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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le virus du singe bleu

Auteur Sujet: Le virus du singe bleu  (Lu 1527 fois)

Hors ligne Georges Beckett

  • Tabellion
  • Messages: 29
    • Auteur à la petite semaine
Le virus du singe bleu
« le: 15 Décembre 2019 à 17:26:18 »
— Monsieur le Directeur, je souhaiterais récupérer mes heures de sommeil perdues.

Monsieur le Directeur n’est pas le genre d’homme que vous dérangez en plein travail pour une histoire d’heures de sommeil à récupérer. Monsieur Victori, mon patron, affiche 100 800 amis Twitter au compteur et ne dort pratiquement jamais. Le problème, c’est que ce matin, au réveil, je me sentais, enfin…

Je ne sais pas.

Envasé de l’intérieur ?

Mon érection matinale se résumait à une demie molle. Mes yeux piquaient. Mon haleine empestait le bocal à cornichon.

Coche mentale : vérifier si je mange suffisamment d’oméga 3.

Coche mentale : envisager une prise de sang et mesurer mon taux de magnésium.

Monsieur le Directeur est visiblement débordé.

Assis sur son trône de cuir à capitons, derrière le pont ciré de son bureau-paquebot, il triture les faces d’un Rubik’s cube, les sourcils froncés.

— Voyez-vous, Adam, autrefois je venais à bout de ce casse-tête en trois minutes trente-huit. Aujourd’hui, il me faut un bon quart d’heure. Pensez-vous que je devrais consulter un médecin ?

C’est l’occasion en or de placer mon proverbe :

— Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, monsieur Victori.

Coche mentale : ça, c’est fait.

J’avais préparé ce proverbe dans le cadre de ma réunion SNT4 de 9 h 30, portant sur la corrélation du flux codé du workflow des congés avec les indices d’absentéisme. Comme je n’y ai pas assisté, en raison de mon état, il faut bien rentabiliser. Les citations et les proverbes sont d’ailleurs le véritable objet de nos réunions. Les petites phrases qui tuent sont devenues une compétition entre les cadres de la Botox. Surtout entre moi et Pichard. Ce jeune pousse-mégot nous avait tous couchés la semaine dernière avec sa citation : « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. »

Mais ce n’est pas le sujet…

Je suis d’ordinaire un homme respectueux de la hiérarchie. Prendre une balle perdue pour son patron, c’est ça, être un homme, disait mon père. Bon… Mon père n’a pas pris de balle, il est décédé dans un accident d’Audi. Son patron conduisait trop vite après une soirée arrosée, il n’a pas vu le platane. Mais vous comprenez le principe.

Néanmoins, ce qui m’appartient m’appartient. Faut pas se laisser marcher sur les pieds, sinon on finit chômeur ou écolo. J’insiste :

— Pourriez-vous au moins m’indiquer à quel service je dois m’adresser pour récupérer mes heures de sommeil perdues, monsieur le Directeur ?

Ma voix, habituellement grave comme le brame d’un cerf dominant, semble chuter d’un balcon.

Que m’arrive-t-il aujourd’hui ?

Ce matin, après mon check Facebook, mon check mails, mon check Instagram, mon check citations-proverbes, j’avais procédé à mon check sale gueule dans la salle de bain.

Mon teint évoquait un masque de cire fondue couleur de glaise. Mes joues creuses rappelaient deux impacts de balles dans une plaque de tôle. Mes poches sous les yeux s’apparentaient à deux testicules de toutou noir pétrole. Mes lèvres s’effondraient aux commissures. J’affichais le genre de visage terreux et chiffonné qu’on voit cloper devant le pôle emploi. « Bordel, je ressemble à un chômeur » me suis-je dit. J’ai une gastro-entérite ou quoi ? J’avais pourtant avalé mes compléments vitaminés et ma DHEA une demi-heure plus tôt. Et je ne ressentais aucune nausée, aucune diarrhée latente.

Pire, j’ai dû renoncer à mon habituel selfie matinal : moi, le torse nu et congestionné par ma série de tractions en supination et la créatine, me brossant les dents, deux doigts écartés en V de la victoire en premier plan.

En général, sur Instagram les likes pleuvent par dizaine dans le quart d’heure qui suit, et je pars au boulot remonté à bloc, prêt à écraser Pichard avec mon proverbe du jour à ma première réunion de la journée . Ce selfie est celui qui m’accomplit le plus en tant qu’être humain. Pichard, lui, se photographie en train de se raser avec une duck face – bouche en cul de poule. À mon avis, c’est putain de démodé, le duck face.

Ce matin, ben merde, je ne pouvais pas prendre ma salle gueule en photo. Georges Adam, le fier collaborateur de la Botox, avait perdu son Mojo.

Serais-je victime d’un genre de chagrin d’amour, comme dans un de ces livres sirupeux à la guimauve ?

Je n’en lis jamais, des romans d’amour. Ça flingue mon biorythme. C’est bon pour les jeunes filles obèses attablées au Mc Do à 15 h de l’après-midi devant un milkshake vanille, cette prose-là. Moi, je lis plutôt le Times en VO. Mais ça n’empêche pas de se renseigner.

Je vous confie ça, parce que, à mon grand dégoût, cette nuit, j’ai rêvé d’Adeline. Mon ex.

Coche mentale : débuter une cure de fer. Ce midi, manger du boudin noir, des rognons, du foie, des crevettes ou des huîtres.

