Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

29 Avril 2026 à 12:43:25
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)

Auteur Sujet: Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)  (Lu 2472 fois)

Hors ligne True Duc

  • Calliopéen
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Il est toujours en retard. Un petit sms tardif et il débarque. Cela m'agace, mais il sait y faire pour que la pommade passe.

Les deux sachets de tisane flottent à la surface. Liquides trop infusés, froids, nos corps impatients ne respectent pas la bienséance, son crâne dégarni dodeline déjà entre mes cuisses.

C'est les années 70 là-dedans ! Il vient de relever la tête, lèvres luisantes. Je souffle, me montre vexée en tentant de m'extirper de sa langue bien trop pendue. Il me bloque, me retient, y replonge. Il a le dernier mot, j'abdique.

C'est souvent le cas. Plusieurs mois que nous nous fréquentons et il a déjà le mode d'emploi. Pourtant, j'avais pris soin de brouiller les pistes, de mélanger les cartes et d'écorner les pièces du puzzle. Il a fait du tri. Patiemment, délicatement. Je frissonne.

Tu as froid ? J'acquiesce. On va dans la chambre ? Sa bouche aspire bruyamment mon clito, il me tapote deux fois la cuisse droite. Mon corps traduit ce geste par thermostat +1.

Il me relève du sofa. Face à face, nos yeux timides se jaugent. L'instant pourrait être solennel, on pourrait se montrer vulnérables, amoureux et dire des choses tellement clichés qu'il faut à tout prix, là maintenant, faire bifurquer l'instant. (c'est une expression à lui.)

Pour une fois, je prends les devants : je lui pousse violemment le torse, il recule de trois pas, trébuche dans sa Doc Martens pour finir, avec fracas, sur le mur en placo qui sépare le salon de la chambre. Je m'approche, regard félin. Il sourit. La pulpe de mes doigts se pose sur son cou mal rasé, elle glisse, mes phalanges se rétractent, mes ongles sortent et s'ancrent dans sa poitrine. Il rugit, il connaît la suite, ses yeux se ferment au moment où mes genoux craquent...

Je me relève. Sous ses paupières toujours fermées, c'est la Frizzy Pazzy Party (ça, c'est une expression à moi.). Je lui embrasse le front, lui saisit le sexe pour le tracter jusqu'à la chambre. Je le pousse sur le lit et sans un mot, lui monte dessus. Je m'empale, il ouvre un œil, j'approche ma tête, il entrouvre la bouche. Je ne l'embrasse pas. Il me demande : tu es ma salope à moi, hein ? Non, aujourd'hui, c'est toi ma chose. Mais je ne lui dis pas, pure rhétorique qui gâcherait tout. Il tente de placer ses mains sur mes hanches. Je les ôte, et lui bloque fermement les poignets. Il ronchonne. Je lance un premier va-et-vient vertical énergique. De sa tête enfoncée dans le matelas, émane une sorte de gazouillis.

On s'est rencontrés un jour de pluie, sous un abribus. On ne s'est pas parlé. Mais je l'avais remarqué avec son petit côté dandy-destroy. Ses doigts fins effleuraient un IPod Nano. Le bus est arrivé, nous sommes montés, on s'est perdus de vue. À un moment, il y a eu une déviation sur la route. Comme je n'avais pas vu le panneau, je me suis levé pour questionner le chauffeur. Faut dire que je ne suis pas fine dans mes propos, un peu toujours vénère la fille (c'est une phrase de toutes les personnes qui me connaissent.). Le chauffeur était de la même trempe que moi donc c'est parti en pugilat d'incompréhensions. Le dandy-destroy est venu pour calmer le jeu. On s'est fait virer du bus tous les deux. Plus de batterie sur mon smartphone pour joindre un taxi, et lui avait une sorte de 3310. Donc, comme des cons, on est rentrés sous la pluie. Il m'a tendu un écouteur et m'a fait découvrir des vieux sons punk qu'il avait sur son Baladeur Mérovingien. Arrivés chez moi, je lui ai offert une tisane bien chaude, un parapluie et c'est tout. Il a mis deux mois pour me le rendre. On a couché ensemble ce jour-là. Tellement simple avec lui, dès notre première fois. Nous sommes des âmes sœur du cul. (c'est devenu notre slogan à nous, ça.)

