles, comme à l’usine autrefois. Je crois que j’aurais
préféré l’usine bien grise, à ce fichu resto.
Malheureuse, oui : pourquoi je ferais semblant ? ; je laisse les
autres s’en charger si ça les amuse.
Je me fais confiance – je me fais confiance je suis une fille ; une
fille au sens existentiel, quelque chose comme cela.

Pendant la pause, j’écris des choses, des cacas des boudins, des
choses illisibles.

Un jour il faut écrire des choses illisibles !
Je m’en fous je ne les relie pas, sauf quand j’ai été heureuse de
les écrire, mais c’est rare, une fois de temps en temps ; le reste du
temps je fais cela, à défaut d’autre chose, entre les clients :
J’écris, j’écris… ; j’ai de la chance je crois, ma mère n’écrit pas.
J’aimerais qu’elle écrive, même des choses illisibles, ça lui ferait
du bien comme à moi ça me fait du bien. Quand ça ne me fait pas
souffrir, ça me rend plus grande, plus épanouie plus paisible, plus
à même d’apprécier la vie grise, si vous voyez ce que je veux
dire.
Les pigeons par exemple, les chiens noirs, les visages étranges,
étrangement étranges les visages, comme des façades ; des murs
si vous voulez, des murs blancs…, non je dirais des murs gris.
Les murs blancs sont rarissimes en ville ; à la campagne je ne
sais pas, mais je pense que c’est pareil,
Un clown ou un visage gris, oui c’est pareil ; ça me fait peur, oui
ça me fait peur,
Un peu moins quand on écrit avec les pigeons dans un parc, avec
les gens qui font comme tout le monde, qui survivent !
Non, ce n’est pas marrant, les gens ne veulent pas entendre qu’ils
survivent, les gens veulent dire qu’ils sont heureux ;
ils le disent pour que ce soit dit, ils ne l’écrivent pas ;
Ils disent …, certains ; encore eux les plus grands clowns !, ça je
te l’accorde.
Il en faut bien des clowns, oui il en faut pour nous faire croire
qu’ils sont heureux ; ça donne de l’espoir aux autres. C’est bien
un peu le serpent qui se mord la queue cette histoire, c’est
rigolo !
Il suffit d’un nez rouge pour faire tomber les masques, mais les
gens malgré tout sont différents, tous malheureux mais différents,
c’est cela qui fait la richesse de l’espèce humaine, et sa pauvreté
aussi.

« Un big-mac, un cheeseburger  et une petite frite et un coca. »
Voilà!, les gens arrivent, mangent, boivent, ou emportent, et
repartent ; ils viennent d’où ?, ils repartent d’où ?
Ils viennent de l’école, de la messe, d’aller voir leur grand-mère,
ils viennent d’ailleurs parce qu’ils arrivent par le train, ils vont
ailleurs parce qu’ils vont prendre le train.

Je ne connais qu’une personne qui ne va plus nulle part c’est mon
père ; je n’irai jamais le voir, sauf si cela vient de lui, sauf s’il me
demande, sauf s’il m’emmène un jour faire un tour de moto avec
lui.
L’espoir fait vivre ! « C’est bateau comme formule. », c’est vrai
vous avez raison.
En attendant j’écris ; qu’est-ce que j’ai de mieux à faire ?
Faire quelque chose de ma vie ! …, je suis jeune !... ; vous avez
raison. Mais vous qui êtes vieux, vous avez fait quelque chose de
votre vie ?
« Comment ? »
Ha vous ne savez pas ! , vous êtes un clown comme tout le
monde ; je comprends.
« Rien ne sert de s’expliquer les choses... » Je comprends,
Vous ne m’apprenez rien.
Juste un tour de moto avec mon père, c’est tout ce que je
demande ; même ça c’est déjà trop ! …; oui je comprends, ce
n’est pas grave j’écris à la place ; si jamais, peut-être qu’il peut y avoir un miracle !
Faire quelque chose de sa vie  ça veut dire : « Prends le taureau
par les cornes et tords-les. » Facile à dire, des cornes de taureaux
c’est impossible à tordre, à moins d’un miracle.
Mais les miracles ça existe, c’est pour cela que j’ai confiance,
confiance en moi, confiance en la nature, confiance en vous.
Le serpent qui se mord la queue…
Le pigeon qui se mord la queue…, le chien qui se mord la
queue…, l’homme…

Le miracle c’est une rencontre !
Bingo !, c'est cela le miracle ; Ha. Ha. Ha, vous voyez que ça ne
sert pas à rien d’écrire, parce qu’on comprend des trucs positifs,
on avance dans la vie.
Le miracle c’est la rencontre, et tout d’un coup s’éclaircie :

« Vous  avez un joli sourire Mademoiselle. »

C’est une vieille dame qui vient de me dire cela ; ça me fait
plaisir ; certains vieux savent mieux que les autres, j’ai
l’impression ; j’aimerai être de ceux-là, enfin comme elle je veux
dire ; comme elle, pouvoir dire un jour dans 70 ans à une jeune-
femme : « Vous avez un joli sourire » ; pour lui faire plaisir, et
parce que c’est vrai.
Je vois bien la vie comme un grand et merveilleux voyage libre.