Je me suis pourtant couché de bonne heure après ma séance de yoga, à 3 h 30, hier soir. Je devrais dire à 3 h 30, ce matin, puisqu’il était 3 h 30. Où s’arrête la nuit, où commence le jour ? Je commence à me poser de drôles de questions. C’est vous dire l’état nébuleux qui est le mien depuis mon réveil. Mon cœur martèle mon plexus solaire comme derrière une membrane de coton. Je contiens avec horreur cette abomination humaine qu’on appelle les larmes.

Monsieur le Directeur complète la face orange du cube. Les autres sont dépareillées. Il serre sa mâchoire, modèle tractopelle, et lève un œil de vipère sur moi.

— Que me demandiez-vous, Adam ?

— Mes heures de sommeil perdues, monsieur le Directeur, où puis-je les récupérer ?

Je ponctue avec « in fine ».

Histoire de lui signifier la gravité de la situation. Mais le cœur n’y est pas. D’un coup, je me sens… me déliter entre les lattes du fauteuil. Tel un sac de linge salle sombrant au fond d’un marécage. Je me sens…

Quel est le terme, déjà ?

C’est ça, je me sens las. Un mot que je n’ai employé qu’une fois dans ma vie. À mon divorce d’avec Adeline : « Je suis las de toi, Adeline. » Ouais, c’est ce que j’avais dit, je crois.

Le plus moche ?

Suite à notre divorce, certaines de nos connaissances communes s’étaient retirées de ma liste d’amis Facebook. Un coup bas, surtout que j’avais cédé chez l’avocat en faveur d’Adeline pour la garde de notre Playstation 4.

Dans mon rêve, cette nuit, je l’embrassais.

Que m’arrive-t-il ?

— Hum… fait monsieur le Directeur, en tâchant de recomposer la face bleue du Rubik’s cube.

Sa mâchoire de vainqueur se détache parfaitement dans le contre-jour de la fenêtre. Je vous jure, c’est dingue, même s’il manipule un jouet et n’en branle pas une pour l’entreprise, à cet instant, il a malgré tout l’air de Hamlet s’adressant au crâne de son père. C’est à ça qu’on reconnaît les grands hommes, je me dis.

Un jour ordinaire, j’aurais été jaloux du potentiel physique si likeable de mon patron.

Cette pensée me met mal à l’aise. J’extrais discrètement mon carnet de proverbes-citations de ma poche de veste et le pose sur mes genoux. Tandis que monsieur le Directeur tourne une face du cube, je lis une page au hasard, espérant y retrouver un peu de contenance et d’agressivité professionnelle. Celle-ci sera parfaite :

— Sur les chemins sans risques, on envoie que les faibles, monsieur Victori.

— Vous avez raison, Adam. Mais après la pluie, le beau temps.

L’humiliation est totale. Pas de doute, je suis vraiment souffrant ce matin. Adieu mon augmentation de salaire.

— Et concernant mes heures de sommeil perdues, monsieur le Directeur ?

Il quitte le Rubik’s cube des yeux. Sa mâchoire enduite d’after-shave reluit sous l’éclairage vif du plafonnier.

— Que voulez-vous en faire, de ces heures de sommeil, Adam ? Vous les faire payer ?

Il rit à gorge déployée. Je ris aussi, en respectant un silence de deux secondes entre son propre fou rire et le début du mien, histoire de lui laisser l’avantage de l’initiative et respecter sa position hiérarchique.

Je ne peux décemment pas lui avouer que je souhaite utiliser mes heures de sommeil perdues à dormir. Cette fatigue subite, c’est vraiment la honte. Je biaise :

— Je souhaite simplement les retrouver, monsieur le Directeur. Vous voyez, je pourrais peut-être les accrocher au mur, je me dis. Dans mon salon. Avec un beau cadre…

J’ajoute : « De facto. »

Il parait que les reptiles démontrent plusieurs signes du sommeil lent, mais ne semblent pas avoir de sommeil paradoxal. Monsieur le Directeur ne rêve sûrement pas de son ex. Cette pensée me déprime davantage. Je suis un raté. Un rêveur.

Coche mentale : vérifier ce petit fait sur Wikipédia, ce soir.

Monsieur le Directeur peine à reconstituer la face verte du Rubik’s cube ; il soupire. Sa mâchoire de super-héros se contracte. Il dit :

— N’êtes-vous pas satisfait de notre nouvelle salle de musculation au ré de chaussée, Adam ? De notre service de coiffure ? De notre excellente salle de restauration avec vue sur le fleuve ? Que dire de ces nouveaux ballons de yoga à disposition pour chacun des employés de la Botox. Ça ne vous suffit pas ? En plus, vous souhaitez dormir ?

Il prononce ce dernier mot avec une moue de dégoût.

— Vous me décevez, Adam… Je ne vous dirais qu’une chose : tant va la cruche à l’eau, qu’à la fin elle se brise.

Je compulse du coin de l’œil mon carnet de proverbes-citations sur mes genoux, mais aucune parade n’est assez forte pour contrer cet affront. Pour l’honneur de mon père, je bredouille quand même :

— Une hirondelle ne fait pas le printemps, monsieur le Directeur…

Il lève un œil de son cube à facettes :

— Touché… Vous me surprenez, Adam.

Coche mentale : ressortir ce proverbe à la prochaine réunion du co-dir pour moucher Pichard.

— Seriez-vous amoureux, mon vieux ?

