J'ai repensé tout à l'heure à ce premier roman de Johanna Sinisalo,
Jamais avant le coucher du soleil, que j'ai rencontré il y a deux ans dans une bibliothèque. Il mérite bien une place par ici, ne serait-ce que parce que c'est un de ces romans curieux et marquants qu'on ne rencontre pas souvent.

Voici la quatrième :
Dynamique photographe de pub, Ange vit en solitaire stressé. Un soir, rentrant chez lui, il sauve des bottes d'une bande de jeunes quelque chose qui ressemble fort à un animal blessé.
Il lui faudra vite se rendre à l'évidence : la chose recueillie dans son appartement est un enfant troll, perdu certes mais sauvage et d'une violence inquiétante.
Commencent alors d'une part une enquête qui se doit d'être la plus discrète possible sur ce que sont ces êtres que nombre de documents ne disent pas imaginaires mais bien réels et, d'autre part, une partie de cache-cache avec les amis, les collègues de travail et les voisins d'immeuble.
Au quotidien du photographe, qui tient peut-être l'occasion de réaliser les photos de sa vie mais doit dissimuler l'existence de son troll, se mêlent ainsi des données qui, progressivement, lui disent que ce qu'il vit n'est pas un rêve mais une réalité dangereuse à laquelle il va bien falloir trouver une solution... forcément radicale.Ce roman est, de mon point de vue, bien écrit ; le style est très moderne, fluide.
Jamais avant le coucher du soleil surprend par sa forme, car il est composé de passages de récit, d'extraits d'articles, de chansons, de contes populaires, qui rythment les recherches du personnage principal.
Ce dernier, Ange, est plutôt sympathique, quoiqu'on puisse lui trouver un certain nombre de défauts majeurs. Ce qui rend (entre autres choses) le texte particulièrement sombre, il faut le dire, mais crédible.
Ce qui dérangera davantage, c'est que l'auteur l'écrit comme un conte, avec une certaine légèreté, alors qu'elle brasse des sujets délicats, de la perversité à la manipulation, en passant par ce qu'on pourrait presque appeler de la pédophilie, tant le troll est anthropomorphisé.
Je pense toutefois que le lecteur attentif se gardera de tout amalgame, aussi je tiens à vous recommander ce livre : il serait dommage de passer à côté.