Aux temps lointains de la création du monde, chaque animal fut doté de caractères qui lui étaient propres. Chacun développait encore son anatomie. La queue du crocodile poussait, sa mâchoire s'emplissait de dents acérées, la trompe de l'éléphant s'allongeait, ainsi que ses larges oreilles. Tous ces animaux étaient fort originaux. Mais l'un d'eux, par son exagération, semblait d'une extravagance extraordinaire. Il s'agissait de la girafe au long cou. Elle grandissait démesurément et tous s'accordaient à penser qu'un jour elle brouterait peut-être le ciel. D'abord les nuages et puis, pourquoi pas, finirait par gober une comète de passage ? Mais la digèrerait-elle et était-il tolérable de l'autoriser à s'élever si haut ? Elle broutait en effet déjà les arbres.
Un petit garçon nommé Autan, très vif et très courageux, eut vent de l'incongruité de la girafe, sympathique et pacifique par ailleurs. Il n'hésita pas à se lancer à l'aventure pour la sauver, quitte à entreprendre un long périple. Il était muni d'une fléchette qui, piquée dans le fessier de l'animal, interromprait cette croissance qui paraissait devoir être illimitée.
Autan aimait la nature et savait s'orienter grâce au ciel. Il suivit donc d'abord une rivière au long cours mais franchit aussi un torrent cascadant qui causait un grand fracas. Pour les portions désertiques il se dirigeait, de nuit, grâce aux constellations. C'est pourquoi il finit par arriver à pied d'oeuvre et eut devant les yeux la vision d'une girafe qui broutait la couronne d'un arbre haut perché. Il était grand temps de mettre un terme à sa croissance ! Le jeune garçon s'approcha et visa le fessier de cet animal altier. La mixture produisit immédiatement son effet. L'élan de l'animal vers le ciel fut stoppé net.
Mais l'urgence était grande ! Autan lui évita sans doute de mourir de soif ! Il fut en effet témoin de l'étonnante gymnastique de l'animal pour s'abreuver à une mare : écarter ses quatre grandes pattes et ployer son cou démesuré, de façon à ramener la tête vers la terre pour se désaltérer. Un cou plus long aurait rendu l'opération impossible. C'est ainsi qu'Autan protégea la race des girafes et lui permit de croître en toute sécurité. On peut les voir désormais glisser dans la savane et mâcher les pousses tendres de la ramure avec ce visage placide qui fait la joie des enfants. Quant à Autan il s'en était tiré avec panache. C'était un vrai héros ! De retour chez lui, il raconta son histoire à ses vieux parents et ils l'accueillirent fièrement.