Mon baiser avec Adeline dans mes rêves me revient en mémoire. Je dissimule la tremblote de mes mains derrière le bureau. Honte est un mot faible pour exprimer mon ressenti face à la défaillance complète de mes organes.

Mais qu’ai-je donc, ce matin ?

Hier encore, j’ai avalé mes 12 km de footing après le boulot, à 22 h 30, avant ma séance de cross-fit et mon bo bun bio lyophilisé. Même ma dernière crampe au mollet date d’il y a huit ans. Je suis un flingueur, nom de Dieu ! Je n’ai pas gravi les échelons, année après année, pour m’effondrer à 80 ans de la retraite. J’ai à peine 69 ans ! Que signifient ces jérémiades ? Je rétorque :

— Amoureux ? Je vous rappelle, monsieur le Directeur, que c’est interdit par la convention de service.

J’ajoute : « Stricto senso. »

Monsieur le Directeur dépose son cube inachevé sur le bureau, joint ses mains en prière contre ses lèvres, puis me détaille longuement sans cligner des paupières. Comble de la honte : je me sens rougir. Summum de la lose, soudain, mes paupières se ferment contre ma volonté.

— Hé ! Vous m’insultez, maintenant, Adam ? Rouvrez les yeux, bon sang ! Vous vous croyez dans l’administration, ou quoi ?

— Je ne peux pas, monsieur Victori.

Je suis conscient de l’embarras dans lequel je me mets. Mais mes paupières sont deux rideaux de fonte de deux tonnes. Sans la lumière des baies vitrées coulissantes, je me retrouverais complètement dans le noir. À la place, je vois danser des taches lumineuses rouges sous la membrane de peau de mes paupières irisées de capillaires sanguins. Puis les taches deviennent vertes, bleues et jaunes, comme lorsque je paressais allongé sur la pelouse, au soleil, dans le jardin de mes parents, autrefois. Durant les grandes vacances. Avec le clapotis du petit court d’eau qui s’écoulait au loin.

— C’est joli, monsieur le Directeur. Essayez…

Mais qu’est-ce que je raconte ? Je déraille ?

Coche mentale : arrêter les stéroïdes.

— Joli ? Vous êtes cinglés, Adam ! Rouvrez les yeux ou je vous colle un blâme et une heure TIG aux toilettes du sous-sol !

Sur l’écran rougeoyant de mes paupières scellées, je distingue des profils d’animaux. Un aigle et un cheval. Ils s’enchevêtrent, fondent leur couleur primaire pour se changer en un lion jaune. Puis le lion se change en singe bleu.

— Essayez ! Regardez, le lion ! Le singe ! Il y a tout un monde, là, derrière nos paupières !

J’ajoute : Oh, my god !

J’entends un soupir las.

— Adam, pour la dernière fois… Rouvrez les yeux ou je vous sucre vos chèques déjeuner.

— Je ne peux pas, monsieur, le Directeur. Ce doit être un genre de cancer foudroyant de la rétine, je vois des paysages, à présent !

Pas de doute, c’est une version pop art aux couleurs changeantes des étendues mélancoliques du Connemara. Champs de tourbes et bas murets crayeux. Mon voyage scolaire en classe de troisième, je me dis. Je n’ai jamais refoutu les pieds en Irlande, trop de chômeurs et d’alcoolos. Pourtant, cela me semble si beau, calme et propice à la rêverie. Je m’avachis et glisse davantage le long du dossier de mon siège. J’en pleurerais de honte si le spectacle n’était pas si étincelant et majestueux.

— Ces paysages, monsieur le Directeur, c’est… c’est comme avec un filtre Instagram, en plus beau, je vous jure !

— Vous me faites peur, Adam ! Arrêtez votre cinéma ! Si vous crevez dans mon bureau, la Botox va encore se coltiner un malus carabiné sur sa prime d’assurance. Souvenez-vous de Joubert, défenestré du quinzième, l’an dernier. Ce crétin n’avait pas trouvé mieux que de s’écraser précisément AVANT la limite de notre espace de responsabilité. 30 cm qui nous auraient valu bien des tracas judiciaires, si Pichard n’avait pas eu la présence d’esprit de déplacer le corps et les bouts de cervelle sur le trottoir.

Une main calleuse de culturiste agrippe mon poignet et le secoue :

— Adam, vous m’écoutez, nom de Dieu ? Si ma secrétaire entrait ? Hein ? Un selfie maintenant et le cours de nos actions s’effondre. « A la Botox, on roupille », je vois d’ici les gros titres ! Ouvrez les yeux, vous allez donner des idées aux autres employés !

— Aucun risque, monsieur le Directeur, je suis au Connemara.

— Le Connemara ?

— Non… attendez ! C’est Marrakech, à présent ! Mon voyage avec Adeline en lune de miel ! Ce soleil et ces ocres saturés, quelles merveilles !

— Saint Jeff Bezos, sauvez-nous du mal… Vous ne me laissez pas le choix, Adam. Vos hurlements vont rameuter tout l’étage.

J’entends des pas étouffés sur la moquette. Le loquet d’un verrou de porte cliquette. Derrière mes paupières rougeoyantes, je distingue beaucoup plus nettement le visage d’Adeline que dans mon rêve de cette nuit. Ses boucles brunes, son regard mutin… Je tressaute, partagé entre le dégoût et la joie.

— N’avez-vous pas un moment émouvant dont vous souhaiteriez vous souvenir, monsieur le Directeur ?

