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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Romans, nouvelles » L'équation africaine (Yasmina Khadra)

Auteur Sujet: L'équation africaine (Yasmina Khadra)  (Lu 2744 fois)

Hors ligne soline

  • Tabellion
  • Messages: 39
L'équation africaine (Yasmina Khadra)
« le: 24 Mars 2013 à 14:02:51 »
J’ai fini hier soir l’Equation Africaine, avec un sentiment très mitigé.

C'est le récit d'une prise d'otage de 3 européens au Soudan, l'horreur de leur captivité, leur fuite, et enfin leur retour à la liberté.

J’ai aimé la façon sans tabou de parler de ces conflits africains, cruels, sauvages, inutile de se cacher la réalité. Je trouve qu’il y a beaucoup de vrai dans les réponses de Kurt, l'otage Allemand, à Bruno, l'otage francais, aventurier et idealiste. Kurt lui dit que son "strabisme beat [sa façon de regarder l’Afrique] déforme son rapport aux choses africaines et confère aux supplices une vertu et aux platitudes un relief". Qu’il allait jusqu'à trouver du panache à la décrépitude.
J’aimé aussi le combat intime de Kurt, partagé entre deux mondes, tentant de comprendre l’incompréhensible. J’ai aimé la façon dont Kurt décrit l’amour qu’il a pour sa femme, au début du roman.

En revanche je trouve que l’auteur généralise trop sur le continent, que ce soit sur les aspects négatifs (les guerres, la sauvageries… la situation au Soudan et en Somalie ne peut être généralisée à tout le continent a mon avis ) que sur les aspects positifs : la générosité, l’amour de la vie. A mon avis, cela n’a rien a voir avec être africain. Il suffit que l’argent et la société de consommation s’insinue dans la communauté, et tout cela disparait. A Gaborone par exemple, ville complètement « américanisée », les gens ont perdu toute notion de générosité. Et il y a de plus en plus de suicide.. dans ce sens, je trouve le roman un peu « cliché ».

Enfin, il y a des envolées un peu trop « verbeuses ».

J’avoue être un peu déçue, parce que j’avais adoré l’Attentat, du même auteur.

Je serais heureuse de lire vos avis.

Bon dimanche!
« Modifié: 08 Septembre 2015 à 19:47:19 par Zacharielle »

Hors ligne Meilhac

  • Comète Versifiante
  • Messages: 4 000
Re : L'equation africaine de Yasmina Khadra
« Réponse #1 le: 24 Mars 2013 à 14:05:49 »
Hello  :)
la générosité, l’amour de la vie.
Arf, les clichés genre "ils sont siiiii généreux" (ils rigolent tout le temps, et ils ont le rythme dans le sang aussi, non?) c'est gênant effectivement ; si elle nous fait le coup du "mythe du bon sauvage" comme au 19e siècle, ça craint un peu.

d'ailleurs le titre est un peu "inquiétant" : si c'est un essai géopolitique, okaye, why not. mais pour un roman, d'entrée de jeu ça inquiète, y aurait une "équation africaine" concernant la vie-l'amour-la mort (ce dont parle le roman, en partie, si je comprends bien) qui serait spécifiquement africaine, etc.?

Je serais heureuse de lire vos avis.
mon avis : sur le livre lui-même, néant puisque je ne l'ai pas lu
sur ta présentation du livre :
a/merci beaucoup
b/j'aime bien les présentations qui disent du mal, ou disons plutôt j'aime bien quand les gens qui ont lu un livre et n'ont pas aimé ne se sentent tenus ni de ne pas en parler ni d'euphémiser ou d'édulcorer leur feeling (neuf fois sur dix quand on lit un livre on n'est pas fan, c'est le contraire qui serait bizarre, et c'est pas une raison pour ne pas en parler ou pour s'autocensurer)
c/est-ce que tu pourrais s'il te plait nous mettre un petit extrait, quelques lignes, n'importe lesquelles, pour qu'on ait une idée du style?
d/est-ce que tu pourrais stp nous dire si la VO est en français, et, si ce n'est pas le cas, nous donner le nom du traducteur/de la traductrice ?
e/ ce que tu dis donne envie d'en savoir + sur ce que tu as tant aimé dans l'attentat, et que tu ne retrouves pas ici, puisque bon un auteur souvent quand on aime un de ses livres on aime les autres,etc.
f/c'est marrant, le reproche que kurt fait à bruno (sur l'idéalisme qui fait voir des vertus ou du relief là où il n'y en a guère) fait un peu écho au reproche que toi tu fais à Khadra...

merci beaucoup en tout cas  :)
« Modifié: 24 Mars 2013 à 14:15:59 par Meilhac »

Hors ligne soline

  • Tabellion
  • Messages: 39
Re : L'equation africaine de Yasmina Khadra
« Réponse #2 le: 24 Mars 2013 à 17:45:36 »
Je vais preparer tout ca :)
Yasmina Khadra est un ecrivain (un homme, pas comme son nom l'indique) Algerien. Il ecrit en francais.
Je developpe tout ca des que j'ai le temps.