Tout passe par le regard, il est très démonstratif. J'adapte mon rythme à ses pupilles. Joueuse, je suis : je le pousse au bord de la falaise, je le retiens, le prends dans mes bras, et le repousse. Il suffoque, il n'est pas loin. De mon front, une goutte de sueur coule pour se fracasser dans son œil. C'est le déclic pour qu'il reprenne les rênes. Il me soulève violemment et glisse entre mes jambes, son nez, sa langue, son visage tout entier quoi, passant entre mes cuisses (il aurait pu s'écrier Car Wash de cyprine !!!). Il n'a rien dit, trop concentré sur sa méthodologie sauvage. Avec la paume de sa main, il aplatit mes omoplates dociles et me relève les fesses. Souffle chaud qui éveille anus et périnée ; délicatesse succincte pour pénétration brutale. Sa teub est un archet, plusieurs mois de tâtonnements pour qu'il maîtrise la gamme de sensations de ma paroi vaginale, afin qu'aujourd'hui, ma chatte se fasse violon. Son pouce droit pénètre et tournicote à l'orée de mon petit cul délicat. Plaisir inédit, je me liquéfie. Littéralement, je suis en train de manger l'oreiller. (orgasmes multiples VS Gims à fond, la voisine gagne souvent.) De sa main gauche, il agrippe ma tignasse et tire fort. Triple-croche, symphonie, montée en puissance, y'a Beethoven and co qui résonnent dans mes muqueuses.

Tu as dit quoi au moment où j'ai joui ? Il est essoufflé, je sens le liquide chaud couler le long de mes reins, j'aime ça, je reste en position. Je balbutie : j'ai dit "rien". Il est dubitatif, mais m'embrasse amoureusement la fesse gauche et, avec son sperme, dessine quelque chose sur mon dos avec son doigt. T'as encore dessiné un phallus espèce d'ado attardé, c'est ça ? Il me répond : c'est ça !

J'ai l'épiderme lettré, je sais très bien qu'il a ébauché un cœur. Bon moi, en même temps, la tête dans le coussin, c'est un je t'aime putain ! que j'ai lâché. Fierté continuelle... Guerre d'ego... Orgasmes belligérants... Duo nucléaire en somme... On a beau être des artistes pour dévier l'instant, on reste sur la même voie à chaque bifurcation, et pour l'instant, personne ne descend. (c'est une phrase très nulle, mais faudra que je lui partage cette conclusion, je passe le week-end prochain dans son nouvel appart'.)
« Modifié: 18 Octobre 2020 à 16:15:35 par True Duc »
« Tu veux t'asseoir sur le trône ? Faudra t'asseoir sur mes genoux.»(Elie Yaffa)

Hors ligne derrierelemiroir

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Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #1 le: 18 Octobre 2020 à 17:44:13 »
Salut True Duc :)

Je vais me passer du commentaire de détails, je ne pense pas qu'il en vaille la peine ici, et m'atteler directement à commenter le fond.

J'ai aimé quelques passages, mais pas tout XD en fait, je n'aurais à ta place pas commencé par la scène de sexe. C'est peut-être subjectif, mais lire une scène du genre sur des persos que je ne connais pas, sans contexte et intérêt, ça ne me fait aucun effet. Enfin, si, peut-être de l'ennui et même un peu de dégoût.

La suite devient plus intéressante, et je retrouve aussi ton écriture chouette avec le récit de la rencontre dans le bus. À partir de là, j'ai été mieux immergée dans l'histoire.

Après voilà, même la suite de la scène de sexe, elle ne m'a pas fait ressentir grand-chose. C'est un peu trop sec pour moi, trop basé sur l'enchaînement des figures sexuelles, et rien sur le ressenti physique et phsychique. Il n'y a aucune tension qui monte, c'est un enchaînement de vocabulaire sexuel qui m'a laissée de marbre. Le sexe pour moi est tellement plus dans l'excitation qui se construit à l'intérieur du corps – peu importe ce qu'on fasse au corps au final – et il m'a vraiment manqué cet élément.