— Me souvenir ? Mais vous me prenez pour un ancien combattant, mon vieux ? Je vous rappelle notre devise à la Botox : avancer pour mieux sauter. Adam, ouvrez vos putains d’yeux !

— Ils sont comme cousus, monsieur le Directeur. Oh… C’est affreux ! Je suis en train de rouler un patin à mon ex-femme ! Et j’aime ça !

— Oh, pute vierge, j’appelle le SAMU. Les gars des services publics empestent toujours la bière et le tabac, mais ils ne facturent pas. Vous ne me laissez pas le choix, Adam. Vous passerez la nuit au milieu de RMIstes avinés pour le bien de l’entreprise. On vous évacuera de nuit par l’ascenseur de service.

J’entends le bruit sourd d’une lourde chute sur la moquette épaisse du bureau.

— Adam ! Adam ! Où êtes-vous ? Je suis aveugle !

— Non ? Ne le prenez pas mal, mais ça me rassure un peu sur mon propre cas. Je pensais que j’étais rincé, foutu pour le business. Ce doit être un virus très contagieux, monsieur le Directeur.

Coche mentale : vérifier les épidémies en cours sur le site de l’OMS.

— Un virus ?

— Un germe de chômeur, je ne sais pas ! Ne luttez pas ! Regardez ce qui danse derrière vos paupières ! Quand on lutte, ça brûle !

— Aïe ! Vous avez raison, c’est comme une morsure de braise ! Nom d’un chien, où est mon guide médical Vidal...

Quelque chose rampe autour de moi ; j’entends un choc contre le bureau. Mon carnet proverbes-citations chute de mes genoux sur le sol.

— Adam, bordel, si vous m’avez refilé votre virus de feignasse, je vous saque ! Attendez que je mette la main sur ma boite d’amphétamines…

Un tiroir coulisse quelque part.

— Ah, ça y est, je sens un tube de cachets…

— Et si c’était vos capsules de cyanure en cas de krach boursier, monsieur Victori ? Ou vos diurétiques pour la sèche musculaire ?

— Vous croyez ? Comment les différencier … Adam, je vous maudis ! Oh, bordel…

— Quoi, monsieur le Directeur ? Vous m’effrayez.

— Les singes bleus ! Je les vois ! Ils copulent !

— Vous êtes décidément un grand homme, monsieur Victori. Avec moi, ils s’épouillaient.

— Attendez, ils sont rouges, à présent ! Non, c’est un lion vert ! Oh… Je crois que je comprends ce que vous ressentez, Adam… C’est plus spectaculaire qu’un essai atomique dans le désert du Nevada en 54 ! C’est affreux comme c’est beau !

— Et si c’était mortel, monsieur le Directeur ? Je vous pose la question parce qu’Adeline, mon ex, est en train de retirer mon pantalon à Marrakech et j’ignore si une abominable érection intempestive trahit mon honneur, en ce moment même.

— Comment le saurai-je ? J’y vois pas plus que vous, mon vieux ! Palpez-vous l’entrejambe !

— Oui, je bande.

— Moi, ma mère me cuisine un gâteau au yaourt dans la cuisine de mon enfance, ça sent rudement bon. Je n’ai pas bouffé de sucreries depuis l’intronisation de Google en bourse en 2004.

— Pardonnez-moi, je vais jouir, monsieur le Directeur…

— À cause du gâteau au yaourt ?

— Non, de mon ex-femme… je… oh… ouiiii !

J’entends un grincement, puis un choc sur le plan de travail du bureau.

— Au moins, si je ne m’en remets pas, je mourrais assis sur mon trône… Dieu que ce gâteau est délicieux, Adam. J’aidais ma mère à le préparer, je m’en souviens à présent. Un pot de yaourt de farine, un pot de yaourt de lait, un œuf… Le fumet de la pâte dorant au four me rendait dingue, ce parfum de levure. Ma pauvre mère… Que m’avez-vous fait Adam ? Je vais rater mon cours de squash de ce soir, mais je m’en moque. J’ai même envie de chialer… Je suis un homme fini.

— Moi, je pleure déjà, monsieur le Directeur.

— Oh, la vache… Si je chiale aussi, promettez-moi que cela restera entre nous, Adam. Promettez-le !

— Je promets, monsieur le Directeur. Pensez-vous que nous nous changeons en une espèce inconnue de dauphins ?

— De dauphins ? Mais vous délirez, Adam !

— Il parait que les deux hémisphères du cerveau des dauphins dorment séparément. L’un des hémisphères reste éveillé pendant que l’autre roupille, ainsi le dauphin n’oublie-t-il pas de remonter respirer à la surface lorsqu’il dort. Et si c’était ce qui nous arrive, monsieur Victori ?

— C’est absurde, Adam ! Un dauphin ? Vous imaginez un homme de ma trempe finir dans une boule à neige pour touristes ?

— Vous avez raison… D’ailleurs, je dois vous avouer que mon état empire. Je me sens sombrer dans un sommeil profond contre ma volonté. Oh, monsieur Victori, pitié, jurez-moi de ne pas me supprimer ma place de parking couvert ! Je n’y peux rien… J’ai sommeil…

— Adam, restez avec moi, mon vieux ! Ne me laissez pas seul ! Au moins, le temps que je termine ce merveilleux gâteau au yaourt. J’aime tant lorsque maman me caresse les cheveux après chaque bouchée… Mais qu’est-ce que je raconte ? Adam ? Vous m’entendez ?