Hors ligne soline

  • Tabellion
  • Messages: 39
Re : L'equation africaine de Yasmina Khadra
« Réponse #3 le: 25 Mars 2013 à 08:20:05 »
Voici donc quelques extraits qui reflètent le style et le déroulement de l’histoire :

Kurt, médecin de Frankfurt, parlant de sa femme Jessica.
« Lorsque j’ai rencontré l’amour, je m’étais dit, ca y est, je passe de l’existence a la vie et je m’étais promis de veiller à ce que ma joie demeure à jamais [….]. En rencontrant Jessica, j’ai rencontré le monde, je dirais même que j’ai accédé à la quintessence du monde. Je voulais compter pour elle autant qu’elle comptait pour moi, mériter la moindre de ses pensées, occuper jusqu’au cadet de ses soucis […]. En vérité elle était la star et elle illuminait mon ciel en entier, il me semblait que des étés précoces naissaient dans le creux de ma main. »

Depuis quelques mois, Jessica s’est éloignée de lui. Elle se suicide. Kurt est dévasté, de chagrin et d’incompréhension. Il part en Afrique sur le voilier de son ami Hans, ils seront pris en otage au large de la Somalie puis livrés à un seigneur de guerre au Soudan, ou Bruno, un français aventurier amoureux de l’Afrique est aussi prisonnier. Hans mourra. Bruno et Kurt réussiront à s’échapper.
Voici un extrait de dialogue entre Kurt et Bruno, chacun dans sa vision opposée et un peu extrémiste :

Ils ont été retrouvés par des médecins de la Croix Rouge tentant de ramener des dizaines de refugiés vers un camp. Kurt observe la colonne, et Bruno lui dit :
-   C’est l’Afrique Mr Krausmann, me dit Bruno comme s’il lisait dans mes pensées.
-   Ca n’explique pas un tel entêtement.
-   C’est la que vous vous tromper, mon ami. Ces gens veulent vivre.
-   Allons dont, vivre de quoi ?
-   Là n’est pas la question. Ils veulent vivre, c’est tout ; vivre jusqu’au bout… Ca fait des décennies que je bourlingue a travers ce continent. Je connais ses vices, ses débâcles, ses brutalités, mais rien n’altère son désir de vivre. J’ai vu des gens qui n’avaient que la peau sur les os, et d’autres qui avaient perdu le gout de la nourriture, et d’autres jetés en pâture aux chiens et aux vauriens, pas un n’était prêt à céder. Ils meurent la nuit et au matin ils ressuscitent nullement dissuadés par la galère qui les guettent.
-   Et vous trouvez ça fabuleux ?
-   Ca crève les yeux non ?
-   Etrange, je ne vois la qu’une tragédie innommable et rien du crédit que vous lui accordez.
[…….]
-   (Kurt) sauf que la ou vous brossez un conte de fée, je vois un désastre.
-   L’Afrique n’est pas que l’addition des famines, des guerres et des épidémies.
-   Elle serait quoi d’autre à votre avis ?
-   Le refus de…
-   Le refus de quoi ? l’interrompis-je. De transcender le malheur c’est ca ? On ne fait pas d’un vomi un festin, Bruno. Ce continent a un grave problème de non-gouvernance, de corruption, d’indiscipline, d’impunité ; on y pratique la violence comme un sacerdoce […]. L’Afrique est faillitaire mon ami. Lui faire croire que les cicatrices sur son corps sont de beaux tatouages, c’est faire d’elle une ingénue. Couvrez d’or une ingénue et lâchez-la dans la nature ; le temps pour elle de montrer son bout du nez et c’est le chaos. Et le chaos est la, sous nos yeux… Regardez-les : ils ont peur, ils ont tout perdu, ils fuient sans savoir ou, et ils meurent tous les jours de faim et d’épuisement. C’est ça l’Afrique Bruno. Une blessure immonde. Un gâchis et une démence. Et on ne redore pas le blason de celui qui porte une camisole. Je suis outré de vous entendre encenser une terre brulée où ne subsiste pas l’ombre d’une promesse […]


Enfin, quand je dis que le style peut-être parfois un peu trop « verbeux », voici un exemple :

« Deux semaines à glisser sur les flots rassérénés. Une seule fois, une tempête s’est inspirée de la brise de midi pour entrer en transe, ensuite une houle épaisse a ralenti notre course ; le lendemain, la Méditerranée a déroulé devant nous un tapis nacré sur lequel scintillaient les premiers reflets du jour. Vers le soir, les zébrures frémissantes ont vergeté la surface de l’eau et, avec le couchant et ses incendies, nous avons assisté à un spectacle époustouflant où le rouge et le noir ont fusionné en une fresque boréale, Pour ajouter à ces féeries, une touche suprême, des dauphins ont jailli d’entre les éclaboussures, aussi rapides de que des torpilles, fiers de leur fuselage parfait qui les propulsaient dans les airs telles des fulgurances cristallines. Par moments, fasciné par leur chorégraphie somptueuse de synchronisation et de magie, j’ai eu l’impression que mon pouls s’accordait aux ondes qu’ils déclenchaient pour réguler sa cadence. »

J’aime le lyrisme et la poésie, et je trouve que ces phrases sont belles, mais toutes à la suite dans le même paragraphe, c’est beaucoup trop, ca en devient écœurant.

J’avais trouvé le style de l’Attentat plus sobre. Le roman parle du conflit israleo-palestinien, que je ne connait pas intimement. Peut-être au fond j’ai quelques réticences sur la façon de l’auteur de parler de l’Afrique parce que justement c’est un sujet qui m’est proche ? (je vis en Afrique et mon mari est Africain).

 


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