Les enfants scandent des mots biscornus dans une langue inconnue. Ils chantent le dieu de la forêt. Je perçois leur espoir et me sens oppressé. La lumière du jour force mes pupilles désormais trop étroites. Ma peau se couvre d’une gangue chaude et mousseuse. Je transpire une glaise visqueuse. Les enfants me regardent. Leurs yeux sont gris cendrés.
Je vois le lac primordial dont les Anciens parlaient.
Suis-je le fils de l’eau, de l’air, de la terre et du feu ?
Je crie ma question alentour mais nulle voix ne répond.
Les enfants tapent lentement des pieds sur le sol couvert de fleurs grises et fanées. La terre tremble un peu. L’air se refroidit lentement. L’eau se met à frémir. Je ne transpire plus et vois ma peau brûler d’un feu doux et aimant. J’enlève mes vêtements. Je sens l’air m’envelopper, le feu me consumer, la terre me porter et l’eau me caresser. Je n’entends plus les enfants chanter. Leurs bouches sont cousues et leurs bras se tendent vers moi, le dieu de la forêt. Je suis enfin arrivé.