— Le feu, ça brûle et l’eau ça mouille, monsieur Victori. Je…

— Gardez vos proverbes pour la prochaine assemblée du Co-MIP 44, mon vieux, ce n’est pas le moment de jouer au mâle alpha ! In fineDe facto… Mon Dieu, je tombe de sommeil aussi… Tout ce sucre ingurgité… Adam, j’ai peur ! Je n’ai pas dormi sans Valiums depuis si longtemps. Et si je me mettais à rêver ? Adam ? Adam ? C’est affreux, mes muscles se relâchent comme après un bain chaud. Vous m’entendez ? Bordel, où avez-vous pu contracter ce virus infernal ? Vous fréquentez des employés de La Poste ? Avouez-le ! Adam ?

J’entends un choc étouffé et lointain, comme provenant d’un autre continent, loin, loin, là-bas, de l’autre côté de mes paupières closes et multicolores. Adeline dort à côté de moi. Le menton lové dans le creux de mon cou.

— J’ai sommeil, Adam ! C’est si agréable ! Je vais faire une crise de panique… Adam ?

— Moi aussi, monsieur le Dir...

Mes lèvres se changent en caoutchouc fondu. Ma mâchoire se relâche : je bave d’un côté. Merde, ma veste Armani… Dans mon rêve, je ris.

— Adam ! J’ai peur ! Et si on ne se réveillait pas ! Adam ?

J’aimerais prononcer un proverbe de circonstance, mais mes lèvres semblent avoir perdu tout tonus musculaire. La respiration d’Aline se fait plus régulière et profonde à côté de moi. Elle me berce. Au loin, quelqu’un trébuche. J’entends un bruit de mécanisme étouffé. Quelque chose coulisse… Puis je sens comme un courant d’air froid sur mon visage.

— J’ai bien trop sommeil, Adam. Inutile d’ajouter la honte à l’humiliation… Pour l’honneur, Adam… Pour l’honneur.

Un mouvement d’air, un silence, puis je perçois, comme derrière une paroi de verre, un choc lointain et des cris éloignés. Ma tête s’effondre sur mon épaule. Et avant qu’il ne fasse complètement noir et que les ténèbres ne m’envahissent, je me demande si monsieur Victori a atterri du bon côté du trottoir.

Coche mentale : vérifier cette information à mon réveil.
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #1 le: 16 Décembre 2019 à 13:04:59 »
Bonjour Georges Beckett,


Heureux de voir que tu nous proposes une nouvelle lecture, j'ai eu le sentiment que tu avais peu posté ces derniers temps, et c'est toujours un plaisir de voir ce que tu écris.

Pour une fois, j'ai pris le temps de bien me plonger dans ton texte et de te faire un retour en détail ; de cette façon, j'espère que tu pourras bénéficier d'une critique assez poussée qui t'apportera un regard différent avec des précisions sur les éléments qui m'ont le plus marqué.


Après tout, le forum est là pour ça, on a besoin de retours extérieurs, même s'ils peuvent parfois manquer d'exactitude (ce qui pourrait être mon cas ici aussi), cela reste un enrichissement lorsqu'un membre prend le temps de donner précisément ses impressions de lectures, doutes ou critiques.


Citer
— Monsieur le Directeur, je souhaiterais récupérer mes heures de sommeil perdues.

Monsieur le Directeur n’est pas le genre d’homme que vous dérangez en plein travail pour une histoire d’heures de sommeil à récupérer. Monsieur Victori, mon patron, affiche 100 800 amis Twitter au compteur et ne dort pratiquement jamais. Le problème, c’est que ce matin, au réveil, je me sentais, enfin…

Je ne sais pas.

Envasé de l’intérieur ?

Mon érection matinale se résumait à une demie molle. Mes yeux piquaient. Mon haleine empestait le bocal à cornichon.

Coche mentale : vérifier si je mange suffisamment d’oméga 3.

Coche mentale : envisager une prise de sang et mesurer mon taux de magnésium.

Monsieur le Directeur est visiblement débordé.

Assis sur son trône de cuir à capitons, derrière le pont ciré de son bureau-paquebot, il triture les faces d’un Rubik’s cube, les sourcils froncés.

— Voyez-vous, Adam, autrefois je venais à bout de ce casse-tête en trois minutes trente-huit. Aujourd’hui, il me faut un bon quart d’heure. Pensez-vous que je devrais consulter un médecin ?


Introduction apparemment voulue « spectaculaire », j'ai eu personnellement beaucoup de mal avec la lourdeur de ce type d'entrée en scène (la mise en situation m'a semblé trop prompte à passer au cœur du sujet), et c'est vraiment parce que je voulais te commenter toi en particulier que j'ai prolongé ma lecture malgré cette introduction en accéléré. Finalement, c'est dans les mœurs d'aller un peu vite dans l'action, comme ça, mais je me demande si c'est justifié à ce propos.

Quelque part, j'ai le sentiment que tu souhaites imposer un cadre cinématographique avec un déroulé très explosif alors que je préfère bien plus la dimension satirique voire parfois politique de certaines de tes digressions narratives. Je n'attends pas tellement de toi que tu me fasses découvrir le spectacle du conflit social, plutôt un texte qui parle de politique ou d'opinions, de relations sociales ou d'individus aux profils contradictoires avec une certaine humilité.