Voilà :)

A bientôt !
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne BAGHOU

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Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #2 le: 18 Octobre 2020 à 18:21:11 »
Bonsoir,  :)

Comme toujours, j'apprécie beaucoup le formatage de l'écriture, ça coule ( :noange:) toujours, les mots sont justes et imagés, on entre toujours de plain-pied dans l'histoire comme si on arrivait dans une dimension parallèle rien qu'en ouvrant une porte au hasard pour la refermer juste après. Je passe toujours de très bons moments qui restent gravés derrière ma rétine, pas tant les mots mais le "film" projeté.  ^^

Quant à l'histoire ou l'anecdote, elle est toujours bien trouvée et le scénario ficelé comme il faut. On ne s'ennuie pas et l'idée de ne pas aller au bout ne m'effleure jamais. J'étais le personnage féminin sans problème, sans honte. Certes, je ne qualifierai pas d'explicite plus-plus ce récit, je le trouve très réaliste et "propre", les personnages que l'on devine très bien ajoutent une plus-value. Un label de l'auteur qui ne fait jamais d'erreur de casting.  8)

A bientôt et merci pour le partage, je reste toujours un peu étonnée par le côté fleur bleue qui transparait au détour d'une petite phrase. :-¬? Sympa !
"La critique, art aisé, se doit d'être constructive." Boris Vian dans "Les chroniques du menteur".

Hors ligne Dieter

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    • Dieter
Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #3 le: 18 Octobre 2020 à 19:19:01 »
Hello True Duc,

Comme DLM, ce texte ne m'a produit que peu d'effet, peut-être parce que le personnage me parait trop détaché du contexte, trop explicatif et analytique.
Par contre, comme Baghou, j'ai beaucoup apprécié la forme et les tournures. Les images apparaissent nettes : j'ai l'impression d'un film qui se déroule devant mes yeux.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

Hors ligne True Duc

  • Calliopéen
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Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #4 le: 18 Octobre 2020 à 21:02:04 »
@ derrierelemiroir En effet, j'ai peut-être oublié les préliminaires, trop dans le vif du sujet. Désolé pour le dégoût engendré, ce n'était vraiment pas mon but.

@BAGHOU merci pour ce retour constructif. Entre nous, j'ai ajouté des "plus" car mes autres textes sont en majorité labellisés "explicit". Le côté fleur bleue est visible. C'est ce que je voulais.

@Dieter Je comprends tout à fait. Je viens de lire ton texte sur le même AT. Une leçon. Merci.

Merci pour cet AT, je vous suis sur vos remarques car je ne suis pas satisfait de l'intensité sexuelle qui aurait dû être crescendo. Par contre, je ne l'ai pas retouché car je suis très fier de ce texte (c'est rare!). En effet, c'est le truc le plus romantique que j'ai écris, selon moi (et je ne blague pas).
Je le ressortirai pour un futur AT "à l'eau de rose" (là, je blague;)
« Tu veux t'asseoir sur le trône ? Faudra t'asseoir sur mes genoux.»(Elie Yaffa)

Hors ligne Safrande

  • Troubadour
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Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #5 le: 19 Octobre 2020 à 19:28:02 »
Premières impressions vite vite : retour à l'état primitif. J'aime bien parce qu'on se sent comme animal, animé de désirs sales et tout jouissif. Pas très fan des références, mais ça passe bien car la plupart du temps c'est drôle. Style grossier, comme des grosses mottes et non pas du sable fin. C'est plutôt efficace mais, je sais pas pourquoi, j'y crois à moitié : je ne le trouve pas très incarné et malgré la franchise, pas très franc. Peut-être à cause de formules trop simples à certains moments qui font défaut à des petites pépites graveleuses comme ça : " Sa teub est un archet, plusieurs mois de tâtonnements pour qu'il maîtrise la gamme de sensations de ma paroi vaginale, afin qu'aujourd'hui, ma chatte se fasse violon.", ou comme ça : "Il vient de relever la tête, lèvres luisantes." Et les choses que je trouve un peu trop simples : "Je m'approche, regard félin. Il sourit. La pulpe de mes doigts se pose sur son cou mal rasé, elle glisse, mes phalanges se rétractent..." ou ça : "Je le pousse sur le lit et sans un mot, lui monte dessus. Je m'empale, il ouvre un œil, j'approche ma tête, il entrouvre la bouche. Je ne l'embrasse pas."
Ce qui est bien, c'est que l'écriture est homogène du début à la fin (avec les petites parenthèses pour dire de qui est l'expression, petite redondance assez drôle et qui caractérise bien le personnage du coup).

