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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le monde de Koudjo

Auteur Sujet: Le monde de Koudjo  (Lu 1489 fois)

Hors ligne Derviche

  • Tabellion
  • Messages: 33
Le monde de Koudjo
« le: 11 Avril 2020 à 10:11:12 »
Merci  pour votre lecture!  :)

Les matins défilaient bien plus vite que les pages du calendrier. Ce petit bloc qui donnait le saint du jour prenait la poussière depuis trois ans. Le vieux Koudjo, en haut de sa montagne, descendait régulièrement au village du coin pour faire le plein de produit frais et prendre quelque fois le journal. Des habitants, des porteurs de bonnes paroles au relent xénophobe, dévisageaient avec suspicion cet ermite peu loquace qui n’était pas de chez eux. Mais avec le temps, il s’était intégré au paysage et on l’acceptait, même s’il serait certainement le premier accusé en cas de trouble.

Ce matin là, lorsqu’il revint de faire les courses, il jeta le journal dans son atelier, rangeât les produits frais dans le garde manger, mit un bout de fromage devant le trou de la souris, «  J’ai fait les courses Fifi », et se prépara un café frais. Cela faisait bien des années qu’ils vivaient là et jamais il ne se lasserait des légères bourrasques matinales sur sa terrasse. Puis il s’enferma dans son atelier pour s’acharner à épuiser sa passion intarissable pour le modélisme. De son plafond pendait avions et vaisseaux spatiaux par dizaines. Sur les étagères, on y voyait des paysages, des reproductions de la vie courante et des bateaux en bouteille.

Il mit ses petites lunettes, retira la vieille feuille de journal qui protégeait sa table de travail et prit une double page du journal du jour pour là remplacer.
– Un jour, les hommes arrêteront de lire sur du papier et je ne sais pas comment je vais faire ! Tu entends, Fifi ? Un sérieux problème que voilà.» Il lança un regard au coin de la pièce, le morceau de fromage avait disparu.
– Tu aimes bien le gruyère frais, toi ! Hein ? »
Puis il prit minutieusement la carlingue plastique d’un authentique Messerschmitt Bf 109 de la seconde guerre mondiale. Il y collerait l’aile droite et verrait à commencer la peinture.
– Lundi, j’irai en ville, Fifi. Ils auront certainement reçu ma peinture et ma résine. Et j’en profiterai pour récupérer toutes mes commandes, au final. Grosse, grosse journée lundi, Fifi ! Je vais mettre le réveil, tu t’rends compte !

La vie de Koudjo défilait tranquillement. Chaque jour reproduisait celui passé et prédisait le lendemain. Il posa chaque point de colle avec une précision d’expert et posa la carlingue pour prendre l’aile. C’est à ce moment précis que tout bascula, sa vue tomba sur un article du journal. Un tout petit, de ceux qui apparaissent dans les faits divers en bas à droite.

« Révolution en République Démocratique du Togona, des émeutes éclatent après que les autorités tirent dans la foule. 48 morts et une centaine de blessés graves»

La main de Koudjo se mit à trembler et reposa l’aile. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pensé à son ancien pays.

– Fifi, dit-il au seule être qui lui tenait encore compagnie. Il eut un mal de chien à finir sa phrase. J’espère qu’Abra va bien. Il y a des troubles en RDT. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de nouvelle.

Il bascula sur sa chaise pivotante et regarda le trou de souris sans rien dire. Les rides creusées par le temps dessinaient un visage inquiet, très inquiet. Après quelques minutes, Fifi sortit grignotant un petit bout jaune. Elle s’assit face au géant et s’immobilisa, les yeux dans les yeux de l’humain.

– Tu as raison, je vais aller en ville passer un coup de fil.

Koudjo n’avait jamais mis un pied au PMU du village, un établissement qui ne tenait que grâce à ses fameux piliers de bar particulièrement accrochés au comptoir. Une ambiance de fumée de cigarettes flottait dans l’air et tous firent un silence de mort quand ils virent l’ermite débarquer dans ses vêtements usés.
Puis ils éclatèrent tous de rire quand ce dernier demanda à passer un coup de téléphone.