C'est à peu près ce que je pouvais dire de l'introduction aujourd'hui, en espérant que ce sentiment décrit dans sa complexité te donne quelques axes de compréhension de ma propre lecture (qui m'appartient, bien entendu, qui est personnelle et subjective).


Citer
Néanmoins, ce qui m’appartient m’appartient. Faut pas se laisser marcher sur les pieds, sinon on finit chômeur ou écolo. J’insiste :

Ici, on est dans la satire pure et dure, rien n'est cinématographique, au contraire : tu fais ressortir tous les aspects véritablement défigurant, qui caricaturent symboliquement la grossière comédie humaine de la société.


Citer
Suite à notre divorce, certaines de nos connaissances communes s’étaient retirées de ma liste d’amis Facebook. Un coup bas, surtout que j’avais cédé chez l’avocat en faveur d’Adeline pour la garde de notre Playstation 4.

À partir de stade-ci de ma lecture, il y a trop de références labellisées (facebook, twitter, playstation, etc.) je suis d'office sorti de ma lecture si je ne consomme pas ces produits ou ne participe pas à ces réseaux.

Je dirais que si tu souhaites orienter ta critique vers ces produits, tu as tout intérêt à t'adresser en priorité aux lectrices & lecteurs qui ne les utilisent pas (qui partageront volontairement ta critique contre ces standards). Pour cela, n'hésite pas à proposer : un résumé rapide d'à quoi sert le produit en question, une description concise de ses pires caractéristiques, et enfin (enfin seulement...) tu peux décrire la façon de ton personnage d'en parler et de les pratiquer au quotidien ; sans quoi si tu démarres par la façon du perso de les pratiquer sans que j'en connaisse personnellement l'utilisation généralisée, je suis mis hors de ma lecture (hors de ma lecture alors que j'aurais été a priori directement sensible à cette critique acerbe).


Citer
Il parait que les reptiles démontrent plusieurs signes du sommeil lent, mais ne semblent pas avoir de sommeil paradoxal. Monsieur le Directeur ne rêve sûrement pas de son ex. Cette pensée me déprime davantage. Je suis un raté. Un rêveur.

Coche mentale : vérifier ce petit fait sur Wikipédia, ce soir.

Là, je n'ai pas compris, je ne dois pas suffisamment utiliser Wikipédia pour savoir de quoi on parle, mais je ne comprends plus le lien entre les différentes idées...


Citer
— Ces paysages, monsieur le Directeur, c’est… c’est comme avec un filtre Instagram, en plus beau, je vous jure !

Je ne comprends pas la blague, je ne sais pas ce qu'est un « filtre Instagram ».


Citer
— Au moins, si je ne m’en remets pas, je mourrais assis sur mon trône… Dieu que ce gâteau est délicieux, Adam. J’aidais ma mère à le préparer, je m’en souviens à présent. Un pot de yaourt de farine, un pot de yaourt de lait, un œuf… Le fumet de la pâte dorant au four me rendait dingue, ce parfum de levure. Ma pauvre mère… Que m’avez-vous fait Adam ? Je vais rater mon cours de squash de ce soir, mais je m’en moque. J’ai même envie de chialer… Je suis un homme fini.

Alors, tu me dis si je me trompe, j'ai eu le sentiment de retrouver ici la thématique du texte : le fait de cacher ses émotions, ses sentiments, la société qui encourage à oublier ses émotions et à s'enfermer dans une vision mécanique de l'être humain.

Je dirais que, si c'est le thème réel du texte (de ce que tu évoques derrière le titre du singe bleu), alors je ne comprends pas le rôle que joue l'aspect satirique. Je pense que tu aurais très bien pu aborder ce thème sans ajouter une multitude de blagues qui font rire, car ce thème ne prête pas nécessairement à une écriture satirique (il y a plutôt une dimension religieuse ou spirituelle dans ce genre de thématique).

En revanche, si ce n'est pas le thème du texte et que tu souhaitais employer la satire pour présenter une situation ridicule et faire rire, alors je dirais que la simple volonté du patron d'avoir l'air sérieux et rationnel ne suffit pas à provoquer le rire, qu'il faudrait au contraire qu'il fasse des choses réellement ridicules « au nom du grand capital productif ». À force de prêcher son amour pour l'argent, il pourrait tomber lui-même dans de réels excès et pas seulement jouer avec un Rumik's cube (l'argent peut rendre fou, cupide, avare, lâche ou peureux, quelqu'un qui ne vit que pour l'argent risque effectivement de développer des comportements irrationnels, et cela aurait dû transparaître dès le début du texte à mes yeux). Soit tu t'accroches à ta thématique du cœur et de l'amour (le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas), soit tu quittes définitivement cette thématique et tu exagères le ridicule (pour montrer que le patron n'est absolument pas rationnel et qu'il faudrait faire autrement pour être réellement rationnel) : à mon avis, tu as un choix à prendre, tu ne peux pas osciller entre deux thématiques fondamentalement distinctes.


Citer
J’aimerais prononcer un proverbe de circonstance, mais mes lèvres semblent avoir perdu tout tonus musculaire. La respiration d’Aline se fait plus régulière et profonde à côté de moi. Elle me berce. Au loin, quelqu’un trébuche. J’entends un bruit de mécanisme étouffé. Quelque chose coulisse… Puis je sens comme un courant d’air froid sur mon visage.