Le passage de la rencontre est assez inintéressant pour moi (dans le sens que j'ai l'impression qu'il est seulement informatif et, de ce fait, plutôt pauvre : il n'y a pas de recherche de style, ou même encore de situations qui, littérairement, pourraient être stimulantes, ou drôles, ou autre chose : de l'information purement), il marque un temps de pause et fait baisser le désir qu'on sentait bien monter, et on a vite envie de le terminer pour passer à la suite. C'était le but ? Car par ce biais tu créais un manque, et on est bien content de retourner aux léchouilles, aux mangeailles et choses dans le visqueux chaud et humide. En tout cas, je pense que tu aurais gagné à fondre le passage et à l'étaler dans la masse de sensations de manière plus subtil, je sais pas.

Le final est comme un petit feux d'artifice de vulgarité. Tout ceci n'est pas péjoratif, bien entendu. Comme le paroxysme d'un râga, ici en une virtuosité de vulgarité. C'est rigolo, j'en ressort avec une bonne impression. De même que cet aveu de l'amour qu'elle fait au lecteur à la fin de quelque chose de si bestial. Par contre comprend pas cette phrase, enfin la fin :
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On a beau être des artistes pour dévier l'instant, on reste sur la même voie à chaque bifurcation, et pour l'instant, personne ne descend.
Descendre de quoi ? de la voie ? et pourquoi de la voie ? enfin, simple curiosité, parce que je suis un peu couillon.

Autant j'aime bien la narratrice, dans toutes ses facettes paradoxales, autant je trouve que le monsieur contraste vraiment et sert juste de pénis et qu'on ne se le représente pas bien. Elle ne le rend pas assez complet (ou ne le décrit pas assez complètement) au travers de son amour. Et je pense qu'on aurait gagné encore plus en excitation de le savoir plus vraisemblable ; c'est bien tout, et ce n'est pas grand chose de grave.

Au final, donc, bien foutu. Des situations m'ont excité grâce aux images qui tapent dans l'œil instantanément, on se projette bien ; et je crois que c'était le but premier. Pas de petits voiles. Mais, les petits trucs comme ça :
Citer
(il aurait pu s'écrier Car Wash de cyprine !!!)

(orgasmes multiples VS Gims à fond, la voisine gagne souvent.)

(c'est une phrase très nulle, mais faudra que je lui partage cette conclusion, je passe le week-end prochain dans son nouvel appart'.)


...me sont comme des cheveux dans la soupe et, comme les références, me sortent du propos (de la fornication) littéraire.

Bien à toi !
« Modifié: 20 Octobre 2020 à 00:38:54 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne True Duc

  • Calliopéen
  • Messages: 498
Re : Faire bifurquer l'instant [AT érotique] (Explicite Plus-Plus...PLUS)
« Réponse #6 le: 24 Octobre 2020 à 11:04:13 »
Avec du retard: Merci Safrande pour ce commentaire détaillé. J'apprécie.

Style grossier, comme des grosses mottes et non pas du sable fin. Tout à fait assumé, oui;)

l marque un temps de pause et fait baisser le désir qu'on sentait bien monter c'était en effet le but. Mais peut créer de la frustration, je me rends compte à la relecture. Manque de subtilité dans les "cassures", en effet.

On a beau être des artistes pour dévier l'instant, on reste sur la même voie à chaque bifurcation, et pour l'instant, personne ne descend. Compliqué à comprendre. Petit parallèle avec l'anecdote du bus, d'un amour félin et brutal, qui, malgré les non-dits, continue sa route.

t je trouve que le monsieur contraste vraiment et sert juste de pénis la narratrice étant une femme, j'ai en effet passé à l'as la description du mâle. Volontairement ? Aucune idée ! Mais bien vu.

Des situations m'ont excité Ouff;)

Merci pour le temps passé sur ce texte. Je prends note pour le prochain exercice sur l'érotisme. Queue c'est pas facile ! (j'enlèverai les jeux de mots/cheveux dans la soupe comme ici;)

A bientôt...
« Modifié: 24 Octobre 2020 à 11:06:33 par True Duc »
« Tu veux t'asseoir sur le trône ? Faudra t'asseoir sur mes genoux.»(Elie Yaffa)

 


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