À le voir si petit et si effiloché on sentait bien qu’il ne parviendrait pas à traverser le ciel. Il était égaré dans l’immensité bleue… unique, improbable, un petit nuage de pas grand-chose.
Et le ciel impitoyable le tiraillait de toutes parts ; ressemblant vaguement à un chien, il lui tirait les poils, puis la queue toute entière, il disloquait ses pauvres oreilles, son cou, de sorte que bientôt, il ne ressembla plus à grand-chose… à un mouton qu’on pousse du pied sous un meuble, au halo de buée qu’on exhale dans le froid, à un peu d’écume peut-être.
Mais bientôt, il se reprit, se tassa sur lui-même, plus petit bien sûr, mais plus dense à présent, plus apte à s’opposer.
C’est alors qu’émergeant de l’avancée de la toiture, et donc invisible jusque-là, une masse autrement plus imposante fit irruption : c’était le nuage-mère, lui n’étant à l’évidence que le tout petit, sacrifié en éclaireur, celui qui avec tout son courage était allé au devant du danger, tâtant le terrain, jugeant du soleil et du vent.
Alors, le gros nuage le ramena à lui sans pitié, l’absorba, le phagocyta, en sorte qu’il perdit cruellement toute identité.
Un petit nuage qui n’avait échappé au soleil que pour aller se perdre dans sa propre matière.
Eh ! reviens à la réalité, il est indécent de s’apitoyer sur le sort d’un nuage quand il y a tant de malheurs de par le monde. Oui, oui, c’est certain, mais quand même… quand même.