– En République démocratique du to...quoi ? » s’exclama un petit maigrichon à béret.
– En République Démocratique du Togona, c’était mon pays, Je ne connais pas le numéro de téléphone non plus. Mais je me suis dit qu’avec l’internet on trouvait tout, non ?
Nouveau éclat de rire encore plus bruyant.

La tenante qui avait usé tous les régimes de la terre sans jamais maigrir dévisagea Koudjo qui serrait les dents forcé de se mettre a nu devant ses clients inhibés dès dix heures du matin.
– Chuis pas très forte en internet.
Koudjo ne savait plus trop quoi faire et se gratta la tête, il irait peut être en ville mais le car du matin était déjà passé.
– Par contre je connais quelqu’un qui s’y connaît. Et qui s’y connaît bien. C’est mon fiston. Hector. Il fait ses études en Rassmus.
– En Erasmus, Mimi. Dit une voix dans l’arrière boutique et « monsieur le tenant du bar » fit son apparition.
Tous, Kodjo, les piliers de bar, la mama ainsi que son mari se tenaient autour du téléphone.
– Si j’étais vous j’appellerai l’ambassade, dit Hector.
– Qu’est ce qui dit ?
– Y dit qu’il faut appeler Mombasa. C’est une capitale africaine, je crois.
– Mais non l’ambassade !
– Tu peux pas mettre le haut parleur.
– y’en a pas sur ce téléphone.
– Dites, vous êtes combien derrière le téléphone, les interrompit Hector

– Votre nièce est-elle française
– Non, je crois pas. M. l’ambassadeur.
– Arrêtez de m’appeler M. l’ambassadeur ! Malheureusement je ne crois pas pouvoir faire quelque chose pour vous, quelle est votre nom de famille.
– Mensoh. Je suis Koudjo Mensoh. Ma nièce est Abra Mensoh...si elle n’a pas changé.
– Abra Mensoh, Vous avez dit ?
– Oui, c’est bien ça.
– Monsieur, je crois que votre nièce est à la tête l’armée révolutionnaire.

En ligne Safrande

  • Calliopéen
  • Messages: 401
Re : Le monde de Koudjo
« Réponse #1 le: 12 Avril 2020 à 03:31:07 »
Bonjour Derviche !
Alors voilà je vais te donner quelques impressions, saches que je suis nouveau, et que c'est la première fois que je fais ça.

Tout d'abord le premier paragraphe est propre, il pose le décors, c'est efficace.
Au deuxième il y a un petit truc qui me chiffonne : "café frais".  Je trouve que ça "cogne", et c'est la deuxième fois que tu emploies l'adjectif "frais". Je trouve aussi que "s'acharner à épuiser sa passion" est un peu excessif, "continuer d'épuiser sa passion" est déjà un peu moins rêche.
J'aurais aimé que l'atelier soit un peu plus décrit, connaître les petites babioles du vieux, d'autant plus que le titre est "Le monde de Koudjo".

La relation que tu instaures avec la souris est bien pensée, mignonne (un peu trop ?), elle te permet de rajouter des infos sur Koudjo, dommage qu'elle n'a l'air de servir qu'à ça. "Il y collerait l’aile droite et verrait à commencer la peinture" ce ne serait pas "pour commencer la peinture " ? Je me trompe peut être.

"Fifi, dit-il au seule être qui lui tenait encore compagnie. Il eut un mal de chien à finir sa phrase. J’espère qu’Abra va bien", je ne mettrais pas un point après compagnie, ça te coupe l'élan et la tension de ta phrase ; je verrais plus quelque chose comme : "Fifi, dit-il au seule être qui lui tenait encore compagnie (il eut un mal de chien à finir sa phrase), j’espère qu’Abra va bien". Après je ne sais pas si c'est un bon conseil, c'est en tout cas comme ça que j'aurais aimé le lire. Et je trouve l’expression mal de chien trivial... 

"Les rides creusées par le temps dessinaient un visage inquiet, très inquiet", peut être une phrase qui force l'image, avec la répétition de inquiet, et qui au final ne nous donne pas grand chose.