   « Claire !
   — Quoi ?
   — Qu’est-ce que t’écris ?
   — Rien en particulier Maman !
   — Une histoire, un roman ?
   — Non maman pas spécialement, tu veux que je te lise ?
   — Oui j’aimerais beaucoup.
   — Depuis le début depuis, ce que j’ai écrit aujourd’hui ?
   — Oui j’ai tout mon temps pour t’écouter ma chérie.
   — Merci maman, alors je commence :

Juste l’eau du fleuve est bleue pas la vie… »


Selon Marguerite Duras le seul conseil a donner en matière d'écriture, est de n'écouter aucun conseil.

Hors ligne Eivor

  • Aède
  • Messages: 214
Re : CLAIRE, 18 ANS ...
« Réponse #1 le: 18 Octobre 2020 à 21:57:52 »
Bonsoir Claire,

Qu'est-ce que j'ai aimé ta sensibilité, ta manière de la dispenser, tout doucement, même lorsque c'était soudain et que cela paraissait brutal...
Un grand merci pour ta lumière bleutée.
Citer
Il faut tout supporter, tout ce qui dérange sans broncher, en
respirant, accepter le vide, accepter le désert de la ville grise
n’est-ce pas ! ; accepter l’invisible, les quelques volatils qui ne
chantent pas, les bancs déserts,
Sauf quelques fois d’immondes sujets.

Les amoureux sur les bancs publics se perdent en eux-mêmes.
A cause du sens du fleuve qui n’est pas très clair.
Le fleuve qui piétine sous le ciel pâle bleu le, au bord des rives,
long des rives ; encore plus sous les ponts noirs.
Passage que j'ai beaucoup apprécié, la formulation de Brassens ne m'ayant aucunement dérangé dans cet ensemble. Au fait, "sous le ciel pâle bleu le, au bord des rives,...", le "le" va après la seconde virgule, j'imagine  ;)
Citer
volatils
Faute d'orthographe ici : "volatil" désigne ce qui nous échappe, ce qui passe à l'état de vapeur, or je pense qu'ici tu veux parler des oiseaux ; c'est donc "volatiles" qu'il faut écrire.
Citer
Le miracle c’est la rencontre, et tout d’un coup s’éclaircie :
J'ai eu un grand sourire en lisant ça. Mais ne manque-t-il pas un "ça" ? Entre "coup" et "s'éclaircie" ? 

À très bientôt.
"Je n'ai pour bien que ma dépouille,
pour toit le ciel, pour pain la nuit,..."
-- extrait du murmure du Nomas.

Mon vieux début de roman (il est prévu que tout soit retravaillé) --> La traverse des âmes : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=34995.

Hors ligne True Duc

  • Calliopéen
  • Messages: 498
Re : CLAIRE, 18 ANS ...
« Réponse #2 le: 18 Octobre 2020 à 22:45:31 »
Lecture rapide, pas le temps de détailler :

"Venez comme vous êtes" dit le slogan.
Bienvenue à toi, ta spontanéité, la sincérité itou itou...
« Tu veux t'asseoir sur le trône ? Faudra t'asseoir sur mes genoux.»(Elie Yaffa)

Hors ligne HELLIAN

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 232
Re : CLAIRE, 18 ANS ...
« Réponse #3 le: 18 Octobre 2020 à 23:08:53 »
Beaucoup aimé ce texte désordonné et bavard qui obéit en fait à une organisation profonde, une structure intime très émouvante. Difficile d'objectiver ce plaisir à vous lire, c'est comme si on avait l'oreille collée à votre pensée et à votre souffle. Un texte qui roule et coule à la manière de ce fleuve que vous évoquez, plein d'alluvions mais aussi plein de transparences bleutées
cent fois sur le métier...

Hors ligne Claire B

  • Tabellion
  • Messages: 29
Re : CLAIRE, 18 ANS ...
« Réponse #4 le: 19 Octobre 2020 à 10:08:33 »
Chères tous, merci pour vos commentaires, je vais essayer d'en faire de même.
Selon Marguerite Duras le seul conseil a donner en matière d'écriture, est de n'écouter aucun conseil.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.019 secondes avec 23 requêtes.