— J’ai bien trop sommeil, Adam. Inutile d’ajouter la honte à l’humiliation… Pour l’honneur, Adam… Pour l’honneur.

Un mouvement d’air, un silence, puis je perçois, comme derrière une paroi de verre, un choc lointain et des cris éloignés. Ma tête s’effondre sur mon épaule. Et avant qu’il ne fasse complètement noir et que les ténèbres ne m’envahissent, je me demande si monsieur Victori a atterri du bon côté du trottoir.

Je ne comprends pas le lien entre le rêve et le suicide, il faut vraiment que tu développes mieux ton propos dans le texte sans quoi ça n'a pas de sens. Je dirais que si tu veux montrer que le manque de sommeil peut provoquer un burn out, c'est pas mal et ça fait sens, mais qu'il faudrait quand même pousser un peu plus ta recherche dans ce sens afin que cela ne ressemble pas à une sentence tombée de nulle part.


Au final, je dirais qu'il m'a manqué beaucoup de repères dans ce texte ; c'est normal que toutes les pistes ne soient pas données aux lectrices & lecteurs, pourtant il est important de donner au moins un fil conducteur dans l'histoire, surtout si tu proposes un final complètement délirant.

Je trouve que tu survoles également beaucoup de petits sujets que tu ne développes jamais, j'ai trouvé quelques références, quelques proverbes, mais rien de construit ni de réfléchi. Il existe effectivement de nombreuses satires qui ne développent pas tellement leur sujet et mettent le rire en exergue (c'est le cas également d'un one man show par exemple), cependant cela t’amènerait justement à avoir l'air moins « intello » et à laisser plus libre recours à l'interprétation, à la blague et au ridicule.


Enfin, je trouve que tu es à cheval entre plusieurs tendances, comme ne prenant jamais un parti plutôt que l'autre. Personnellement, je te conseillerais plutôt de tenter un fil conducteur plus marqué (je t'ai parlé de la satire, mais tu peux aussi t'essayer à d'autres choses) afin de mieux présenter le sens de ta démarche afin que l'on ne soit pas obligé d'en chercher l'aboutissement.

Je ne complexifie pas sans arrêt mes propre lectures, j'aime aussi lire des choses simples ou ridicules, seulement j'ai besoin de bien être sûr que l'auteur a voulu être volontairement ridicule, au risque de se ridiculiser complètement (un peu comme un clown), et que je ne risque pas de l'humilier en disant qu'il est vraiment ridicule... Si au contraire tu préfères marquer la profondeur d'une thématique en particulier (celle du travail non rémunéré par exemple, ou de la déshumanisation du travail) alors je pense que tu pourrais plus t'engager et oser dire précisément ce que tu penses du sujet.


Et voici pour un long commentaire au plus poussé qui j'espère t'offrira quelques pistes d'écriture (c'est le but de ma démarche de commentaire sur ton texte). J'en profite pour te dire que plusieurs membres ont parlé de la création d'une section Nouvelles (transformation des sections proposée par Manu ), et que ton texte entrerait probablement dans cette catégorie. L'espoir avec cette nouvelle section, ce serait qu'il y ait plus de commentaires poussés, même si ça n'interdit pas de revenir sur du commentaire de détail, ça devrait encourager les lectrices & lecteurs à plus pousser en avant leurs commentaires sur des textes aussi construits que le tien afin que les retours soient de meilleure qualité.


En te souhaitant inspiration et audace, je reste disponible si jamais tu souhaites des précisions en plus sur ma propre lecture ! ^^
« Modifié: 16 Décembre 2019 à 13:24:44 par Alan Tréard »

Hors ligne Feather

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #2 le: 16 Décembre 2019 à 14:02:50 »
Georges Beckett,

Quel beau maniement de l'absurde... Ce fut un plaisir de te lire.
Encore Merci pour ce brin d'humour juste et percutant.

Au plaisir...
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

Hors ligne Kwak'

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #3 le: 16 Décembre 2019 à 14:49:48 »
Ce que j'ai jubilé en lisant ça...

Ca fait vraiment plaisir de revenir sur ce forum et de voir que certains écrivent toujours aussi bien, sinon mieux. Il n'y a rien qui m'ait arrêté à la lecture, et au contraire, je trouve ce mélange d'humour cynique et de caricature (pas si caricaturale en fait ^^) très très bon, avec les thèmes d'Adeline qui sont plus denses mais qui n'alourdissent rien, bien au contraire.

C'est super bien dosé.

Sans même parler du "coche mentale" qui revient comme un refrain et qui est un excellent symptôme de ce que tu dénonces très intelligemment sans prendre la tête à quiconque. Et puis, tous ces "saint Jeff Bezos", ces proverbes ridicules sortis comme des épées, le coup du platane et de l'Audi... j'ai adoré, vraiment.

Y'a un côté Palahniuk à l'écriture. Chapeau, et surtout, merci, c'est un petit bijou ;)

Hors ligne Georges Beckett

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #4 le: 17 Décembre 2019 à 12:16:27 »
Merci, les amis de vous être attardés sur cette lecture. Vos commentaires m'ont touché (la palme du commentaire plus long que le texte original revient à Alan ;) )

Ravis que vous ayez aimé ce texte sous forme de parabole sur l'absurdité de l'esprit de compétition et d'abnégation professionnelles que beaucoup d'entreprises veulent nous faire passer pour naturel.

Merci du fond du cœur.

G. 