"Ses fameux piliers de bar particulièrement accrochés au comptoir", là aussi, ça manque de fluidité, un adjectif ou un adverbe en trop, au choix (mais plutôt un adverbe).

"Une ambiance de fumée de cigarettes flottait dans l’air et tous firent un silence de mort quand ils virent l’ermite débarquer dans ses vêtements usés.
Puis ils éclatèrent tous de rire quand ce dernier demanda à passer un coup de téléphone.".
La scène paraît peut probable, surprenante, elle manque de subtilités peut-être, de jeux de regards, de ricanement plus que d'éclats de rire ; et le fait qu'on sache d'abord qu'ils éclatent de rire la rend encore moins convaincante.
"En République Démocratique du Togona, c’était mon pays, Je ne connais pas le numéro de téléphone non plus." Je ne fais pas attention au fautes, mais là tu as une majuscule à "Je" qui ne se loupe pas.

"En Erasmus, Mimi. Dit une voix dans l’arrière boutique et « monsieur le tenant du bar » fit son apparition." je l'aurais écris comme ça : "En Erasmus, Mimi, dit une voix dans l’arrière boutique. Et « monsieur le tenant du bar » fit son apparition.", car l’enchaînement du "Dit une voix dans l’arrière boutique" avec le "et « monsieur le tenant du bar » fit son apparition." donne quelque chose de précipité : ce sont deux choses distinctes.

"Tous, Kodjo, les piliers de bar, la mama ainsi que son mari se tenaient autour du téléphone.
– Si j’étais vous j’appellerai l’ambassade, dit Hector.".
Ici pas de préparation pour le coup de fil, c'est directement Hector qui parle, j'avoue que ça m'a surpris ; j'ai compris, mais ça m'a surpris.

"– Votre nièce est-elle française
– Non, je crois pas. M. l’ambassadeur."
Je trouve ça dommage d'avoir enchaîné ce dialogue (qui prépare la chute) avec celui d'avant, sans coupure de description comme quoi le vieux se débarrasse de tous les "parasites" ou autre ; ça fait comme une sorte de faux raccord où d'un coup tout le monde disparaît et il n'y a plus que lui au téléphone avec Hector.

Enfin voilà, malgré tous ces points relevés je trouve que tu sais faire des histoires, planter un décors, décrire en quelque mots des personnages, donner un certain suspens (des choses dont je suis incapable), même si connaître Abra et les relations que Koudjo entretient avec elle aurait été un plus. Pour moi ce fut une lecture plutôt plaisante et sans arrières pensés, drôle qui plus est, notamment avec "La tenante qui avait usé tous les régimes de la terre sans jamais maigrir".
Je t'encourage vivement à continuer comme ça, à approfondir tes histoires, à garder cette cohérence dont tu fais preuve : tu sais ne pas t’égarer et tu suis le fil de ton histoire, c'est une qualité !
Désolé si j'ai semblé dur, mais c'est rien que pour t'aider !





« Modifié: 12 Avril 2020 à 23:28:05 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne Derviche

  • Tabellion
  • Messages: 33
Re : Le monde de Koudjo
« Réponse #2 le: 12 Avril 2020 à 10:37:18 »
Wahou! ça c'est du commentaire, merci beaucoup.  J'avoue ne pas avoir beaucoup de temps aujourd’hui pour revoir mon texte
( Ne t'inquiète pas pour la dureté du commentaire, j'ai la peau dure :D)

je crois que je vais relire plusieurs fois ton commentaire

Après,  j'admet que ce texte je l'ai écris assez vite sans trop le travailler, bien sûr que j'aurai aimé donner plus de détails.

Bon a revoir tout ça,  encore merci.





Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : Le monde de Koudjo
« Réponse #3 le: 12 Avril 2020 à 19:41:17 »
Bonjour

Une lecture - facile - qui m a bien fait plaisir - avec des personnages attachants.  ;)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Derviche

  • Tabellion
  • Messages: 33
Re : Le monde de Koudjo
« Réponse #4 le: 12 Avril 2020 à 20:03:52 »
merci pour ce com bien encourageant! ;)

 


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