 ;)
« Modifié: 17 Décembre 2019 à 20:17:55 par Georges Beckett »
Aime ton prochain, nouvelles grinçantes et autres névroses : https://www.amazon.fr/dp/B07ZC4B418

Hors ligne Gros Lo

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #5 le: 17 Décembre 2019 à 15:44:59 »
Je n’en lis jamais, des romans d’amour. Ça flingue mon biorythme.

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— Mes heures de sommeil perdues, monsieur le Directeur, où puis-je les récupérer ?

Je ponctue avec « in fine ».
— Mes heures de sommeil perdues, monsieur le Directeur, où puis-je les récupérer ?

Je ponctue avec « in fine ».[/url] Cette ponctuation !

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— N’êtes-vous pas satisfait de notre nouvelle salle de musculation au ré de chaussée, Adam ?
rez-de-chaussée

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— Vous me faites peur, Adam ! Arrêtez votre cinéma ! Si vous crevez dans mon bureau, la Botox va encore se coltiner un malus carabiné sur sa prime d’assurance. Souvenez-vous de Joubert, défenestré du quinzième, l’an dernier. Ce crétin n’avait pas trouvé mieux que de s’écraser précisément AVANT la limite de notre espace de responsabilité. 30 cm qui nous auraient valu bien des tracas judiciaires, si Pichard n’avait pas eu la présence d’esprit de déplacer le corps et les bouts de cervelle sur le trottoir.
Cette réplique-là un peu too much je trouve, en tout cas dans sa formulation

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— Comment le saurai-je ? J’y vois pas plus que vous, mon vieux ! Palpez-vous l’entrejambe !
un simple "Palpez-vous !" me séduirait +

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Un dauphin ? Vous imaginez un homme de ma trempe finir dans une boule à neige pour touristes ?
et ici, finir la phrase à "neige" ?

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Vous fréquentez des employés de La Poste ? Avouez-le ! Adam ?
"Avouez-le !" me semble en-dessous du reste aussi ! (quand je relève un truc, c'est souvent parce que j'adore le reste de la phrase haha)

Super moment de lecture, j'ai vraiment ri et c'est très bien senti (un petit côté Bateman au début) malgré quelques petites choses, à mon gout un peu plus lourdes, que j'ai relevées.

Merci !
dont be fooled by the gros that I got ~ Im still Im still lolo from the block (j Lo)

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #6 le: 17 Décembre 2019 à 19:02:12 »
Bonsoir

Un peu perdu au depart dans les noms des personnages je me suis quand meme poile tout du long........ ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

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Re : Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #7 le: 18 Décembre 2019 à 11:02:37 »
Merci, les amis de vous être attardés sur cette lecture. Vos commentaires m'ont touché (la palme du commentaire plus long que le texte original revient à Alan ;) )

Ah ! J'ai une réponse à ma question, il semblerait que ton cœur penche plutôt pour la satire... Je te remercie pour ce prix de l'effort de commentaire, malheureusement je pense qu'il n'y a pas d'équivalent pour les réponses laconiques, je te fais donc mille courbettes pour te remercier de cette humilité invisible que tu évoques. :huhu:


Ravis que vous ayez aimé ce texte sous forme de parabole sur l'absurdité de l'esprit de compétition et d'abnégation professionnelles que beaucoup d'entreprises veulent nous faire passer pour naturel.

Alors, je te rejoins dans cette critique de la société de concurrence qui ferait de chacune & chacun l'ennemi de chacune & chacun, c'est un thème qui peut effectivement correspondre au genre de la satire.


En fait, ce que je pourrais te conseiller, à ce sujet, c'est de t'inspirer des films de Charlie Chaplin.

Charlie Chaplin avait une très grande maîtrise du rythme et savait passer du rire aux larmes avec une très grande justesse ; de cette façon, cela lui permettait de ménager des temps de pause pour les spectateurs avec des situations émouvantes afin de replacer le cœur du sujet avant ou après un bon moment de rigolade. Pour faire le lien avec ton sujet, je dirais que tu peux comparer tes séquences les plus délirantes avec celles où Charlot se moquait ridiculement des bourgeois, des dandys et des chercheurs d'or (il n'hésitait pas à tourner son propre personnage au ridicule), et penser à côté à d'autres scènes plus émouvantes dans lesquelles les individus les plus fragiles ou victimes sont montrés dans leur détresse la plus véritable (on peut s'identifier à leurs malheurs).

C'est un travail difficile de savoir jongler entre le rire et les larmes, comme dans les montagnes russes, mais puisque tu y consacres un temps assez long, je pense que ça mérite que tu t'y essaies.


Et bravo à toi pour ce défi d'écriture, à bientôt.
« Modifié: 18 Décembre 2019 à 11:04:36 par Alan Tréard »

Hors ligne Fred Pollux

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #8 le: 18 Décembre 2019 à 21:54:28 »
Bonjour Georges,
J'ai vraiment passé un très bon moment en lisant ton texte!
Ton style et ton humour me plaisent beaucoup. Ainsi que ta manière de critiquer cette société frénétique, absurde et stupide, les yeux écarquillés sur des artifices futiles et qui craint de les fermer au risque de rêver.
Merci !

Hors ligne Georges Beckett

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Re : Le virus du singe bleu
« Réponse #9 le: 21 Décembre 2019 à 12:40:26 »
Merci Fred Pollux, tu as bien résumé le propos de ce texte en une phrase !

Cool, si tu as ri !

 ;)
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